Cet article présente l'histoire de l'orfèvrerie en France. Sa limitation géographique est le territoire français actuel.
Préambule L'histoire de l'orfèvrerie en France peut présenter des manques et des ellipses, faute que certaines pièces soient parvenues jusqu'aux époques des premières études. Comme le précise Henry Havard en préambule de son histoire de l'orfèvrerie française, les guerres et les pillages de trésors d'archéologie, mais aussi les effets de mode qui incitent à fondre ou réutiliser les pièces existantes, ont fait que les pièces de certaines époques ont disparu.
Préhistoire
alt=|vignette|Le cône d'or d'Avanton présenté au Musée d'Archéologie nationale. Le travail des métaux précieux démarre à la Protohistoire. L'utilisation de l'or est courante pour de petits bijoux. Les pierres de touche sont déjà utilisées à cette époque pour tester la pureté de l'or.
Le cône d'or d'Avanton, en or martelé et repoussé sur une matrice, est un chef-d'œuvre d'orfèvrerie de l'âge du bronze.
À la fin de l'âge du bronze, les haches à douille sont produites en masse par moulage. Composées d'un bronze fortement chargé en plomb, elles ne peuvent être utilisées comme outil et constitueraient une forme de monnaie ou objet distinctif. gauche|vignette|Torque d'or de la tombe de Vix - Musée du Pays du Châtillonnais à Châtillon-sur-Seine (Côte d'Or). La tombe de Vix (Côte-d'Or), datant de la fin du (âge du fer), a révélé un torque d'or de 480 grammes qui aurait été fabriqué localementL'or et l'argent de la tombe de Vix - Bulletin de la société préhistorique française, 1989 - .Alfred Haffner, Le torque en or de la tombe princière de Vix, in Dossiers d'Archéologie (juin 2003).. Cette même tombe a également révélé le cratère de Vix, un vase en bronze de plus de 200 kilogrammes. Fabriqué dans le sud de l'Italie, c'est un témoin des échanges commerciaux existantsC. Rolley, « Le rôle de la voie rhodanienne dans les relations de la Gaule et de la Méditerranée », .. Il en va de même pour plusieurs situles retrouvées à divers endroits, en provenance soit d'Italie, soit de la région du Rhin antérieur.
Dans l'ensemble, l'âge du fer voit la multiplication des travaux d'orfèvres et bronziers.
Antiquité
Les Gaulois
vignette|Bracelet spiralé en or, France du Sud-Ouest, , découvert en 1873 dans la vallée de Sos, près de Tarascon-sur-Ariège. Conservé au musée national du Moyen Âge. Les Gaulois sont connus pour leurs talents à transformer et travailler les métaux. Leurs réalisations sont principalement des bijoux tels que des torques en or ou des bracelets. Plusieurs exemples existent avec des formes et des techniques diverses, amenant à plus ou moins de finesse. La phalère d'Auvers (400 ) constitue un exemple d’orfèvrerie gauloise qui ne soit pas un bijou, l'utilité de cette pièce en bronze doré ayant été identifiée comme étant a priori un umbo.
La pratique technique s'affine, avec notamment la découverte de l'étamage et du placage d'argent, ainsi que de l'émail que l'on retrouve lors de fouilles sur des outils et creusets.
Des fouilles sur le site du Mont Beuvray ont révélé des ateliers de taille importante, montrant un travail devant répondre à une clientèle nombreuse et exigeante. Les fouilles des sépultures et les pièces conservées de cette époque montrent une exécution technique présentant des motifs géométriques (lignes et courbes, imitation de formes naturelles ou d'inspiration végétale et animale), avec des pièces présentant des pierre précieuses dans un grand souci de luxe. La créativité se retrouve également sur les pièces de monnaie précieuses de cette époque, qui présentent un art figuratif en train de s'esquisser, inspiré par des pièces d'or de Grèce antique voire des Scythes ou des Perses. La production de pièces d'orfèvrerie semble être importante.
