Les Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps est une œuvre du philosophe allemand Edmund Husserl considéré comme le père de la phénoménologie. Lʼouvrage de Husserl fut édité par son assistante Edith Stein en 1916, et publié en 1928 par son élève Martin Heidegger. La traduction française est de Henri Dussort et la préface de Gérard Granel. L'ouvrage est scindé en deux parties, la première correspondant à des développements autour des conférences sur le temps prononcées en 1905 et une seconde qui regroupe des additifs et compléments à cette première analyse. La première partie correspondant au corps principal est elle-même divisée en trois sections précédée d'une introduction. L'introduction réduite à deux paragraphes, pose les questions de méthode. La première section, assez courte elle aussi, comporte, l'exposition et la critique de la théorie du temps de Franz Brentano. La deuxième section, contenant plus directement la reprise des Leçons de 1905 sur la conscience du temps est de beaucoup la plus développée, comme le laisse prévoir son titre « Analyse de la conscience du temps. ». La troisième et dernière section du livre fait du « flux de la subjectivité absolue », le lieu où l'ouvrage tout entier prend sa signification métaphysique..
Mouvement général du texte Comme le note Lazlo Tengelyi, dans sa contribution à l'ouvrage collectif consacré à l'étude du livre de Husserl., . Pour Gérard Granel, Husserl cherche à conquérir dans cet ouvrage une . Dès le § 1 la mise hors circuit du temps objectif dégage le terrain pour la phénoménologie alors que par ailleurs, la pensée sur le temps de Franz Brentano va fournir le point de départ de l'analyse husserlienne. Dans une première étape Husserl cherche à démonter par le biais de la phénoménologie les divers phénomènes participants à la constitution de la conscience du temps. Le recours aux notions de rétention et de protention va permettre de rendre compte du phénomène de durée. À travers l'étude des « tempo-objet » Husserl va étayer ce qu'il appelle la thèse de la continuité de principe du phénomène de l'écoulement du temps. La troisième et dernière section ambitionne de parcourir systématiquement les divers degrés de sa constitution. Husserl va y distinguer dans leur systématicité, trois niveaux dont le dernier appelé flux absolu de la conscience est l'origine du temps des vécus et du temps objectif.
Introduction En introduction, Husserl rappelle quelques principes généraux de la phénoménologie et les caractères spécifiques de leur application au phénomène du temps.
Renaud Barbaras., citant Husserl, note que toute approche phénoménologique commence par une « réduction », c'est-à-dire, dans ce cas, une . Pour Paul Ricœur., . Ce qui est exclu sous l'expression de temps objectif, c'est le temps du monde et des horloges afin de mettre à nu la « durée », toujours prise au sens d'intervalle, de laps de temps écrit Husserl relevé par Paul Ricœur-.- lire en ligne.
Husserl explicite la « réduction » du temps à l'aide d'exemples tirés du mode de « réduction » de l'espace ainsi que de celui de la qualité.. Comme le souligne Emmanuel Housset. . L'exclusion du temps objectif, du temps du monde nous laisse le phénomène du comme temps immanent du cours de la conscience. C'est à ce temps immanent qu'il revient à travers son présent de , c'est-à-dire qu'il lui revient d'unifier à travers le présent de la conscience absolue, les trois modalités du temps mondain (voir Husserl §1 et Rudolf Bernet lire en ligne).
Au deuxième paragraphe de l'introduction, Husserl caractérise ainsi son approche : rappelle Rudolf Bernet lire en ligne-.La «conscience du temps» investiguée par Husserl est le pur temps des vécus, c'est-à-dire «temps apparaissant», temps immanent du cours de la conscience- lire en ligne. À noter que écrit Rudolf Bernet. Husserl montre que la division classique du temps (passé, présent, futur) n’est pas un donné originaire mais dérive de la structure temporelle de nos vécus, ce qui est impensable si on ne met pas au premier plan lego.
