La famille Orlando est une très ancienne famille italienne originaire de la noblesse sicilienne. Parmi les protagonistes du Risorgimento italien, durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle, une branche de la famille s'est installée en Ligurie et devient un entrepreneur de la fin du et du début du . La famille Orlando sera un des acteurs principaux de l'industrialisation de l'Italie.
En Sicile Les sources remontent au . On trouve des membres de la famille à Caltagirone, Trapani, Agrigente et Palerme. Giovanni fut juré au tribunal de Caltagirone durant les années 1460, 1462 et 1472, Alfonso était capitaine de justice de Salemi en 1525/26. Matteo était général de l'ordre des Carmélitains et évêque de Cefalù, Pietro (1651-1699) était sculpteur à Trapani, Vittorio était abbé de Santa Anastasia en 1745 et Desiderio juge prétorien de Palerme en 1754. Une autre branche de la famille s'installa à AlcamoVincenzo Palizzolo Gravina, Il blasone in Sicilia, Palermo, 1875. Vittorio Emanuele Orlando, citoyen de Palerme, homme politique, fut à plusieurs reprises Président du Conseil durant la première moitié du .
La famille Orlando en Ligurie Cette branche de la famille sicilienne arriva en Ligurie en 1849 et investit dans les chantiers navals de Gênes, La Spezia et Livourne. Les Orlando investissent également dans d'autres secteurs d'activité comme la sidérurgie et la métallurgie. Des membres de la famille Orlando figurent dans les conseils d'administration des principales industries italiennes. Après la Première Guerre mondiale, ils acquièrent d'importantes sociétés spécialisées dans l'énergie, les télécommunications et la téléphonie. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le nom Orlando est aussi connu et respecté que les Agnelli, Pirelli ou Falck. La famille Orlando fait partie du triumvirat avec les Agnelli et les Pirelli qui seront les acteurs fondamentaux du capitalisme italien, détermineront les orientations stratégiques de la Confindustria et organiseront le lobbying auprès du Gouvernement. De nos jours, les intérêts de la famille Orlando sont répartis dans les secteurs de l'industrie, du commerce et de la finance.
Les origines de la famille Orlando
Giuseppe Orlando di Colosa est considéré comme le chef de famille originelle. Né à Syracuse, il s'installe à Palerme où il devient grand propriétaire terrien et achète une entreprise de mécanique qui fabrique, pour les paysans de l'île, tout le matériel nécessaire, les moulins et toutes les machines agricoles. À sa mort en 1825, il laisse une veuve et six enfants : le sénateur Luigi Orlando (1814-1896), Salvatore (1818 - 1881), Giuseppe (1820 - 1893), Paolo (1824 - 1891), Domenico (18. - 1837) et Lucia.
En 1834, Luigi Orlando, devenu ingénieur, adhère aux Giovine Italia. Ses autres frères le suivront dans cette démarche. Après une courte période où il se réfugie à Malte et à l'échec des premiers mouvements insurrectionnels siciliens, il revient en Sicile et prend la direction de l'entreprise familiale de mécanique où il invente de nouveaux modèles de moulins à grains tournant avec des machines à vapeur. Il fera fortune en fabriquant les premiers ressorts pour matelas. Son caractère inventif et très innovant n'est pas du goût des Bourbons, Rois de Sicile jusqu'en 1860, date de l'unité italienne. Les idées libérales de Luigi Orlando lui vaudront d'être obligé de quitter la Sicile. Il fut d'ailleurs le constructeur du premier navire italien à coque entièrement en acier, "La Sicilia", en 1845sito storico Senato
En 1847, les frères Luigi et Giuseppe s'installent à Rome, participent activement aux mouvements révolutionnaires italiens en arborant en permanence le drapeau tricolore de la République, un don des insurgés palermitains.
Après la défaite de la Révolution sicilienne et le retour des Bourbons au pouvoir, la famille Orlando, comme beaucoup d'autres patriotes sont obligés de fuir. Ils se réfugient à Gênes, où ils trouvent des conditions favorables pour débuter une florissante activité dans les chantiers navals, la sidérurgie et la mécanique. En 1854, Luigi Orlando crée la société de navigation qui assura la liaison "Gênes-Marseille".
