La campagne de France est la dernière phase de la guerre menée par la Sixième Coalition contre l'Empire français, qui se déroule de fin à , et pendant laquelle tente d'arrêter l'avancée en France des troupes de la coalition, et de conserver son trône. Face à des forces coalisées très supérieures en nombre, l'armée française se compose largement de jeunes recrues ; les vétérans ayant péri dans la campagne de Russie de 1812 et la campagne d'Allemagne de 1813. Napoléon remporte plusieurs victoires mais ne peut empêcher les principales armées coalisées, entrant par les frontières du nord et de l'est, de converger vers Paris tandis que d'autres avancent dans le sud-ouest et la vallée du Rhône. Après l'entrée des troupes prussiennes et russes dans Paris, l'empereur abdique le et part en exil à l'île d'Elbe.

Préparatifs de l'affrontement

Napoléon, qui a franchi le Rhin à Mayence le , arrive à Saint-Cloud le 9. La situation financière est critique : le conseil des Finances, tenu le , prévoit pour l'année 1814 un budget de de francs dont 672 pour les seules dépenses militaires. La corruption et le détournement de fonds sont endémiques et les fournitures souvent surfacturées. Le , Napoléon tient un conseil des ministres et cherche un moyen d'augmenter les recettes fiscales. Une augmentation des droits sur le tabac serait impraticable. La vente des biens communaux pourrait rapporter mais encore faut-il trouver des acheteurs. Par un décret impérial daté du , le prix du sel est augmenté de par kilogramme, et sont ajoutés à l’impôt sur les portes et fenêtres, afin de tenter de renflouer les caisses de l'État. Les caisses de la Couronne ne contiennent plus que et Napoléon se résigne à en ajouter prélevés sur sa fortune personnelle. Il ordonne à Mollien, ministre du Trésor, de verser immédiatement une avance de au syndicat des entrepreneurs de l'habillement. Le 14, il déclare au Sénat : .

Le , à Francfort, le ministre autrichien Metternich convainc les ministres de la Coalition d'envoyer à Napoléon une offre de paix, les propositions de Francfort. Le diplomate français Auguste de Saint-Aignan, qui avait été capturé en Saxe par les cosaques, est envoyé les porter à Napoléon qui reçoit Saint-Aignan le , mais ne se hâte pas d'envoyer un plénipotentiaire pour ouvrir les discussions. Caulaincourt et d'Hauterive sont chargés de rendre compte de ces propositions aux commissions des deux chambres, mais l'Empereur refuse que le rapport de Saint-Aignan soit montré aux parlementaires. On a parlé à Saint-Aignan de limiter la France à ses , terme ambigu qui permet toutes les spéculations..

Le , la révolte de la Hollande, qui chasse l'administration française, prive la France d'une importante source de revenus tout en ouvrant une large brèche sur sa frontière du nord. La Hollande et la Belgique ont pratiquement cessé de payer des impôts et de fournir des conscrits, et ceux qui sont dans les rangs français désertent en masse.

Le , un sénatus-consulte lève un contingent de et rappelés des années 1804 à 1807, dont doivent être déployés immédiatement, les autres quand l'ennemi aura franchi la frontière, s'ajoutant à ceux de la précédente mobilisation du printemps 1813. Il prévoit aussi la levée de sur la classe de 1815 mais ceux-ci, trop jeunes, ne doivent pas être engagés immédiatement. Le même jour, un autre sénatus-consulte arrête que le Sénat et le conseil d'État assisteront à l'ouverture du Corps législatif, prévue pour le .

Le , les Alliés, n'ayant pas reçu de réponse satisfaisante à leurs propositions, publient une proclamation destinée à l'opinion française où ils réclament l'indépendance de la Hollande, de l'Allemagne et de l'Italie tout en se disant . On ignore si leurs propositions de paix avaient une chance d'aboutir ou n'étaient qu'une manœuvre destinée à présenter Napoléon comme seul responsable de la poursuite du conflit.