Ce sont donc les « purs vécus » du temps qui sont visés, c'est-à-dire des vécus qui ne sont insérés dans aucune réalité. , précise Husserl.. , écrit Renaud Barbaras et donc de mettre à jour des caractères d'actes du vécu de conscience .Husserl parle -..
La théorie de Brentano Husserl consacre la deuxième section de son livre à la critique de son ancien maître Franz Brentano-.. La doctrine de Franz Brentano sur l'origine du temps, aurait comporté un rapporte Renaud Barbaras.. La question qui aurait été justement abordée concerne écrit Gérard Granel..
Le paragraphe §3 aborde la question du caractère successif du temps. Parce que il est nécessaire d'élucider comment une continuité (mélodique par exemple) est intuitionnée. Dans l'écoute d'une mélodie un Son qui disparaîtrait sans laisser de trace ne donnerait pas une mélodie alors qu'à l'inverse si tous les sons étaient conservés dans la conscience nous n'aurions qu'une cacophonie. Il faut que à la fois le Son passé demeure afin que la succession soit perçue, mais qu'il ne demeure pas lui-même sans quoi il n'y aurait pas succession.. Or, note Emmanuel Housset.-.. Husserl retient de Brentano l'idée de lier au présent la modification du passé. Il en rejette néanmoins l'interprétation psychologique. Faisant appel à l'imagination, cette théorie transforme, par exemple, en illusion la perception réelle d'une mélodie.-..
La conscience du temps Avec cette deuxième section Husserl entreprend de démonter le mécanisme de constitution de la conscience du temps. Le terme de « constitution » est à comprendre au sens fort sur la base de l'opposition entre le « constituant » et le « constitué ». L'expérience de la durée Dans le cours du § 6 Husserl affirme . Cette thèse à savoir de « l'unité de la conscience du présent et du passé » doit cependant être confortée par une analyse de la structure temporelle fondamentale..
Avec le § 7 débute l'analyse de la conscience du temps par la critique de l'approche traditionnelle-.. Contre la tradition, Husserl, s'efforce de conquérir une conception temporelle de la conscience-.. Pour lui, la perception d'un « objet temporel » comporte en elle-même de la temporalité.Ainsi du Son qui écrit Paul Ricœur-..Husserl veut étendre, avec la « rétention et la protention », la conscience du « maintenant ».. Dans ce paragraphe, il aborde la notion complexe de traduit par « objet temporel » ou avec Gérard Granel: « tempo-objet ». .-.. Un Son, qui par définition dure, est par excellence, le domaine d'application de cette définition de l'« objet temporel »Renaud Barbaras résume la description de Husserl ainsi: -.. La perception d'un seul et même Son, c'est-à-dire une seule et même durée se donne à travers une série de présents nouveaux. De cette expérience, il ressort que ..
La constitution de la durée Les § 8 et 9 poursuivent la description des « tempo-objets ». Ceux-ci ne sont pas quelque chose qui apparaît mais la façon dont est donné le perçu, des modes de l'apparition.. Lorsqu'il y a « tempo-objet », qui peut être, soit ..
C'est de ce phénomène d'appréhension des « tempo-objet » que Husserl va tirer sa compréhension de ce qu'il appelle la « conscience constitutive du temps ».. Au § 10, Husserl pose par ces célèbres diagrammes la thèse de la continuité de principe du phénomène de « l'écoulement du temps ».-..
Alors que pour certains l'appréhension des moments successifs (cheminement, passage éloignement) ne serait possible que par une qui les uniraient temporellement, Husserl avance l'hypothèse que des successions discontinues peuvent être rassemblées dans un acte d'appréhension ayant une unité (exemple de la mélodie)..
Revenant à l'exemple du Son, le § 11 définit comme « point -source » le premier moment de l'apparition du Son. La conscience unit ce que l'analyse distingue, à savoir d'un côté le moment présent du Son caractérisé par un renouvellement incessant, de l'autre côté le moment tout juste passé ; autrement dit, le présent « en chair et en os » se change en passé et en cédant sa place, passe dans la « rétention »Husserl apporte la précision suivante : -.. .-..
