L’art sassanide regroupe la production artistique qui a lieu en Perse durant la dynastie éponyme, c’est-à-dire entre le et le de l'ère chrétienne. Elle se distingue par une production artistique très développée, permise par la richesse de l'empire sassanide et sa position entre l'Empire romain à l'ouest et la Chine à l'est, au carrefour des échanges matériels et culturels entre de nombreuses civilisations. Avec les échanges qui avaient lieu entre le monde occidental, le monde asiatique et l'Iran, les Sassanides ont évidemment eu une importante influence sur les civilisations qui leur étaient contemporaines. La dynastie tente de s’affranchir de l’art hellénistique, par réaction avec la dynastie précédente des ArsacidesFrantz Grenet, Article Sassanides, in . Le plus grand héritage Sassanide se trouve dans l’art islamique car la conquête arabe a complètement intégré l’empire.

Conditions d'étude L'art sassanide est sujet d'études depuis la seconde moitié du environ. Les connaissances portent plutôt sur le début et la fin de la période, plus prospères que les et s troublés. Dans cette nouvelle discipline, les datations sont encore souvent hypothétiques et contestables. Le domaine d’étude dans lequel s'inscrit l'art sassanide est lui-même mal défini. S'agit-il de l'archéologie orientale, étant donné qu'il se développe avant l'arrivée de l'Islam ? S'agit-il déjà d'un art de l’Islam, puisqu'il s'en rapproche beaucoup plus que des réalisations perses antérieures ?

Influences antérieures Les influences de l'art sassanide se trouvent dans les périodes artistiques précédentes. L'architecture sassanide reprend ainsi un certain nombre d'éléments de l'architecture achéménide (constructions à colonnes de bois recouvertes de stuc), parthe (iwan, mortier). Certains motifs décoratifs sont d'inspiration gréco-romaine (feuilles d'acanthe par exemple).

Les contacts prolongés entre l'Empire romain et l'empire sassanide ont influencé l'art sassanide. Cette influence romaine est particulièrement visible après la victoire de Shapur sur Valérien en 260 . Cette influence se voit particulièrement dans les mosaïques de Bishapour, qui ont peut-être été réalisées par des artistes déportés depuis les territoires romains.

Architecture et urbanisme Urbanisme

Sous les Sassanides, un grand nombre de villes sont fondées, refondées ou rebaptisées. Elles sont connues notamment par la numismatique, les sources écrites (le plus souvent médiévales) et quelques fouilles (prospections de surface de champs de ruines, découvertes archéologiques isolées). Ardashir-i Kurrah (actuelle Firuzabad) Fondée par Ardachîr ou Shapur , cette cité s'organise sur un plan circulaire de de diamètre. Deux grands axes orthogonaux et huit plus petits la divisent en vingt secteurs. Les spécialistes pensent que le plan a été établi en fonction de concepts centralisateurs et cosmologiques, mais ne sont pas d'accord sur la nouveauté de ce plan. D'aucuns considèrent qu'il s'agit d'une récupération d'une tradition parthe, tandis que d'autres estiment qu'il résulte d'une invention proprement sassanide. Le palais ne se trouve pas dans la ville. Veh-Ardashir, ou Ctésiphon al-Madarin (à ne pas confondre avec la Ctésiphon parthe) Créée par Ardashir, cette ville est entourée par un mur circulaire. Son plan n'est pas concentrique radial, comme à Firuzabad, mais plutôt orthogonal, en damier. Les habitations s'organisent avec de petites chambres, voire un iwan pour les plus importantes. Bay Shapur (Bishapur). Fondée par Shapur , par des Romains déportés d’Antioche, cette ville est aussi organisée sur un plan à angles droits, en damier rectiligne, comme c'est le cas dans le monde gréco-romain et comme pour la plupart des villes postérieures (Djund-i Shapur, Ivan-i Karkkah). Des quartiers sont réservés pour les bâtiments officiels (constructions cérémonielles, administratives, culturelles), et un grand palais se trouve à l’est. La ville a un rôle défensif, sa protection étant assurée par une forteresse et une rivière. Bay Shapur est le lieu d’une intense activité intellectuelle et scientifique. Suse (Eran Kurreh Shapur) existait déjà avant la dynastie, mais elle est rebaptisée à cette période.

