Jean-Paul Mokiejewski, dit Jean-Pierre Mocky, est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur de cinéma français, né le à Nice et mort le dans le .

Son œuvre compte plus de soixante longs métrages et quarante épisodes de séries télévisées.

Il débute en tant qu'acteur au cinéma comme au théâtre et fait notamment partie de la Bande du Conservatoire. Il joue notamment dans Les Casse-pieds (1948) de Jean Dréville, Orphée (1950) de Jean Cocteau ou Le Gorille vous salue bien (1957) de Bernard Borderie. Mais c'est surtout en Italie qu'il devient célèbre, notamment grâce à son rôle dans Les Vaincus de Michelangelo Antonioni.

Après avoir travaillé comme stagiaire auprès de Luchino Visconti pour Senso (1954) et de Federico Fellini pour La strada (1954), il écrit un premier film, La Tête contre les murs (1959) et projette de le réaliser lui-même, mais le producteur préfère confier cette tâche à Georges Franju. Il passe à la réalisation l'année suivante avec Les Dragueurs (1959). Depuis lors, il n'a jamais cessé de tourner. Dès les années 1960, il touche un vaste public avec des comédies déjantées comme Un drôle de paroissien (1963) ou La Grande Lessive (!) (1968). Après Mai 68, il se tourne vers le film noir avec Solo (1970), dans lequel il montre un groupe de jeunes terroristes d'extrême gauche, puis L'Albatros (1971), qui dénonce la corruption des personnalités politiques.

Dans les années 1980, il renoue avec le succès avec un film dénonçant, un an avant le drame du Heysel, les dérives de certains supporters de football (À mort l'arbitre, 1984) puis une comédie dénonçant les hypocrisies autour du pèlerinage de Lourdes (Le Miraculé, 1987). Dans les années 1990 et 2000, ses films rencontrent moins de succès mais Jean-Pierre Mocky continue de tourner avec autant d'enthousiasme.

Son cinéma, souvent satirique et pamphlétaire, s'inspire généralement de faits de société. Il travaille avec peu de moyens et tourne très rapidement. Il a notamment tourné avec Bourvil (Un drôle de paroissien, La Cité de l'indicible peur, La Grande Lessive (!) et L'Étalon), Fernandel (La Bourse et la Vie), Michel Simon (L'Ibis rouge), Michel Serrault (douze films dont Le Miraculé), Francis Blanche (cinq films dont La Cité de l'indicible peur), Jacqueline Maillan (cinq films), Jean Poiret (huit films) et avec les vedettes Catherine Deneuve (Agent trouble), Claude Jade (Bonsoir), Jane Birkin (Noir comme le souvenir), Jeanne Moreau (Le Miraculé) et Stéphane Audran (Les Saisons du plaisir).

Il reçoit en 2010 le prix Henri-Langlois pour l'ensemble de sa carrière et le prix Alphonse-Allais en 2013. Le festival international du film Entrevues à Belfort en 2012 et la Cinémathèque française en 2014 lui consacrent une rétrospective intégrale.

Biographie Enfance Jean-Pierre Mocky naît le .Il est arrivé que Jean-Pierre Mocky affirme être né le : outre qu'ils sont contredits par les documents officiels de l'état civil français, ces propos sont entre autres incohérents avec son premier mariage en 1947, année qui aurait de la sorte été celle de ses . à Nice : .., sous le nom d'état civil de « Jean-Paul Adam Mokiejewski ». Son père, Adam Mokiejewski (1896-1956)., issu de la communauté juive polonaise, a émigré en France depuis l'oblast du Terek, en Tchétchénie.. Sa mère, Janine Zylinska (1897-1968)., est une Polonaise de confession catholique.. Ses parents s'étaient installés à Nice en 1922. Selon l'acte de naissance de Jean-Pierre Mocky, son père, ancien lieutenant-colonel dans l'armée française à titre étranger, chevalier de la Légion d'honneur, est né le à Varsovie et sa mère le à Varsovie.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, en 1939, la famille Mokiejewski, qui vit grâce à la fortune polonaise de sa mère, doit vendre sa villa du mont Boron à Nice ; elle s'installe à Grasse.. Jean-Pierre Mocky raconte qu'en 1942, pendant l'occupation allemande, son père cherche à le protéger des persécutions contre les Juifs et souhaite l'envoyer chez son oncle, en Algérie. Jean-Pierre Mocky est trop jeune pour prendre le bateau seul. Pour le vieillir, son père aurait alors fait avancer sa date de naissance au ..... Il renonce finalement à ce voyage et envoie simplement son fils à la ferme.. La même année, Jean-Pierre Mocky fait une première apparition au cinéma comme figurant dans Les Visiteurs du soir de Marcel Carné.. Lorsqu'il est collégien, il fréquente le collège municipal de Grasse... L'été, il travaille comme plagiste à l'hôtel Carlton à Cannes. À l'époque, ses parents sont gardiens d'une propriété. Il se marie le avec Monique Bodin qu'il avait mise enceinte mais leur union ne dure que quatre mois. Ils ne divorceront cependant que le .

