Abū-Muḥammad Muṣliḥ al-Dīn bin Abdallāh Shīrāzī (en ), mieux connu en Occident sous le nom de Saadi (\sɑ.di\« La voyelle a doublée se prononce a long dans les noms suivants : […] Saady ou Sadi (câdi), poëte persan, siècle. […] » M.-A. , Traité complet de la prononciation française dans la seconde moitié du , Wilhelm Mauke, Hambourg, 1871, seconde édition entièrement neuve, ) ou Sadi (en ), né à une date incertaine, possiblement vers 1210, et mort probablement en 1291 ou 1292, est l'un des plus grands poètes et conteurs persans.
Il est l'auteur du Golestan (« Jardin de roses »), du Boustan (« Jardin de fruits ») et du Livre des conseils., mais aussi de poèmes lyriques. Il est reconnu comme moraliste et pour son style, dont la clarté et la simplicité ont favorisé la traduction et la diffusion de son œuvre au-delà de son pays natal.
Contexte L'époque que connaît Saadi est mouvementée : le califat abbasside s'effondre, la Perse est envahie par les MongolsHenri Massé, Essai sur le poète Saadi, 1919 (lire en ligne), , Bagdad est mise à sac en 1258. Des souverains prennent leur indépendanceHenri Massé, .. La province du Fars est dominée par les atabegs salghurides, qui s'émancipent de la tutelle seljouqide et résistent un temps à la domination mongole. Le premier atabeg de la dynastie prend le pouvoir en 1148 et fait de Chiraz sa capitale..
Politique Saadi serait né sous le règne du troisième atabeg de la dynastie salghuride, Mouzaffar ed Din Toukla ou Tekla, monté sur le trône en 1175 ou 1178Henri Massé, ..
Le règne de l'atabeg est agité : il doit faire face aux attaques de l'atabeg d'Azerbaïdjan puis à une révolte menée par un cousin. À sa mort, Saʿd 1er(Abou Chouja Saʿd) s'engage dans une guerre de succession contre Ṭoḡrel ibn Sonqor qui lui conteste le pouvoir. Pendant son absence lors d'une campagne militaire, Chiraz est brièvement occupée et mise à sacHenri Massé, .. Lors d'une bataille contre le Khwarezm, il estL fait prisonnier. Il meurt probablement en 1226. Puis son fils, , lui succède. Ce dernier est celui des atabegs du Fars qui règne le plus durablement. Il se soumet à l'autorité mongole et reçoit le titre de Qutluḡ Khan. Le Fars connaît alors un épisode de paix.
Le petit-fils de Gengis Khan Hūlāgū Khan progresse en Perse ; en gage de soumission, Abu Bakr lui envoie son fils Saʿd comme otage. Il meurt en 1260. Sa mort coïncide avec le début du déclin de la dynastie. Son fils lui succède mais n'a pas le temps de régner : il meurt quelques jours après son père, avant d'avoir pu rejoindre Chiraz.
Les règnes de Mohammad I et Mohammad II sont marqués par la corruption et les intrigues. Selyuk Shah meurt exécuté. La princesse Abish Khatun, seule descendante, est l'héritière. Elle est mariée à un khan mongol, ce qui leur permet désormais d'exercer une influence directe. Des désordres à Chiraz leur fournissent un prétexte pour l'emprisonner. Elle meurt en 1286, et avec elle se termine la dynastie salghuride. Chiraz est désormais sous la domination de la dynastie ilkhanide.
Saadi a écrit un poème pour déplorer la chute de Bagdad. Il adresse des conseils au gouverneur de Chiraz Amir et des poèmes au chancelier Shams-al-Din Ḥosayn ʿAlakāni.
Ce contexte politique explique les déplacements de Saadi. Il a pu avoir aussi une influence sur la vision du monde de Saadi et lui inspirer un certain détachement, voire une forme de fatalismeHenri Massé, ., ainsi que le sentiment de la précarité de la vie, l'idée qu'il faut s'accommoder des aléas de la fortune, composer avec les puissants et se contenter de ce que l'on aR. Davis. « Saʿdi » in The encyclopædia of islam, vol. 8, ..
Culture Ces souverains, surtout à partir de Saʿd I, s'entourent de savants et d'artistes, dont Saadi. C'est en leur hommage que Saadi s'est donné ce nom. A-t-il voulu se référer plutôt à Saʿd I ou Saʿd II ? Peut-être qu'il a exprimé ainsi sa fidélité à la dynastie dans son ensemble.
