vignette|upright=1.7|Flutiste et danseuses (Thèbes, tombeau du scribe Neb-Amun, 1370 avant J-C). Les danseuses sont nues. Le flutiste porte un vêtement typique plissé et un cône de graisse sur sa perruque, qui fond progressivement en libérant du parfum. Tous portent des bijoux et des perruques. vignette|Statue en basalte de - époque Ptolémaïque. L'histoire de la nudité répertorie les comportements humains par rapport à la nudité dans les différentes cultures à travers l'Histoire.

La nudité fait partie intégrante de la vie quotidienne de nombreuses civilisations anciennes (Égypte Antique, Grèce Antique) ou contemporaines (les tribus d’Amérique du Sud et certains peuples Africains). Elle a été acceptée et tolérée dans la plupart des cultures pour la toilette, la baignade, les loisirs (notamment les activités sportives) et les pratiques religieuses (voir Skyclad).

Si le port de vêtements est la norme dans la plupart des sociétés contemporaines, la nudité reste aujourd'hui acceptée dans le cercle familial, pour les loisirs (nudité temporaire dans un vestiaire ou sur une plage, entre autres) et dans les endroits réservés au naturisme, ou encore dans un contexte médical (examen, accouchement, ).

Période paléolithique Les peaux d'animaux et les végétaux se décomposant facilement, il n'y a pas de preuves archéologiques du moment et de la manière dont les vêtements se sont développés. De récentes études sur les poux suggèrent que les vêtements sont devenus courants dans la société humaine il y a , ce qui pourrait signifier que pendant près de d'existence, l'Homo Sapiens n'a utilisé aucun vêtement. Ce point fait encore débat parmi les scientifiques : certains anthropologues pensent que l'Homo habilis et même l'Homo erectus ont pu utiliser des vêtements, il y a un million d'années ou davantage.

Les anthropologues pensent que les peaux d'animaux et la végétation ont été utilisés comme protection contre le froid, la chaleur et la pluie, surtout lorsque les humains ont colonisé de nouvelles régions du monde. Ils ont également pu être conçus pour servir aux rituels religieux ou magiques, pour marquer les différences de rang social et de valeurs, ou simplement servir à des fins esthétiques.

Dans l'Égypte antique Dans l’Égypte Antique, la nudité était la norme pour les hommes et les femmes des classes modestes (domestiques et esclaves), les travailleurs ayant besoin de liberté de mouvement (par exemple les agriculteurs) et pour les artistes pendant les festivités (musiciens, danseurs, acrobates). Les enfants restaient nus jusqu'à la puberté, quel que soit leur milieu social.

Les personnes des classes moyennes et supérieures portaient des vêtements (pagnes, tuniques et robes) en lin, le seul textile utilisé dans l’Égypte Antique. Ces vêtements étaient de plus en plus fins selon l'élévation sociale de la personne, les vêtements des nobles pouvant être totalement transparents (y compris ceux du Pharaon, de son épouse et leur entourage). Le kalasiris, une robe extrêmement fine portée par les femmes, en est un exemple.

Des inscriptions sur des tablettes d'argile retrouvées à Amarna attestent que le pharaon Akhenaton, son épouse Néfertiti et leurs enfants restaient couramment nus à l'intérieur du palais royal et dans les jardins : ils attribuaient à la nudité une valeur spirituelle importante et des bienfaits pour leur santé. Les personnages officiels, l'entourage de la famille royale ainsi que leurs serviteurs, pouvaient faire de même. Cette coutume a été successivement supprimée et réhabilitée par les différentes familles royales.

D'autres cultures antiques considéraient les coutumes égyptiennes comme humiliantes, comme l'attestent des bas-reliefs ou des textes de l'époque, par exemple ce passage] de la Bible hébraïque : .

Grèce antique vignette|Jeunes Minoens nus pendant un combat de boxe (fresque de l'île grecque de Santorin) Dès l'époque Archaïque, la Grèce antique a eu une fascination particulière pour la beauté et l'esthétique, que ce soit pour les tenues vestimentaires ou pour la nudité. Ce respect pour le corps humain faisait partie d'un ensemble de valeurs plus vaste (intérêt pour la philosophie et les arts, respect de la nature). Les Grecs considéraient la nudité comme valorisante et étaient conscients de ce trait culturel spécifique, notant que . Ils ont alors considéré l’interdiction de la nudité comme une répression, l’expression de la tyrannie.

Dans la Grèce antique, la nudité des hommes et des garçons – et des femmes et des filles, dans une moindre mesure – faisait partie intégrante des pratiques religieuses et sportives, primordiales dans la vie quotidienne des Grecs.

Sparte est probablement la première Cité-État de la Grèce antique où la nudité s'est généralisée pour la majorité des exercices physiques (réservés aux hommes et auxquels aucun spectateur ne pouvait assister). Les femmes Spartiates étaient parmi les rares femmes Grecques à pouvoir assister librement à ces exercices.

La nudité dans les cérémonies religieuses était également courante en Grèce Antique. Les femmes Spartiates étaient nues pendant certaines processions (pratique censée valoriser leur beauté et leur santé, et encourager les hommes partis à la guerre). Les vêtements cérémoniels exposaient parfois le corps de leurs porteurs. La statue de la Moscophoros (le porteur de veau), un vestige archaïque de l'Acropole d'Athènes, représente un jeune homme portant un veau sur ses épaules, probablement vers un autel sacrificiel. Un morceau de tissu est posé sur ses épaules, couvrant le haut des bras et l'avant des cuisses, qui néanmoins expose ses organes génitaux.

