Le La police et les médias avaient d'abord indiqué « entre les et », Ján Kuciak, journaliste slovaque, et sa compagne Martina Kušnírová ont été assassinés dans leur résidence de Veľká Mača, un village situé à de Bratislava, dans le district de Galanta.. Cet événement a entraîné les manifestations les plus importantes depuis la révolution de Velours, et une crise politique qui aboutit à la démission du président du gouvernement Robert Fico et de deux de ses ministres.
L'homme d'affaires Marian Kočner est inculpé en pour avoir ordonné le meurtre du journaliste.. Le , Miroslav Marček, un ancien militaire, avoue avoir exécuté les assassinats.
Contexte Avant ces meurtres, trois journalistes ont été assassinés en raison de leur activité dans l'Union européenne depuis 2008. — ce qui ne compte pas ceux qui sont morts dans l'attentat contre Charlie Hebdo, ni le meurtre de la journaliste suédoise Kim Wall qui n'était pas directement lié à son travail. Les assassinats de Kuciak et se produisent trois mois après celui de Daphne Caruana Galizia en , qui est le précédent cas d'une journaliste européenne tuée en raison de son métier.
C'est la première fois qu'un journaliste est tué en Slovaquie depuis que le pays a rejoint l'Union européenne en 2004. Toutefois, deux disparitions inexpliquées de reporters ont eu lieu dans le pays en 2008 et 2015.
Les assassinats se produisent un peu plus d'un mois après l'arrestation de présumés de la 'Ndrangheta le ..
Victimes et raisons de l'assassinat Ján Kuciak enquêtait fréquemment sur les affaires de corruption dans les milieux d'affaires et politiques. Il avait déjà enquêté sur un cas de fraude fiscale qu'aurait commise Ladislav Bašternák, le propriétaire d’un complexe immobilier dans lequel réside Robert Fico, alors président du gouvernement slovaque. En 2017, il avait déposé une main courante contre Marián Kočner, un autre homme d'affaires qui avait également acquis un appartement dans cet immeuble, avant de le revendre. Il avait également enquêté sur Miroslav Bödör, un autre oligarque proche du pouvoir, et sur Robert Kaliňák, le ministre de l'Intérieur.
Peu de temps avant son assassinat, Kuciak affirmait sur Facebook avoir été menacé de mort par Marián Kočner, et avoir porté plainte auprès de la police, mais que celle-ci ne lui avait jamais répondu.
Ján Kuciak enquêtait pour le compte de Aktuality.sk, le site web d'investigation du tabloïd numéro 1 du pays, Nový čas, sur des soupçons de fraude fiscale et de corruption envers des hommes d'affaires proches de politiciens slovaques. La police soupçonne que sa mort soit directement liée à cette enquête.. En effet, Kuciak enquêtait sur des liens entre la 'Ndrangheta — la mafia calabraise — et des hommes politiques slovaques. Tom Nicholson, un journaliste d’investigation anglo-canadien connaissant très bien la Slovaquie, a indiqué aux médias du pays que Kuciak travaillait récemment sur des soupçons de fraude en rapport avec des fonds structurels européens, organisée par la mafia italienne, dans l’est de la Slovaquie.
Le , Ján Kuciak et Martina Kušnírová sont abattus par balle dans la maison qu'ils envisageaient de reconstruire pour y vivre ensemble et se marier. Leurs corps sont retrouvés sur place le , après que la mère de Martina Kušnírová eut donné l'alerte.
Enquête Le gouvernement promet un million d'euros à toute personne fournissant des informations permettant de trouver les assassins.
