Le Groupe spécial de garde républicaine mobileGarde républicaine mobile (GRM) est l'ancienne désignation de la gendarmerie mobile avant la Seconde Guerre Mondiale. était une unité blindée de la Gendarmerie nationale françaiseLe mot « gendarmerie », lorsqu'il désigne l'organisme d’État à caractère unique, e.g. dans les expressions « la Gendarmerie » ou « la Gendarmerie nationale », prend une majuscule comme cela est préconisé dans les conventions typographiques de Wikipédia, notamment au § « Organismes uniques » et au § « Unités militaires » ; dans les autres cas, il garde la minuscule, comme pour la « gendarmerie mobile » ou les « forces de gendarmerie implantée à Versailles-Satory entre 1933 et 1940.

Basé à proximité de Paris, il constituait une réserve gouvernementale prévue pour les situations de crise où les forces classiques de maintien de l'ordre se révéleraient insuffisantes, mais le recours à l’armée, excessif.

Constitué de deux compagnies de chars et d'une compagnie d'automitrailleuses, le groupe, doté de matériels anciens, fut surtout utilisé pour la formation au combat blindé des personnels de la Gendarmerie et de l'Armée de terre. Il participait également aux missions habituelles de la garde républicaine mobile et notamment aux opérations de maintien de l'ordre et de police de la route. L'unité s'était également spécialisée dans les missions de sécurité (notamment les escortes).

Initialement appelé Groupe spécial autonome de garde républicaine mobile, il fut rattaché en à la de garde républicaine mobileCollectif, Histoire de la Maréchaussée et de la Gendarmerie (guide de recherche) sur le site du Service Historique de la Défense (voir lien externe ci-dessous) . et fut donc simplement rebaptisé Groupe spécial de garde républicaine mobileCertains textes mentionnent l'appellation de Groupe spécial blindé mais cette désignation ne semble pas officielle. Les documents officiels du groupe mentionnent soit Groupe spécial, soit Groupe Spécial de la Légion de Garde républicaine mobile. .

À la déclaration de guerre, le groupe fournit une grande partie du personnel du de chars de combat de la gendarmerieÉgalement appelé Bataillon de chars de la gendarmerie ( BCG) ou, pour l'armée de terre, de chars de combat ( BCC). Voir également l'article détaillé : 45e bataillon de chars de combat de la gendarmerie pour d'autres appellations (BC-G, BCLG etc.), unité blindée constituée de personnels de la Gendarmerie et de l'Armée de terre et qui s'illustra lors la Bataille de France.

Après cette création, le groupe spécial retrouva son indépendance et son appellation de groupe spécial autonome, et devint le dépôt de guerre du BCCGProcès-verbal de formation du Groupe spécial autonome de GRM de Satory le avril 1940. Service historique de la Défense (SHD). Carton GD 2007 ZM 1/7034 consulté le 26 février 2018. Pendant une brève période précédant cette autonomie, le groupe avait été détaché de la Légion de GRM et rattaché à la .. Replié dans le sud-ouest, il fut finalement dissout le .

Après la Libération, la Gendarmerie reconstitua dès une unité blindée qui, après de nombreux changements d'appellation, est devenue depuis 1991 le Groupement blindé de gendarmerie mobile actuel.

Missions, organisation et engagements Missions Unité blindée entraînée pour le combat, le Groupe spécial remplit dans la pratique plusieurs types de missions : Missions communes à toutes les formations de la garde républicaine mobile : maintien de l'ordre Collectif, Histoire de la Gendarmerie mobile d'Ile-de-France, Volume I, Éditions SPE-Barthelemy, Paris, 2007 police de la route Clément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, p 37. escortes et missions de sûreté : escortes judiciaires, missions de protection de sites etc. Clément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, pp 23-24. Missions spécifiques au groupe spécial : formation spécialisée à l'emploi des blindés pour les personnels de l'Armée de terre et de la Gendarmerie Clément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, pp 79 et suivantes escorte et surveillance des matériels militaires nouveaux testés au camp de Satory Clément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, pp 24-25. escorte motocyclistes au profit de la Présidence de la République et du gouvernement Clément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, p 24

Organisation et moyens

Autonome lors de sa création, puis placé à partir de 1934 sous les ordres du commandant de la Légion de Garde républicaine mobile, le groupe spécial est composé comme suit:

état-major, comprenant une section de commandement et une section d'atelier; compagnie de chars dotée de 18 chars Renault FT répartis en trois pelotons de six chars (quatre avec canon de et deux avec mitrailleuse de )Clément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, p 22, compagnie de chars dotée de 18 chars Renault FT répartis en trois pelotons (même composition de ceux de la compagnie), compagnie d'automitrailleuses de combat, composée elle-même de 4 pelotons, et qui est successivement équipée d'automitrailleuses Panhard-Schneider P16, puis à partir de 1937, Citroën-Kégresse P28 et enfin, en 1938 White TBCClément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, pp 22 et 87-88.

Par ailleurs, le groupe et ses compagnies sont très largement dotés en moyens de transport : motoclyclettes, voitures, camions et camions porte-chars. Par exemple, en 1935, la compagnie de chars dispose de 68 véhicules de tous types (chars, autos etc.) pour un effectif de 75 gardes.

