Le procès pour sorcellerie du Pays basquedu constitue la tentative la plus ambitieuse entreprise par l'Inquisition espagnole pour « éradiquer la sorcellerie ». Le procès des sorcières basques débute en à Logroño dans la Rioja, en écho aux persécutions similaires menées en Labourd par Pierre de Lancre. Avec quelque examinés, c'est un des plus grands évènements de son genre dans l'histoire.
Déroulement Une femme basque, María de Ximildegui, rentre dans son village natal de Zugarramurdi, près de l'actuelle frontière franco-espagnole, après un séjour de plusieurs années en France. Elle affirme y avoir participé à des sabbats avant de retrouver spontanément le chemin de l’Église. Mais elle dénonce aussi des pratiques similaires à Zugarramurdi et accuse la jeune María de Jaurategia d'être une sorcière. Celle-ci nie, mais l'hostilité croît dans le village : elle finit par reconnaître son implication et dénonce à son tour sa tante María Txipia Barrenechea. Ainsi débute une vague dramatique de dénonciations : outre leurs supposées pratiques sataniques, une trentaine de décès récents sont imputés aux accusés...
L'affaire aurait pu être réglée au sein de la communauté par une confession publique et un pardon général. Mais l'abbé don León de Aranibar porte à la cour de Logroño les pratiques diaboliques sur les terres de Zugarramurdi, qui relèvent de son monastère d'Urdazubi.. C'est en effet à Logroño, pourtant en dehors du Pays basque, que l'Inquisition a établi son tribunal chargé du royaume de Navarre, des provinces d'Alava, Guipuscoa, Biscaye, La Rioja, Burgos et Soria « Inquisición » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia..
Une première phase d'instruction débute en , pour se conclure les et par un autodafé devant contre trente-et-un condamnés : six d'entre eux sont conduits au bûcher et cinq autres subissent symboliquement ce châtiment puisqu'ils ont déjà péri en prison sous la torture. Les femmes prédominent parmi les accusés, mais on y trouve aussi des enfants et des hommes, et même des prêtres mis en cause pour avoir pratiqué des guérisons avec des , sortes d'amulettes portant le nom de saints.
La folie se propage à tout le pays. Des procédures sont lancées dans les principaux supposés foyers de sorcellerie (Hondarribia, Zugarramurdi et Saint-Jean-de-Luz) à l'encontre de présumées sorcières suspectées de jeter des sorts à des créatures vivantes et de se réunir dans la montagne Jaizkibel en sabbats dirigés par le Diable incarné en bouc.
La procédure est cependant suspendue, le temps que les inquisiteurs puissent rassembler des preuves sur ce qu'ils pensent être une pratique très répandue au Pays basque. Alonso de Salazar y Frías, avocat de formation et benjamin des trois juges de Logroño, dirige l'enquête. Pourvu d'un « décret de grâce », il est habilité à promettre le pardon à tout repenti qui dénonce ses complices. De à , il voyage, s'installant notamment à Zugarramurdi, où une grotte et une source (Olabidea ou Infernuko erreka, « la rivière de l'Enfer ») sont réputées être le lieu de rencontre des sorcières.
Comme souvent dans ce genre de cas, les dénonciations affluent et Frías rentre à Logroño avec les prétendus aveux de (dont de sept et quatorze ans), impliquant plus de . à travers de procédure. La plupart des délateurs se rétractent rapidement Idoia Estornés Zubizarreta, « Brujería » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia., imputant leur « confession » à la torture. Seules six personnes persistent à affirmer avoir pris part à des sabbats et maintiennent leurs accusations.
Le temps du doute L'Inquisition espagnole fait preuve d'un relatif scepticisme dans sa lutte contre la sorcellerie : dès 1538, le Conseil de l'Inquisition met en garde ses juges contre une interprétation trop crédule du Malleus Maleficarum. En , Antonio Venegas de Figueroa, évêque de Pampelune, affirme dans une lettre adressée à la Sainte Inquisition que la chasse aux sorcières a été fondée . et qu'avant le début des procès, la sorcellerie était quasiment inconnue dans la région.
