La variante Najdorf (prononcez ), aussi appelée sicilienne Najdorf, est une ouverture du jeu d'échecs. C'est une variante très populaire de la défense sicilienne qui tient son nom du grand maître international polono-argentin, Miguel Najdorf, l'un de ses premiers promoteurs. C'est une ouverture très appréciée par les grands maîtres et les moteurs de jeux d'échecs.
Elle est caractérisée par les coups 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 a6. Ses codes ECO vont de B90 à B99.
Historique Genèse thumb|left|alt=Miguel Najdorf en 1992|Miguel Najdorf en 1992 Bien que la position après 5... a6 ait été atteinte à plusieurs reprises dans la pratique des maîtres de l'entre-deux-guerres, la littérature échiquéenne retient généralement les noms de Karel Opočenský et Miguel Najdorf comme les pionniers de cette ouverturep.9. En effet, les premiers essais dérivaient de différents ordres de coups, et transposaient assez souvent dans d'autres branches de la sicilienne, spécialement la variante de Scheveningue. Mais plusieurs parties de cette époque, notamment de Najdorf, mirent d'abord en lumière l'utilité du coup a6 dans la variante 5... a6 6. Fg5 e6 (ou 5... e6 6. Fg5 a6 comme joué dans les parties de Najdorf contre Christian Poulsen et Eero Böök) ; la suite 7. Dd2?! h6!, avec l'idée 8. Fh4? Cxe4!, s'avère en effet supérieure pour les noirs à la variante normale de l'attaque Richter-Rauzer 5... Cc6 6. Fg5 e6 7. Dd2 , puisque les blancs ne disposent plus du coup 9. Cdb5 après 8. Fxf6 Dxf6p.42-43.
À partir de 1943, le maître tchèque Karel Opočenský reprit les idées de Louis Paulsen et Issaak Boleslavski dans la sicilienne classique 5... Cc6 6. Fe2 (à savoir 6... e5 Hans Kmoch, Le legs de Louis Paulsen, in L'Art de jouer les pions, une contribution à la stratégie, Éditions Payot Échecs, pages 90-94.) pour jouer le coup apparemment antipositionnel 6... e5 également après 5... a6 6. Fe2; cette découverte fit de 5... a6 une variante autonome de la variante de Scheveningue qui survenait habituellement par transposition après 5... a6 6. Fe2 e6 et retint l'attention des grands-maîtres de l'époque, à commencer par Najdorf.
La première « variante Najdorf » de Miguel Najdorf qui reprenait les idées d'Opočenský date de 1948 Julen Arizmendi & Javier Moreno, Mastering the Najdorf (2004), Gambit, page 6, et à partir de ce moment la variante fut un thème courant de débat dans les tournois de l'élite mondiale. Elle fut par exemple jouée six fois au tournoi des candidats de Zurich 1953, avec un score de 50 %.
Développement
Si les premières parties de l'après-guerre avec la variante Najdorf se disputèrent sur le thème de la variante Opočenský 6. Fe2 e5, à partir des années 1950 les blancs explorèrent la suite 6. Fg5 e6 7. f4, qui demeura la variante principale jusqu'au début des années 1990 et qui constitue, d'après la plupart des théoriciens, le test critique de la variante Najdorf Nunn, Gallagher, Emms & Burgess, Nunn's chess openings (1999), Éditions Everyman Chess, Alex Yermolinsky, The Road to Chess Improvement (1999), Gambit, : « today's top players prefer 6. Be3, which is in my opinion less principled than 6. Bg5. ». La conception agressive des blancs entraîna des analyses extrêmement détaillées et complexes des différentes ressources noires, comme le classique 7... Fe7, la variante 7... b5 analysée et jouée par Lev Polougaïevski à partir des années 1957-1959 Lev Polougaïevski, Les Secrets d'un grand-maître (1994), éditions Armand Colin, , et enfin la variante du pion empoisonné 7... Db6, connue dès les années 1950 mais jouée et analysée intensivement par Bobby Fischer dans les années 1960. Fischer, avec les blancs, choisit d'adopter la variante 6. Fc4 et en développa activement la théorie. Dans les années 1970-1980, Anatoli Karpov remit au goût du jour le coup apparemment modeste 6. Fe2, prouvant qu'il n'est pas sans mériteDans Comment jouer les débuts semi-ouverts (1994), éditions Armand Colin, , Anatoli Karpov écrit en effet : « les suites principales dans le système Najdorf sont 6. Fg5 et 6. Fc4 mais j'ai préféré inclure dans ce livre un exemple avec le coup 6. Fe2 qui n'en est pas moins venimeux et que j'utilise avec succès depuis trente ans. Ainsi par exemple je l'ai utilisé à chaque occasion contre Kasparov, mais cela a toujours débouché sur la variante Scheveningue. ».
