Fantômas est un personnage de fiction français créé en 1911 par Pierre Souvestre et Marcel Allain. Sévissant dans la France de la Belle Époque, ce criminel est l'archétype du génie du mal, insaisissable et mystérieux. Défiant les forces de l'ordre, et en particulier le commissaire Juve et le journaliste Jérôme Fandor, Fantômas poursuit ses activités criminelles grâce à son art du déguisement et de l'évasion.

Lancée à grand renfort de publicité en , les aventures de Fantômas connaissent un immense succès littéraire. Entre 1911 et 1913, les deux auteurs publient en étroite collaboration dans la collection « Le Livre populaire » des éditions Fayard, trente-deux volumes à raison d'un par mois, chaque couverture étant illustrée par Gino Starace.

Le rythme effréné et l'écriture quasi-automatique, presque industrielle, produisent des incohérences et des inventions poétiques qui impressionnent les avant-gardes littéraires, et notamment les Surréalistes. Rapidement, Fantômas s'impose comme un mythe littéraire, dont les aventures reprennent tous les procédés du roman populaire, allant jusqu'à relever du Grand-Guignol où l'horreur et la violence se mêle à l'humour noir.

Après la mort de Pierre Souvestre survenu en 1914, Marcel Allain reprend seul la série et publie onze romans inédits entre 1926 et 1963.

Dès 1913, le succès littéraire de la série entraîne la production de cinq adaptations cinématographiques réalisées par Louis Feuillade, avec René Navarre dans le rôle de Fantômas. Les aventures du criminel sont à nouveau adaptées au cinéma durant les années 1930–1940, avant de faire l'objet d'une libre adaptation humoristique par André Hunebelle avec Jean Marais et Louis de Funès durant les années 1960.

Cette comédie populaire, qui connaît un grand succès, imprime durablement l'image d'une série burlesque auprès du public, bien éloignée du style sombre des romans. Malgré une apparition à la télévision en 1979 le temps de quatre épisodes qui tentent de revenir au ton d'origine, les aventures de Fantômas changent de support pour principalement se poursuivre en bande dessinée à partir de la fin du .

Histoire éditoriale Contexte littéraire Le personnage-titre s'inscrit dans la tradition littéraire des génies du mal, imaginées par divers auteurs sous le Second Empire. Parmi ces personnages fictifs, on distingue notamment Rocambole (avant sa reconversion héroïque) et son mentor Sir Williams, conçus par Pierre Ponson du Terrail, ainsi que le colonel Bozzo-Corona, prétendument immortel de la société secrète criminelle des Habits noirs, une création de Paul Féval.

Ce type de protagoniste criminel s'acclimate ensuite de la fin du , observe l'historien Dominique Kalifa. Ainsi, Fantômas compte d'immédiats prédécesseurs littéraires apparus à la Belle Époque, tel Zigomar, criminel encagoulé créé par Léon Sazie, ou comme Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc, hors-la-loi moins terrifiant mais non dénué d'ombres.

Le Fantôme de l'Opéra inspire également un passage du Fiacre de nuit (1911), un volume où Fantômas fait s'écraser un énorme luminaire sur la clientèle du grand magasin « Paris-Galeries », à l'instar du lustre qu'Erik le Fantôme précipite sur les spectateurs de l'Opéra-Garnier dans le roman de Gaston Leroux, paru un an plus tôt.

Fantômas se fonde aussi sur des antécédents historiques, en particulier la figure de Ravachol, un terroriste anarchiste de l'Ère des attentats (1892-1894). Sujet de complaintes populaires, Ravachol est alors transfiguré en hors-la-loi incarnant . Ce criminel est ainsi perçu comme le successeur de Louis Mandrin et de Rocambole, tout autant que comme un prédécesseur de Fantômas..