Du § 11 au § 29, se succèdent selon le regroupement effectué par Gérard Granel, .
Temporalité de la perception On doit à Gérard Granel le regroupement sous le titre de « temporalité de la perception » de l'ensemble des thèmes couverts par les paragraphes 12 à 33 dans lesquels sont traités les phénomènes de « rétention» et de « protention » ainsi que du « souvenir », conçu comme « conscience de l'avoir-été-perçu »..
À partir du § 12, Husserl décrit l'entrelacement des principaux « vécus » impliqués dans la « conscience intime du temps ». Le premier de ces vécus et le plus important, serait le phénomène de la « rétention » dont il est dit .. Paul Ricœur., traducteur des Ideen I note dans la préface de ce livre . Selon le résumé de Rudolph Bernet dans Revue philosophique de Louvain lire en ligne : . Rétention et protention ne doivent pas être confondues avec remémoration et attente, elles ne sont pas des actes intentionnels autonomes, mais des moments non-indépendants de tout acte intentionnel accompli dans le présent. De même, il ne faut pas confondre la rétention avec la résonance.. Au § 13 Husserl professe que toute « rétention » est nécessairement précédée d'une perception et donc d'une impression originelle correspondante, chaque phase rétentionnelle constituant un point du continuum du temps.
À noter que .. Gérard Granel. parle de « conscience au passé » et non de « conscience du passé » pour souligner le caractère purement intentionnel de cette conscience rétentionnelle sans contenu réel.
La constitution de la conscience du temps lire en ligneRudolf Bernet résume ainsi ce qu'est pour Husserl la conscience intime du temps : lire en ligne. Les prédicats temporels tels que « maintenant », « auparavant », « successivement », « simultanément » ne s'appliquent pas à la conscience absolue elle-même, mais seulement aux objets temporels immanents tels que les vécus intentionnels de perception lire en ligneOn notera avec Paul Ricœur, malgré la mise hors circuit du temps objectif, l'homonymie persistante entre -.. Il y a un sens spécifique note Jocelyn Benoist. à viser temporellement les objets. .
Assimilée à une intentionnalité cette conscience intime, s'ajoute aux formes d'intentionnalité jusque-là répertoriées (perception, imagination, signification)- lire en ligne.
Les degrés de la constitution du temps Dans la troisième section Husserl entreprend .. Pour Emmanuel Housset .. Pour Paul Ricœur le véritable sens de l'entreprise husserlienne n'apparaîtrait que dans cette section selon Claude Romano.
Husserl distingue (§ 34) trois niveaux qui dérivent les uns des autres en vertu d'un rapport de fondation écrit Renaud Barbaras.. Outre le niveau des choses et de leur changement dans le temps objectif lire en ligne résume-.. Comme le souligne Renaud Barbaras .
Au § 35 Husserl souligne la différence entre les unités constituées et le flux constitutif ; d'un côté l'identité maintenue dans le changement, de l'autre .. , s'interroge Rudolf Bernet. Comme le souligne Renaud Barbaras, ce flux, en tant qu'il est pur changement ne possède pas de durée, il est un maintenant toujours nouveau qui surgit sans cesse et est retenu dans les maintenant qui suivent d'une manière dégradée.
Au § 36 Husserl tente une première caractérisation des phénomènes « constitutifs » du temps-.. Husserl reconnaît le caractère inapproprié de la notion de flux. Nous ne pouvons nous exprimer qu'à travers la succession d'objets constitués alors même que ce flux n'a rien de temporellement objectif.. écrit Rudolf Bernet reprenant le texte même d'Husserl.
Au § 37 Husserl distingue : la conscience (le flux), l'apparition (l'objet immanent), l'objet transcendant qui tout autant que l'objet immanent n'est pas un contenu primaire. écrit Husserl.