La « nouvelle capitale administrative » égyptienne (en arabe : , ), parfois appelée Wedian ou Al-Masa, est une ville nouvelle en construction depuis 2016, destinée à devenir à terme la capitale de l'Égypte en remplacement du Caire. Le chantier est situé à environ quarante-cinq kilomètres à l'est du Caire, en plein désert.
Ce projet de déplacement est une tentative de désengorger la métropole nilote, en proie à une expansion démographique et économique que les infrastructures peinent à suivre. Mais les observateurs font remarquer que ce mouvement vers l'est a probablement aussi des visées politiques, visant notamment une plus grande proximité du pouvoir avec la zone stratégique du canal de Suez.
Le projet, prévu depuis les années 1970 et sans cesse repoussé, a connu son véritable lancement à l'arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi. Suscitant un certain enthousiasme en Égypte, il est également l'objet de critiques, portant en particulier sur son financement.
Localisation et toponymie gauche|vignette|alt=Photographie satellite couleur montrant la basse vallée du Nil, son delta et les déserts l'environnant, ces derniers commençant à être aménagés, surtout à l'est du fleuve.|Vue satellite du Caire en . À l'est du centre-ville, les taches brunes correspondent au chantier de la nouvelle capitale administrative.|250x250px
La ville nouvelle est située environ quarante-cinq kilomètres à l'est du Caire, en plein désert et à mi-chemin entre l'actuelle capitale et la ville de Suez, qui se trouve à l’entrée sud du canal. Toutefois, elle reste intégralement incluse à l'intérieur du gouvernorat du Caire ; en effet, la constitution égyptienne dit explicitement que Le Caire est la capitale de l'Égypte. Sa construction devrait en faire une nouvelle cité-satellite de la capitale actuelle, s'ajoutant aux quatre qui ceinturent déjà cette dernière..
En , la ville n'a pas encore de nom officiel. Le projet, dénommé en anglais « Future City » lors de sa présentation., est aussi désigné par l'acronyme NAC, pour « New Administrative Capital ».. Ses détracteurs l'appellent ironiquement « Madinat Sissi » (en arabe) ou « Sissi-City » (en anglais), soit « Sissiville », pour souligner son caractère pharaonique, personnel et volontariste...
Également employé, le nom Wedian est le pluriel de wadi, qui se traduit en français par « vallée », le projet s'étendant sur douze vallées distinctes destinées à servir de plaques tournantes à différents secteurs.. Un autre nom utilisé est Al-Masa..
Historique du projet Premiers projets Le projet de nouvelle capitale s'inscrit dans une nombreuse lignée de villes nouvelles, lancées par les divers gouvernants qui se sont succédé depuis l'indépendance et visant toutes à désengorger la vallée du Nil, où se trouvent les seules terres arables du pays. Ainsi, le schéma directeur de 1974 prévoyait l'aménagement de dix-huit villes nouvelles, toutes situées dans les déserts à l'est ou à l'ouest du fleuve (par exemple Dix-de-Ramadan et Six-Octobre)..
Entre 1977 et 2000, vingt-deux projets ont ainsi été menés à bien, en particulier sous Anouar el-Sadate et Hosni Moubarak..
Relance sous al-Sissi vignette|alt=Photographie couleur d'une conférence rassemblant de nombreux délégués, essentiellement masculins.|Conférence de Charm el-Cheikh, durant laquelle le président Abdel Fattah al-Sissi présente en le projet de nouvelle capitale.|250x250px
Dès son arrivée au pouvoir en 2014, Abdel Fattah al-Sissi montre un fort intérêt pour le projet de nouvelle capitale et lance très rapidement le chantier. En , à Charm el-Cheikh, il présente le projet à la communauté internationale.. Le calendrier des travaux propose que le déménagement du palais présidentiel, du Parlement et des trente-deux ministères ait lieu dès ..
