Le canal de Suez (en , ) est un canal navigable situé en Égypte. Long de , large de et profond de , il relie, via trois lacs naturels, la ville portuaire de Port-Saïd en mer Méditerranée à la ville de Suez dans le golfe de Suez au nord de la mer Rouge..
Percé entre 1859 et 1869, grâce à une levée de fonds géante à la Bourse de Paris, sous la direction du diplomate retraité français Ferdinand de Lesseps., il permet aux navires d'aller d'Europe en Asie sans devoir contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance et sans rupture de charge par voie terrestre entre la Méditerranée et la mer Rouge.
Le canal de Suez de Ferdinand de Lesseps reprend donc la vieille idée de liaison maritime entre les deux mers, déjà mise en œuvre pendant l'Antiquité par les pharaons égyptiens ; précisément, le canal des pharaons antique reliait le Nil à la mer Rouge. Plus tard, pendant la Renaissance, la république de Venise avait, sans succès, cherché à rétablir cette liaison.
À la suite de la Première Guerre mondiale, le canal est placé sous la protection militaire de la Grande-Bretagne. En 1956, Nasser, le président égyptien, met un terme à cette situation en nationalisant le canal.
Avec l'augmentation du trafic, le canal est devenu la troisième source de devises de l'Égypte de dollars en 2005, soit + 12,6 % par rapport à 2004 ; bond expliqué par le développement du commerce avec l'Inde et la Chine.. Un blocage du canal entraînerait des pertes d'environ de dollars par jour.. En 2015, transportant de tonnes de marchandises l'ont emprunté, soit 8 % du commerce maritime international.. En 2020, près de ont transité par le canal, ce qui représente une moyenne de par jour.
Le , le président égyptien Al-Sissi inaugure le « Nouveau canal de Suez » à bord du yacht national El Mahroussa, permettant, après un an de travaux, de doubler la capacité de passage. Les travaux ont consisté à élargir le canal existant ainsi qu'à en augmenter la profondeur sur , et à doubler le canal sur dans sa partie orientale.
Le canal est la propriété de la Suez Canal Authority, qui est aussi responsable de son administration et de sa gestion.
Histoire Antiquité vignette|Carte du canal des Pharaons. En pointillé, on remarque le niveau des eaux du golfe de Suez à l'époque de .
Il est probable que durant la , le pharaon (~1850 ) ait fait creuser un canal orienté d'ouest en est à travers le Wadi Tumilat, reliant le Nil à la mer Rouge, afin de pouvoir commercer avec le Ta Netjer (le pays de Pount), permettant ainsi directement les échanges entre la mer Rouge et la Méditerranée. Son existence est certaine au , pendant le règne de Canal de Suez dans 1911encyclopedia.org et Lexicorient à propos du canal de Suez., il est ensuite abandonné.
D'après l'historien grec Hérodote., des travaux pour remettre le canal en état auraient été entrepris vers par , mais ne furent jamais achevés. Le canal fut finalement terminé par le roi (vers -550 à ), le conquérant perse de l’Égypte. Darius a illustré sa réalisation par diverses stèles de granit disposées sur les rives du Nil, dont celle de Kabret à de Pie. L'inscription de Darius dit :
Le canal fut de nouveau restauré par vers Au cours des mille années qui suivirent, il fut successivement modifié, détruit et reconstruit, notamment par Amr ibn al-As en 640, et devint le « canal du Commandeur des croyants ». Il est finalement détruit au par le calife Al-Mansur pour isoler la ville de Médine, et éviter ainsi le risque d'une attaque.
Renaissance Venise, au début du , est confrontée à la concurrence des Portugais dans le commerce en Orient. Vasco de Gama a en effet découvert en 1498 une nouvelle route contournant l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Les Portugais évitent ainsi de payer les taxes du sultan d'Égypte pour le commerce et le transport des épices. Mais cette nouvelle concurrence nuit à Venise, qui procurait les épices à l'Europe via l'Égypte. Les Portugais pourront en effet proposer des prix plus bas aux clients de Venise (les Hongrois, les Flamands, les Allemands et les Français). Il faut donc trouver une solution pour améliorer le passage des épices en Méditerranée. Et dans le débat de Pregàdi, la république de Venise a l'idée de creuser un canal reliant la Méditerranée et la mer Rouge. Le Conseil des Dix recommande en à , son envoyé auprès du sultan, . Néanmoins, le projet n'aboutit pas, à cause de la situation interne égyptienne instable.