Tous les frères Orlando continuent à soutenir la cause de l'unité italienne. Ils entretiennent d'excellents rapports avec Giuseppe Mazzini et Camillo Cavour. Grâce à leur amitié avec le financier Giuseppe Natoli, baron de Scaliti, Luigi Orlando deviendra plusieurs fois ministre des gouvernements Cavour et le chargera de la direction du grand groupe industriel italien Ansaldo en 1859.
Après le débarquement à Marsala en Sicile de l'expédition des Mille, en Garibaldi nomme Paolo Orlando (1824 - 1891) ministre des Travaux Publics dans son gouvernementLa dictature de Garibaldi.
Après l'avènement du royaume d'Italie, la construction navale italienne connait un énorme essor avec la création des chantiers navals de Livourne. En 1866, les chantiers navals "Fratelli Orlando" de Livourne sont officiellement créés et Luigi Orlando en prend la direction.
Durant les années à cheval entre le , la famille Orlando, les fils de Luigi (1814 - 1896) prirent une part active dans la vie politique italienne. Rosolino Orlando (1860 - 1924) fut élu Maire de Livourne dès la fin de la Première Guerre mondiale et son frère Paolo (1858 - 1943) fut Sénateur et joua un rôle fondamental en faveur de la réalisation du port de Ostie. Dans les années 1930, le Chantier naval des frères Orlando a fusionné avec les Chantiers Navals Odero - Terni pour créer les Chantiers Navals Odero-Terni-Orlando qui donneront naissance, plus tard en 1953, à la société OTO Melara.
Les chantiers navals et la sidérurgie
thumb|280px|Image d'époque du Chantier naval Orlando au premier plan
À Gênes, en peu de temps, les frères Orlando réussissent à construire un empire regroupant plusieurs secteurs d'activité : une usine pour la production de cadres de lit en laiton et des fers à repasser, une scierie, une centrale hydroélectrique à San Pier d'Arena, une usine de production de tubes pour les aqueducs, pressoirs à huile, machines textiles, ponts et moteurs, Les Chantiers navals de la Pila où seront fabriqués les premiers cargos à moteur entièrement construits en Italie.
En 1856, ils construisent le navire “Sicilia”, le premier avec une coque entièrement en acier construit en Italie.
En 1865, les frères Orlando obtiennent la concession de l'arsenal naval de S. Rocco di Livorno. Après quelques années, le chantier connaîtra un essor foudroyant et se transformera pour devenir un des chantiers navals les plus modernes d'Europe spécialisé dans la construction de navires de croisière, cargos mais aussi des bâtiments cuirassiers militaires qui viendront sérieusement concurrencer les productions anglaises et allemandes. Le chantier naval S. Rocco de Livourne sera appelé Chantier naval des frères Orlando. C'est à partir de cette époque que la famille Orlando se développera notablement avec leur entrée dans plusieurs secteurs industriels : métallurgie, cimenterie, céramique, verre.
À la mort de Luigi Orlando, c'est son fils Giuseppe (1855 - 1926), ingénieur qui, seul, prendra la direction du chantier naval. Les autres membres de la famille seront exclus de la société.
Giuseppe Orlando poursuivra la politique de croissance engagée par son père et fera l'acquisition de plusieurs sociétés liées directement à l'activité de la construction navale, comme en 1924, les Chantiers navals Ganz Danubius de Fiume et l'usine de torpilles Whitehead de Fiume.
À la mort de Giuseppe Orlando, en 1926, son fils Luigi (1886 - 1940), homme politique, prendra la direction du chantier naval. (NDR : A ne pas confondre avec Luigi Orlando de la SMI-Società Metallurgica Italiana). En 1945, ce sera Marcello Orlando (1898 - 1979), fils de Salvatore Orlando (1856 - 1926), qui prendra la direction du chantier naval qui a entre-temps, été racheté par le groupe OTO. Ce sera le dernier descendant de la famille Orlando à diriger le chantier naval.
