Reginald John Pinney est un officier supérieur de l'Armée britannique, né le et mort le . Général de division durant la Première Guerre mondiale, il s'illustre notamment à la bataille d'Arras (1917), inspirant à Siegfried Sassoon son poème Le Général.
Pinney sert en Afrique du Sud pendant la seconde guerre des Boers avec les Royal Fusiliers. Au début de la Première Guerre mondiale, il commande une brigade envoyée pour renforcer le front de l'Ouest en . En mars de l'année 1915, la brigade subit de lourdes pertes lors de la bataille de Neuve-Chapelle. En septembre de la même année, Pinney assure le commandement de la , une unité de la Kitchener's Army composée de soldats bantams déployée pour la première fois lors de la bataille de la Somme. Après trois mois au front, Pinney est muté à la tête d'une nouvelle division, la , qu'il commande à Arras en 1917, puis durant l'offensive du Printemps en 1918, où sa division contribue à stabiliser la ligne défensive après la mise en déroute du corps expéditionnaire portugais.
Après la guerre, il se retire dans une région rurale du comté de Dorset, où il endosse d'abord le poste de juge de paix, puis shérif du comté, et enfin Deputy Lieutenant. Il est également colonel honoraire de son ancien régiment, les Royal Fusiliers.
Famille
Reginald Pinney naît en 1863 à Clifton, une ancienne ville qui se trouve de nos jours dans la banlieue de Bristol. Il est le fils aîné de John Pinney, pasteur anglican de Coleshill (comté de Warwickshire) et de son épouse Harriet. Son grand-père paternel, Charles Pinney, est un important commerçant et ancien maire de Bristol, tandis que son grand-père maternel, John Wingfield-Digby, est un ancien pasteur anglican de Coleshill.. L'un de ses oncles, John Wingfield-Digby, devient député du parti conservateur de la circonscription de North Dorset.. John et sa femme Harriet, qui meurt en 1877, ont cinq autres enfants, quatre fils et une fille. L'un des frères de Reginald, John, sert également dans l'armée en rejoignant la Central India Horse...
Études et début de carrière
Après quatre années d'études au Winchester College, Pinney est reçu à l'Académie royale militaire de Sandhurst en 1882. Le , il est nommé avec le grade de lieutenant au sein des Royal Fusiliers, où il sert durant cinq ans, avant de rejoindre le collège d'état-major de Camberley en 1889. À l'issue de sa formation à Camberley, il est promu capitaine, en . De 1896 à 1901, il occupe le poste d'adjoint de l'adjudant-général à Quetta, en Inde, suivi d'une promotion au grade de major en . Il épouse Hester Head en 1900 ; le couple a trois fils et trois filles.
Arrivé en Afrique du Sud en , Pinney participe activement à la seconde guerre des Boers en tant que commandant en second du des Royal Fusiliers.. Il sert avec ce bataillon jusqu'à la fin de cette guerre, après quoi il est promu lieutenant-colonel et assure le commandement du , en plus d'une promotion au brevet de colonel en 1906. L'année suivante, il abandonne le commandement de son bataillon et passe au demi salaire (, l'équivalent du demi-solde en vigueur durant le premier Empire) avant d'occuper le poste d'adjudant-général adjoint en Égypte en 1909. Il occupe ce poste jusqu'en 1913 où, à l'âge de cinquante ans, il est muté pour assurer le commandement d'une unité de réserve, la brigade de la division d'infanterie issue de la Territorial Force.
Première Guerre mondiale
Commandant de la brigade en France alt=Photo en noir et blanc d'un groupe d'hommes militaires se tenant devant une division d'infanterie.|vignette|Le général Pinney discutant avec Georges Clemenceau devant les troupes de la division.
Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale en août 1914, un corps expéditionnaire de sept divisions régulières est mobilisé pour servir en France. Entre-temps, la Territorial Force les remplace pour assurer la défense intérieure du territoire britannique. Ce corps représente presque toutes les unités régulières stationnées au Royaume-Uni ; seule l'armée régulière n'y envoie que la moitié de son effectif, le reste étant dispersé dans diverses bases militaires de l'Empire britannique, principalement en Inde et en Méditerranée. Ces unités sont très vite remplacées par les forces territoriales ou indiennes, puis regroupées dans de nouvelles divisions afin de renforcer la Force expéditionnaire.
La division Wessex (), l'ensemble de son personnel paramilitaire ainsi que ses unités de soutien sont affectés en Inde afin de remplacer les unités régulières et d'encadrer la division d'infanterie, récemment établie. Par conséquent, Pinney est relevé du commandement de sa brigade territoriale en octobre et chargé du commandement de la nouvelle composée de trois bataillons venus de Malte et d'un bataillon venu d'Égypte. La majorité de l'effectif provient d'unités régulières, avec très peu de réservistes. Toutefois, ces soldats sont moins entraînés que les troupes servant dans la force expéditionnaire, à cause de leurs longs séjours passés dans les bases militaires des colonies britanniques.
