Calixthe Beyala, née le à Douala au Cameroun, est une romancière franco-camerounaise. Elle reçoit le Grand prix du roman de l'Académie française en pour son roman Les Honneurs perdus. Dans les années , elle est visée par plusieurs accusations de plagiat et est condamnée en . Elle poursuit néanmoins sa carrière d'écrivaine.

En , elle est faite chevalier de la Légion d'honneur française et, en , elle devient ambassadrice de la culture camerounaise par le gouvernement camerounais.

Biographie

Enfance, formation et débuts Calixthe Beyala est originaire d'une famille du Cameroun de douze enfants dont elle est la sixième. Ses parents se séparent peu après sa naissance, et son père l'abandonne, ne la revoyant brièvement pour la première fois qu'à l'âge de ses 16 ans. Sa sœur aînée sacrifie ses études au profit de Calixthe, travaillant auprès de sa grand-mère en vendant du manioc pour subvenir aux besoins de la famille. Les sœurs passent leur enfance au Cameroun à New-bell, un bidonville de Douala.

Une fois l'âge de 17 ans atteint, Calixthe Beyala quitte le Cameroun pour l'Occident. En France, elle poursuit ses études et obtient un baccalauréat G2 avant de continuer en lettres modernes françaises à l'université Paris 13 Nord. Parallèlement, elle publie son premier roman. Elle affectionne la vie en banlieue qu'elle considère comme "sa source d'inspiration" et n'hésite pas à s'y isoler.

Carrière

Littérature et presse Calixthe Beyala publie en son premier ouvrage ayant pour titre C'est le soleil qui m'a brûlée. Dans les années , des accusations de plagiats visent plusieurs de ses romans. En , elle est condamnée pour contrefaçon pour son roman Le Petit Prince de Belleville et doit verser des dommages et intérêts à l'auteur Howard Buten (plagié à travers son roman Quand j'avais cinq ans je m'ai tué). Malgré cela, elle réussit à gagner dans la même année le Grand prix du roman de l'Académie française pour son roman Les Honneurs perdus.

En , dans La Plantation, elle raconte les expropriations au Zimbabwe et dénonce le système Mugabe, via le récit du personnage principal, Blues Cornu, la jeune fille d'un grand propriétaire terrien blanc d’origine française. De 2005 à 2012, elle est éditorialiste au mensuel Afrique magazine.

Documentaires et télévision En , Calixthe Beyala présente une série de documentaires, intitulée Rêves d'Afrique, diffusée sur France télévision et dont elle a collaboré à l'écriture des scénarios.

En , elle écrit et réalise son premier film documentaire, Manu Dibango, Tempo d'Afrique, sur le saxophoniste Manu Dibango, diffusé sur France 5Fiche de l'émission « Manu Dibango, tempo d'Afrique », France 5.fr (consulté le 10 juin 2014)..

Elle collabore aux émissions sur RTL avec Christophe Hondelatte et est chroniqueuse sur l'émission Hondelatte dimanche, sur la chaine de télévision Numéro 23.

Engagement et prises de position En , elle est faite ambassadrice de la culture camerounaise par le gouvernement camerounais« Calixthe Beyala promue ambassadrice de la culture camerounaise », Le Figaro, encart « Le Figaro et vous », 4-5 mai 2019, p. 35..

En faveur des minorités Calixthe Beyala critique la sous-représentation des minorités visibles dans le paysage audiovisuel français. Elle est l'initiatrice et la porte-parole de l'association Collectif Égalité, un mouvement qui revendique une meilleure représentation des Noirs dans les médias, la culture, la politique et le domaine économique, fondée en Nasser Negrouche, « Écran noir, images blanches », Le Monde diplomatique, juillet 2002..

En , elle dépose plainte contre le CSA et le gouvernement français devant l’absence de Noirs à la télévision. Cette démarche conduit le collectif à être reçu, en , par le président du CSA de l’époque, Hervé Bourges« Max Lagarrigue. Les Causes noires », Le Meilleur des mondes, 2, éd. Denoël, 2006..

En , elle suscite une forte réprobation lorsqu'elle s'exprime de nouveau en faveur de Kadhafi« D’humeur noire », Luc Le Vaillant, Libération.fr, 30 mars 2011..

