Albin Chalandon, né le à Reyrieux (Ain) et mort le aux Mesnuls (Yvelines), est un haut fonctionnaire, homme d’affaires, homme politique et résistant français. Il est député des Hauts-de-Seine puis du Nord, ainsi que ministre du général Charles de Gaulle, de Georges Pompidou et de Jacques Chirac.

Biographie Jeunesse et études Albin Chalandon est le fils de Pierre Chalandon (1879-1964), industriel, maire de Reyrieux (Ain), et de Claire Cambon (1885-1965). Il est le quatrième et dernier fils de sa famille. Il grandit dans l'Ain et fait ses études en région lyonnaise, au lycée Ampère.

Par son père, il est le petit-fils de l'homme politique Emmanuel Chalandon, maire de Parcieux et conseiller départemental de l'Ain. Par sa mère, il est le petit-fils de l'ingénieur et journaliste Victor Cambon, professeur à l'École des arts et manufactures de Lyon.

Après avoir fréquenté le lycée Michelet à Vanves puis le lycée Condorcet à Paris, où il prépare le concours d'entrée de l'École normale supérieure, il obtient finalement une licence de lettres à la faculté des lettres de Paris et un DES de philosophie en 1942.

Parcours dans la Résistance Au printemps 1943, par l'intermédiaire d'une voisine d'immeuble et d'un ami d'études, il est recruté par le lieutenant Jean de Montangon (d), alias « Liénart », adjoint du colonel Marc du Garreau dans l'Organisation de résistance de l'Armée (ORA), afin de repérer de jeunes recrues dans les classes préparatoires parisiennes. En , Montangon le prend comme adjoint à la tête du "Corps Franc Liénart" alors composé de quatre sections de vingt hommes chacune. A la suite du coup de filet de la Gestapo le 3 juin 1944 qui décapite l'état-major FFI de la région parisienne, Montangon est arrêté et Albin Chalandon se retrouve à 24 ans à la tête de l'ensemble du Corps Franc Liénart .

Réfugié en forêt d'Orléans grâce à un ami de la famille, il va rechercher l’endroit pour implanter le premier camp du maquis de Lorris, au lieu-dit « les Aulnottes », où s'agrègent bientôt jusqu'à 500 hommesLe maquis de Lorris par l'amicale des anciens du maquis de Lorris. 1947, et le . Sous les ordres du lieutenant-colonel Marc O'Neill et du capitaine Benjamin Passet, il s'y fait remarquer par son courage, se distinguant tout particulièrement lors des combats du Pont des Bordes () et de Chicamour ().

Après la libération d'Orléans, début août, il reçoit l'ordre d'exécuter un agriculteur et son fils après que ceux-ci, protestant de devoir ravitailler le maquis contre des bons de nourriture, les avaient dénoncés aux Allemands. Albin Chalandon prend alors la décision de les exécuter lui-même avec son second, car le peloton d'exécution désigné est ivre de bières récupérées dans un camion allemand attaqué un peu plus tôt.

Le , sur ordre de ses supérieurs, il prend la route de la capitale et rejoint la division blindée du général Leclerc, ce qui le conduit à participer à la libération de Paris, et plus particulièrement à celle du palais Bourbon et des bâtiments du quai d'Orsay, alors tenus par les SS. Lors des combats parisiens, il obtient personnellement la reddition de près de quatre cents Allemands, ce qui lui vaut la Légion d'honneur à titre militaire. Il se bat ensuite dans les maquis de Sologne, en .

Haut fonctionnaire de la Quatrième République En , Albin Chalandon est reçu au concours de l'Inspection générale des finances. En , Albin Chalandon est recruté comme chargé de mission pour les affaires économiques et financières au sein du cabinet de Léon Blum, président de l'ultime gouvernement provisoire de la République française.

Il poursuit ses missions auprès de Paul Ramadier, premier président du Conseil des ministres de la Quatrième République, de janvier à .

En , il devient conseiller au cabinet de René Mayer, ministre des Finances et des Affaires économiques. Il est chargé d'un rapport sur la réforme de l'industrie aéronautique. Il suit son ministre dans ses nouvelles fonctions de ministre de la Défense nationale de juillet à .

Il quitte finalement les cabinets ministériels en 1950.

Banquier Albin Chalandon est recruté par la Banque nationale pour le commerce et l'industrie en 1950, grâce à la recommandation de Ludovic Tron, ancien directeur de cabinet d'André Phlip, ministre de l’Économie nationale et des Finances. Il prend alors la direction de la division africaine du groupe, en Algérie et au Maroc.

En , sur la recommandation d'Abel-François Chirac (père de Jacques Chirac), il est débauché par les industriels Marcel Dassault et Henri Potez pour créer la Banque commerciale de Paris, dont il fait, en seize ans, la sixième banque française, revendant alors ses parts pour entrer en politique, en 1968. Cette banque est absorbée, en 1972, par la Banque Vernes, qui, nationalisée dans le cadre du Programme Commun de François Mitterrand, fait un séjour dans le secteur public entre 1982 et 1987.

Engagement politique Dirigeant du mouvement gaulliste Albin Chalandon adhère au Rassemblement du peuple français (RPF) dès 1948 et participe notamment au mouvement de l'Action ouvrière. Il prend cependant ses distances avec l'aventure politique du gaullisme lorsqu'il quitte les cabinets ministériels pour la banque, en 1950.

