vignette|Idola Saint-Jean en photo avec des suffragettes au Québec en 1922.|276x276px
Au Bas-Canada, entre 1791 et 1849, les femmes, comme les hommes, propriétaires terriens, pouvaient voter. Au Québec, le droit de vote des femmes a été accordé par le gouvernement d'Adélard Godbout le . Bien que les Québécoises possédaient déjà le droit de vote au niveau fédéral depuis 1918, c'est à partir de cette date qu'elles pouvaient désormais s'exprimer lors des élections québécoises« Depuis hier soir, le suffrage féminin est devenu loi dans la province de Québec », Le Devoir, 26 avril 1940, p. 6. Adopté à l'Assemblée législative le , le projet de loi sur le droit de vote des femmes a été ratifié par le Conseil législatif le suivant. Ce droit de vote est devenu valable à compter du . Ainsi, les premières Québécoises à pouvoir voter furent les électrices des circonscriptions de Saint-Jean et d'Huntingdon, lors des élections partielles du . Par la suite, toutes les femmes du Québec purent s'exprimer pour la première fois lors des élections générales de 1944..
L'obtention de ce droit pour les femmes du Québec fut le résultat d'un combat de longue haleine mené par différentes générations de féministes depuis la fin du ..
Histoire Le droit de vote des femmes au Bas-Canada (1791-1849) vignette|Débats sur les langues lors de la première Assemblée législative du Bas-Canada le (par Charles Huot).|gauche
En 1791, le territoire de la province de Québec est séparé en deux colonies : le Haut-Canada et le Bas-Canada. Dans ce contexte de réforme des institutions politiques, un nouveau régime parlementaire est mis en place. Le Bas-Canada est ainsi doté de son propre parlement, formé de représentants élus. Toutefois, l’Acte constitutionnel ne précise pas que le droit de vote doit être réservé uniquement aux hommes. Les femmes obtiennent donc, par le fait même, le droit d’élire des députés.
À partir de 1827, le suffrage féminin commence à semer la controverse au Bas-Canada. Graduellement, un mouvement d'opposition s'installe. En 1849, le Canada-Uni retire définitivement le droit de vote aux femmes, à la suite d'un projet de refonte de la loi électorale par le Parti réformiste..
Le suffrage féminin au Bas-Canada Suivant la création de l’Assemblée du Bas-Canada, certains habitants obtiennent le droit de vote afin d’élire des députés. Pour avoir ce droit, une personne doit remplir trois conditions : être un adulte âgé de plus de 21 ans ; être un sujet britannique ; être propriétaire d’une maison ou d’une terre, ou être locataire et avoir payé un minimum de 10 livres sterling de loyer sur un an.
Puisqu'il n’est pas nécessaire d’être un sujet masculin afin d’avoir le droit de vote, les femmes qui répondent aux trois conditions préalables peuvent ainsi voter et élire des députés de la même manière que leurs concitoyens masculins..
Selon l’historienne Denyse Baillargeon, la majorité des femmes qui répondent à ces critères s’inscrivent dans l’un des profils suivants : les femmes célibataires de plus de 21 ans ; les veuves ; les femmes mariées vivant en séparation de biens, ou vivant séparées de leurs maris..
À la différence des femmes du Haut-Canada qui possèdent le même droit de suffrage, les femmes du Bas-Canada sont plus nombreuses à exercer leur droit de vote. Cette tendance s’explique par le fait que la coutume de Paris (le Code civil appliqué au Bas-Canada) est plus généreuse à l’égard des droits de propriété des femmes que la common law (le Code civil appliqué dans le Haut-Canada)..
Selon les données de l’historienne Nathalie Picard, 857 femmes exercent leur droit de vote entre 1791 et 1849. Parmi celles-ci, 74 % sont veuves ou célibataires. Environ 60 % d’entre elles sont francophones et votent majoritairement pour le Parti canadien, puis pour le Parti patriote.. L’enquête de Picard révèle aussi que 32 femmes autochtones, majoritairement des femmes veuves mohawks vivant à Sault Saint-Louis (Kahnawake), ont voté à l'élection de 1824, et que ces dernières avaient également une préférence pour le Parti canadien..
L’opposition au suffrage féminin et l’abolition du droit de vote des femmes À partir de 1827, le suffrage féminin commence à susciter la controverse au Bas-Canada.. Lors des élections qui ont lieu cette année-là, presque aucune femme ne se présente au bureau de vote du comté de Montréal-Est, et les deux seules qui s’y présentent font face à un fort mouvement d’opposition des candidats. En 1828, des électeurs de la Haute-Ville de Québec lancent une pétition adressée à la Chambre d’assemblée, dans laquelle ils dénoncent le fait que le vote d’une veuve ait été rejeté parce qu’elle est une femme. La même année, une autre pétition est lancée afin de contester le résultat de l’élection dans la circonscription de William-Henry (Sorel).. Les pétitionnaires y soutiennent que des veuves, femmes mariées et filles auraient voté illégalement pour Wolfred Nelson, et que le vote de ces dernières aurait été instrumentalisé par le parti politique.
vignette|droite|En 1832, l’élection partielle de Montréal-Ouest se déroule dans un climat particulièrement agité. Selon l’historienne Bettina Bradbury, il existe un lien de causalité entre le déroulement de cette élection et la mise en place d’une première loi retirant le droit de vote aux femmes deux ans plus tard.
