Jean Gabin, né le dans le et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un acteur français.
Il commence sa carrière en tant que chanteur de revue et d'opérette, comme son père. Il s'impose ensuite à l'écran, où avec son physique de jeune premier il devient une vedette du cinéma français, et tourne avec les réalisateurs importants de l'entre-deux-guerres comme Julien Duvivier, Marcel Carné ou Jean Renoir. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il s'engage dans les Forces françaises combattantes, comme marin embarqué, puis en comme chef de char au régiment blindé de fusiliers-marins. Après la guerre, il connaît une période creuse. À partir de 1954 et de la sortie de Touchez pas au grisbi, il devient un au physique imposant et au regard sombre, incarnant la plupart du temps un rôle de truand ou de policier, toujours avec droiture, dans des films souvent dialogués par Michel Audiard.
Sa filmographie de films compte d'importants classiques, parmi lesquels Gueule d'amour, Pépé le Moko, La Grande Illusion, Le Quai des brumes, La Bête humaine, Touchez pas au grisbi, La Traversée de Paris, Les Misérables, Archimède le clochard, Le Président, Un singe en hiver, Mélodie en sous-sol, Le Tonnerre de Dieu, Le Clan des Siciliens et Le Chat. Acteur populaire, il a attiré plus de de spectateurs dans les salles après guerre, auxquels il faut ajouter les spectateurs (dont le nombre est inconnu) des nombreux succès obtenus parmi sa trentaine de films d'avant-guerre.
Il a remporté trois fois le prix d'interprétation masculine de la Mostra de Venise, en 1951 pour La nuit est mon royaume et en 1954 pour L'Air de Paris et Touchez pas au grisbi, ainsi que deux fois l'Ours d'argent du meilleur acteur à la Berlinale, en 1959 pour Archimède le clochard et en 1971 pour Le Chat.
Biographie Enfance thumb|left|190px|Jean-Alexis Moncorgé âgé de 14 ans en 1918, alors qu'il est interne au lycée Janson-de-Sailly. Fils de Ferdinand Moncorgé et de Madeleine Petit, artistes lyriques, Jean Gabin Alexis Moncorgé naît le à deux heures du matin chez ses parents au 23 du boulevard de Rochechouart dans le de Paris Archives de Paris, naissance Paris 9e, du 28 avril 1904 (acte n° 525) au 22 juin 1904 (acte n° 775), cote 9N 147_B, page 17/43, acte . De son nom complet Jean Gabin Alexis Moncorgé (ou Jean Alexis Gabin MoncorgéMédaille militaire attribuée à « M. Moncorge Jean, Alexis, Gabin » (sic) par décret du 10 novembre 1948), il sera souvent appelé Jean-Alexis Moncorgé. et dira considérer Gabin comme son troisième prénom (citation d'André-Georges Brunelin in Gabin, Robert Lafont, 1987, 46).
Il est le plus jeune fils de Ferdinand Joseph Moncorgé (1868-1933), cafetier et comédien d'opérette sous le nom de scène de Ferdinand Gabin, et de Madeleine Petit (1863-1918), plumassière du quartier du Sentier originaire de la Nièvre, reconvertie dans le registre « chanteuse fantaisiste » de café-concert sous le pseudonyme d'Hélène Petit.
Son grand-père paternel, Ferdinand Moncorgé (1838-1910), chef-paveur à la Ville de Paris, était originaire de Mardore, dans le département du Rhône, où la famille Moncorgé était établie depuis au moins le début du , son plus lointain ancêtre paternel connu étant Pierre de Montcorgié (ou de Montcourgié) (1622-1694), « marchand de Mardore ».
Le couple a eu sept enfants, dont trois meurent en bas âge ; outre Jean-Alexis survivent un garçon, Ferdinand-Henri (1888-1939), et deux filles, Madeleine (1890-1970) et Reine (1893-1952).
Il passe ses dix premières années à la campagne, pour laquelle il gardera toute sa vie un profond attachement. Loin de la vie parisienne de spectacle de ses parents, il est élevé par sa sœur aînée Madeleine dans le petit bourg de Mériel (Val-d'Oise, alors Seine-et-Oise), à l'actuel 63, Grande Rue, dans la maison à l’étroite façade (voisine du musée Jean-Gabin) qui lui offre une vue sur la gare de Mériel, depuis le pignon arrière où se trouve la fenêtre de sa chambre..