Le , Napoléon signe le traité de Valençay avec Ferdinand VII, roi d'Espagne, prisonnier en France depuis 1808 : l'empereur rétablit la dynastie des Bourbons d'Espagne en détrônant son propre frère Joseph Bonaparte. Il espère mettre fin à la guerre d'indépendance espagnole qui menace sa frontière pyrénéenne. En fait, les Cortes de Madrid, qui assurent le pouvoir dans les régions libérées d'Espagne, refuseront de ratifier ce traité signé sous la contrainteC.-G. de Koch, Histoire abrégée des traités de paix entre les puissances depuis la paix de Westphalie, t. 3, Bruxelles, 1838, p. 304-307 .

Le même jour, le , Napoléon mobilise dans la Garde nationale mobile ; ils doivent être tirés au sort dans chaque commune, en plus de la conscription de l'armée.

À partir du , les armées de la coalition se mettent en mouvement vers la France : l'armée du Nord de Bernadotte, principalement russe et prussienne, par la Hollande ; l'armée de Silésie, russe et prussienne, commandée par Blücher, par la Rhénanie, la Lorraine et l'Alsace ; la Grande armée, à dominante autrichienne, commandée par Schwarzenberg, à travers la Suisse qui se déclare neutre, vers Bâle ; l'armée du Sud, vers Genève et la vallée du Rhône.

Napoléon prévoit que rejoindront l'armée des Pyrénées, celle d'Italie et iront à la Grande Armée dans le nord-est de la France. En fait, le calcul est faussé par le nombre croissant des insoumis et déserteurs, le double compte d'hommes déjà enrôlés et le recrutement de la Garde nationale dont les hommes, en principe, sont exemptés du service dans les troupes de ligne. Dans six départements du nord-est, la mobilisation doit être suspendue en raison de l'avance ennemie ; dans trois départements du nord et , elle est également reportée en raison de la résistance de la population et du manque d'armes et d'équipements. Beaucoup de jeunes hommes mobilisables se cachent ou recourent à l'automutilation pour échapper au service. En tout, sur la classe de 1813-1814 et sur celle de 1815 manquent à l'appel.

Le manque de chevaux de cavalerie ou de trait est tout aussi dramatique après les hécatombes de 1812 et 1813. En décembre, Napoléon envisage le retrait de chevaux du théâtre espagnol pour renforcer les défenses du Rhin et d'Italie ; dans l'immédiat, il ordonne l'achat immédiat de chevaux à livrer aux dépôts de Douai, Metz, Mayence et Strasbourg et, le , ordonne aux préfets de recenser tous les chevaux valides : en fait, la plupart des chevaux détenus pour l'usage civil n'ont plus l'âge et les qualités requises pour l'armée. Les selles, le harnachement, le fourrage manquent. Les maquignons en profitent pour faire monter leurs prix : le ministre Pierre Daru calcule qu'il faudra 2,5 millions de francs pour remplir la commande dans un délai de trois mois. À Strasbourg, le , Grouchy ordonne la réquisition urgente de 800 chevaux ; à Nancy, il somme la municipalité d'avancer francs pour le ferrage. Les chevaux, souvent en piètre condition physique, mal nourris et mal équipés, ne tiennent généralement pas plus de six semaines. La situation s'aggravera au printemps 1814 : la réquisition des chevaux de charrette, halage et messageries compromet l'activité économique sans suffire aux besoins de l'armée.

Le , l'Empereur prend la parole lors de l'ouverture de la session du Corps législatif pour demander . Le Corps législatif critique directement la volonté de Napoléon de continuer les combats dans son rapport (fait par Lainé le ), et en vote l'impression à la majorité de .

Le , la commission du Sénat fait son rapport à l'Empereur en se rangeant à l'avis de poursuivre la guerreCette assemblée approuvait tous les sacrifices que l'on pourrait demander, mais dans le seul but de la paix : .

Le , Napoléon interdit l'impression du rapport Lainé, et fait fermer les portes de la salle des séances. L'Empereur témoigne à son conseil d'État la douloureuse impression qu'il a ressentie à la lecture du rapport de la commission du Corps législatif, qu'il regarde comme injurieuse à sa personne et attentatoire à son autorité.

Le même jour, les coalisés franchissent le Rhin en deux points, par le pont de Bâle et sous Mayence.