L'intérêt d'al-Sissi pour ce projet est triple. Premièrement, la ville nouvelle a pour but de désengorger Le Caire, qui en 2015 compte dix-huit millions d'habitants (nocturnes), mais jusqu'à vingt-deux millions d'usagers (diurnes) ; les prévisions démographiques officielles anticipent une population de quarante millions d'habitants en 2040. La réalisation d'une ville moderne, bien desservie, très fonctionnelle, est considérée par les observateurs comme un moyen pour le nouveau pouvoir fort d'affirmer sa solidité et sa capacité d'investissement, ainsi qu'une certaine rupture avec une Égypte traditionnelle que symbolise l'urbanisme complexe du Caire.
Par ailleurs, le choix de déménager le centre décisionnel du pouvoir politique vers l'est ne doit rien au hasard ; de nombreux observateurs s'accordent pour dire que le président égyptien cherche à rapprocher le pouvoir du canal de Suez, artère commerciale vitale pour le pays, ainsi que de la péninsule du Sinaï, politiquement indocile. Enfin, le choix de placer les institutions politiques dans une ville nouvelle tracée au cordeau et placée sous télésurveillance limite les risques d'exposition du pouvoir aux velléités contestataires et revendicatrices des Cairotes.
Travaux réalisés Les travaux commencent par un grand chantier d'infrastructures. En 2016 démarre la première tranche des travaux urbains à proprement parler, couvrant une surface de (, répartis en sept cents immeubles et neuf cent cinquante villas). Sur ce chantier travaillent environ deux cent mille personnes (ouvriers, mais aussi fonctionnaires, militaires). Cette première phase correspond à un budget d'environ soixante-dix milliards de livres égyptiennes (soit environ d'euros au taux de change de 2018). En , d’autoroutes ont été construits.
La Chine, très présente dans le financement du projet, est également investie dans la construction, avec la réalisation d'au moins une vingtaine de tours. La construction implique en particulier la (CSCEC) et . La est la première entreprise de construction du monde quant au chiffre d'affaires, et a un statut d'entreprise du gouvernement central chinois. La seconde est une entreprise privée de taille très inférieure, mais comptant cependant un membre du parti communiste chinois dans son comité.
Les travaux sont régulièrement visités par des journalistes étrangers, à travers des visites guidées promotionnelles .. Au printemps 2021, alors que la pandémie de Covid-19 a fait prendre du retard au chantier, environ 60 % du chantier est terminé selon les sources gouvernementales, et la date annoncée de l'inauguration officielle est en ..
Le , le président égyptien déclare que l’issue du transfert des agents publics au nouveau siège du gouvernement fin 2021 ou début 2022 sera l'occasion du . L'inauguration prévue de la nouvelle capitale administrative doit être accompagnée d'une manifestation spectaculaire qui sera diffusée par le biais des médias internationaux. La première phase de transfert d'agents publics devrait compter près de de niveaux différents. Ces derniers ont selon lui tous été formés depuis 2018 aux différents outils numériques (notamment la nouvelle plateforme ) mis à disposition au nouveau siège du gouvernement à la nouvelle capitale administrative..
Les premiers fonctionnaires devaient y travailler à partir de et être d'ici 2024.
L'inauguration de la première phase couvrant est finalement repoussée à 2022 ..
Caractéristiques urbaines Le choix urbanistique, construit avec l'agence d'architectes américaine Skidmore, Owings and Merrill, s'est porté sur une réalisation proche de ce qui est fait à Dubaï, avec une ville relativement compacte dans son centre, un quartier des affaires représentant un signal visuel fort, mais faisant la place à des espaces d'habitation vastes et verts. L'emprise de la nouvelle capitale est de sept cents kilomètres carrés. L'ensemble est prévu pour accueillir environ six millions et demi d'habitants, répartis dans vingt-et-un districts résidentiels, à une échéance de vingt ans environ. La ville est prévue pour compter environ dix mille kilomètres de voies nouvelles, dont une part importante réservée à l'espace piétonnier.. À l'achèvement, permanents sont prévus, ainsi que de santé, sept cents écoles maternelles et garderies, ainsi qu'un parc d'attraction de grandes dimensions.