L'histoire des Chantiers navals Orlando est caractéristique du problème de la « continuité » des commandes publiques, de la volatilité des coûts des matières premières et de la valeur des monnaies. Au cours de la construction du croiseur « Trento » (1927 - 1929), de , une forte dévaluation de la lire italienne risqua de conduire les Chantiers Orlando à la faillite. C'est la compagnie industrielle « Odero Terni » qui injectera des capitaux et en deviendra l'actionnaire majoritaire. En 1929, après la fusion des trois sociétés, Chantiers navals Orlando, Chantiers Navals Odero et Odero-Terni, est née la Société de construction navale et sidérurgique Odero-Terni-Orlando, avec un siège social implanté à Gênes.
Avec la création de l'IRI en 1933, le chantier naval, comme la quasi-totalité des autres chantiers italiens, a été nationalisé pour devenir des filiales de Fincantieri, intégrées dans Italcantieri.
De nos jours (2018) les sociétés OTO Melara SpA et Whitehead Sistemi Subacquei (WSS) sont des filiales du groupe industriel italien Leonardo - Finmeccanica. Le Chantier Naval Fratelli Orlando a été privatisé et a été vendu en 2003 au Groupe Benetti-Azimut.
Le secteur métallurgie - SMI Luigi Orlando (1862-1933), fils de Luigi Orlando (1814-1896), a été nommé administrateur judiciaire de la SMI-Società Metallurgica Italiana, une société spécialisée dans le secteur des métaux non ferreux, fondée à Rome en 1886 et cotée à la Bourse de Milan depuis 1897. Considérant qu'il pourrait sortir cette entreprise de sa situation financière catastrophique, il en rachète la majorité du capital en 1902. La société avait trois usines situées à Livourne, Limestre et Mammiano, près de Pistoia.
En 1906, SMI avec Deutsch Vesterreichische Mannesman-Werke de Düsseldorf, fonde la société "Tubi Mannesmann" devenue Dalmine SpA, et construit une usine pour la fabrication de tubes en acier sans soudures en limite de la ville de Dalmine à l'est de Milan.
Au début du , la guerre de Libye puis la Première Guerre mondiale permettront à la société SMI de fournir au Regio Esercito, l'armée du Roi d'Italie, un nombre considérable de munitions pour pistolets, fusils et l'artillerie légère des armées de terre et la marine.
En 1915, SMI fait l'acquisition de l'usine de Pont-Saint-Martin pour augmenter sa production de matériel de guerre, lance la construction de l'usine de Fornaci di Barga pour la fabrication de cartouches de fusils et d'obus. Avec cette nouvelle usine, SMI passe de en 1902 à plus de produites en 1917. L'usine de Fornaci di Barga a été réalisée en à peine 12 mois et son effectif, la première année était de 7.000 salariés. En 1920, Luigi Orlando décide de concentrer toutes ses participations industrielles dans une seule et même structure, il crée la holding GIM - Generale Industria Metallurgica, qui sera cotée à la bourse de Milan en 1930.
Le , Luigi Orlando (1862-1933) décède à l'âge de 77 ans. Son fils Salvatore lui succède et poursuit l'œuvre de son père en consolidant le groupe familial au niveau national, l'époque était peu favorable à une croissance à l'étranger. En 1935, il devient actionnaire majoritaire de la Società Metallurgica Bresciana. En 1954, il rachète la société Industrie Lamiere Speciali, cotée en bourse et la Società Azionaria Carlo Viola – ILSSA Viola SpA de Pont St. Martin, un des plus importants producteurs italien de tôles en acier inoxydable.
En 1965, avec l'ouverture des marchés de la CEE, pour renforcer les ventes des produits SMI sur les marchés étrangers, il crée le groupement CUPROMET avec son réseau de distributeurs des pays européens, une société commerciale mixte. En 1969, lors de la première opération de privatisation d'une ancienne entreprise, filiale d'un groupe public italien, il rachète 50 % de la « Società Metallurgica Ligure » et son usine de Serravalle Scrivia. Il en rachètera le solde en 1973.