Carrière d'acteur (1946-1958) vignette|redresse|Jean-Pierre Mocky en 1948 (photo studio Harcourt). En 1946, il interprète le rôle d'un milicien dans Vive la Liberté de Jeff Musso. Installé à Paris en 1947, il joue au cinéma comme figurant dans quelques films comme L'Homme au chapeau rond. Il gagne sa vie comme chauffeur de taxi, et rencontre, dans son véhicule l’acteur Pierre Fresnay. C'est grâce à lui qu'il décroche un premier rôle au théâtre dans Pauline ou l'Écume de la mer de Gabriel Arout. Pierre Fresnay le prend sous sa protection et le loge chez lui à Neuilly-sur-Seine.. Jean-Pierre Mocky est ensuite admis au Conservatoire national supérieur d'art dramatique où il suit les cours de Louis Jouvet. Il y rencontre Jean-Paul Belmondo avec qui il sympathise.. C'est pour se différencier de Belmondo qu'il prend alors comme prénom Jean-Pierre. Il obtient un premier grand rôle au cinéma avec Le Paradis des pilotes perdus (1948).

En 1952, il rencontre Michelangelo Antonioni et joue dans Les Vaincus, qui remporte un grand succès en Italie... Il est alors engagé comme acteur par les studios Ponti-De Laurentiis. Il tourne en 1953 dans Le Comte de Monte-Cristo, sorti en 1954 en Italie et en 1955 en France. Il travaille ensuite comme stagiaire de Federico Fellini sur La strada (1954) et comme stagiaire de Luchino Visconti pour Senso (1954). Il joue dans de nombreux films italiens comme Graziella de Giorgio Bianchi et Les Égarés (Gli sbandati) de Francesco Maselli en 1955. En tant qu'acteur en Italie, il devient vite célèbre. Dans un entretien donné à la revue Cinéma en 1982, il explique :

De retour en France, en 1956, il est engagé par le metteur en scène Raymond Rouleau pour jouer au théâtre de Paris avec Ingrid Bergman la pièce Thé et sympathie. Raymond Rouleau se désiste au dernier moment pour réaliser le film Les Sorcières de Salem. Il est remplacé par Jean Mercure qui renvoie Jean-Pierre Mocky de la distribution pour le remplacer par un de ses amis. Jean-Pierre Mocky porte plainte et remporte son procès. Avec les qu'il a gagnés, il crée une petite maison de production pour produire La Tête contre les murs.

Il rencontre Claude Chabrol, François Truffaut et Jean-Luc Godard en 1958 et sympathise avec eux, mais bien qu'il soit de la même génération que ces cinéastes, il ne fait pas partie de la Nouvelle Vague. Il ne partage pas les indignations des critiques des Cahiers du cinéma contre l'académisme du cinéma français de l'après-guerre..