Le , les divers corps constitués se rendent aux Tuileries pour offrir, suivant la coutume, leurs hommages de l'an au chef de l'État. Napoléon apostrophe violemment le Corps législatif venu pour son audience de congé.

Pour compléter les mesures de mobilisation dont le rendement est inférieur aux prévisions, un décret du ajoute un appel de dans la Garde nationale sédentaire, chargée du maintien de l'ordre et de la chasse aux réfractaires sous le nom de « cohortes urbaines ». En principe, il n'est plus possible aux citoyens riches de payer pour s'exempter ; en fait, les dispenses seront nombreuses. Le même décret du permet la création, dans les départements menacés, de corps francs constitués de volontaires servant à leurs frais et qui mèneront une guerre de partisans sur les arrières de l'ennemi en se payant sur le butin. Des groupes se forment par endroits, notamment autour de Saint-Dizier. Le , un nouveau décret fait appel aux vétérans et aux invalides à qui on demande de contribuer à l'entraînement des recrues et au service de l'artillerie. Enfin, une fois les hommes recrutés, il faut les armer et les équiper alors que les précédentes campagnes ont vidé les arsenaux.

Les forces en présence

+ État des troupes françaises à la fin de 1813 Armée Commandant Nombre d'hommes Garnisons des places au-delà du Rhin, Louis Nicolas Davout Armée des Pyrénées d'AragonSoult et Suchet Armée franco-italienne sur l'Adige, garnisons en Italie, en Dalmatie, etc.Eugène Grande arméeNapoléon Total

Dans ce nombre ne sont pas compris les nationaux rendus mobiles par le sénatus-consulte du . Un décret du prescrit que des légions, composées de compagnies de grenadiers et de chasseurs de la Garde nationale, seraient formées dans les départements de l'Aisne, du Loiret, de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise, levée destinée à concourir à la constitution d'une armée de réserve en avant de Paris. Le département de Seine-et-Oise était imposé à une légion donnant un effectif de et chasseurs (, de )..

+ État approximatif des forces des coalisés en 1813–1814 Armée Commandant Nombre d'hommes Grande armée alliéeSchwarzenberg Armée de SilésieBlücher Armée du NordBernadotte Réserves allemandes en formation Corps hollandaisGuillaume d'Orange Corps anglais en BelgiqueGraham Réserves autrichiennes se réunissant sur l'Inn Réserves russes se formant en Pologne Troupes employées aux blocus et aux sièges en Allemagne Armée autrichienne en ItalieBellegarde Armée des Pyrénées, composée de Britanniques, Espagnols, Portugais, SiciliensWellington Total

Dans cette énumération ne sont pas compris les Landwehr, les Landsturm en Allemagne, les guérillas en Espagne, ni les troupes de Murat, ni un corps de Britanno-Siciliens. En comparant entre eux les deux tableaux ci-dessus, il est facile de présenter quel sera le résultat de la campagne qui va s'ouvrir, si l'on considère surtout que les corps français n'ont encore reçu qu'une organisation incomplète, et que leurs rangs sont remplis aux deux tiers par des conscrits à peine adolescents, et peu ou point exercés au maniement des armes.

Les Autrichiens, au nombre de , pénètrent en France le ; les Russes et les Prussiens passent le Rhin ; une armée formidable, commandée par Bernadotte et composée de Suédois, Russes, Prussiens, Britanniques, est destinée à envahir l'Empire par la Belgique.

Le retournement de Murat thumb|droite|redresse=0.8|Joachim Murat, roi de Naples. Le , une convention provisoire a été conclue entre Joachim Murat, roi de Naples, et le Royaume-Uni : elle établit un armistice dont l'expiration sera ratifiée trois mois à l'avance. Le 11, Murat conclut un traité d'alliance avec l'Autriche, par lequel il s'engage à fournir à la coalition, moyennant quoi ses États en Italie lui sont garantis ainsi qu'à ses héritiers.

La défection de Murat paralyse l'action de l'armée d'Italie aux ordres du prince Eugène de Beauharnais, qui par là se trouve placé entre deux feux.