L'enquêteur de Zugarramurdi Alonso de Salazar y Frías affirme n'avoir trouvé aucune preuve de fond de la sorcellerie dans ses voyages dans le pays, en dépit du nombre des confessions, et finit par remettre en cause les pièces du procès.
Il entre en conflit avec ses collègues, Alonso Becerra y Holquin et Juan del Valle Alvarado, qui l'accusent . Le désaccord est remonté à l'Inquisiteur Général à Madrid, qui semble prendre parti pour Salazar. En , décision est prise d'interrompre tous les procès en cours à Logroño. Des critères d'acceptabilité des preuves plus rigoureux sont établis, qui mettent fin à la chasse aux sorcières en Espagne, bien avant les régions d'Europe du Nord.
Discussion Plus encore au Pays basque que dans beaucoup de régions d'Europe en raison de la protection conférée par l'herméticité de la langue, guérisseurs et sages-femmes ont joué un rôle important et forcément suspect aux yeux de l'Église et des autorités, préservant les coutumes populaires et des croyances païennes contraires à l'idéologie catholique. Les prétendus sabbats et akelarreak n'étaient peut-être que des réunions festives, organisées à l'écart des autorités civiles et religieuses.
Dans une région où les hommes étaient enrôlés en masse pour la chasse à la baleine basque vers le Labrador et l'Islande, ces fêtes pouvaient être des exutoires importants pour des femmes qui assumaient seules la charge des enfants, personnes âgées et des religieux.
Victimes, éléments de biographie et verdicts
Liste.. Nom Âge Bio Chef d'inculpation Sort Migel Goiburu « Migel Goiburu » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 66 ans Berger, gendre de Graziana Barrenetxea Roi du sabbat Mort en prison après s'être repenti. Ses restes sont exposés à l'autodafé, puis enterrés chrétiennement. Graziana Barrenetxea 80 à 90 ans Reine du sabbat Morte en prison après s'être repentie. Ses restes sont exposés à l'autodafé, puis enterrés chrétiennement. Estebania Nabarkorena plus de 80 ans Deuxième dans la hiérarchie du sabbat Morte en prison après s'être repentie. Ses restes sont exposés à l'autodafé, puis enterrés chrétiennement. Maria Pèrez Barrenetxea 70 ans Troisième dans la hiérarchie du sabbat Morte en prison après s'être repentie. Ses restes sont exposés à l'autodafé, puis enterrés chrétiennement. Joana Telletxea 38 ans Un an d'emprisonnement . María Jauretegia « María Jauretegia » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 22 ans Participe aux sabbats de Zugarramurdi Pendant l'autodafé, on lui retire publiquement le sambenito et on lui impose diverses pénitences. Un an d'emprisonnement . Maria Arburu 70 ans Reine du sabbat après Graziana Barrenetxea Brûlée vive. Maria Iriarte 40 ans Fille de Graziana Barrenetxea Morte en prison après s'être repentie. Ses restes sont exposés à l'autodafé, puis enterrés chrétiennement. Estebania Iriarte 36 ans Fille de Graziana Barrenetxea Morte en prison après s'être repentie. Ses restes sont exposés à l'autodafé, puis enterrés chrétiennement. Joanes Goiburu « Joanes Goiburu » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 37 ans Époux de Estebania Iriarte Joue du tambourin lors des sabbats de Zugarramurdi Emprisonné à vie (libéré ultérieurement). Joanes Sansin « Joanes Sansin » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 20 ans Fabricant de tamis en crin, neveu de Joanes Goiburu Percussionniste lors des sabbats de Zugarramurdi Emprisonné à vie. María Presona « María Presona » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 70 ans Fileuse, sœur de Mari Juanto Participe aux sabbats de Zugarramurdi Emprisonnée à vie. Maria Baztan Borda 58 ans Brûlée vive. Graziana Xarra « Graziana Xarra » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 66 ans Hôtelière à Urdazubi Participe aux sabbats de Zugarramurdi Brûlée vive. María Etxatxute « María Etxatxute » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 54 ans Participe aux sabbats de Zugarramurdi Brûlée vive. Maria