Genèse de Fantômas vignette|gauche|redresse=0.9|Pierre Souvestre et Marcel Allain composent Le Rour (1909), un roman-feuilleton où apparaît déjà un génie du mal, pourvu d'ailes artificielles. Les deux créateurs de Fantômas se rencontrent en 1907, alors que Pierre Souvestre, journaliste mondain, embauche Marcel Allain comme secrétaire pour l'aider à gérer son magazine Le Poids lourd, consacré à l'automobile. Efficace, Marcel Allain devient rapidement son prête-plume, puis finit même par co-signer leurs articles communs. Les deux hommes débutent leur association littéraire avec Le Rour, un roman-feuilleton sportif et policier publié dans les colonnes du journal L'Auto entre janvier et . Ce récit, qui connaît un grand succès, est suivi entre janvier et d'un second feuilleton policier toujours dans L'Auto, intitulé L'Empreinte, dans lequel ils introduisent les personnages de Juve et Jérôme Fandor.

Deux mois plus tard, Pierre Souvestre signe le un contrat avec Joseph-Arthème Fayard dans lequel il s'engage à lui livrer mensuellement vingt-quatre volumes d'une série policière. Le contrat stipule une rémunération de par récit, augmentée de par volume en cas de tirages supérieurs à . Quelques jours plus tard, Pierre Souvestre et Marcel Allain proposent à leur éditeur une première trame et le nom du protagoniste, « Fantômus », que Joseph-Arthème Fayard aurait transformé par inadvertance en Fantômas, selon Allain.

Entre juillet et , Pierre Souvestre et Marcel Allain publient dans la revue culturelle Comœdia La Royalta présenté comme un grand roman théâtral et policier. Dans ce roman-feuilleton, les auteurs mettent à nouveau en scène le commissaire Juve et le journaliste Jérôme Fandor. Pierre Souvestre remet le manuscrit du premier volume de la série Fantômas en à Fayard.

Le premier volume de la série est publié en dans la collection « Le Livre populaire » au prix de ..

vignette|Publicité pour le phonographe Edison. Selon Marcel Allain, à cause du rythme de production exigé par Arthème Fayard, les volumes du roman ont été initialement dictés par lui et Pierre Souvestre à l'aide d'un dictaphone, puis saisis la nuit par des dactylos. Par ce procédé, Fantômas impose un style débridé (qui évoquera aux surréalistes l'écriture automatique) ainsi que des intrigues sombres et tortueuses construites autour des crimes de son (anti)héros à l'imagination sans limite, intrigues animées par des courses poursuites échevelées qui font appel à toutes les ressources de la technologie de l'époque (automobile, train, paquebot

vignette|redresse=0.8|gauche|Représentation emblématique d'un « apache » à la une du Petit Journal, . Fantômas ressuscite par ailleurs, pour les lecteurs contemporains, la société de la Belle Époque et notamment un Paris disparu, dans la lignée des feuilletonistes du (en particulier Eugène Sue et ses Mystères de Paris), les apaches succédant aux mohicans d'Alexandre Dumas dans la jungle urbaine européenne. L'insaisissable bandit, l' dont il dispose ainsi que ses adversaires font également de brèves échappées en Afrique et en Amérique, jusque dans l'espace dans le dernier épisode rédigé par Marcel Allain seul.

Pierre Souvestre et Marcel Allain collectionnent les faits divers qui émaillent la presse française mais aussi anglo-saxonne, participant à la psychose d'insécurité relayée par cette presse. Les deux auteurs compilent les coupures de journaux dans un dossier intitulé , où ils puisent leur inspiration. Pour protéger Juve de l'attaque de l'« exécuteur muet » ophidien dans Juve contre Fantômas (), Souvestre et Allain revêtent le policier d'une ceinture et de brassards cloutés similaires à l'attirail de Jean-Jacques Liabeuf, un « tueur de flics ».. Fantômas endosse une panoplie similaire afin d'échapper à Juve dans le volume Le Train perdu ()..

L'actualité trouve ainsi sa place dans la saga. Le Train perdu évoque une importante grève maritime internationale survenue l'année même de la publication du volume, qui empêche Fantômas et les apaches de quitter l'Angleterre. Le naufrage du Gigantic dans La Fin de Fantômas () fait écho à celui du Titanic.