Le , le Sultan étudiait la possibilité de percer le canal afin de contrer les activités navales du Portugal dans l’Océan Indien. Puis en 1586, avec l'aval du Sultan , le Grand Amiral de la flotte ottomane Euldj Ali entreprend de creuser l'ancien canal reliant Suez à la mer Rouge. Mais à ce moment la guerre contre la Perse se rallume de nouveau, Constantinople se trouve engagée dans d'énormes dépenses et le projet est donc ajourné..
Époque contemporaine vignette|Médaille en bronze doré du concours international du commerce de Suez, à l’effigie d’. vignette|Ferdinand de Lesseps. vignette|La construction du canal. vignette|L'état des travaux en . vignette|300px|Vue satellite : au nord la mer Méditerranée, au sud le golfe de Suez, à droite le Sinaï, au centre les imposants lacs Amers, et, un peu plus au nord, le lac Timsah.
Les premiers projets Sous le Directoire, les Français envoient plusieurs savants (dont Jacques-Marie Le Père) dès 1798 lors de la campagne d'Égypte menée par le général Napoléon Bonaparte, dans le but d'étudier s'il serait possible de percer l'isthme de Suez. Dès les années 1820, Linant de Bellefonds et Eugène Mougel Bey, et plus tard Ferdinand de Lesseps, partisans de la doctrine socio-économique du saint-simonisme, avaient déjà envisagé la construction d'un canal reliant la mer Rouge à la Méditerranée. Le projet de canal fut présenté initialement aux Égyptiens en 1833 par Barthélemy Prosper Enfantin, le « père » des saint-simoniens, ingénieur et économiste français, après son exil en Égypte avec ses condisciples, à sa sortie de prison avec quelques-uns de ses disciples. Il effectue de très nombreux relevés topographiques, grâce au soutien de la chambre de commerce de Lyon et d'Arlès-Dufour, un autre saint-simonien qui y est très actifFrançois Leblond, Ces saints simoniens qui ont construit la France Moderne, Paris, Librinova, 2015, p. 93.
Trois projets avaient été élaborés par Charles Joseph Lambert, transmis par Prosper Enfantin à Linant de Bellefonds et Eugène Mougel Bey.
À l'époque, le projet ne retient pas l'attention du vice-roi d'Égypte Méhémet Ali. Les saint-simoniens, sous l'impulsion de Barthélemy Prosper Enfantin et de François Barthélemy Arlès-Dufour, poursuivent néanmoins le projet et créent en 1846 une Société d'étude pour le canal de Suez. Cette société réalise un nivellement topographique précis de l'isthme ; il vient rectifier les données d'un premier nivellement, effectué lors des campagnes de Bonaparte, et qui signalait neuf mètres de différence entre le niveau de la mer Rouge et celui de la Méditerranée, en raison d'une erreur de triangulation, survenue dans les calculs de Jacques-Marie Le Père de 1799. Le nouveau nivellement réalisé par Paul-Adrien Bourdalouë indique une différence si faible qu'un canal sans écluse devient possibleCanal de Suez. Études. Notice sur le nivellement de l'isthme de Suez et de la basse Égypte, par Bourdaloue. 7 mars 1847 consultable sur Gallica ark:/12148/btv1b52509327j. Ferdinand de Lesseps, apprenant les travaux réalisés par cette société, vint rencontrer Arlès-Dufour, qui lui confia tout le dossier technique, pensant qu'il serait à même de le faire réaliser grâce à son réseau de relations en Égypte. Celui-ci s'investit vivement dans le projet et le porta tant et si bien que les saint-simoniens en nourrirent quelques dépitsFrançois Leblond, Ces saints simoniens qui ont construit la France Moderne, Paris, Librinova, 2015, p. 97.vignette|gauche|Une des premières traversées, au .