La est envoyée en France durant le mois de . Juste après son arrivée, deux bataillons sont déployés pour tenir une section de la ligne de front pendant une semaine durant les dernières phases de la première bataille d'Ypres. Cependant, la brigade n'effectue sa première action majeure sous le commandement de Pinney que le , dans le cadre de la bataille de Neuve-Chapelle... La se heurte à une forte résistance lorsqu'elle commence son attaque, en raison de l'échec du bombardement effectué par la division d'artillerie sur les tranchées allemandes. Alors que le Middlesex, qui entame un assaut frontal, est presque complètement anéanti, l'autre bataillon en tête de front de la brigade, les Cameronians, est victime de tirs en enfilade et subit une lourde défaite, perdant presque tous ses officiers et contraint de battre en retraite. Malgré la déroute de ses bataillons, Pinney, se trouvant à ce moment à environ 200 mètres de la ligne de front, décide de poursuivre l'attaque. N'étant pas en mesure de faire appel au soutien du corps d'artillerie, il opte pour la seule approche possible : l'envoi des deux bataillons de réserve, les Devonshires et les West Yorkshires. Mais ces derniers subissent à leur tour la fureur du feu allemand et l'assaut doit être rapidement annulé, d'autant plus que le corps d'artillerie est sur le point de tirer sur les positions attaquées. Après cela, l'attaque continue de s'enliser, et bien qu'il y ait eu quelques succès dans le secteur divisionnaire, la n'obtient guère plus de succès..
Après Neuve-Chapelle, la brigade est renforcée par deux bataillons territoriaux. Lors de la bataille de la crête d'Aubers le , la est tenue en réserve par la et échappe ainsi au sort subi par les deux brigades d'attaque. Vers midi, une troupe composée de toute l'infanterie disponible, y compris certaines unités de la brigade de Pinney, est déployée en avant par le commandant de la division afin de soutenir les deux brigades d'attaque.
Commandant de la
alt=Photo en noir et blanc représentant une tranchée de la première guerre mondiale.|vignette|Soldats britanniques dans une tranchée durant la bataille de la Somme en 1916. Lorsqu'il est promu major-general vers la fin du mois de ., Pinney cède le commandement de la à Travers Clarke. Il retourne ensuite en Angleterre pour prendre le commandement de la , récemment établie et composée de volontaires de la Kitchener's Army. Les hommes de cette division proviennent principalement des zones industrielles du nord de l'Angleterre, dont la majorité sont des bantams, des soldats qui sont sous la taille réglementaire normale de exigée par l'armée. Parmi les officiers que Pinney rencontre durant son service avec la figure Bernard Montgomery, récemment affecté en tant que major de la , qui servira plus tard au poste de general staff officer dans la .
La est transférée en France au début de l'année 1916, pour préparer l'offensive prévue au début de l'été de cette année-là. Les hommes de la division occupent la ligne de front en février et Pinney ordonne une série de raids des compagnies et des bataillons au cours des mois suivants. Assignée par le d'armée, la est déployée en tant qu'unité de réserve durant la bataille d'Albert, qui marque le début de la bataille de la Somme, mais revient au front durant la bataille de la crête de Bazentin et des attaques sur High Wood., où elle subit de lourdes pertes : en une seule semaine, une brigade de la division perd un millier d'hommes, soit un tiers de ses effectifs. La division se repose pendant une semaine au début du mois d'août avant de retourner à nouveau au front. Vers la fin du mois, une attaque mal planifiée et vraisemblablement suicidaire sur Falgemont Farm est annulée à la dernière minute par Pinney, après que Montgomery ait signalé des failles sur les détails du plan. Un nouveau plan d'attaque est immédiatement proposé et le bataillon responsable de l'assaut réussit à prendre la ferme avec un minimum de pertes. Par la suite, la est transférée dans un secteur plus calme de la ligne de front.
Commandant de la
alt=Photo en noir et blanc d'un militaire de la première guerre mondiale qui se tient au bord d'une route. |vignette|Le général Reginald Pinney à Cassel le 21 avril 1918. En , le major-général Herman Landon, à la tête de la , est relevé de son commandement. Il est alors convenu qu'il échange ses fonctions avec celles de Pinney, le transfert est effectué le . Cet échange de commandement permet de donner à Landon un commandement moins actif, puisque la occupe un secteur relativement calme et de proposer à Pinney une division plus « active », les hauts gradés de l'armée l'estimant plus efficace. Lorsque Pinney rencontre les officiers d'un de ses nouveaux bataillons au début du mois d', ces derniers affirment que leur nouveau commandant est . Cependant, certaines de ses dispositions sont mal vues par ses hommes, notamment lorsqu'il interdit la consommation d'alcool au sein de la division, la remplaçant par du thé... L'infanterie est très mécontente de cette décision, et un sous-officier qualifie même Pinney de . Il y a cependant une certaine justification à cette nouvelle règle, car Pinney ne boit pas d'alcool, ne fume pas et est un chrétien dévot. La description la plus célèbre de lui est écrite à cette époque par Siegfried Sassoon, alors officier dans l'un des bataillons de la , qui choisit Pinney comme sujet de son poème satirique Le Général..
alt=Photo en noir et blanc d'un groupe d'hommes militaires et d'un vieux homme en civile.|gauche|vignette|Au premier plan, le général Pinney et le premier ministre français Georges Clemenceau, inspectant les unités de la division d'infanterie, le .. Bien que la ait perdu ses premiers effectifs, elle fait partie, avec la , de la nouvelle vague de division récemment mise en place par la nouvelle armée. Vers la fin de l'année 1916, elle est composée à proportions égales de bataillons territoriaux, de bataillons réguliers et des nouvelles troupes de la nouvelle armée. Alors que la est composée de bantams, la est formé à l'origine de Pals battalion (une unité formée par la communauté locale afin que les hommes puissent servir aux côtés de leurs amis et collègues) et de bataillons composés d'anciens élèves d' élitistesC'est-à-dire des écoles privées dont le fonctionnement est en partie indépendant des lois sur l'éducation publique à cause de leur structure administrative et de leurs sources de financement. Pour plus de détails, consulter :en:Independent school (United Kingdom) de la Wikipédia en anglais.. Bon nombre de ces premières unités sont transférées mais un certain nombre de ces unités très soudées continuent à servir avec la division..