L'éclipse lunaire du est une éclipse lunaire totale visible principalement depuis l'Afrique, l'Europe et l'est de l'Amérique du Sud. Elle se rattache à la série du saros lunaire 105, et présente un gamma de 0,41 et une magnitude de 1,10. Faisant partie de la première saison d'éclipses de , elle précède de l'éclipse solaire du .
Cette éclipse est notamment connue sous le nom d'« éclipse de Colomb ». En effet, Christophe Colomb, cherchant à ce que les natifs de la Jamaïque continuent d'approvisionner son équipage, réussit à les intimider en prédisant correctement la venue de cette éclipse.
Caractéristiques
Contexte astronomique Cette éclipse appartient au cycle de saros lunaire 105 et constitue le sur 74 de cette série astronomique. Elle fait partie de la première saison d'éclipse de , et est suivie de l'éclipse solaire du .
Paramètres gauche|vignette|Trajectoire de la Lune à travers l'ombre de la Terre. Comme toutes les autres éclipses de la série de saros lunaire 105, celle du se produit au nœud descendant de l'orbite de la Lune. Son gamma est de 0,4057, ce qui signifie que le centre de l'ombre de la Terre passe légèrement au nord du centre de la Lune durant l'éclipse. Sa magnitude est de 1,0956. Survenant avant l'apogée de la Lune ayant lieu le à , le demi-diamètre apparent de la Lune durant l'éclipse est de 15′30,3″.
L'éclipse pénombrale (P1) commence à , suivie par le début de la phase partielle (U1) à , puis de la totalité (U2) à . Le maximum de l'éclipse a lieu à . La phase totale (U3) se termine à , la partielle (U4) à , et enfin la pénombrale (P4) s'achève à . Ainsi, la durée de la phase pénombrale est de , de pour la phase partielle et de pour la phase totale.
Zone de visibilité vignette|200px|gauche|La Terre vue du centre de la Lune au moment du maximum de l'éclipse.L'éclipse lunaire du est visible dans son intégralité depuis l'Europe, l'Afrique, le Groenland et l'est de l'actuel Brésil. En Asie, l'éclipse est observable au coucher de la Lune, celle-ci se couchant avant la fin de l'éclipse. À l'inverse, dans le reste du continent américain, le phénomène est visible au lever de la Lune, l'astre apparaissant déjà éclipsé au-dessus de l'horizon. Enfin, l'ensemble de l'Océanie reste en dehors de la zone de visibilité, la Lune y demeurant sous l'horizon tout au long de l'événement.
L'éclipse de Colomb Le , Christophe Colomb échoua ses deux dernières caravelles sur les côtes de la Jamaïque. Les populations de l'île accueillirent Colomb et son équipage et leur fournirent des vivres, mais après six mois, ils cessèrent de les approvisionner. Colomb avait à bord un almanach écrit par Abraham Zacuto, contenant des tables astronomiques couvrant les années 1475-1506 Clayton J., Drees, The Late Medieval Age of Crisis and Renewal: 1300–1500 a Biographical Dictionary, 2001, pp. 511 ; cependant, d'autres sources mentionnent les Ephemeris de l'astronome allemand Regiomontanus, par exemple Samuel Eliot Morison, Christopher Columbus, Mariner, 1955, pp. 184-92.. En les consultant, Colomb remarqua la proximité d'une éclipse de Lune. Il demanda alors une rencontre pour ce jour-là avec le cacique, et lui dit que son dieu était en colère contre le traitement que la population locale avait infligé à ses hommes ; il dit que son dieu fournirait un signe clair de son mécontentement en faisant apparaître la pleine lune montante .
L'éclipse et la apparurent ponctuellement, impressionnant et effrayant les indigènes. Le fils de Colomb, Ferdinand, écrivit que :
Colomb se retira dans sa cabine pour « prier » (en fait, pour mesurer la durée de l'éclipse avec un sablier) ; peu avant la fin de la totalité (après 48 minutes), il annonça aux indigènes effrayés qu'ils allaient être pardonnés, ce qu'il leur confirma lorsque la Lune réapparut..
Calculs de longitude
Colomb fut peut-être le premier à utiliser une éclipse de Lune pour déterminer la longitude, une idée proposée par Hipparque. Ces éclipses sont visibles au même moment dans tout un hémisphère, mais l'heure solaire où elles se produisent dépend de la longitude du lieu d'observation, une heure d'écart correspondant à 15 degrés de longitude.
Colomb n'avait pas d'autre moyen de mesurer le chemin parcouru vers l'ouest. Il utilisa l'éclipse lunaire du près d'Hispaniola, et celle du en Jamaïque, mentionnant dans son journal à cette occasion que la Jamaïque était à 7 heures et 15 minutes de Cadix. Cependant, la longitude réelle de la Jamaïque correspond à un décalage de 4 heures 44 minutes. Une erreur aussi importante demande une explication. D. W. Olson remarque que l'almanach utilisé par Colomb (que ce soit celui de Regiomontanus ou celui de Abraham Zacuto) donne l'heure du maximum de l'éclipse, et suppose que Colomb aurait pu l'interpréter comme l'heure de son début D.W. Olson, "Columbus and an eclipse of the Moon", Sky & Telescope, octobre 1992, pp. 437..440. Cela expliquerait une erreur de 150 minutes (et donc de 37 degrés de longitude), qui aurait pu encourager Colomb à penser qu'il avait atteint l'Asie, et non découvert un nouveau continent.
Dans la culture populaire
Littérature En 1885, Henry Rider Haggard utilisa une version déformée de cette histoire dans son roman Les Mines du roi Salomon, où le héros Allan Quatermain et ses compagnons convertissent les tribus locales à leur cause en prédisant une éclipse de Lune.
Dans le roman de Mark Twain de 1889, Un Yankee à la cour du roi Arthur, Hank Morgan, un voyageur temporel américain venu du , échappe au bûcher en prédisant une éclipse de Soleil dans l'Angleterre au temps du légendaire roi Arthur.
Le roman historique de Bolesław Prus, Pharaon, écrit en 1894-95, utilise la même trame Christopher Kasparek, " Prus, Pharaoh and the Solar Eclipse", The Polish Review, 1997, no. 4, pp. 471-78..
La même idée apparaît également dans Le Temple du Soleil, quatorzième album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin de HergéHergé se serait en partie inspiré du livre Christophe Colomb de Cesare Giardini (Le Temple du Soleil, sur le site tintin.com)..
Dans sa nouvelle El Eclipse, Augusto Monterroso reprend l'anecdote, mais avec une conclusion sarcastique et anti-impérialiste Analyse de El Eclipse sur le site scribd.com..
Cinéma Dans le film Apocalypto (1982) de Mel Gibson, le protagoniste est sauvé par cette fameuse éclipse, les antagonistes pensent que leur Dieu refuse le sacrifice.
Notes et références
Catégorie:Histoire de l'Amérique 1504 03 01 Catégorie:Nommé d'après Christophe Colomb Catégorie:Mars 1504