En 1914 un coup appuyé lors d'un combat de boxe lui écrase le nez. Le sa mère meurt alors qu'il a quatorze ans. Il obtient son certificat d'études primaires à l'école de la rue de Clignancourt mais, mauvais élève, il délaisse le lycée parisien Janson-de-Sailly, où il est inscrit, et enchaîne les petits métiers : garçon de bureau à la Compagnie parisienne de distribution d'électricité, cimentier à la gare de la Chapelle, manœuvre dans une fonderie, magasinier aux magasins d'automobiles de Drancy, vendeur de journaux. À 17 ans il espère devenir comme son grand-père maternel conducteur des locomotives à vapeur dont il peut voir les évolutions depuis sa chambre.
Premiers pas au music-hall En 1922 son père le pousse à entrer dans le monde du spectacle, à , sous le nom de Jean Gabin.. Le directeur des Folies Bergère Fréjol est un de ses amis. Jean Moncorgé, devenu figurant, est placé sous le parrainage bienveillant du comique troupier Bach.
De 1924 à 1925 Jean-Alexis Moncorgé effectue son service militaire dans la marine nationale, d'abord comme fusilier marin à Lorient, puis au ministère de la Marine à Paris. Alors qu'il demeure chez son père 17 rue Custine, il épouse, le à la mairie du Gaby Basset qui demeure chez sa mère, 68 rue Damrémont[Archives de Paris, mariage Paris 18e, du 14 février 1925 (acte n° 387) au 7 mars 1925 (acte n° 753), cote 18M 539, https://archives.paris.fr/archives-numerisees/etat-civil-de-paris/etat-civil-a-partir-de-1860/consulter-les-actes-detat-civil?arko_default_64ca19f9b29b5--ficheFocus=&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bmode%5D=simple&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bop%5D=AND&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_64ca1a8996ae1%5D%5Bop%5D=AND&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_64ca1a8996ae1%5D%5Bq%5D%5B%5D=Mariages&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_64ca1a8996ae1%5D%5Bextras%5D%5Bmode%5D=select&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_64ca1a89a5742%5D%5Bop%5D=AND&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_64ca1a89a5742%5D%5Bq%5D%5B%5D=18&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_64ca1a89a5742%5D%5Bextras%5D%5Bmode%5D=select&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_64ca1a89c2d61%5D%5Bop%5D=AND&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_64ca1a89c2d61%5D%5Bq%5D%5B%5D=26%2F02%2F1925&arko_default_64ca19f9b29b5--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_64ca1a89c2d61%5D%5Bextras%5D%5Bmode%5D=input&arko_default_64ca19f9b29b5--from=0&arko_default_64ca19f9b29b5--resultSize=25&arko_default_64ca19f9b29b5--contenuIds%5B%5D=10873331&arko_default_64ca19f9b29b5--modeRestit=arko_default_64ca1b2347e81#/_recherche-api/visionneuse-infos/arko_default_64ca19f9b29b5/arko_fiche_67054319aefa7/arko_default_64ca1b1754490/image/324132 page 15/31, acte N°561].
En 1926 il devient à un véritable artiste de music-hall et chanteur d'opérette. Il fait monter sur scène La Goulue auprès de la grande Mistinguett, il imite Maurice Chevalier, entame un tour de chant à succès pendant deux ans dans toute la France. En 1927, avec son épouse Gaby Basset, ils partent pour le Brésil, mais l'affaire tourne au fiasco : ni contrat, ni tournée, ni cachet à l'arrivée. Il rentre alors à Paris via Cherbourg puis, au printemps 1928, lors d'une audition au Moulin Rouge, Mistinguett lui propose de rejoindre sa troupe. Le , il débute comme boy dans la revue Paris qui tourne. En chantant On m'suit, Julie c'est Julie et La Java de Doudoune de José Padilla, il devient le partenaire de Mistinguett, qui vient de rompre avec Maurice Chevalier, au Moulin-Rouge et aux Bouffes-Parisiens dont le directeur est l'auteur Albert Willemetz.
À partir de 1929, il joue les jeunes premiers dans des opérettes comme Flossie ou Les Aventures du Roi Pausole, toutes deux sur des paroles d'Albert Willemetz. Il vit une amourette avec Jacqueline Francell, sa partenaire de Flossie, et divorce de Gaby par jugement du 15 juin 1931.