La poésie classique persane est née aux de la rencontre de la poésie en pehlavi et de la littérature arabo-musulmane.. Ferdowsi est célèbre pour sa poésie épique héroïque. Ensuite, au , la poésie évolue vers un style plus mystique : Mowlavi, contemporain de Saadi, témoigne de l'introduction des thèmes du soufisme dans la littérature. Sanaï invente et codifie ces genres que sont le qaṣīdah (ode panégyrique), et le ghazal (poésie qui mêle lyrisme romantique et mysticisme).. La qasida atteint son apogée avec Anvari et Khaqani au . Le déclin des empires peut expliquer que les poètes, qui ne bénéficient plus de la protection de mécènes, sont moins enclins à écrire des éloges. La qasida recule, tandis que de nouveaux genres font leur apparition : l'épopée romantique (Nizami et son Khamsa), et l'épopée didactique ou éthique (Sanaï). Le ghazal, qui convient mieux à l'expression de l'émotion personnelle, plus adapté en ces temps difficiles, connaît un succès croissantJan Rypka. « Poets and prose writers of the late saljuq and mongol periods » in The Cambridge history of Iran, vol. 5, chap. 8, .. Il se distingue, par sa sobriété, des qasidas dithyrambiques. Il est adopté par le soufisme, qui connaît son apogée aux ..
On distingue le , qui domine au , caractérisé par la qasida ou panégyrique. En réaction contre l'arabisation de la Perse, il remet la langue persane à l'honneur. Roudakî, Anvari, Attâr, Sanâ’ï, et Ferdowsî sont les grands représentants de cette période.. Puis le style iraquien prend le dessus au . Des mots arabes font leur réapparition dans une poésie plus sophistiquée, dont les thèmes privilégiés sont le mysticisme, l’édification morale et l’expression des sentiments, en particulier par le biais du ghazal. Sa’adi, Jalal ed-Din Rumi, Hafez et Jami en sont les grandes figures.
Les invasions ont pour effet que les centres culturels, situés auparavant dans le nord, se déplacent vers le sud de la Perse. C'est ainsi que Chiraz devient une capitale culturelle importanteJan Rypka. «Poets and prose writers of the late saljuq and mongol periods » in The Cambridge history of Iran, vol. 5, chap. 8, ..
Biographie
On sait peu de choses de sa vie avec certitudeJan Rypka. « Poets and prose writers of the late saljuq and mongol periods » in The Cambridge history of Iran, vol. 5, chap. 8, p. 594.. Les historiens de son époque donnent peu d'informations sur lui, de sorte qu'il a fallu se contenter de celles qu'il livre lui-même dans son œuvre. Mais certaines de ces données autobiographiques sont historiquement impossibles.. Même son nom fait l'objet de doutes, puisque Saʿdi est un surnom qu'il s'est probablement donné lui-mêmeHenri Massé, ..
Enfance et formation Saadi serait né à Chiraz, en Perse, vers 1210. Pour d'autres, il serait né beaucoup plus tôt, en 1184. Sa date de naissance ne fait pas l'unanimité, parce qu'elle est inférée à partir des seules données dont on dispose sur sa vie : celles que nous livre Saadi dans ses textesHenri Massé. Essai sur le poète Saadi, .. Or, l'une des anecdotes du Golestan, qui met en garde contre les mensonges des voyageursSaadi. Golestan, I, 32 ou 33 selon les éditions., peut être lue comme un avertissement lancé avec humour par le poète, qui a lui-même beaucoup voyagé.