Affaires judiciaires Accusations de plagiat et condamnation Le , le tribunal de grande instance de Paris juge que le roman de Calixthe Beyala, Le Petit Prince de Belleville, paru en chez Albin Michel, est une « contrefaçon partielle » d'un roman de l'américain Howard Buten, Quand j'avais cinq ans je m'ai tué, paru en français aux éditions du Seuil en « Calixthe Beyala, entre prix et plagiat. Couronnée par l'Académie, la romancière a été condamnée il y a six mois pour contrefaçon », Antoine de Gaudemar, Libération.fr, 26 octobre 1996.. Howard Buten avait établi qu'une quarantaine de passages du roman incriminé comportaient plus que des similitudes avec son propre livre. Aux termes du jugement, Calixthe Beyala et son éditeur ont été condamnés à payer chacun francs à Howard Buten pour préjudice moral et francs aux éditions du Seuil pour préjudice matériel, le tribunal ordonnant, en outre, le retrait de tous les passages incriminés. Calixthe Beyala ne fait pas appel du jugement, indiquant : L'Académie française n'a pas estimé la condamnation gênante, jugeant qu'il et que , de Corneille à Stendhal. Le journal satirique Le Canard enchaîné avait lui aussi relevé dans Le Petit Prince de Belleville une dizaine d'autres « emprunts », faits cette fois quasiment mot pour mot, à un grand classique de la littérature policière, Fantasia chez les ploucs, de Charles Williams.

Une brève polémique l'oppose en à l'écrivain nigérian Ben Okri à la suite de ressemblances dénoncées par Pierre Assouline entre Les Honneurs perdus et La Route de la faimBen Okri répond à Calixthe Beyala, 28 novembre 1996, Libération..

L'année suivante, dans la revue Lire, Pierre Assouline estime que l'écrivaine a plagié deux autres romans dans Le Petit Prince de Belleville, et l'accuse d'en avoir pillé deux supplémentaires dans Asséze l'Africaine.. En , Richard Serrano prend la défense de l'autrice dans un texte intitulé Calixthe Beyala : griotte postmoderne ou plagiaire ? et s'attarde sur ce dernier cas, indiquant notamment que Paule Constant, autrice supposément plagiée (à travers son roman White Spirit) fait partie du jury ayant remis le Prix Tropiques au roman Asséze l'AfricaineRichard Serrano, Calixthe Beyala : griotte postmoderne ou plagiaire ? in Nouvelles écritures francophones : Vers un nouveau baroque ? (dir. Jean-Cléo Godin), 2001, Presses de l'Université de Montréal..

Procès contre Michel Drucker En , Calixthe Beyala intente un procès à l'animateur de télévision Michel Drucker, lui réclamant de dommages-intérêts« Calixthe Beyala : "Si j'attaque Michel Drucker, c'est une question d'honneur" », Henri Haget, L'Express.fr, 15 mai 2009., lui reprochant de ne pas l'avoir payée pour sa contribution à un livre d'entretiens fait avec Régis Debray à la place de l'animateur (auquel elle a consacré un roman à clé, L'Homme qui m'offrait le ciel« Un animateur télé épinglé dans un roman à clef », Le Point.fr, 14 avril 2007.).

En , elle perd le procès en première instance, mais en appel en , Michel Drucker est condamné à lui verser Julien Lalande, « Justice : Michel Drucker lourdement condamné », Ozap.com, 13 janvier 2011.. Selon le site PureMédias :

Affaire de violences avec arme et enquête pour diffamation Le , peu après la garde à vue de sa fille dans une affaire de violences avec arme contre son compagnon, Calixthe Belaya s'en prend sur sa page Facebook aux policiers de Montauban, alléguant notamment des «abus de policiers racistes». À la suite de ces propos, le directeur de la sécurité publique de Tarn-et-Garonne dépose plainte contre la romancière et sa fille pour diffamation et le procureur de la République de Montauban ouvre une enquête; Calixthe Belaya présente ses excuses aux policiers, tandis que la fille de la romancière dépose une plainte pour garde à vue abusive le .

Avis critiques sur son parcours et son œuvre Calixthe Beyala est une écrivaine engagée, usant de la provocation selon certains commentateurs.