Débuts au cinéma et consécration (1928-1939) upright=0.8|thumb|Jean Gabin et Michèle Morgan dans Le Quai des brumes de Marcel Carné de 1938. En 1928, il fait ses débuts au cinéma dans deux courts métrages avec le comique Raymond Dandy, Ohé les valises ! et On demande un dompteur..
Ce n'est que deux ans après l'arrivée du cinéma sonore en Europe que Jean Gabin, après avoir refusé de tourner dans Le Chemin du paradis., fait ses véritables débuts cinématographiques en tournant en 1930 Chacun sa chance, un des premiers films parlants du cinéma français, dans lequel il joue aux côtés de son ex-épouse Gaby Basset et du chanteur Jean Sablon.
Par la suite, il enchaîne les tournages, étant tour à tour policier dans Méphisto, cambrioleur dans Paris Béguin, vendeur de TSF dans Tout ça ne vaut pas l'amour, mécanicien dans Gloria, soldat récalcitrant dans Les Gaietés de l'escadron, capitaine de péniche dans La Belle Marinière, que Gabin considère comme son premier grand rôle à l'écran, ingénieur dans Le Tunnel et Adieu les beaux jours.
En 1934 il tourne pour la première fois sous la direction de Julien Duvivier dans Maria Chapdelaine et Golgotha, dans lequel il prête ses traits à Ponce Pilate. Il tourne également en 1934 aux côtés de Joséphine Baker dans Zouzou, mis en scène par Marc Allégret. À partir de 1935, il devient une vedette du cinéma français grâce à son « charisme exceptionnel » et à Julien Duvivier, qui lui offre les rôles principaux de La Bandera avec Annabella, son premier succès., La Belle Équipe avec Charles Vanel, dans lequel il chante la chanson Quand on s'promène au bord de l'eau, et Pépé le Moko. Il incarne des héros tragiques et romantiques de souche populaire.
thumb|upright=0.8|Studio Harcourt en 1939. Jean Renoir l'impose dans Les Bas-Fonds avec Louis Jouvet puis, en 1937, dans le film de guerre La Grande Illusion, avec Pierre Fresnay, Marcel Dalio et Erich von Stroheim, film qui obtient un énorme succès public et critique, et devenant au fil des années un classique du cinéma français.
La même année il tourne Gueule d'amour, de Jean Grémillon, où il retrouve Mireille Balin, sa partenaire de Pépé le Moko et le méconnu Le Messager, de Raymond Rouleau.
En 1938 il tient le rôle d'un déserteur dans Le Quai des brumes aux côtés de Michel Simon et de la jeune Michèle Morgan, à laquelle il murmure le célèbre « T'as d'beaux yeux, tu sais. ». C'est sa première collaboration avec Marcel Carné et Jacques Prévert En 1938, il est dans Le Quai des brumes. Les deux amis se souviennent avoir attendu ensemble les réactions du public dans un café de la rue des Saints-Pères, Jacques précisant en rigolant : . L’accueil est plutôt bon. Gabin ajoute avec humour : .
Jacques écrit de lui qu’il a , qu’il est l’ et que . Carole Aurouet, Prévert, portrait d'une vie, Ramsay, 2007, 216.. Il campe ensuite le personnage de Trott, toujours face à Morgan, dans Le Récif de corail de Maurice Gleize (sorti en 1939), puis un conducteur de locomotive dans La Bête humaine de Jean Renoir, et La Marie du port.
En 1939 il tourne à nouveau sous la direction de Marcel Carné dans Le jour se lève, drame dans lequel il partage la vedette avec Jules Berry, Arletty et Bernard Blier.
Le , mobilisé dans la marine nationale à Cherbourg, il obtient une permission exceptionnelle pour terminer le film Remorques, avec Michèle Morgan avec qui il vit une brève idylle.
Les années de guerre Expatrié aux États-Unis pendant la guerre (1940-1943) En il avait accompagné à la gare Saint-Charles de Marseille Michèle Morgan qui partait pour Barcelone, puis le Portugal, afin de rejoindre les États-Unis. Souhaitant également la rejoindre, il va à Vichy pour obtenir une autorisation.