Son père, dont il évoque le souvenir dans ses écrits, meurt alors qu'il est enfantAlors qu'il avait 12 ans, d'après Jan Rypka, p. 595.. Cet événement lui inspire sans doute la compassion qu'il exprime à l'égard des orphelinsAdel Khanyabnejad, p. 14.. Il connaît une enfance pauvre et difficile, cela ne l'empêche pas cependant de goûter aux plaisirs de l'amourHenri Massé, .. Il quitte sa ville natale très jeune pour se rendre à Bagdad, encore alors le grand centre culturel, afin d'obtenir une meilleure éducation. Il est admis à l'université de al-Nizamiyya, fondée par Nizam al-Mulk, où il excelle dans les sciences islamiques, le droit, l'histoire, la littérature arabe et la théologie, de 1196 à 1226, à supposer qu'il soit né en 1184Henri Massé, et 37.Karl Hermann Ethé. « Sa‘dī » in Encyclopædia Britannica, vol. 23, 1911. [lire sur en.wikisource.org]. Il aurait suivi l'enseignement d'un certain Ibn al-Jawzi« Mon vénéré mentor Sheikh Abu al Faraj Shams-uddin bin Jauzi » (Saadi. Le jardin de roses, II, 19. Albin Michel, p. 87).. Il est peu probable qu'il s'agisse d'Ibn al-Jawzi l'ouléma hanbalite mort vers 1200, mais peut-être plutôt de son petit-fils Sibt ibn al-Jawzi. Il a pu aussi suivre les leçons du soufi Sohrawardi, comme il l'indique dans le Boustan. Du maître, il retient ces deux conseils : « Ne vis pas dans la société des méchants ; ne sois pas indulgent envers toi-mêmeCité par Henri Massé, .. »
Voyages Les voyages sont une étape dans l'initiation des soufis. Mais Saadi a aussi dû s'adapter à la situation politique du FarsAdel Khanyabnejad, p. 19.. Les désordres suivant l'invasion mongole de Khwarizm et de la Perse l'amènent à pérégriner pendant une trentaine d'années en Anatolie (il visite le port d'Adana et rencontre des propriétaires Ghazis près de Konya), en Syrie (il mentionne la famine à Damas), en Égypte (il évoque sa musique et ses bazars, son élite et ses religieux), en Irak (le port de Bassora et le Tigre). Il fait aussi référence au Sind (dans l'actuel Pakistan), à l'Inde (précisément Somnath, où il rencontre des brahmanes) et à l'Asie centrale, où il rencontre des survivants de l'invasion mongole. Il fait également les pèlerinages à la MecqueHenri Massé, ., Médine et à Jérusalem. À cause de la domination mongole, Saadi vit dans des régions désertes, rencontre des caravanes, se protégeant tant bien que mal dans des lieux parfois très hostiles. Capturé par les armées des Croisades à Acre, il est esclave sept années durant avant d'être libéré par les Mamelouks. Il semble que toutes ses rencontres (bandits, imams, intellectuels, gens du peuple…) aient contribué à sa vision du monde et à son inspiration, en l'aidant à prendre conscience de la relativité des choses et de la variété des points de vue. Durant cette période, il se serait marié deux foisAdel Khanyabnejad, p. 21..
Mais ces récits autobiographiques sont à prendre avec précaution : l'usage de la première personne peut relever de l'effet rhétorique, destiné à rendre plus vivant le récit, et non témoigner d'une information objective. Que ses voyages l'aient conduit jusqu'en Inde est par exemple douteuxJan Rypka. « Poets and prose writers of the late saljuq and mongol periods » in The Cambridge history of Iran, vol. 5, chap. 8, ., de même que l'authenticité du récit de sa capture par les Croisés (Golestan, II, 32).
Retour à Chiraz « J'ai passé ma vie en voyages lointains (...) mais nulle part je n'ai rencontré des cœurs purs et sincères comme à Chiraz », écrit-il dans le BoustanCité par Henri Massé, .. À son retour à Chiraz, sa ville natale était devenue paisible sous l'atabeg Abu Bakr ibn Sa'd ibn Zangy (1231 – 1260) et Saadi fut entouré de la considération et du respect de la plupart des habitants. En remerciement, il choisit son nom d'écrivain en hommage à Sa'd ibn Zangy et écrivit des panégyriques pour Abu Bakr ibn Sa'd et son fils Muhammad I ibn Sa'd (1260-1262) dans son Boustan, achevé en 1257. Il écrit le Gulistan l'année suivante. Qu'il ait écrit ces deux livres en si peu de temps peut surprendre, mais il les avait sans doute préparés de longue dateHenri Massé, .Jan Rypka, p. 596.. Il écrivit de nombreux poèmes et conseils aux princes. Après la chute des atabegs, il bénéficie de la protection des frères Juwayni, Shams al-Din et Ata MalikHenri Massé, .. Il semble être resté à Chiraz jusqu'à sa mort, en 1291 ou plutôt 1292Henri Massé, .. Il consacre son temps à la méditation et à l'écriture. Il vit retiré dans un ermitage près d'un monastèreHenri Massé, ., où il a été inhumé..
Un poète moral plutôt qu'un grand mystique