Concernant la provenance des manières premières, les écrits antiques (Athénée, Diodore de Sicile, Pline l'Ancien ou Strabon) parlent d'une abondance de métaux précieux sur le territoire gaulois. Sont également attestés des flux de commerce de pièces en métaux précieux, entre l'est Méditerranée (Italie, Sicile, Syrie, Égypte) et la moitié nord de la France actuelle. Concernant l'export, les pièces émaillées de facture gauloise se retrouvent dans la péninsule italienne. L'utilisation de métaux précieux se retrouve également sur de nombreuses armes et armures de toute sorte, retrouvées en Suisse, en France et dans le sud de l'Angleterre.
La guerre des Gaules fait brutalement disparaître nombre de bijoux et d'objets, pillés puis fondus par les Romains. Les pièces d'orfèvrerie gauloise aujourd'hui connues proviennent principalement de sépultures.
Les Gallo-Romains
vignette|Centauresse et amours, détail de l'une des Coupes aux Centaures de Berthouville (cat. 60). Trésor de Berthouville, conservée au département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. vignette|La patère de Rennes, exposée au département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France à Paris. L'influence des Romains en Gaule amène avec elle des inspirations provenant des de Méditerranée orientale, plus que des techniques propres au peuple romain, les Gaulois étant friands de nouvelles influences. La méthode de l'argent repoussé, provenant de l'influence gréco-romaine fait ainsi son apparition progressive en Gaule.
Les lieux de production d’orfèvrerie situés à l'est de la Méditerranée vont progressivement se déplacer à l'ouest : Narbonne ou Lyon sont des centres de création inspirés par le style de Rome. Le premier nom d'un orfèvre, Medami, est découvert sur une canthare en argent sur le site archéologique d'Alésia en 1862. Les ciseleurs sur argent de Lyon bénéficient de grandes épitaphes, symbole de l'importance de leur métier.
L'argenterie gallo-romaine est connue notamment par plusieurs trésors cachés pendant les périodes troublées des et siècle et découverts en différents lieux du territoire, comme le trésor de Chaourse ou celui de Rethel. Ils mélangent souvent des objets fabriqués localement et des pièces plus luxueuses importées du reste de l'empire, dont il est souvent difficile de déterminer l'origine exacte. Le trésor de Berthouville, comme celui de Limoges, tous deux du , sont eux dédiés à Mercure. Ils combinent des pièces de facture locale et des pièces d'importation provenant de l'est de l'Empire, qui parfois, comme à Berthouville, sont retravaillées localement avec moins de finesse. L'influence grecque sur le trésor de Berthouville est bien visible : certaines pièces présentent des scènes de lIliade, des centaures, des motifs bacchiques, etc.
L'orfèvrerie en or découverte en Gaule mélange elle aussi production locale et importations de grand luxe dont ces deux pièces du : le collier de Naix est composé de pièces d'or montées sur or guilloché avec des barrettes octogonales du même métal, la patère de Rennes possède elle des pièces de monnaie antiques romaines enchâssées dans l'objet.
La christianisation de l'empire et l'influence de l'Orient
Au , les ateliers d'Antioche et de Constantinople influencent orfèvrerie antique. Leurs productions influencent l'orfèvrerie de la Gaule, tout comme la christianisation, qui fait apparaître au même moment les premières reliques des martyrs chrétiens en Narbonnaise et en Viennoise. Leur mise en valeur créé un nouveau style dans l'orfèvrerie avec l'apparition des reliquaires.
Un exemple d'orfèvrerie de cette époque est la buire de Lavoye (bronze repoussé sur un corps en bois), datant de la fin du et présentant à la fois une influence hellénistique, byzantine et chrétienne.
L'influence hellénistique et byzantine est perceptible en Occident jusqu'au , période durant laquelle les pièces de ce type sont collectionnées par les grands personnages de l'époque.
