Les manifestations de Deraa ont lieu en , lors du printemps arabe. Elles marquent le début de la guerre civile syrienne.

Prélude En , quelques jours après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie et celle d'Hosni Moubarak en Égypte, un groupe d'une quinzaine ou d'une vingtaine d'adolescents inscrit sur les murs d'une école de Deraa le slogan () . Ces mots visent alors directement le président syrien Bachar el-Assad, ancien ophtalmologue. La plupart des enfants, âgés de , sont très rapidement arrêtés par les services de renseignement et torturés pendant plusieurs semaines. Ils sont frappés, fouettés, battus à coups de câbles électriques et ont les ongles arrachés.

Afin de solliciter la libération des adolescents, un groupe de parents, mené par un cheikh du clan Abazeid, se rend chez le chef de la branche locale de la Sécurité politique, Atef Najib, un cousin de Bachar el-Assad. En signe de soumission, le cheikh dépose son hatta, un turban bédouin, sur le bureau d'Atef Najib. Mais ce dernier réplique brutalement et aurait déclaré aux membres de la délégation : Ces paroles se répandent alors à Deraa comme une traînée de poudre et scandalisent les habitants.

Déroulement Le , un premier rassemblement d'une cinquantaine de personnes a lieu devant le palais de justice de Deraa, mais il se tient dans le silence par peur d'une répression. Une seconde manifestation de bien plus grande ampleur, baptisée le « vendredi de la liberté », suit le . Selon Benjamin Barthe, journaliste pour Le Monde : . Atef Najib et le gouverneur Fayçal Kalthoum se portent à la rencontre des manifestants près de la mosquée al-Omari, mais ces derniers les accueillent par des insultes et des jets de pierre. Atef Najib appelle alors en renfort une unité antiterroriste : des hélicoptères se posent sur le terrain du stade municipal et les soldats qui en sortent tirent sur la foule, faisant deux à quatre morts et de nombreux blessés . Deux victimes — nommées Hossam Ayach et Mahmoud Jawabreh — sont enterrées le lendemain. Des milliers de personnes viennent assister à leurs funérailles, mais la foule est dispersée violemment par les forces de l'ordre qui arrêtent plusieurs personnes.

Le régime tente ensuite de calmer la situation : le ministre de la Justice Mohamad Ahmad Younis se rend à Deraa pour tenter de calmer les esprits et d'ouvrir un dialogue avec les manifestants. Des notables locaux demandent alors la libération de détenus politiques, la fermeture du siège de la police secrète à Deraa et le limogeage du gouverneur, ainsi qu'un procès public pour les responsables de la répression. Le , Fayçal Meqdad, le vice-ministre des Affaires étrangères, et Rostom Ghazaleh, un haut responsable sécuritaire, présentent leurs condoléances pour les morts du . Le même jour, la plupart des adolescents sont libérés et célébrés en « héros »Syrie : l'adolescent qui a déclenché la guerre a été retrouvé, Le Point, 17 décembre 2016.. Mais les traces de tortures sur leurs corps et leurs visages ravivent la colère des habitants de Deraa. Des centaines de personnes tentent alors de gagner le palais du gouverneur, défendu par les forces de l'ordre qui tirent en l'air et utilisent des gaz lacrymogènes. Les manifestants mettent le feu au palais de justice, au siège du Parti Baas et aux succursales de deux compagnies de téléphone mobile dont l'une, Syriatel, appartient à Rami Makhlouf, un cousin du président Bachar el-Assad . Un manifestant est tué par balles, plus de 100 autres sont blessés et la mosquée al-Omari est utilisée comme hôpital de campagne. Un enfant décède également le après avoir inhalé des gaz lacrymogènes.

Environ tiennent alors un sit-in à la mosquée al-Omari. Les manifestants réclament davantage de liberté et la fin de la corruption en Syrie. Les manifestations commencent également à gagner les localités voisines de Deraa, comme Enkhel, Jassem ou Nawa. Le , des manifestations pacifiques ont lieu à , au nord-ouest de Deraa, où la foule scande le slogan : Les manifestations gagnent une deuxième ville de Syrie, L'Express, 21 mars 2011.. À , une marche contre le régime rassemble .