Architecture

D’une manière générale, on constate une réutilisation de formes utilisées par les Achéménides : les Sassanides sont originaires de régions où, à l’époque, des ruines achéménides étaient encore visibles. Les Sassanides introduisent quelques nouveautés dans l'architecture, notamment des voûtes monumentales et des coupoles de pierre et de briques. Ils reprennent aussi le matériau traditionnel (la brique crue) et des techniques de construction parthes.

Matériaux de construction . La prise rapide de mortier permet la construction des voûtes paraboliques caractéristiques des Sassanides.

Le manque de pierres oblige à utiliser la brique cuite.

: on ne le voit que pendant les périodes d’apogée et dans des bâtiments construits par des prisonniers de guerre romains, comme à Bishapur, ou par des ingénieurs romains, comme pour le Takht-i Nishim, le seul palais en pierre de taille de Firuzabad. Il est d'ailleurs conçu en utilisant une mesure romaine, le pied, et non l’aune orientale. Des chapiteaux en pierre inspirés des Byzantins, mais recomposés à la mode sassanide, constituent aussi des éléments relativement fréquents.

Éléments architecturaux

L'architecture sassanide comporte quelques éléments architecturaux remarquables.

Les voûtes paraboliques sont typiques de l’architecture sassanide. Elles sont assez peu conformes aux idéaux antiques de symétrie, et donc employées presque uniquement dans les salles utilitaires, ou dans des pièces où elles ne sont pas perceptibles.

Les iwans sont des halls voûtés ouverts sur un côté seulement par une grande arcade. Ils utilisent la même technique de voûtement que les voûtes paraboliques. Les iwans étaient déjà utilisés à l'époque parthe et ils sont devenus un élément majeur de l'architecture sassanide.

La coupole sur trompes constitue une grande avancée dans l'architecture sassanide. En effet, la coupole circulaire était déjà connue des Parthes, avec la voûte en berceau, et des Romains (rotondes), mais le passage du plan carré au plan circulaire n’est maîtrisé pour la première fois que chez les SassanidesN. Gesché-Koning et G. Van Deuren, Iran, service éducatif et culturel, musées royaux d'art et d'histoire, Bruxelles, 1993, . Ces coupoles sont souvent d’un diamètre élevé, atteignant dès le règne d’Ardashir dans son temple du feu. Le plan cruciforme, est aussi un élément courant dans les constructions sassanides. Il existe depuis le millénaire av. J.-C. en Orient, mais peut avoir été aussi apporté par les Romains ; sa provenance n'est pas encore connue.

Les constructions à colonnes jouent un rôle secondaire dans l’architecture sassanide. Les minces colonnes de bois, peut-être enrobées de stuc sont reprises des Achéménides. À partir du apparaissent des piliers carrés ou circulaires compacts et souvent cannelés.

Les villes sassanides sont souvent fortifiées avec des murs et des bastions circulaires en argile ou en brique, tandis que les forteresses ont plutôt des murs de pierres. Les Sassanides développent un système assez typique de murs en forme de passage : les murs corridors, qui existaient déjà en Asie centrale depuis l’âge du bronze. Ainsi, à Dastagird, sous Khosro II, on trouve des murs de d’épaisseur, avec à l'intérieur un chemin de ronde et des meurtrières très profondes (ce qui les rend quasi inutilisables). Dans les sites montagneux, les accidents de terrain sont mis à profit pour renforcer les murailles, mais dans les châteaux de plaine, remparts et fossés sont de mise comme à Khandak-i Shapur.