Le groupe spécial de Satory met d'ailleurs également en œuvre à partir de 1935 un peloton de motocyclistes chargé d’assurer l’escorte du Président de la République et des hautes personnalités françaises et étrangères. Cette unité, qualifiée de peloton d'escorte présidentielle dans les documents du groupe, n'est pas organique mais est constituée de personnels prélevés ponctuellement dans les diverses compagnies de l'unité. Elle est l’ancêtre de l’actuel escadron motocycliste de la garde républicaine.

Une unité particulière : le groupe spécial dans le contexte des années 1930 Statut militaire, emploi militaire et policier La création d'une unité blindée, au sein d'une force dont la mission est de maintenir l'ordre en reculant au maximum l'usage de la force peut apparaître paradoxaleClément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, p 43 mais doit être analysée dans le contexte des années 1930 : Dotée d'une direction indépendante au sein du ministère de la Guerre depuis 1920, la Gendarmerie vient par un décret du d'être « rétrogradée » (du moins au yeux de certains), au niveau d'une Sous-direction au sein de la Direction du Contentieux, de la Justice militaire et de la Gendarmerie Xavier Borda, Institution militaire, Directeur civil - La question du commandement supérieur de la Gendarmerie dans l'entre-deux-guerres, in Jean-Noël Luc (dir.) Soldats de la Loi, Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne (PUPS), 2010, pp. 90 et suivantes.. Dans le même temps, un débat interne se produit au sein de l'arme entre ceux qui voient de plus en plus son avenir comme celui d'une force essentiellement policière et ceux qui, constatant que la Gendarmerie a été tenue à l'écart des combats pendant la Première Guerre mondiale, tiennent à la fois à affirmer son statut militaire, à restaurer sa capacité de force combattante et à explorer le potentiel des blindés apparus lors de ce conflitGeorges Philippot (Général), La Garde républicaine mobile dans l'Est de la France (1935-1940), pp 136-142.. La création du groupe spécial anticipe d'ailleurs sur un mouvement de remilitarisation de la Gendarmerie qui se produira à partir du milieu des années 1930, avec notamment l'attribution d'un rôle plus important pour la garde républicaine mobile dans la participation à la défense du territoire et à la formation des personnels de l'Armée de terre. Deux circulaires parues à ce sujet en 1935 traiteront respectivement de l'instruction militaire pour la gendarmerie départementale et pour la garde républicaine mobile Georges Philippot (Général), La Garde républicaine mobile dans l'Est de la France (1935-1940).

Rappel sur la Garde républicaine mobile

La garde républicaine mobile (GRM), créée par décret du , est organisée comme une subdivision d'arme à part entière de la Gendarmerie en 1927Loi du 16 juillet et décret du 24 septembre 1927.. Elle est constituée de pelotons, compagnies, groupes (de compagnies) et légions. Les pelotons sont à pied ou à cheval. Une compagnie groupe habituellement trois pelotons, qui ne sont pas nécessairement de même nature (par exemple un peloton à cheval et deux pelotons à pied), et ne sont pas tous nécessairement implantés dans la même ville (notamment en province). Certaines compagnies ne comptent que deux pelotons alors que d'autres en comptent jusqu'à cinq. Les pelotons sont requisL'emploi de la garde républicaine mobile, force militaire de catégorie, nécessite à l'époque une réquisition, établie par l'autorité civile. individuellement pour les missions de maintien de l'ordre. Un groupe de compagnies compte habituellement trois ou quatre compagnies et une légion trois ou quatre groupes. En 1939, la GRM compte 14 légions, 54 groupes et 167 compagnies regroupant 285 pelotons à pied, 156 pelotons à cheval et 51 pelotons motocyclistes en métropoleBenoît Haberbusch. Tableau récapitulatif : La Gendarmerie au septembre 1939 in Collectif, Histoire de la Maréchaussée et de la Gendarmerie - Guide de recherche - Service Historique de la Défense. .

Engagements du groupe spécial au maintien de l'ordre En tant qu'unité de GRM, le groupe participe pleinement aux missions de maintien de l'ordre qui sont la raison d'être de cette subdivision, mais avec une particularité. En effet, alors qu'une compagnie "normale" de la GRM fournit autant de pelotons pour le maintien de l'ordre qu'elle compte de pelotons organiques (en général trois), une compagnie du groupe spécial, du fait de son effectif réduit et de ses nombreuses tâches d'entretien et de formation, ne peut fournir qu'un seul peloton de marche Clément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, pp 23 et 55-56En général, dans les forces armées françaises, une unité (régiment, bataillon etc.) est dite "de marche" lorsqu'elle est constituée temporairement, souvent à partir d'éléments divers n'appartenant pas nécessairement à la même formation organique, pour accomplir une mission particulière pendant une période donnée , constitué d'environ trente personnels prélevés dans l'ensemble de la compagnie. Ces pelotons de marche sont identifiés comme CC1, CC2 et CC3 (CC, qui veut dire, compagnie de chars est également utilisé pour le peloton fourni par la compagnie, bien qu'elle soit équipée d'automitrailleuses).

Par ailleurs, l'unité ne sera jamais engagée dans une opération de maintien de l'ordre avec ses blindés. Ainsi, par exemple, lors des événements du 4 février 1934, le groupe est mis en alerte mais ne déploie pas ses blindés dans la capitaleClément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, Introduction et p 57.

La mise en œuvre des blindés