Dans un article publié dans les pages du Quebec Mercury en , un journaliste exprime que les femmes ne devraient pas posséder le droit de vote. Plusieurs arguments soutiennent son propos, dont l’idée que cette responsabilité qui s’accompagne forcément d’une préoccupation pour les affaires publiques induit forcément les femmes à délaisser une partie de leurs responsabilités domestiques. De plus, ce même journaliste soutient que le suffrage féminin va forcément emmener les femmes à s’impliquer en politique, et que ce phénomène nuirait au bon fonctionnement de la chambre d’assemblée en raison, notamment, des grossesses et de l’inévitable attirance sexuelle qui s’installerait entre les députés. Somme toute, cet article soutient qu’il existe une profonde incohérence entre les attributs féminins et les responsabilités qui accompagnent l’exercice des droits citoyen..
Au début des années 1830, le débat s’envenime encore plus, et le droit de vote des femmes commence à être sérieusement remis en question sur la place publique. L’un des arguments majeurs des opposants au suffrage féminin soutient que les électrices sont inévitablement manipulables, et leur droit de vote ne s'exerce pas en toute connaissance de cause. Les femmes sont identifiées comme des personnes vulnérables qu’il faut protéger de l’agression.. De plus, selon l’historienne Denyse Baillargeon, « l’appui des femmes devient un argument supplémentaire pour dénigrer le candidat du parti adverse en prétendant que celui-ci est si désespéré qu’il doit compter sur le vote féminin.. »
En 1834, une loi contre le droit de vote des femmes est adoptée à l’unanimité par la Chambre d’assemblée du Bas-Canada. Cette loi mentionne que : « […] depuis et après la passation de cet Acte, aucune fille, femme ou veuve ne pourra voter à aucune élection dans aucun comté, Cité ou Bourg de cette province. ».
En 1836, pour des raisons qui ne concernent pas la question du suffrage féminin, cette loi est abrogée. Cependant, bien que les femmes aient légalement eu le droit de voter entre 1836 et 1849, il est estimé que seule une douzaine de femmes ont réellement exercé leur droit de vote lors de cette période.. En 1849, le Parti réformiste procède à un projet de refonte de la loi électorale, et le droit de vote des femmes est définitivement retiré.. Si l’adoption de cette loi se fait simplement et sans réelles controverses, selon l’historienne Denyse Baillargeon, les femmes elles-mêmes ne se sont pas prononcées sur cette loi « ni collectivement ni individuellement. ».
Le mouvement des femmes (1880-1910) Entre 1880 et 1910, les villes du Québec sont marquées par l’expansion rapide du capitalisme industriel.. L’industrialisation et l’urbanisation des grands centres entraînent de profondes modifications au sein des rapports sociaux, et un large pan de la population s’appauvrit de manière significative. Devant cette accentuation des inégalités sociales, plusieurs femmes issues de la bourgeoisie mettent sur pied des associations caritatives vouées à lutter contre la misère urbaine et les maux qui en découlent (mortalité infantile, insalubrité des logements, exploitation des ouvrières, etc.). Ainsi, cette période connait un réel « mouvement de fondation d’organismes de charité. ». Cependant, ce mouvement caritatif s’accompagne d’une nouvelle conception de l’action sociale : les femmes bourgeoises ont maintenant l’ambition de lutter contre la misère de manière systémique, et non plus de manière ponctuelle et individuelle. Parce qu’elles visent à mettre sur pied des réformes et des mesures applicables à l’ensemble de la société, elles ont besoin de travailler de concert avec le corps politique. Rapidement, elles prennent conscience des limites qui leur sont imposées aux niveaux politique, social et juridique. C’est ainsi qu’en 1880, une toute première association féminine revendique le droit de vote, soit la Women’s Christian Temperance Union de Montréal, une association féminine chrétienne vouée à la lutte contre l’alcoolisme. D’autres associations féminines appuient le suffrage féminin durant cette période, telles que le Montreal Local Council of Women et la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. Toutefois, l’omniprésence d’une idéologie bien ancrée dans les mœurs et coutumes de l’époque empêche la mobilisation pour le suffrage féminin de gagner en ampleur, soit l’idéologie des sphères séparées.
Le militantisme politique des femmes bourgeoises vignette|Vers la fin du et au début du , les villes du Québec évoluent au rythme du capitalisme industriel. Un large pan de la population vit dans la pauvreté et l’exclusion sociale. Plusieurs associations caritatives sont donc mises en place par des femmes bourgeoises afin de lutter contre cette nouvelle « misère urbaine ». Sur cette photographie, une maison située dans le quartier Griffintown, à Montréal, en 1903.|gauche
La période allant de 1880 à 1910 se caractérise par l’omniprésence et l’engagement social des femmes bourgeoises dans l’espace public.. Lors des deux dernières décennies du , le nombre d’associations féminines montréalaises double. Au début du , on en dénombre quelques centaines – la grande majorité de ces associations étant alors orientées vers l’objectif de faire œuvre caritative..
L’engagement des femmes de l’élite dans des œuvres charitables n’est pas un phénomène unique à cette période. En effet, les femmes issues de la bourgeoisie et des classes moyennes étaient déjà engagées, depuis le début du siècle, dans bon nombre d’activités philanthropiques. Selon l’historienne Denyse Baillargeon, faire œuvre de charité était alors perçu comme une responsabilité sociale que l’élite se devait d’honorer, en plus d’être vue comme une preuve concrète de la foi. Au sein de l’élite bourgeoise, l’action philanthropique est principalement prise en charge par les femmes.
La grande majorité des associations caritatives fondées durant cette période ont l’objectif commun de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. En effet, les grandes villes du Québec vivent alors au rythme du capitalisme industriel, ce qui entraîne d’importantes transformations au niveau des rapports sociaux, en plus d’appauvrir une grande partie de la population. Parmi les nouveaux maux et problèmes sociaux qui émergent dans les centres urbains et industriels, les problèmes de santé publique occupent une place significative. Cette nouvelle « misère urbaine » attire donc l’attention des philanthropes féminines qui, influencées par le mouvement de réforme urbaine, développent une toute nouvelle conception de l’action sociale..