Txipia Barrenetxea 52 ans Tante de Maria Jauretegia Sorginkerian jakintsua izatea Emprisonnée à vie. María Etxegi « María Etxegi » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 40 ans Participe aux sabbats de Zugarramurdi Emprisonnée à vie (libérée ultérieurement). María Etxaleku « María Etxaleku » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 40 ans Participe aux sabbats de Zugarramurdi Morte en prison sans avouer ni se repentir. Brûlée en effigie. Estebania Petrisanzena « Estebania Petrisanzena » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 37 ans Participe aux sabbats de Zugarramurdi Morte en prison sans avouer ni se repentir. Brûlée en effigie. Martin Bizkar Plus de 80 ans Paysan Deabruaren sakristaua, Akelarreko umeen alkatea (Le sacristain du diable, maire des enfants de l'Akelarre) Mort en prison après s'être repenti. Ses restes sont exposés à l'autodafé, puis enterrés chrétiennement. Joanes Etxegi « Joanes Etxegi » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 68 ans Laboureur Participe aux sabbats de Zugarramurdi Mort en prison sans avouer ni se repentir. Brûlé en effigie. Domingo Zubildegi « Domingo Zubildegi » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 50 ans Charbonnier, natif d'Espelette Participe aux sabbats de Zugarramurdi Brûlé vif. Frère Pedro Arburu 43 ans Fils de Maria Arburu, natif de Zugarramurdi, moine aux Prémontés d'Urdazubi Repenti et rentré dans la foi catholique. Condamné à 10 ans de prison. Petri Juangorena « Petri Juangorena » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 36 ans Paysan, charbonnier Participe aux sabbats de Zugarramurdi Brûlé vif. Don Juan Borda Arburu 34 ans Fils de Maria Baztan Borda, natif de Zugarramurdi, prêtre et clerc Repenti et rentré dans la foi catholique. Condamné à 10 ans de prison. Joanes Odia Beretxea « Joanes Odia Beretxea » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 60 ans Participe aux sabbats de Zugarramurdi Mort en prison sans avouer ni se repentir. Brûlé en effigie. María de Zozaya 80 ans Sorcière du sabbat de Errenteria, prosélyte notoire. Morte sous la torture sans avouer ni se repentir. Brûlée en effigie. Joanes Lambert « Joanes Lambert » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 27 ans Forgeron à Errenteria, né à La Bastide-Clairence Participe aux sabbats de Zugarramurdi Brève peine de prison et exilé à vie de Navarre et de Guipuscoa. Mari Juanto 60 ans Morte en prison après s'être repentie. Ses restes sont exposés à l'autodafé, puis enterrés chrétiennement. Beltrana Fargua « Beltrana Fargua » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 40 ans Mendiante, native de Amou Membre de six sabbats en Navarre Avoue immédiatement. Condamnée à 6 mois de prison et exilée à vie de Navarre et de Guipuscoa. Joanes Iribarren « Joanes Iribarren » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 40 ans Forgeron Sorcier d'Etxalar en Navarre Exilé à vie de Navarre et de Guipuscoa María Endara « María Endara » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 25 ans Riche habitante de Lesaka, son village natal, épouse de Pablo de Goyeneche, noble local Participe aux sabbats de Zugarramurdi Avoue en prison (ne parle pas Basque). Emprisonnée à vie et libérée ultérieurement. María Telletxea « María Telletxea » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 38 ans Participe aux sabbats de Zugarramurdi Emprisonnée à vie (libérée ultérieurement). Inesa Gaxen « Inesa Gaxen » sur euskomedia.org, Auñamendi Eusko Entziklopedia. 45 ans Née à La Bastide-Clairence, déjà arrêtée par Tristand de Urtubia, jugée et acquittée par le tribunal de Bordeaux Accusée de Jugée à Logroño en , et acquittée. Mais à son retour chez elle à Hondarribia, les édiles locaux n'acceptent pas la décision de l'Inquisition et la bannissent à Hendaye.
À tous, exécutés ou non, on saisit évidemment tous les biens.
Postérité droite|vignette|La « Grotte des Sorcières » près de Akelarre de Zugarramurdi.