Le , plus de mille personnes encerclées par les forces de sécurité forment une chaîne humaine autour de la mosquée al-Omari. La police lance l'assaut dans la soirée : neuf personnes sont tuées et des dizaines d'autres blessées. Le , la situation devient insurrectionnelle : les forces de l'ordre tirent à balles réelles . Selon Jean-Pierre Perrin, journaliste de Libération : Jean-Pierre Perrin, Deraa, ville martyre de Syrie, Libération, 25 mars 2011.. La police tire encore sur la foule autour de la mosquée al-Omari et pendant les funérailles de victimes de la veille. Le même jour, le gouverneur Fayçal Khaltoum est limogé . Selon des militants locaux des droits de l'homme, les tueries ont fait entre parmi les manifestants . Sana, l'agence de presse du régime syrien, affirme qu'un membre des forces de l'ordre a été tué et ne reconnait la mort que de cinq manifestants qu'elle qualifie de membres de « gang armé ». De leur côté, le Centre pour les droits de l’homme de Damas et l'hôpital central de Deraa font état d'au moins . Le , la mosquée al-Omari est sous le contrôle des forces de sécurité. Des milliers de soldats et des unités anti-émeutes et anti-terroristes sont déployés dans les rues et aux entrées de la ville. La télévision d'État syrienne déclare alors que des armes et des liasses de billets ont été saisies à l'intérieur de la mosquée, tandis que le régime accuse Israël d'avoir fomenté la révolte.

Le , à Al-Sanamayn, au nord de Deraa, des hommes du régime ouvrent le feu sur la foule rassemblée devant un bâtiment utilisé par les services de renseignements militaires et tuent 20 personnes selon des habitants . Les autorités justifient la tuerie en affirmant que les protestataires étaient armés.

Le , des manifestants arrachent un portrait géant de Bachar el-Assad, tandis qu'une statue de Hafez el-Assad est déboulonnée et incendiée par une foule de Syrie: des manifestants s'attaquent à une statue du père d'Assad, AFP, 28 mars 2011. . Des membres des forces de l'ordre en tenue civile ouvrent alors le feu à l'arme automatique à partir de bâtiments alentour et dispersent la foule. Le , des centaines de contestataires se rassemblent sur la place centrale de Deraa en brandissant des pancartes portant le slogan : . Le même jour, un local du parti Baas et un commissariat sont incendiés à Tafas, près de Deraa.

Le , une grève générale est votée à Deraa . Le , 26 manifestants sont tués à Deraa par des tirs des forces syriennes de sécurité contre un rassemblement pacifique selon l'Organisation nationale pour les droits de l'homme en Syrie . Les médias du régime affirment quant à eux que 19 policiers ont été tués et 75 blessés le même jour. se rassemblent dans le centre de la ville . Le , après la mort la veille de 25 nouvelles personnes à Deraa et Damas, Nasser Hariri et Khalil Rifaï, deux députés indépendants de Deraa et Abdel-Rahim Abazid, le mufti de ville, démissionnent .

Le , les chars de l'armée syrienne entrent dans la ville de Deraa, désormais assiégée (écoles et administrations fermées, couvre-feu complet, interdiction de sortir, excepté une permission de deux heures pour les femmes, électricité, téléphone et internet coupés) « », RFI, .

Bilan humain Le , les autorités syriennes annoncent l'ouverture d'une enquête sur les morts de Deraa . Le bilan des violences est alors d'au moins 30 morts selon le gouvernement, plus de 70 selon Human Rights Watch et 130 selon les opposants sur place. Amnesty International fait pour sa part état d'au moins 55 morts à la date du .

Human Rights Watch dénonce les tirs à balles réelles effectués par les forces de sécurité syriennes contre des manifestants pacifiques . Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch déclare : .

Début mai, l'organisation des droits de l'homme Insan affirme que 607 personnes ont été tuées en Syrie depuis le début de la répression, dont 451 à Deraa . Les manifestations de Deraa ont également été marquées par l’usage de slogans scandés collectivement et de chants simples, qui ont joué un rôle dans la mobilisation des protestataires et l’expression d’une identité collective dès les premiers jours du soulèvementAndrew Sullivan, « Syria’s Protest Anthem », Waging Nonviolence, juillet 2011, archive consultée le 16 décembre 2024..

Références

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