À la fin de près de trois décennies d'analyses parfois poussées au-delà du et de tests pratiques couvrant des milliers de parties, la théorie finit par conclure dans les années 1980 que la variante du pion empoisonné est non seulement jouable mais donne des chances au moins égales aux noirsDans The Magic of Mikhail Tal (2000), éditions Everyman Chess, Gallagher commentant la partie Tal - Ftacnik, Sotchi 1982, écrit ainsi : « <now> the widely held view is that the Poisoned Pawn is a sound variation which offers black equal chances. » : « While the Poisoned Pawn enjoyed decades of popularity from the 1950s to the 1980s, it has suffered a sharp decline in the closing years of the century. Partly it is due to fear of the vast amount of theory to be learnt, and partly it is due to lack of a really promising line for white. » : « To this day the Poisoned Pawn Variation is the main deterrent to White's 6. Bg5 and 7. f4(...), and 6. Bg5 has seriously declined in popularity. ».
Les joueurs du côté blanc reportèrent alors de plus en plus leur attention sur une variante utilisée par les grands maîtres anglais, Nigel Short et John Nunn en tête, 6. Fe3 (ou 6. f3 suivi de Fe3), avec l'idée de jouer le même schéma que dans l'attaque yougoslave contre la variante du dragon par le grand-roque et les poussées de pion f3, g4, h4 Anatoli Karpov, Comment jouer les débuts semi-ouverts (1994), éditions Armand Colin, . La variante 6. Fe3 e6 prit le nom d'attaque anglaise et se retrouva au centre des débats théoriques. Au milieu des années 1990, 6. Fe3 devint la variante principale de la Najdorf car de loin la plus pratiquée : « 6. Be3 can now be considered the main line of the Najdorf. ». Les noirs en quête de ressources développèrent de nouveaux antidotes, comme 6. Fe3 Cg4 au cours des années 1990 et 6. f3 (espérant atteindre l'attaque anglaise tout en évitant la variante 6. Fe3 Cg4) Db6 dans les années 2000, et explorèrent soigneusement la variante classique 6. Fe3 e5, avec l'introduction de conceptions nouvelles comme la poussée précoce h5, décourageant g2-g4.
Finalement, après deux décennies de pratique intense, la variante 6. Fe3, quasi exclusivement jouée dans les cercles de l'élite entre 1995 et 2002, perd quelque peu de son attrait dans le courant des années 2000. De nouvelles idées trouvées dans des variantes pourtant considérées précédemment comme épuisées jettent soudain un doute sur la solidité de la variante du pion empoisonnéIl convient de citer en priorité les parties Alexey Gubajdullin - Oleg Biriukov, St Pétersbourg 2003, qui vit la réfutation de la ligne 15... Fe7 par la nouveauté 17. Tf1, et Igor Nataf - Milos Perunovic, coupe de Serbie Monténégro par équipe 2005, qui vit le retour au premier plan de la vieille suite avec 10. e5 grâce au nouveau coup 14. Td1.. 6. Fg5 connaît alors un renouveau, y compris au plus haut niveauCe fut par exemple le choix d'Anand dans la dernière partie du Championnat du monde d'échecs 2008 contre Kramnik. Il faut toutefois noter qu'obtenir la nullité avec les blancs lui suffisait.. En 2010, 6. Fe3 et 6. Fg5 sont les deux principales suites, tandis que 6. Fc4, qui fut le thème du Championnat du monde d'échecs PCA 1993, et 6. Fe2 conservent des partisans; on observe enfin une certaine renaissance d'une vieille suite jouée par Fischer, 6. h3.