Le , sept hommes d'affaires italiens que Kuciak citait dans le brouillon de son dernier article sont arrêtés à Michalovce, dans l'Est de la Slovaquie.. Il s'agit d'Antonio Vadala et de plusieurs membres de sa famille que Kuciak soupçonnait de liens avec la mafia calabraise ‘Ndrangheta.. Le même jour le procureur italien de Catanzaro en Calabre, Nicola Gratteri, déclare sur une radio italienne « il est vraisemblable que derrière l’homicide se trouvent des familles calabraises. Il est évident que la 'Ndrangheta est capable de faire ces choses (...) La 'Ndrangheta est enracinée, pas seulement dans toute l’Italie mais aussi dans des pays européens comme l’Allemagne, la Suisse et aussi en Europe de l’Est, outre la Slovaquie également en Bulgarie et en Roumanie. La 'Ndrangheta est en train de s’étendre vers l’Est. Elle va là où il y a du pouvoir, de l’argent à gérer, des opportunités à saisir ». Le , les sept Italiens sont relâchés...
Le , Antonio Vadala est de nouveau arrêté, avec 16 autres personnes.. Mais ces arrestations se font après qu'un tribunal de Venise a lancé un mandat d'arrêt européen dans le cadre d'une affaire de trafic de drogue avec l'Amérique du Sud et de blanchiment d'argent, pas directement en lien avec l'enquête sur les assassinats. L'Italie a demandé l'extradition de Vadala.
En , l'homme d'affaires Marián Kočner, l'un des principaux suspects car il avait menacé Kuciak de mort sur Facebook peu de temps avant son assassinat, est placé en détention pour soupçons de fraude, mais à ce moment cela n'est pas encore lié à l'assassinat. Le , huit suspects sont interpellés. Ces arrestations auraient pu avoir lieu grâce à des photos prises par un satellite américain qui survolait la scène du crime au moment des meurtres. Les suspects seraient les exécutants des assassinats mais pas les commanditaires. Le , quatre de ces personnes sont inculpées des assassinats ou de complicité d'assassinats : Tomáš Szabó, un ancien policier soupçonné d'avoir assassiné Kuciak et Kušnírová, Miroslav Marček soupçonné d'avoir servi de chauffeur, Zoltán Andruskó qui aurait servi d'intermédiaire, et Alena Zsuzsová, une ancienne interprète de Kočner, qui aurait servi d'intermédiaire et qui aurait versé pour faire assassiner Kuciak. À l'occasion des inculpations, un autre reporter du quotidien Sme dit avoir été également menacé de mort par Kočner peu de temps après la mort de Kuciak.
Le , quatre personnes supplémentaires sont inculpées des assassinats de Kuciak et Kušnírová, dont Marián Kočner lui-même, accusé d'avoir commandité les meurtres. À cette occasion, Peter Bardy, l'ex-rédacteur en chef de Kuciak, dit que Kočner l'avait menacé au téléphone en 2017 après la publication d'une enquête de Kuciak qui l'impliquait. Le , un ancien militaire inculpé depuis dénommé Miroslav Marček avoue le meurtre. Selon ses aveux, le commanditaire serait bien Marián Kočner, propriétaire de sociétés immobilières et qui avait menacé le journaliste un an avant son meurtre.
Conséquences vignette|Mémorial improvisé en hommage à Ján Kuciak et à sa compagne Martina Kušnírová sur la place du Soulèvement national slovaque à Bratislava en . Plusieurs démissions au sein du gouvernement slovaque ont lieu après les meurtres de Kuciak et Kušnírová. Le , le ministre de la Culture Marek Maďarič démissionne en expliquant : « Franchement, en tant que ministre de la Culture, je ne peux supporter qu'un journaliste ait été assassiné alors que j'étais en fonctions ».. Ensuite, le secrétaire du Conseil national de sécurité Viliam Jasan et une assistante du président du gouvernement, , démissionnent le temps de l'enquête car le dernier article de Kuciak pointaient leurs liens avec l'un des hommes d'affaires italiens arrêtés avant leur entrée au gouvernement..
Le ministre de l'Intérieur Robert Kaliňák est soupçonné d'entrave à la justice dans une affaire de corruption présumée.. Une plainte a été déposée par Vasil Spirko du bureau du procureur spécial qui supervise l'enquête. Kaliňák et l'ancien ministre des Finances Ján Počiatek auraient reçu à plusieurs reprises des commissions allant jusqu'à d'euros lors d'appels d'offres sur des services et matériels informatiques pour le ministère de l'Intérieur.