Personnages Fantômas

Fantômas relève de la figure du surhomme qui, dans certains cycles de romans populaires, incarne une volonté de puissance et de domination dépassant le seul crime crapuleux. Le personnage apparaît ainsi comme une personnification du mal, caractérisée par une violence meurtrière associée à la vengeance et à la mort, note l'historien Dominique Kalifa.

affublé de plusieurs surnoms (le , le , , etc.), le visage et la véritable identité de Fantômas demeurent inconnus.

Dans des indications rédigées en 1958 à l'intention des illustrateurs de bande dessinée., Marcel Allain décrit le terrible bandit sous trois apparences, sans compter les nombreux et habiles déguisements qui le rendent totalement méconnaissable.

Au naturel, il apparaît comme un quadragénaire athlétique, élégant et courtois (bien qu'assassin impitoyable), .

vignette|Fantômas vêtu de son maillot noir et de sa cagoule. Affiche du film Le Mort qui tue réalisé par Louis Feuillade, Gaumont, 1913. Pour accomplir ses forfaits, il adopte parfois l'apparence traditionnelle du popularisé par Arsène Lupin, dont les aventures inspirent fortement le volume initial de la série fantômassienne : vêtu d'un smoking, coiffé d'un haut-de-forme et le visage dissimulé par un loup de velours, conformément à l'illustration anonyme de la couverture du premier roman.

Toutefois, aux yeux de son cocréateur, la silhouette de Fantômas demeure celle du criminel portant un collant noir (sans cape) ainsi qu'une cagoule ne laissant voir que ses yeux, .

Juve vignette|gauche|Juve et Fandor se réfugient dans un tonneau pour échapper à l'incendie des entrepôts de Bercy. Couverture de Gino Starace pour le : Juve contre Fantômas, Fayard, . Inspecteur de la Sûreté de Paris, , Juve est l'ennemi acharné, voire obsessionnel, de Fantômas. Il réside au 142 de la rue Bonaparte à Paris. Sa vie est vouée à la capture du monstre.

À la fin du trente-deuxième volume, lors du naufrage du paquebot Gigantic, le génie du crime révèle à Juve qu'il n'est autre que son propre frère, suscitant l'indignation puis la stupeur du policier. Les deux ennemis jurés sont ensuite engloutis dans les flots avant d'avoir pu sceller leur réconciliation. Lorsque Marcel Allain reprend seul l'écriture de la série à partir de 1926, il dédaigne cette révélation dramatique : se réveillant sur un toit avec Fandor, l'inspecteur se contente de ridiculiser ce prétendu lien familial par une brève allusion, selon le principe de la continuité rétroactive.

Jérôme Fandor Anciennement Charles Rambert, fils d'Étienne Rambert et d'Alice, deux victimes de Fantômas. Impliqué malgré lui dans un meurtre commis par le génie du crime, Fandor devient l'allié et l'ami indéfectible de son Juve. De fait, l'inspecteur lui fournit une nouvelle identité afin de le protéger du criminel ayant décimé sa famille.

Jeune, sportif, gouailleur et tête brûlée, Charles Rambert se mue en Jérôme Fandor, journaliste intrépide œuvrant au périodique La Capitale, conformément à la figure héroïque du jeune reporter prisée par la fiction populaire, de Rouletabille à Tintin.. Fandor devient également le fiancé d'Hélène, que Fantômas tente de lui arracher.

Hélène

Belle, intelligente et intrépide, Hélène est fiancée à Fandor et affronte à ses côtés Fantômas, son père présumé. Dévoré par un amour paternel jaloux et exclusif, le génie du crime veille constamment sur elle, tout en s'acharnant à la séparer de son fiancé.

Conformément à la tradition feuilletonnesque des mystérieuses origines exotiques, le volume La fin de Fantômas révèle qu'Hélène est la petite-fille de l'empereur des Indes. Marcel Allain néglige cet élément lorsqu'il reprend l'écriture de la série en 1926, après la mort de Souvestre (à qui il attribuera plus tard l'idée indienne). Désormais, Fantômas apparaît comme le véritable père de la fiancée de Fandor.

Lady Maud Beltham vignette|gauche|Lady Beltham sort de son cercueil (La Guêpe rouge, 1912). Couverture de Gino Starace.