Statut et popularité
La Najdorf a été l'ouverture préférée du champion du monde Bobby Fischer. Sa popularité a cependant connu une baisse sensible sous la domination d'Anatoli Karpov. Garry Kasparov l'ayant adoptée (souvent dans une forme Scheveningue : pions d6 et e6), elle a vu sa cote et sa fréquence remonter. Aujourd'hui encore, elle est jouée par les meilleurs joueurs mondiaux, tels que Viswanathan Anand, Veselin Topalov, Sergueï Kariakine, Aleksandr Grichtchouk et Maxime Vachier-Lagrave.
Son adoption par bon nombre des plus grands joueurs de la seconde moitié du fait aujourd'hui de la variante Najdorf l'un des débuts les plus populaires et les plus respectés - et par voie de conséquence, l'un des plus analysés. Edmar Mednis Edmar Mednis, Comment bien jouer l'ouverture, Éditions Grasset/Europe Échecs, 1987, , écrit en 1987 : « Pour le reste du monde, elle [la Najdorf] est excessivement difficile à jouer, car ses variantes reposent beaucoup plus sur des calculs spécifiques, tendus, compliqués, au « coup par coup », que sur des principes stratégiques. Le joueur moyen qui emploie la Najdorf assume des risques considérablement plus élevés que d'ordinaire, avec une probabilité de succès inférieure à la normale ». Cependant, l'accès accru à l'information au cours des dernières décennies a profondément modifié le paysage. Ainsi Joe Gallagher évitait-il toute présentation superflue de la variante : « La sicilienne Najdorf n'a aucunement besoin d'être présentée. Il s'agit simplement d'une des ouvertures les plus actuelles et les plus estimées, pratiquée par les joueurs de tous niveaux, du joueur de club au champion du monde ». Les thèmes siciliens ont en effet été décrits en détail dans la littératuretomes 1 et 2., et de nombreux traités théoriques, certains prétendant à une quasi-exhaustivité, ont été écrits sur la variante Najdorf. L'apparition des moteurs d'analyse et des bases de données échiquéennes n'a fait que renforcer cette tendance, à tel point que l'on peut observer un certain renversement dans la perception des ouvertures les plus analysées.
Ainsi, bien que la Najdorf ait traditionnellement la réputation d'une ouverture très tranchante et ambitieuse, c'est-à-dire donnant des chances de gain réelles aux noirs, au contraire de la défense russe, le grand-maître Boris Guelfand, pourtant spécialiste mondial de ce début, professait en 2010 l'opinion inverse. Il déclarait en effet avoir renoncé à la variante Najdorf au profit de la défense russe à la fois pour éviter les lignes très tactiques, qui, étant donné le niveau de préparation des échecs modernes, se résument à la récitation d'analyses assistées par ordinateur entièrement effectuées à la maison, et pour éviter également les positions restantes, jugées trop plateshttp://www.chessintranslation.com/2010/06/gelfand-at-crestbook-part-ii/.
Aperçu général
La caractéristique principale de la défense Najdorf est sa souplesse et sa flexibilité; le coup 5... a6 peut- être vu comme un coup d'attente utile, ce que Fischer appelait . Les autres coups plus directs comportent en effet des inconvénients : 5... e6, qui conduit à la variante de Scheveningue, permet entre autres choses l'attaque Kérès 6. g4. après 5... e5, l'échec intermédiaire 6. Fb5+ perturbe le développement des noirs, le cavalier blanc d4 s'installant à f5. la sortie classique 5... Cc6 rend une ultérieure poussée des pions à l'aile-dame par a6 et b5 moins aisée, car le Cc6 serait en prise par le Cd4 après b7-b5. 5... g6 conduisant à la variante du dragon détermine précocement la place du Ff8 et du roi noir, ce qui autorise les blancs à se lancer dans l'attaque yougoslave.
Dans la variante Najdorf, les noirs attendent d'avoir obtenu davantage d'information sur les intentions des blancs avant de décider du positionnement de leurs pièces. Le Cb8 se réserve encore les deux possibilités Cbd7 ou Cc6, le développement du fou f8 peut être différé ainsi que le roque dans le but d'accélérer le contre-jeu à l'aile-dame, et enfin le pion e7 peut être avancé selon les cas en e6 ou en e5.
Mais 5... a6 n'est pas seulement un coup d'attente; d'une part, en contrôlant la case b5, les noirs empêchent les pièces blanches d'investir cette case et assurent l'harmonie de leur position :