Syracuse (en italien : Siracusa [sira'kuːza] ; en sicilien : Sarausa [saɾaˈuːsa]) est une ville italienne de Sicile, chef-lieu du libre consortium municipal de Syracuse et l'un des cœurs culturels du monde méditerranéen depuis les temps de la Grèce antique. Renommée pour sa riche histoire gréco-romaine, ses amphithéâtres et son patrimoine antique, elle a donné naissance au célèbre mathématicien Archimède qui y vécut jusqu'à sa mort en protégeant la ville d'un siège.

Elle est située près de la pointe sud-est de la Sicile, au bord de la mer Ionienne, sur les rives du golfe de Syracuse auquel elle prête son nom. Bien qu'étant positionné à faible altitude (le centre-ville culmine à 17 m au-dessus de la mer), le terrain syracusain est remarquablement élevé compte tenu des profondeurs marines attenantes, qui atteignent parfois 2 000 m non loin de la côte.

Fondée il y a par des colons grecs de Corinthe et de Ténée, elle devient bientôt une cité-État puissante et accède au rang de grande puissance méditerranéenne en exerçant son influence sur l'ensemble des cités de la Grande-Grèce et au-delà, rivalisant avec Athènes en taille et en splendeur à partir du , Cicéron la décrit à son époque comme « la plus grande des villes grecques et la plus belle de toutes ». Elle suivra la destinée de Rome depuis sa conquête par la République romaine jusqu'à l'Empire byzantin, dont elle devient même la capitale sous le règne de l'empereur Constant II (663-669). Distancée démographiquement par Palerme, cette dernière lui ravit son rôle de plus grande ville sicilienne et devient la capitale du royaume de Sicile jusqu'à son union avec celui de Naples pour former les Deux-Siciles avant l'unification italienne en 1860.

De nos jours, Syracuse est une ville moyenne d'environ dont le centre historique est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO aux côtés de la nécropole de Pantalica. Mentionnée dans la Bible lors du récit du voyage de Paul dans les Actes des Apôtres, la ville est l'héritière d'une longue tradition chrétienne et célèbre tous les 13 décembre la naissance de sainte Lucie, patronne de la ville.

Géographie vignette|Lungomare del Levante, littoral est de l'île d'Ortygie.

Localisation Syracuse est située dans le sud-est de la Sicile, au bord de la mer Ionienne.

Topographie La ville occupe l'île d'Ortygie et le plateau calcaire des ÉpipolesÉPIPOLES - Histoire de guerre, sur histoire-de-guerre.net.

Climat Syracuse bénéficie d'un climat méditerranéen à été chaud (classification climatique de Köppen : Csa), caractérisé par des hivers doux et humides ainsi que des étés chauds et secs. La neige y est très rare ; la dernière chute de neige mesurable enregistrée dans la ville date de décembre 2014. Les gelées sont tout aussi rares, la dernière remontant à la même période, en décembre 2014, ce qui rend les températures négatives quasi inexistantes.

Le , une température record de a été répertoriée à Floridia, près de la ville. Ce record est reconnu par l'Organisation météorologique mondiale comme la température la plus élevée jamais enregistrée en Europe.

Hydrographie L'Anapo, le Cassibile et la Ciane irriguent l'arrière-pays fertile de Syracuse et se jettent ensemble dans sa rade.

Voies de communication et transports vignette|Port de Syracuse.

Infrastructures routières Le territoire communal est traversé par les axes routiers suivants :

SS114 « Oriente sicula », entre Messine et Syracuse, dont le tronçon final fait office de périphérique urbain à la ville de Syracuse et permet la liaison entre l'autoroute Catane-Syracuse et l'autoroute Syracuse-Gela ; L'autoroute A18 (Syracuse-Gela), intégré à la route européenne 45 ; SS115 « Sud occidentale sicula », entre Trapani et Syracuse ; SS124 « Siracusana », entre Caltagirone et Syracuse, traverse les monts Hybléens.

Desserte ferroviaire La ville est desservie par la gare de Syracuse, située au km 312 + 176 de la ligne Messine-Syracuse p. 115, et la ligne Caltanissetta Xirbi-Gela-Syracuse.