Les parcours
Un canal controversé En 1854, le gouverneur d'Égypte Mohamed Saïd Pacha accorde le premier acte de concession du terrain pour la construction du canal à Ferdinand de Lesseps. Mais les Britanniques s'opposent à ce firman qui donnerait une grande influence à la France dans cette région stratégique sur la route des Indes, et demandent à l'autorité supérieure, la Sublime Porte de l'Empire ottoman, de suspendre cette permission.. La concurrence pour le contrôle de cette route est en effet forte entre les deux nations occidentales, la Grande-Bretagne soutenant le principe d'une ligne ferroviaire égyptienne, à laquelle le canal ferait concurrence. Lesseps décide de passer outre à l'opposition de la Porte en entamant les travaux, au vu et au su de tous, le ..
Les Anglais font arrêter les travaux à plusieurs reprises : en , avec l'aide du ministre des Finances de l'Empire ottoman, Mouktar Bey, puis à la mort de Saïd en 1863. La construction du canal se poursuit néanmoins grâce au soutien de . Ferdinand de Lesseps bénéficie aussi du soutien de l'émir Abd el-Kader qui avait été, du côté oriental, l'un de ses plus actifs et pérennes appuisChristelle Taraud, « Les quatre vies d'Abd el-Kader », L'Histoire, N° 467, janvier 2020, p. 64-65Miki Kilali, « Interroger le rôle d'Abd el-Kader dans le percement de l'isthme de Suez, ou comment sa métamorphose permet la construction d'un pont entre l'Orient et l'Occident », Enquêtes, N° 5, septembre 2020, lire en ligne. Alors que les grandes puissances européennes procèdent au partage de l'Afrique, les rivalités franco-britanniques se multiplient dans la région et le canal de Suez n'est que l'une d'entre elles.
À partir des plans établis par Linant de Bellefonds et Alois Negrelli, et discutés et adoptés par la Commission internationale pour le percement de l'isthme de Suez, la Compagnie universelle du canal maritime de Suez de Ferdinand de Lesseps construit le canal entre 1859 et 1869. À la fin des travaux, l'Égypte, à hauteur de 44 % de sa valeur, et , à hauteur de 56 %, en étaient conjointement propriétaires.
On a estimé que d'Égyptiens participèrent à la construction du canal et que plusieurs dizaines de milliers y moururent., principalement du choléra, le chiffre de est parfois évoqué mais est critiqué, considéré comme étant très exagéré..
En 1860, seulement 5 % des navires fonctionnent à la vapeur. Le canal est pourtant conçu pour une navigation exclusivement motorisée ; sa construction est donc un pari. Dans la décennie qui suit, les marines marchandes vont s'équiper en masse. , mais il n'est officiellement inauguré que le par l'impératrice Eugénie sur le navire L’Aigle, suivie par Ferdinand de Lesseps et des administrateurs du canal à bord du Péluse, de la Compagnie des Messageries maritimes, commandé par Auguste Caboufigue. Pour l’inauguration du canal, le Khédive Ismaïl Pacha avait commandé l’opéra Aida (qui ne fut joué au Caire que fin 1871) à Giuseppe Verdi. Tout de suite après cette inauguration, le canal devient le cœur des rivalités franco-britanniques.
En 1875, la dette extérieure de l'Égypte la contraint à vendre ses parts à prix d'aubaine – – au Royaume-Uni qui veut retrouver son influence sur la route des Indes.
En 1882, après la guerre anglo-égyptienne, les Britanniques remplacent les Ottomans comme tuteurs du pays. Ils parviennent ainsi à prendre le contrôle du canal.
Afin de remédier aux querelles des puissances sur le canal de Suez, le , la convention de Constantinople affirme la neutralité du canal, déclaré « libre et ouvert, en temps de guerre comme en temps de paix, à tout navire de commerce ou de guerre, sans distinction de pavillon ».
Durant la Première Guerre mondiale, les Britanniques et les Français négocient les accords Sykes-Picot qui divisent le Moyen-Orient en zones d'influence : la France obtient un protectorat sur la Syrie et le Liban, le Royaume-Uni sur la Palestine, la Jordanie et l'Égypte.