Décors

Les murs de briques sont recouverts de stuc, de peintures murales ou de bas-reliefs. La brique est aussi utilisée pour créer des éléments architecturaux ou décoratifs tels les escaliers, frises à festons, rosettes, faux arcs, linteaux avec armature de bois…

Le stuc

Les décors de stuc ne sont connus que depuis le début du , et leur étude présente de grandes lacunes, en raison de la multiplicité des décors et des nombreuses disparitions notamment. Le plus ancien décor de stuc conservé est celui du complexe de Shapur à Bishapur, qui contient des méandres, des rinceaux, des feuilles d'acanthe... Un peu plus tard apparaissent des bustes de rois, dans le palais de Kish.

Les décors de stuc sont très différents selon les endroits : dans les palais, on trouvera le plus souvent de grandes compositions figurées et des bustes de rois, tandis que les maisons d'habitations seront plutôt revêtues de bustes féminins, de danseuses ou encore de petites plaques animales, comme c'est le cas dans les découvertes de Ctésiphon. De même, ces ornementations ne se trouvent pas dans toutes les parties des bâtiments, mais principalement dans les iwans, les maisons d’habitation et les halls à piliers.

La technique du stuc sassanide innove par rapport à la technique gréco-romaine : les Iraniens utilisent des moules pour l'élaboration de pièces ensuite mises côte à côte, et revêtent leur décor d'une polychromie non-naturaliste (couleur de fond bleu, motifs en rouge le plus souvent).

On peut classer les motifs en trois grandes catégories : des enchevêtrements de rinceaux géométriques et floraux, s’entremêlant de manière de plus en plus complexe au fil du temps, avec une diversification des motifs. un répertoire figuré : bustes de rois, figures féminines (nombreuses) en pied ou en petits bustes et qui peuvent correspondre à des déesses, des reines ou des danseuses. des animaux, réels (oiseaux, chiens, lions, sangliers, éléphants, béliers, bouquetins, cerfs) et légendaires (griffons, senmurvs, chevaux ailés) On note une inspiration gréco-romaine dans certains motifs décoratifs. Le langage figuré présente de nombreuses difficultés d’interprétation : s'agit-il d'une glorification de la majesté divine des rois, d'un culte des ancêtres, ou ceux-là ont-ils simplement un rôle protecteur ?.

La mosaïque

Le plus important complexe de mosaïque se trouve dans le palais de Shapur à Bishapur, sur le sol de l’iwan. Cette technique de décoration suscite de nombreuses interrogations : s'agit-il de mosaïques vraiment sassanides ou d'un travail romain ?

Plusieurs arguments militent en faveur d'une origine syrienne, qui aurait pu arriver avec la déportation d'une partie de la population d’Antioche par Shapur . On recense en effet beaucoup de relations entre Antioche et Bishapur : des motifs géométriques peu variés –chevrons, lignes verticales brisées, carrés posés sur la pointe, solides en perspective, tresses –, des modèles féminins gréco-romains et des masques dionysiaques semblent venir tout droit de Syrie.

En revanche, certaines œuvres semblent plutôt avoir été réalisées par des artistes iraniens. En effet, les femmes représentées dans le type de la banqueteuse couchée, que l’on retrouve dans l’argenterie, et la technique beaucoup moins fine que celle des modèles gréco-romains font penser à des œuvres autochtones.

Il semble donc qu'aient eu lieu à la fois des échanges et des fusions entre la civilisation sassanide et la culture romaine.

Typologie fonctionnelle des bâtiments Les palais Les palais constituent le grand nombre de ruines retrouvées à ce jour. Ils présentent certaines caractéristiques : un plan simple et symétrique autour d’un axe principal, une élévation complexe, avec étages intégrés dans de hautes salles officielles, une combinaison de l’iwan et de la salle sous coupole, mais cet élément ne se retrouve pas obligatoirement dans les palais, et existe aussi dans les temples. Parfois, une salle rectangulaire remplace la salle sous coupole.