Premiers films (1958-1968) vignette|gauche|redresse|Jean-Pierre Mocky à la fin des années 1950, époque où il tourne ses premiers scénarios. Certains membres de la famille de son père, de confession juive, sont internés dans des asiles après leur sortie des camps de concentration. Jean-Pierre Mocky a été marqué par leur témoignage et souhaite faire un film sur les asiles. Il découvre le roman d'Hervé Bazin, La Tête contre les murs et ce dernier lui cède gratuitement le droit d'adapter son livre. Il travaille sur le scénario avec François Truffaut, puis confie les dialogues à Jean-Charles Pichon. Il rassemble notamment Pierre Brasseur, Paul Meurisse, Charles Aznavour et Anouk Aimée, dont il est éperdument amoureux., mais les producteurs ne lui font pas confiance et préfèrent confier la réalisation à quelqu'un de plus expérimenté. Jean-Pierre Mocky contacte alors Alain Resnais, puis Georges Franju, qui réalisera le film.. Jean-Luc Godard, alors critique de cinéma, signe un article dans l'hebdomadaire Arts et deux articles dans les Cahiers du cinéma pour défendre le film réédité dans . réédité dans . réédité dans .. Dans le premier article, il écrit : Et Godard salue à la fois le scénario de Jean-Pierre Mocky et Jean-Charles Pichon et le jeu des acteurs : Le film est remarqué dans les festivals et remporte douze prix, mais fait très peu d'entrées ().

vignette|redresse|Michael Lonsdale a tourné neuf films avec Jean-Pierre Mocky dont Snobs ! (1961), La Grande Lessive (!) (1968), L'Étalon (1970) et Le Renard jaune (2012). Après l'échec de La Tête contre les murs, Jean-Pierre Mocky réalise son premier film, Les Dragueurs en 1959. L'idée du film vient de son expérience personnelle. Il avait lui-même pris l'habitude d'aborder les filles sur l'avenue des Champs-Élysées avec quelques amis et le terme « draguer » avait été inventé par l'un d'entre eux. Il souhaite d'abord donner le premier rôle à son ami du conservatoire Jean-Paul Belmondo mais la production lui impose Jacques Charrier. Le second dragueur, Joseph, est interprété par Charles Aznavour. Au départ, il conçoit une fin pessimiste dans laquelle Freddy (Jacques Charrier) va au bordel avec une femme qui ressemble à Jeanne, la femme idéale incarnée par Anouk Aimée. Les producteurs préfèrent laisser ouvert l'avenir de ce personnage et amputent le film de cette dernière scène.... Le film est exporté dans 63 pays et rencontre un grand succès public (1,5 million d'entrées.). Le terme même de « dragueur » aurait été popularisé par le film.. À la suite d'un désaccord avec son producteur, Joseph Lisbona, sur le partage des bénéfices des Dragueurs, il crée en 1960 sa propre société de production, Balzac films...

Inspiré par sa relation avec l'actrice Véronique Nordey, Jean-Pierre Mocky souhaite faire un film sur ce qui se passe dans un couple quand le désir se fait moins fort. Pour écrire Un couple (1960), Mocky se tourne vers Raymond Queneau qui introduit un esprit de dérision dans le film. Le couple est incarné par Juliette Mayniel et Jean Kosta. Mocky a du mal à trouver des distributeurs et le film tourné au début de l'année 1960 ne sort sur les écrans français qu'en . Il divise la critique. Queneau fait appel à ses connaissances dans Le Monde des Lettres. Françoise Sagan soutient le film dans L'Express réédité dans . et la revue Cahiers du cinéma lui consacre la une du numéro 115 de .. Finalement le film, mal distribué, ne fait que ..

Après un succès (Les Dragueurs) et un échec (Un couple), le cinéaste décide de passer pour de bon à la comédie satirique avec Snobs !. Pour ce film, tourné en , il s'entoure de Francis Blanche, Michael Lonsdale, Élina Labourdette et Véronique Nordey. Certaines scènes doivent être coupées pour satisfaire la censure. Le film sort sur les écrans en et fait peu d'entrées en France (). À l'exception de quelques critiques dont Jean-Louis Bory et Michel Mardore, la presse est défavorable au film... Dans les Cahiers du cinéma, Michel Mardore loue le sens de la démesure du film :