vignette|Un spécimen de Papaver Somniferum. vignette|Chevrette (vase) destiné à recevoir du sirop de pavot blanc (extrait d'opium), . Le Papaver somniferum, ou Pavot à opium est une plante herbacée dont on tire l'opium, qui est le latex s'écoulant des capsules du pavot.

L'opium contient des alcaloïdes psychotropes comme la morphine.

Connu comme l'une des premières drogues de l'histoire, différentes sources historique témoignent de l'utilisation du pavot par les Sumériens, Égyptiens, Grecs, Romains et de nombreux peuples de l'Antiquité, principalement pour ses vertus sédatives et antalgiques. Pline l'Ancien le mentionne dans son Histoire Naturelle, et en décrit l'usage et les effets et le célèbre Galien l'utilise déjà au . Occupant une place de choix dans la pharmacopée européenne durant le Moyen Âge et la renaissance, cultivé dans le jardin des monastères comme plante officinale, il est sélectionné : le pavot originel hypothétique papaver setigerum est devenu le cultivar que nous connaissons aujourd'hui, papaver somniferum. En effet, il n'existe aucun spécimen de pavot connu à l'état sauvage.

Son origine géographique précise s'est perdue mais il semble s'être répandu au gré des migrations, notamment arabes, d'ouest en est.

Néolithique

Antiquité Les auteurs antiques comme Homère mentionnent le pavot à opium, ce qui laisse à penser qu'il serait connu depuis la plus haute antiquité. Le pavot est notamment cultivé en haute-Égypte et est mentionné sur le Papyrus Ebers.

Il était connu de la civilisation Minoenne, des mésopotamiens et des cypriotes.

Époque moderne Dès 1688, Daniel Ludwig, médecin du duc de Saxe-Gotha, signale dans sa "dissertation de pharmacie" la morphine sous le terme de "magistère d'opium". Il extrait la morphine par extraction acide-base puis précipitation. La morphine ne sera cependant vraiment découverte qu'à partir de 1804. La morphine et ses sels (Codex de 1866) deviendra l'analgésique par excellence des syndromes douloureux, aigus ou chroniques. vignette|Une fumerie à opium dans les années 1870 Au siècle, Sainte Hildegarde indique que « manger la graine apporte le sommeil ». Toujours vers cette époque, le pavot somnifère faisait partie des herbes des vierges prescrites par les matrones pour avorter discrètement et sauver les apparences. Il était également présent dans le jardin des monastères, cultivé par les moines pour ses graines et ses vertus antalgiques.

Au , la consommation de l'opium en Chine prend une telle importance qu'elle pose au pays un problème politique et de santé publique, notamment en mettant en évidence l'incapacité de l'empereur de faire respecter ses décisions. Il a également un impact débilitant sur les fonctionnaires impériaux, grands consommateurs et économique. L'empereur tente de faire interdire l'opium, contrevenant ainsi aux intérêts britanniques ; ces événements conduiront à la guerre de l'opium.

Histoire des opiacés

Morphine vignette|L'allemand Friedrich Sertüner, l'un des découvreurs de la morphine.

Découverte La morphine fut découverte simultanément en 1804 par Armand Seguin et Bernard Courtois, ainsi que par Jean-François Derosne (« sel de Derosne »), mais c’est à Friedrich Wilhelm Sertürner, jeune pharmacien d'Eimbeck près de Hanovre, que revient le mérite (dans ses travaux publiés en 1805-1806 et 1817) d’avoir vu que la substance cristallisée isolée était un alcaloïde, un « alcali végétal ». C'est le premier alcaloïde connu et Sertürner le nomme aussitôt « morphium » car ses effets rappellent le dieu des songes de la Grèce antique, Morphée.