Transport maritime Les deux ports de la ville prennent place de part et d'autre de l'île d'Ortygie - l'un à l'ouest, le porto Piccolo (« petit port » ou Lakkios), et l'autre, le porto Grande (« grand port »), à l'est - reliés entre eux via un canal enjambé par deux ponts. Considéré comme l'un des ports les plus anciens de la Méditerranée, le port de Syracuse possède une bien que sa vocation soit désormais réduite à la plaisance (porto Grande) et à la pêche (porto Piccolo). L'activité commerciale est détournée vers la rade de Santa Panagia où transitent pétroliers, chimiquiers et méthaniers.

Toponymie vignette|Monnaie portant l'inscription « ΣΥRAKOΣION » (aux Syracusains), Le nom ancien de Syracuse possède deux variantes principales attestées, Συράκουσαι (Syrákousai) et Συρακώ (Syrakō).

L'hypothèse la plus couramment avancée concernant l'origine du nom est qu'il proviendrait du phénicien Sour-ha-Koussim, « pierre aux mouettes »Victor Bérard, Les phéniciens et l'Odyssée, Paris: Armand Colin, tome 2, p.515. Ce terme aurait ensuite évolué phonétiquement pour devenir « Syrákousai » en grec. Cependant, cette étymologie ne rend pas compte de la variante alternative Συρακώ (Syrakō).

Vibius Sequester, cité par Étienne de Byzance, explique que « Syrakō » désigne à l'origine un marécage voisin. Marcien d'Héraclée confirme cette hypothèse dans la Périégèse en ajoutant que le nom du marécage aurait été créé par Archias, fondateur de la cité. Ainsi, c'est Syrakō qui aurait donné son nom à la ville et non l'inverse, ce que ne manque pas de souligner Épicharme dans un fragment parvenu de l'une de ses comédies.

Histoire Préhistoire L'occupation humaine de l'île d'Ortygie et des collines des Épipoles remonte à la Préhistoire. Quelques villages sicules y étaient implantés aux et des objets mycéniens ont été trouvés dans leurs nécropoles (sites de Stentinello, Ognina, Thapsos, etc.). Les Phéniciens y auraient installé un comptoir, permanent ou saisonnier. Le commerce entre Sicules et Grecs reprend au , après les « siècles obscurs »Pierre Lévêque, Syracuse : le destin d'une cité, La Sicile, Presses Universitaires de France, Nous partons pour, 1989, p. 195-218. ..

Dans les mythes gréco-romains, Syracuse est une étape pour Héraclès et Énée dans leurs pérégrinations en Méditerranée.

Antiquité

Fondation de la ville Syracuse est fondée en 734 av. J.-C. par des colons grecs de Corinthe et de Ténée sous la conduite de l'œciste Archias, de la famille des Bacchiades qui cherche alors à se poster le long des routes commerciales de la mer MéditerranéeBiollet (Pierre-Yves), Barat (Claire), Costanzi (Michela), Les diasporas grecques du , Paris, 2012 (Dunod), .. Les premiers colons bâtissent des maisons rectangulaires sur l'île d'Ortygie dans lesquelles on a retrouvé de la céramique protocorinthienne, cycladique et locale. Ils accaparent les terres autour de Syracuse et fondent l'aristocratie foncière qui va gérer la cité, les Gamores. Essentiellement agricole, la cité développe aussi son artisanat (céramique, métallurgie, lainage) et son commerce grâce à son port et sa rade, notamment à partir du En prenant possession des terres, les Grecs entrent en conflit avec les populations locales qu'ils asservissent partiellement en leur imposant le statut de Cyllyriens, comparable à celui des Hilotes spartiates et des Pénestes.

Quelques cultes indigènes auraient persisté dans les sanctuaires grecs :

Artémis Lyaia (« Libératrice »), vénérée dans la grotte de la Scala Greca, serait l'héritière d'une déesse sicule associée à la fertilité et à la fécondité ; Aristée, inventeur de l'apiculture, serait le parèdre d'une « Grande Mère sicane ».

Syracuse, à son tour, fonde plusieurs établissements ou cités en Sicile : Akrai en , Casmènes en , Heloros vers la fin du , Camarina en , etc.