Michèle Rakotoson, pour sa part, indique:

Koffi Anyinefa, dans un article intitulé « Scandales » publié dans les Cahiers d'études africaines, citant Michèle Rakotoson, indique que:

Parlant du scandale concernant le livre de Calixthe Belaya Les Honneurs perdus, il ajoute:

Il reprend également la déclaration de l’écrivaine sénégalaise Aminata Sow Fall:

Pour d'autres critiques, Calixthe Beyala ferait partie de ces écrivains qui luttent contre un Paris littéraire trop bourgeois et conformiste, dénonçant le système qui l'aurait elle-même propulsée au devant de la scène. Ainsi érotisme et pornographie finissent par se confondre dans le « capitalisme outrancier qui impose sa loi »Daniel S. Larangé, « D'un érotisme mystique aux enfers de la pornographie : désirs et plaisirs dans l’œuvre romanesque de Calixthe Beyala », Francofonía 19 (2010), 122-143..

Publications C'est le soleil qui m'a brûlée, Paris, Stock, 1987, Tu t'appelleras Tanga, Paris, Stock, 1988, Seul le Diable le savait, Paris, Pré aux Clercs, 1990, ; réédité sous le titre La Négresse rousse, Paris, J'ai lu, 1995 Le Petit Prince de Belleville, Paris, Albin Michel, 1992, . En raison de nombreux emprunts avérés à Howard Buten intégrés dans ce roman, l'autrice et sa maison d'édition furent condamnées le pour contrefaçon partielle par le tribunal de grande instance de Paris. Maman a un amant, Paris, Albin Michel, 1993, , grand prix littéraire d'Afrique noireGrand prix littéraire de l'Afrique noire. Liste des lauréats, , consulté le 14 avril 2016. Asséze l'Africaine, Paris, Albin Michel, 1994, , prix François-Mauriac de l'Académie française ; prix Tropiques Lettre d'une Africaine à ses sœurs occidentales, Paris, Spengler, 1995, Les Honneurs perdus, Paris, Albin Michel, 1996, grand prix du roman de l'Académie française La Petite Fille du réverbère, Paris, Albin Michel, 1998, , grand prix de l'Unicef Amours sauvages, Paris, Albin Michel, 1999, Lettre d'une Afro-Française à ses compatriotes, Paris, Mango, 2000, Comment cuisiner son mari à l'africaine, Paris, Albin Michel, 2000, Les arbres en parlent encore…, Paris, Albin Michel, 2002, Femme nue, femme noire, Paris, Albin Michel, 2003, La Plantation, Paris, Albin Michel 2005, L'Homme qui m'offrait le ciel, Paris, Albin Michel, 2007 Le Roman de Pauline, Paris, Albin Michel, 2009 Les Lions indomptables, Paris, Albin Michel, 2010 Le Christ selon l'Afrique, Paris, Albin Michel 2014, L’Œuvre romanesque de Calixthe Beyala Broché – Grand livre, .

Distinctions Grand prix littéraire d'Afrique noire pour Maman a un amant (Albin Michel, 1993) ; Prix François-Mauriac de l'Académie française, ainsi que le prix Tropiques pour Assèze l'Africaine (1994) ; Grand prix du roman de l'Académie française pour Les Honneurs perdus, (1996) ; Grand prix de l'Unicef pour La Petite Fille du réverbère (1998).

française (2010)La Légion d’honneur à Manu Dibango sur jeuneafrique.com, 10 juillet 2010.. camerounais (2017, officier en 2013)« Une Amazone nommée Calixthe Beyala », courrierdesafriques.net, février 2016.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Aline Zomo-Bem, Léonora Miano Bibliographie « Les 50 personnalités qui font le Cameroun : Calixthe Beyala », Jeune Afrique, 2520-2521, du au , 42

Charline Patricia Effah, L'Espace et le temps chez Calixthe Beyala, université Charles-de-Gaulle, Lille, 2008, (thèse de Littérature française)

Daniel S. Larangé, De l'écriture africaine à la présence afropéenne: pour une exploration de nouvelles terres littéraires, Paris, L'Harmattan, 2014 (coll. Études Africaines) Achille-Fortuné Manfoumbi Mve, L'Univers romanesque de Calixthe Beyala : pour une illustration des orientations actuelles du roman féminin d'Afrique noire francophone, université de Paris-Val-de-Marne, Créteil, 2007, (thèse de lettres)