Le scientifique et chroniqueur des sciences Paul-Antoine Cap, qui fut membre de l'académie de médecine et qui écrivit de nombreux ouvrages sur des découvertes et des savants, relate cet épisode particulier :

Friedrich Sertüner publie en 1805 une étude préliminaire dans Journal der Pharmacie de Johann Trommsdorff puis en 1806 l'article final dans lequel il précise n'avoir pris connaissance des découvertes de Derosne qu'après avoir abouti à ses propres conclusions. Dans l'article de 1806 il mentionnait en outre que cette substance — qu'il nomme alors « principium somniferum » — avait des propriétés semblables à un alcali, c'est-à-dire une base Cette découverte importante qui aurait dû susciter l'intérêt des chimistes — c'était la première fois qu'une telle qualité était reconnue à une substance d'origine végétale — n'eut alors que peu d'écho, sans doute parce qu'elle fut publiée dans une publication réservée aux apothicaires. En 1811, il publie plusieurs articles dans le Journal der Pharmacie de Johann Trommsdorff où il affirme clairement la qualité d'alcali du principium somniferum. En 1815, il identifie plusieurs composants.

C'est finalement un article paru en 1817 dans de GIlbert qui fait connaître ses travaux sur la substance que Sertürner nomme désormais « » en référence à Morphée, et sur l'autre composant qu'il isole de l'opium : "l'acide méconique".

Gay-Lussac fait traduire et publier immédiatement cet article dans les prestigieuses Annales de Chimie. C'est lui qui introduit le terme "Morphine".Dans la préface qu'il adjoignit à cette traduction, Gay-Lussac amorça notamment un système de standardisation de la nomenclature de chimie organique qui eut pour première illustration l'apparition du terme de « morphine ». Gay-Lussac demanda à Robiquet de vérifier les résultats de Sertrüner : le « sel de Derosne » s'avéra être une substance différente de la morphine. Robiquet nomma la substance purifiée issue des sels de Derosne « narcotine » (alors même que ces sels étaient dépourvus de propriété narcotique)..

La querelle de la priorité de la découverte de la morphine est tranchée en 1831 quand Sertürner reçoit le prix Montyon de l'Institut de France..

Préparée par la combinaison avec des acides, la morphine formait différents sels : l'acétate de morphine, le sulfate et le chlorhydrate de morphine.

La découverte de la morphine et d'autres alcaloïdes est un point crucial dans le développement de la chimie organique dans l'histoire.

Développement En 1818, Magendie fait savoir qu'il a réussi à soulager les souffrances d'une femme. Il utilise alors de la morphine à la place de l’opium en pratique clinique- prescription orale comme sédatif et antalgique. C'est en 1819, que figure pour la première fois sur un formulaire de prescription des hôpitaux de Paris, une préparation buvable d'acétate de morphine. mais seulement en 1822 que la parution de son Formulaire fait connaître la morphine au monde médical. Il en caractérise l'usage sous forme de sulfate et d'acétate. L'entrée de la morphine se fait alors dans la thérapeutique grâce aux préparations de sels de morphine à base d'acétate de morphine que Magendie appelait . La morphine n'entame véritablement sa carrière thérapeutique qu'à partir de 1823 ; c'était là une substance chère et mélangée à de la narcotine http://www.chem.ed.ac.uk/about/professors/gregory.html.. Magendie, dès la septième édition de son formulaire, développe une forme à action rapide, de manière contemporaine à Antoine Limbert : il place la morphine sur la surface d'une plaie vésicatoire : c'est la voie endermique. Cette voie est reconnue par Mérat et De Lens comme très efficace dans le traitement des rhumatismes et des névralgies.

En 1828, Bally, fort d'une étude portant sur plus de 700 malades, précise les effets de la morphine ; il publie ses Observations sur les effets thérapeutiques de la morphine ou narcéine ; en 1823, Bally étudiait les effets de l'acétate de morphine à l'exclusion de tous les autres selsDorveaux Paul, « Le sirop pectoral de Charlard chanté par Casimir Delavigne », Bulletin de la Société d'histoire de la pharmacie, , , 1921, , http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0995-838x_1921_num_9_29_1383..