Outre de très nombreux logements, non seulement de haut de gamme mais aussi plus modestes afin d'accueillir tous les fonctionnaires du nouvel ensemble, le projet compte des hôtels de luxe, un nouvel aéroport, une tour de .. En , le premier bâtiment public inauguré est la cathédrale de la Nativité du Christ, décidée notamment en réaction à l'attentat du 11 décembre 2016, et plus grande église du Moyen-Orient.. Au même moment, la mosquée Al-Fattah al-Alim, plus grande mosquée d'Égypte, est également inaugurée.. Critiques Financement La plus virulente critique adressée par les observateurs au projet est l'absence de transparence concernant le financement de l'opération. Le coût annoncé du projet est d'environ quarante-trois milliards d'euros en 2015, alors que l'Égypte traverse une crise économique et budgétaire importante. Si la plupart des noms des équipements construits ou à construire sont inconnus, la grande artère centrale du projet portera le nom de Mohammed ben Zayed Al Nahyane, prince héritier de l'émirat d'Abou Dabi, ce qui laisse supposer aux observateurs un financement au moins en partie émirati : . Les investisseurs dubaïotes, intéressés lors du lancement du projet, refusent rapidement de s'engager et de fournir les garanties financières nécessaires.
La finance un tiers du prix prévisionnel du projet (environ quinze milliards d'euros sur les quarante-cinq anticipés) par un mécanisme de prêts..
Contre ces critiques, des responsables du gouvernement égyptien se sont prononcés à plusieurs reprises pour clarifier que la méthode de financement de la nouvelle capitale administrative s'appuie sur une stratégie simple. Il s'agit de rendre de la valeur aux territoires à travers la mise en place d'infrastructures comme l'eau, l'électricité et le gaz, d'où la volonté actuelle des sociétés du secteur privé comme du secteur public d'investir dans des projets commerciaux et résidentiels. Donc, pour le gouvernement égyptien, le financement de la nouvelle capitale administrative ne mobilise pas des dépenses affectées au budget national et se déroule d'une manière complètement indépendante et séparée..
De surcroît, au cours de la pandémie de Covid-19, de nombreux Égyptiens critiquent la priorité donnée à ce projet face à des enjeux médicaux paraissant largement plus prioritaires..
Fort risque de non-achèvement Les prévisions officielles de durée du chantier varient en fonction des personnes effectuant les annonces : al-Sissi parle d'un chantier ne dépassant pas cinq ans ; le ministre du Logement estime entre cinq et sept ans la durée des travaux ; mais le ministre de l’Investissement parle de douze années de chantier avant mise en service.. L'exemple des villes nouvelles égyptiennes déjà construites montre leur échec relatif à se développer (à l'exception de Dix-de-Ramadan, qui a partiellement rempli ses objectifs initiaux), et à désengorger la capitale.
L'analyse des travaux réalisés en fin d'année 2017 et au début de 2018 montre un resserrement du projet par rapport aux ambitions initiales, resserrement sur lequel aucune communication officielle n'est effectuée ; mais de nombreux panneaux publicitaires présentant l'état initialement prévu de la nouvelle capitale sont abattus ou arrachés, ce qui laisse présager une modification assez importante du projet. Cette modification est observable sur les bâtiments déjà réalisés, qui ne correspondent pas à l'architecture de style dubaïote envisagée, mais plutôt à ce qui se fait depuis des années en matière de construction en Égypte..
Risque d'une bulle immobilière Conséquemment au risque de non-achèvement, les observateurs les plus pessimistes craignent que ce projet ne débouche sur une bulle immobilière.
Approvisionnement en eau