Lors du retour au pouvoir du général de Gaulle en , il est nommé trésorier, d'octobre à , puis secrétaire général, de janvier à , de l'Union pour la nouvelle République (UNR). Il quitte ses fonctions avec fracas, en , à la suite d'une mise en cause et d'une campagne de dénigrement menée par Jacques Soustelle et les partisans de l'Algérie française. Il est l'objet de trois tentatives d'assassinat, dont une par bombe à son domicile parisien visant toute sa famille, par l'OAS et le FLN . Sa famille vit jusqu'aux accords d'Evian de 1962 calfeutrée chez elle avec des gardes armés jusqu'au dents et présents jours et nuits, incluant le transport des enfants à l'école .

Il prend part par la suite aux directions d'entreprises et il est membre du Conseil économique et social entre 1964 et 1967. Il est élu député de la des Hauts-de-Seine lors des élections législatives de , sous l'étiquette gaulliste de l'Union démocratique pour la République (UD-).

Il est réélu aux législatives de avec la nouvelle appellation Union pour la défense de la République (UDR), transformée en Union des démocrates pour la République en 1971.

Ministre de l'Équipement et du Logement (1968-1972) Brièvement ministre de l'Industrie de mai à dans le dernier gouvernement de Georges Pompidou, Albin Chalandon participe également au gouvernement de Maurice Couve de Murville (le dernier de la présidence du général de Gaulle), puis à celui de Jacques Chaban-Delmas (le premier de la présidence de Georges Pompidou), en tant que ministre de l'Équipement et du Logement, du au . Il a alors comme directeur de cabinet Georges Pébereau, qui est maintenu à ce poste par plusieurs ministres successifs de l'Équipement.

À son initiative, le gouvernement se lance à grands pas dans la résorption du retard français en matière d'équipements autoroutiers : le pays passe de la construction de par an à celle de . La présence d'Albin Chalandon au ministère est marquée par une révision radicale de la politique du logement (Albin Chalandon parle de « libérer l'urbanisme »). Les investisseurs privés sont davantage invités à participer au financement des grandes opérations d'urbanisme (les ZAC se substituant aux ZUP) ou aux grands équipements publics. Le plan épargne logement est dynamisé. Les plans ambitieux de constructions de grands ensembles qui ont marqué les années 1960 ne sont plus d'actualité et on promeut désormais l'habitat individuel : en 1969 est lancé un Concours International de la Maison Individuelle (dit Concours Chalandon) qui conduit à la construction de individuels familièrement désignés par le néologisme péjoratif de et souvent de mauvaise qualitéLe bilan de l'action d'A. Chalandon au ministère de l'équipement et du logement est issu de , pour le paragraphe jusqu'à ce niveau, à l'exception de l'information sur la construction d'autoroutes (référence souhaitée).

Le départ d'Albin Chalandon du ministère de l'Équipement est marqué par l'affaire Aranda, du nom d'un de ses collaborateurs qui transmet à la presse des copies de dizaines de documents (interventions pressantes auprès du ministre) des plus compromettants pour plusieurs personnalités notables des cercles du pouvoir, , mais n'a jamais mis en cause son ministre . Après la démission de Jacques Chaban-Delmas du poste de Premier ministre le et son remplacement par Pierre Messmer, Albin Chalandon n'est pas reconduit dans le gouvernement.

Réélu député de la des Hauts-de-Seine aux élections législatives de , il est parlementaire en mission auprès du ministre des Affaires étrangères Jean Sauvagnargues en 1974. Il est de plus secrétaire général adjoint de l'UDR de 1974 à 1975, secondant à ce poste le nouveau chef de file de la famille gaulliste, Jacques Chirac. Il siège à l'Assemblée nationale jusqu'au , date de sa cessation de mandat pour occuper une mission temporaire auprès du ministre de l'Industrie et de la Recherche, le Républicain indépendant Michel d'Ornano.

Dirigeant d'Elf-Aquitaine (1977-1983) Il est PDG de l'Entreprise de recherches et d'activités pétrolières (ERAP) entre 1977 et 1983, ainsi que de sa filiale d'exploration et d'extraction pétrolière la société publique ELF Aquitaine. Pendant son mandat, il est confronté à l'affaire des avions renifleurs, un mauvais procès d'un procédé alors suivi de près par la CIA et au dilemme de l'achat de la société américaine Kerr Mc. Gee, opération qui sera refusée par le président Giscard d'Estaing, une erreur stratégique commise sous la pression du ministre de l'industrie, André Giraud, patron du Corps des Mines, qui ne supportait pas d'avoir été écarté du poste de président d' ELF Aquitaine .

Garde des Sceaux (1986-1988) Il revient en politique en 1986, dans les rangs du Rassemblement pour la République (RPR) fondé en 1976 par Jacques Chirac sur la base de l'ancienne UDR. Élu député cette fois dans le Nord, à la proportionnelle, lors des élections législatives du , Albin Chalandon est de 1986 à 1988 le garde des Sceaux du gouvernement de Jacques Chirac, pendant la première cohabitation. Il avait précédemment refusé le poste de ministre des Affaires étrangères, arguant que c'est une , et redoutant .

Sous sa direction, et conformément au programme du RPR, la politique en matière pénale est réorientée et prend une tonalité sécuritaire. Dès les premières semaines de la législature, quatre projets de lois allant dans cette direction sont élaborés par le ministère de la Justice et celui de l'Intérieur : les contrôles d'identité sont facilités, une loi durcit les dispositions relatives à la période de sûreté et la comparution immédiate, une troisième facilite la répression des faits de terrorisme (notamment en instaurant une Cour d'assises spéciale composée de magistrats professionnels), une quatrième enfin restreint les possibilités de remise de peine. Validées par le Conseil constitutionnel, les quatre lois seront promulguées dès . Le changement de politique est affiché dès les premières semaines du nouveau gouvernement : le ministre convoque les procureurs généraux pour leur déclarer :