En ce qui concerne l'art, de très nombreuses représentations d’athlètes nus ont été retrouvées : sculptures, mosaïques, peintures et décorations sur les vases. Les femmes et les déesses étaient représentées habillées pendant la période Classique, à l'exception d'Aphrodite. Les Grecs accordaient une grande importance aux figures mythologiques d'Apollon et d'Héraclès, souvent représentés comme des athlètes. La sculpture grecque montrait les hommes complètement nus, tandis que le concept de Venus Pudica (partiellement nue) est apparu ensuite (voir Victoire de Samothrace). Les représentations érotiques étaient courantes et considérées comme normales. gauche|vignette|Un kouros, représentation Archaïque de l'Homme parfait. Certains écrivains et historiens modernes ont émis l’hypothèse que la nudité, omniprésente dans l’art de la Grèce Antique, était seulement une convention artistique, et qu’il était impossible que la nudité soit aussi bien acceptée par une civilisation. Ce point de vue est attribué à la pudibonderie de l’époque Victorienne, appliqué de façon anachronique à l’Antiquité.

La honte de la nudité semble avoir été un peu plus importante dans le reste du monde antique, à l'exception de l'Amérique du Sud, l'Afrique et l'Australie. Cependant les témoignages sont nombreux à propos de la nudité utilisée pour impressionner l'ennemi pendant le combat. Polybe écrit à propos des Celtes : .

Lors des Jeux Olympiques et Panhelléniques, la nudité de tous les participants était obligatoire pour les disciplines de combat (boxe, lutte, pancrace - l'absence de protection facilitait les mouvements des adversaires), les courses à pied (stadion, course de relais), le pentathlon (composé d'épreuves de lutte, de stadion, de saut en longueur, de lancer du javelot et de lancer de disque). Des représentations de courses de chars où les concurrents sont nus ont également été retrouvées par les archéologues.

Plusieurs mythes expliquent cette tradition de la nudité dans les sports en Grèce Antique. L’un de ces mythes est la performance athlétique d’Orhippos de Mégare, qui perdit son pagne en tissu pendant le stadion des 15èmes Jeux Olympiques, en 720 avant Jésus-Christ, ce qui lui donna plus de vitesse que ses concurrents et lui permit de remporter la course. Une variante plus tragique de ce mythe affirme qu'un athlète perdit son pagne, glissa dessus et se tua, justifiant l'interdiction de tout vêtement.

Il existe d’autres explications plus spirituelles : par exemple, la nudité de l’athlète pouvait être le moyen de rendre hommage aux Dieux et au corps humain qu’ils avaient conçu (presque tous les Jeux Olympiques ont eu lieu en même temps que des fêtes religieuses). Un athlète vainqueur pouvait servir de modèle pour les sculptures des Dieux, exposées ensuite dans des temples : c’était un immense privilège qui leur permettait d’accéder à une forme d’immortalité.

La nudité des athlètes était aussi un moyen de dissuader de toute tricherie, un tricheur avéré pouvant être fouetté par les arbitres (souvent des dignitaires religieux). Il était fréquent pour punir un délinquant de le déshabiller partiellement ou totalement et lui infliger des châtiments corporels en public. Dans certains systèmes juridiques Européens, les châtiments corporels, sur les fesses notamment, ont persisté au-delà de l'époque féodale, soit uniquement pour les mineurs (pratique controversée qui persiste aujourd'hui dans un cadre privé) soit uniquement pour les adultes. Dans la Bible, il est dit que l'empire Romain mettait souvent les prisonniers à nu pour les humilier. vignette|Exemple typique d'une Aphrodite de Cnide Rome antique vignette|Stèle romaine représentant un guerrier dans une Cuirasse musculaire, mettant en valeur le corps masculin. L’attitude des Romains par rapport à la nudité a différé de celle des Grecs. Les Romains voyaient le port de vêtements comme marqueur d’un bon statut social et considéraient la nudité dans un cadre public comme une caractéristique de l'esclavage ou de la pauvreté. La désapprobation de la nudité en public à Rome avait pour origine la pression sociale, mais pas une lutte contre les désirs sexuels inappropriés ou une gêne face à l’exposition du corps.

Le poète Ennius (239-169 avant Jésus-Christ), a écrit . Le consul Cicéron se moqua de Marc Antoine apparaissant quasiment nu lors de sa participation aux fêtes Lupercales, bien que l’absence de vêtements ait été nécessaire aux rituels.

La toge portée par un citoyen adulte était un signe de distinction et de prestige. À l’inverse, les prisonniers de guerre se voyaient retirer une partie ou la totalité de leurs vêtements avant qu’ils soient vendus comme esclaves (ce qui permettait à l’acheteur d’inspecter le corps de l’esclave à la recherche de qualités ou de défauts, et de symboliser à l’esclave qu’il n’était plus propriétaire de son corps).

Les Romains qui ont participé aux Jeux Olympiques ont sans doute suivi les coutumes grecques qui imposaient la nudité pendant les épreuves. La nudité athlétique à Rome existait également mais le début de cette pratique n’a pas été daté avec certitude : on estime qu’elle a été introduite au et que cette règle n’a pas été suivie de façon régulière, jusqu’à 60 après Jésus-Christ, pendant le règne de Néron. Le Rétiaire (l’un des différents types de gladiateurs) était parmi les moins vêtus des gladiateurs, et combattait à visage découvert, comme signe de virilité.

L’art Grec a également eu une influence sur l’art romain. Les héros de guerre et les dieux ont été représentés nus à partir du Quand les statues de généraux Romains nus (à la manière des rois Hellénistiques) ont commencé à apparaître, elles ont été jugées choquantes non pas pour la nudité, mais parce que la représentation d’un dieu, ou la glorification d’un héros, étaient contraires aux idéaux Républicains. Dans l'art produit sous le règne d'Auguste, l'adoption du style Hellénistique a apporté d’autres significations et symboles à la représentation du corps.