En 1831, William Grégory, à Édimbourg, fait connaître un procédé pour obtenir du chlorhydrate de morphine à un coût comparable à celui du Laudanum et très pur. Ce produit est commercialisé dès 1833.

En 1832, examinant le procédé de Gregory, Robiquet met au jour une autre substance active de l'opium, la codéine..

La galénique se limitait alors souvent aux formulations per-os, principalement des solutions ou de sirops

L'usage de la voie endermique, qui consistait à déposer de la poudre sur une portion de peau mise à nu par un vésicatoire, le marteau de Mayor ou par les cantharides, était alors marginal et fut étudié pour le traitement des rhumatismes ; en 1837, Lafargue, utilisant une lancette, pratiquera une inoculation sous-cutanée qualifiée de

La morphine va rencontrer l’invention de la seringue hypodermique à aiguille creuse du médecin orthopédiste lyonnais Charles Pravaz en 1850 destiné au départ à l'injection de fer coagulant dans le traitement des anévrismes. C'est le médecin écossais Alexander Wood qui pratiqua toutefois le premier l'injection sous-cutanée de morphine; puis, dans une série d'observations qu'il publia en 1855, il remarqua l'efficacité des injections pratiquées, notamment celles qui contenaient le chlorhydrate de morphine, contre les névralgies. Le réalisait ses injections au moyen d'une seringue Ferguson, non graduée et moins pratique que celle de PravazClaude Meyers, Mythologies, histoires, actualités des drogues, L'Harmattan, 3 septembre 2007.. Le , professeur à la faculté de Paris et ancien médecin de Louis-Philippe, importe la thérapeutique inventée par Wood en France en 1859Jean-Jacques Yvorel, « La morphinée » Communications, 56, 1993. Le gouvernement du corps. . http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1993_num_56_1_1851.LUnion médicale du 14 juillet 1859 rapporte l'initiative du ..

Les formes galéniques pour injection intraveineuse de morphine chez l'homme n'auront cours qu'au vingtième siècle, notamment en association avec la scopolamine.

L’injection intraveineuse d’un principe actif d’une plante est réalisée pour la première fois dans l’histoire des sciences. La morphine fut ainsi le premier médicament réellement puissant et inaugura l’ère moderne de la pharmacologie et de la médecine. À partir de cette date, une utilisation massive de la morphine contre la douleur devient possible tant à l'hôpital que sur les champs de bataille.

L'apparition de la forme injectable, particulièrement sur les champs de bataille (guerre de Sécession aux États-Unis, guerre de Crimée, guerre austro-prussienne, guerre franco-prussienne de 1870 en Europe) révolutionne complètement le traitement des blessures, et de la chirurgie, notamment dans le cas des amputations qu'elle rend mieux tolérables par le patient. vignette|C'est pendant la guerre de Sécession que la morphine est utilisée pour la première fois sur des blessés de guerre. L'anesthésie est alors réalisée en combinaison avec le chloroforme, association synergique dont l'efficacité fut, au regard des pratiques de l'époque, une nouveauté.

En effet, la pratique de l'amputation était souvent réalisée sans anesthésie ou à l'aide d'agents anesthésiques désormais désuets tels que l'éther, introduit par William E. Clarke en 1842 ou de l'hydrate de chloral, dont la première utilisation en anesthésie intraveineuse date de 1875. La première injection de morphine intraveineuse pour l'anesthésie est quant à elle réalisée pour la première fois au début du , en combinaison avec la scopolamine, destinée prévenir les vomissements causés par la morphine ou le chloroforme, puissants émétisants et à réduire la tension musculaire.

C'est dans ce contexte d'utilisation en médecine militaire qu'apparaît ce que l'on appelle alors la « maladie du soldat » puis « morphinisme » et enfin « morphinomanie ».