Le parti minoritaire Most-Híd a demandé les démissions du ministre de l’Intérieur Robert Kaliňák et du chef de la police . Mais, entre cette demande et les démissions, la coalition au pouvoir s'en retrouve ébranlée. Le , le président Andrej Kiska dit envisager un remaniement profond du gouvernement ou des élections anticipées afin de mettre fin à la crise politique née des assassinats.
Ces assassinats déclenchent en mars une vague de manifestations dans toute la Slovaquie contre la corruption et contre la politique de Robert Fico, et quelques-unes en Tchéquie.. La manifestation du à Bratislava réunit , ce qui en fait la plus grande manifestation qui ait eu lieu dans la capitale depuis la révolution de Velours de 1989.. Malgré leur ampleur, elles se déroulent sans incident.
Robert Kaliňák annonce à son tour sa démission le .. Il est imité deux jours plus tard par Robert Fico..
Le , Peter Pellegrini est chargé de former un nouveau gouvernement. Le , Pellegrini devient officiellement président du gouvernement slovaque.
Réactions vignette|Manifestation en hommage à Ján Kuciak et Martina Kušnírová le . Le président du gouvernement Robert Fico — bien que connu pour ses déclarations extrêmement violentes et ses insultes envers les journalistes — dénonce les deux assassinats ainsi :
La députée d'opposition Veronika Remišová réagit :
Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, condamne les meurtres et écrit sur Twitter : . Il ajoutera, lors de l'ouverture de la session plénière du Parlement européen du : .. Après son discours, les eurodéputés respectent une minute de silence.
Transparency International réagit : .
Reporters sans frontières a vivement condamné ce meurtre..
Manifestations Les meurtres ont entraîné de très importantes manifestations, dont les plus grosses de l'Histoire de la Slovaquie depuis la Révolution de Velours de 1989.
Le , un millier de personnes manifestent devant le siège du gouvernement. Parmi eux, Arpád Soltész, un journaliste slovaque et ancien collègue de Kuciak, qui déclare à l'AFP : . Le , des manifestations en mémoire de Ján Kuciak et de Martina Kušnírová ont lieu dans toute la Slovaquie, réunissant des milliers de personnes dont à Bratislava. Parmi les slogans des manifestants, l'on peut lire « Journalistes, n'ayez pas peur, nous sommes avec vous ! ». Le président slovaque Andrej Kiska participe à la manifestation de Bratislava, et y organise une minute de silence. Des nouvelles manifestations sans incidents ont lieu dans toute la Slovaquie le , et quelques-unes en République tchèque, pour protester contre la corruption et la politique de Fico ; à Bratislava, défilent, ce qui en fait la plus grande manifestation de l'histoire de la ville depuis la révolution de Velours de 1989.
Une nouvelle manifestation rassemble le dans la capitale slovaque, deux jours après que Fico a annoncé son départ du pouvoir. Les organisateurs du rassemblement appellent à la tenue d'élections anticipées, tandis que les manifestants scandent , en référence au nom du parti au pouvoir dirigé par Robert Fico..
Le plus de manifestent à Bratislava pour exiger la démission de Tibor Gašpar, le chef de la police nationale..
Le , défilent à Bratislava et dans trente-six villes et villages pour commémorer le premier anniversaire des assassinats.
Les assassinats de Kuciak et de Kušnírová ont fortement discrédité le SMER, déjà usé par une décennie de pouvoir, jouant probablement ainsi un rôle majeur dans la victoire de la candidate écologiste, progressiste et libérale Zuzana Čaputová, du parti Slovaquie progressiste, à l'élection présidentielle slovaque de 2019 (qui devient alors la première femme présidente de Slovaquie).
Le , une manifestation pour commémorer les 2 ans du double assassinat a lieu à Bratislava, réunissant 15 000 personnes.
Procès