Fin de l'Antiquité et influence des Barbares vignette|Broches wisigothiques représentant des aigles, découvertes dans une tombe près de Toulouse, . Musée du Moyen Âge. Les vagues migratoires des peuples « barbares », notamment les Sarmates, les Avars et les Huns, amènent par le nord de l'Europe et par l'Europe centrale et méridionale de nouvelles modes dans les territoires de l'ancien Empire romain d'Occident ; cette influence se répand vers l'Occident, mais également vers l'Orient jusqu'en Chine. Les Goths drainent ces arts à partir du : les tombes des nouveaux venus montrent qu'ils apprécient les pierres en bracelet et colliers, des fibules en forme de rapaces et la décoration de toute la bouclerie à formes géométriques variées, influencées par les productions locales. Les Francs, déjà présents comme mercenaires, avaient pris les habitudes des gallo-romains concernant les ornements précieux, qu'ils portaient et possédaient comme leurs employeurs.
Les pièces ont en commun le travail de l'or, du verre et des pierre précieuses, avec des formes à la fois rigoureuses et fantaisistes par rapport aux standards gallo-romains (entrelacs, boutons, alvéoles...). L'art animalier apporté par les migrations se conforte jusqu'à la fin du . L'apport majeur reste l'orfèvrerie cloisonnée, jusqu'ici produite à Byzance ou en Perse achéménide.
Les pièces majeures sont des fibules d'or trouvées à Jouy-le-Comte, Nîmes et Valence-d’Agen, une croix en pâte de verre cloisonnée découverte à Baslieux et datant de la fin du , ou une autre croix de la même époque dans un cimetière burgonde à Charnay-lès-Chalon ; ou un ensemble de boucles de ceintures wisigoth à Revel (Haute-Garonne).
L'épée de Childeric, père de Clovis, découverte dans sa tombe en 1653 est un exemple majeur d'orfèvrerie militaire avec une garde d'épée en or et grenats. La tombe renferme également de nombreuses pièces d'orfèvrerie et de bijouterie pour ornement ou harnachement.
Tout comme lors de la guerre des Gaules, les raids qui ont lieu sur la Gaule à partir du font que de nombreux trésors sont enterrés. Les trésors d'orfèvrerie sont très recherchés et font l'objet de convoitises et de récits, une tendance qui se retrouvera dans tout le Moyen Âge. L'orfèvrerie revient à ses bases (figures simples, géométriques) à la fin des « raids barbares ». Le talent des orfèvreries antiques (en particulier gaulois et gallo-romains) surpassera les orfèvres médiévaux pendant longtemps ; les puissants font d'immenses efforts pour obtenir les trésors antiques, conservés ou enterrés.
Moyen Âge Haut Moyen Âge
Mérovingiens
La présence d'orfèvrerie et de pièces précieuses est rapportée par les chroniqueurs de l'époque, tels que Prudence, Paulin de Nole, Grégoire de Tours ou Venance Fortunat.
Les écrits font ainsi mention d'inventaires, tel que celui de Perpet de Tours à sa mort avec un reliquaire d'or, un reliquaire d'argent, deux calices d'or et une croix d'or, cette dernière signée de l'orfèvre Mabuinus. Le testament de Remi de Reims fait mention d'une quantité importante de pièces d'orfèvrerie, tout comme de nombreux autres trésors de nobles et de prélats (Gontran de Bourgogne, la reine Brunehaut, etc.).
Clovis offre de nombreux objets d'orfèvrerie au clergé. D'après Grégoire de Tours, Chilpéric fait réaliser un grand plat d'or serti de pierres précieuses qu'il présentait orgueilleusement à toute occasion. Dagobert , par sa piété et en reconnaissance de ce que l'Église lui a apporté, développe fortement l'orfèvrerie religieuse, suivant là l'exemple de ses prédécesseurs. Les rois de ce temps se livrent toujours aux pillages des terres de leurs voisins, dont ils rapportent de nombreux objets précieux, prélevés notamment aux monastères, voire, selon Augustin Thierry, « jusque dans les tombeaux ». vignette|Fragment de la croix de Saint-Éloi, attribuée à Éloi de Noyon, orfèvre de Dagobert .