La cité se développe rapidement grâce aux riches plaines de la région et devient l'une des colonies grecques les plus brillantes d'Occident.

Période classique

Dynastie des Deinoménides vignette|Modélisation restituant l'apparence du temple d'Apollon, édifié dans un style dorique sur l'île d'Ortygie au (musée archéologique régional de Syracuse). En 485 av. J.-C., Gélon, le tyran de Gela, se rend maître de Syracuse en s'appuyant sur l'aristocratie terrienne des Gamores qu'un mouvement populaire des Cyllyriens avait chassé des lieux. Il en fait le centre de son pouvoir, laissant à son frère Hiéron la gestion de sa cité d'origine, et c'est sous son règne que Syracuse devient la puissance hellénique dominante de l'époque. Il renforce sa population par l'arrivée de la moitié des habitants de Gela, tous ceux de Camarina, de quelques-uns de Megara Hyblaea ainsi que de nouveaux colons grecs. L'île d'Ortygie n'ayant plus la capacité d'accueillir tous ces nouveaux arrivants, ces derniers s'installent sur le continent où ils fondent les quartiers de Neápolis et de Tyché et y élèvent une seconde agoraPierre Lévêque, Syracuse : les monuments, La Sicile, Presses universitaires de France, Nous partons pour, 1989, p. 219-242. .. Syracuse se dote d'entrepôts sur les quais, d'un arsenal et de casernes, consacre de nouveaux sanctuaires à Déméter et à Coré, et enjolive celui d'Apollon. Gélon assoit son influence par des alliances matrimoniales avec Théron, tyran d'Akragas, dont il épouse la fille Démarète et à qui il offre la main de sa nièce, fille de Polyzalos. Les Grecs de la grande terre requièrent son aide contre la Perse mais se désistent devant ses ambitions. Allié à Théron, il bat à Himère, en 480 av. J.-C., une grande expédition carthaginoise menée par Hamilcar, selon la tradition le jour même où les Grecs battent les Perses à SalamineHérodote, VII, 166. Un temple dédié à Athéna est érigé sur le site de l'actuelle cathédrale pour commémorer cette victoire. gauche|vignette|Casques que Hiéron a dédié à Zeus dans le temple olympien à la suite de sa victoire sur les Étrusques à Cumes (musée archéologique d'Olympie). Après la mort de Gélon, son frère Hiéron lui succède tandis que la cité poursuit sa croissance spectaculaire. Plus avare et violent que son frère selon Diodore, il initie néanmoins une politique de mécénat et invite à sa cour les poètes et philosophes grecs Xénophane, Simonide de Céos et son neveu Bacchylide, Eschyle, Épicharme et Pindare. Ce dernier compose en son honneur les trois première Pythique et la Première olympique. Hiéron participe en effet à plusieurs jeux panhelléniques, vainqueur aux courses de chevaux montés puis de chars, à trois reprises aux jeux olympiques et autant aux jeux pythiques. Il commande aux sculpteurs Calamis et Onatas un groupe statuaire pour Olympie. En 474 av. J.-C., Hiéron bat les Étrusques à la bataille de Cumes et dédie à Zeus un casque sur lequel il fait inscrire Il entre en conflit avec son frère Polyzalos, maître de Gela depuis son départ pour Syracuse, qui se réfugie auprès de son beau-père, Théron. Hiéron vide Naxos et Catane de leur population qu'il déporte à Léontinoi et refonde la deuxième sous le nom d'Ætna (Etna) à l'aide de colons de Syracuse et du Péloponnèse. Il soumet également Zancle qui est contrainte de lui garantir l'accès à son détroit.

En 466 av. J.-C., Thrasybule succède à son frère Hiéron. « Violent et sanguinaire, il fit mourir injustement beaucoup de citoyens et, après en avoir exilé un grand nombre sur des accusations mensongères, il confisqua leurs biens au profit du trésor royal » raconte Diodore. Aussi est-il renversé au terme de moins d'un an de règne et exilé à son tour.

La démocratie et l'expédition de Sicile vignette|Itinéraire de l'expédition de Sicile.