Sebastián Piñera Echenique, né le à Santiago du Chili et mort le à Lago Ranco, est un homme d'affaires et homme d'État chilien. Il est président de la république du Chili du au et du au .
Après une carrière d'économiste au service de plusieurs institutions, dont la Banque mondiale, il s'investit dans le monde des affaires dans les années 1980. Il fait partie des personnes les plus riches du pays, avec une fortune estimée à 2,7 milliards de dollars à sa mort.
Il est sénateur de 1990 à 1998, puis préside le parti de droite Rénovation nationale, dont il est sans succès le candidat à l'élection présidentielle de 2005-2006, s'inclinant au second tour face à Michelle Bachelet.
Lors de l'élection présidentielle de 2009-2010, il est élu dans un duel l'opposant à l'ancien président Eduardo Frei Ruiz-Tagle, mettant ainsi un terme à vingt ans de pouvoir du centre gauche. Ne pouvant se représenter dans l'immédiat, il quitte la présidence en 2014.
Il est élu pour un second mandat lors de l'élection présidentielle de 2017 contre Alejandro Guillier. Confronté à un important mouvement social et aux Pandora Papers, il échappe à deux tentatives de destitution et se voit contraint d'organiser un référendum et des élections constituantes. Il doit également gérer la pandémie de Covid-19.
Deux ans après la fin de sa seconde présidence, à l'âge de 74 ans, il meurt des suites d'un accident d'hélicoptère.
Biographie Famille et études gauche|vignette|redresse|Sebastián Piñera en 1965. Membre d'une famille originaire des Asturies (Espagne), Sebastián Piñera Echenique est le fils de José Piñera Carvallo, ambassadeur chilien en Belgique puis aux Nations unies sous la présidence d'Eduardo Frei Montalva (1964-1970). Il a pour oncle l'archevêque (1915-2020), élu à deux reprises président de la Conférence épiscopale du Chili.
Il a trois frères : José Piñera, économiste libéral et homme politique qui mit en place le passage à la retraite par capitalisation durant la dictature militaire chilienne, Pablo Piñera, ancien membre du conseil d'administration de la banque centrale et Miguel Piñera, musicien et propriétaire de boîtes de nuit. Il a également deux sœurs : Guadalupe et Magdalena.
left|thumb|Sebastián Piñera et sa femme, Cecilia Morel. Il suit son enseignement secondaire au Colegio del Verbo Divino de Las Condes, à Santiago, et à l'Institut Saint-Boniface de Bruxelles. Il étudie ensuite l'économie, tout d'abord à l'université pontificale catholique du Chili, puis à Harvard, où il obtient son doctorat d'économie en 1975.
De 1974 à 1976, il travaille à la Banque mondiale et à la Banque interaméricaine de développement comme consultant puis comme économiste, de 1976 à 1978, à la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc).
Il est marié à Cecilia Morel de 1973 jusqu’à sa mort en 2024..
Carrière dans les affaires Ses premiers succès d'hommes d'affaires interviennent à la fin des années 1970, alors que le Chili est une dictature militaire dirigée par Augusto PinochetPiñera, le revanchard de la droite chilienne, Libération, 12 décembre 2009. lorsqu'il participe, en 1979, à l'introduction au Chili des premières cartes de créditSebastian Piñera, le "Berlusconi chilien", Le Monde, 15 décembre 2009. (cette explication est cependant contestéeEl fin de un mito, La Nación, 18 avril 2009.). En 1988, la société Bancard, dont Piñera était un des actionnaires, détenait 86 % du marché national. En 1994, sous la présidence d'Eduardo Frei, il rachète des actions de la compagnie aérienne chilienne LAN Chile à Scandinavian Airlines et devient ainsi le principal actionnaire de la société, puis son président.
Son nom est cité, en 1982, dans une affaire de fraude à l'encontre de la Banque de Talca. Un ordre d'arrestation est émis à son encontre ; Sebastián Piñera se tient caché des autorités pendant 24 jourslnd.cl.. Profitant du soutien de son frère aîné, membre du gouvernement., il évite la prison et la Cour suprême l'acquitte. En 2009, la ministre de la Justice de l'époque, Mónica Madariaga, affirme avoir fait pression sur la Cour en faveur de Sebastián PiñeraMinistra de Pinochet logró libertad de Piñera en los ‘80, La Nación, 24 juillet 2009..
En , il est condamné à une amende de 363 millions de pesos chiliens à la suite d'une affaire de délit d'initié. L'année précédente, en 2006, il avait en effet acheté trois millions d'actions de la compagnie de transport aérien LAN, ayant eu accès lors d'un conseil d'administration à l'information encore non publique que les bénéfices de la compagnie étaient en hausseTransparency International, 23 septembre 2009.. Il ne fait pas appel de cette décisionAhumado. Los aciertos y fracasos de la carrera de Piñera como especulador, The Clinic, 11 avril 2009..
Sous la présidence de Michelle Bachelet, Sebastián Piñera ne dirige plus directement les sociétés qu'il possède mais siège aux conseils d'administration et gère sa fortune. Son capital est investi dans de nombreux secteurs économiques : immobilier, médias, pharmacie, mines, football.. Il possède ainsi, entre autres, à 100 % la chaine de télévision Chilevisión, à 13,7 % le club de football Colo ColoPiñera aumenta participación en Colo Colo, La Nación, 20 août 2007., vainqueur 2007, 2008 et 2009 du championnat chilien (il met en vente ses parts en ), et à 27 % LAN Airlines.
Surnommé le « Berlusconi chilien »« Sebastian Piñera, le “Berlusconi chilien” », Le Monde, 15 décembre 2009., il possède en 2013 la mondiale avec 2,5 milliards de dollars, d'après le classement effectué par le magazine Forbeshttp://www.forbes.com/billionaires/list/., qu'il aurait en partie acquis frauduleusement.. En 2017, sa fortune est estimée à 2 milliards et 700 millions de dollars...
Parcours politique Débuts (1988-1990) Lors du référendum de 1988, il vote contre la prorogation au pouvoir du général Augusto Pinochet et rejoint l'année suivante l'équipe de campagne du candidat de droite et ancien ministre des Finances de Pinochet, Hernán Büchi (UDI).
Sénateur (1990-1998) Il est élu sénateur dans la circonscription de Santiago-est l'année suivante, poste qu'il conservera jusqu'en 1998, et rejoint le parti de centre-droit Rénovation nationale. Il se déclare opposé au droit à l’avortement. ainsi qu'au mariage pour les couples homosexuels..
Ascension (2001-2010) Président de Rénovation nationale Il est président du parti de droite Rénovation nationale de 2001 à 2004.
Élection présidentielle de 2005-2006 En , Sebastián Piñera annonce sa candidature pour Rénovation nationale à l'élection présidentielle de 2005-2006.
Au premier tour, le , il crée la surprise en arrivant deuxième avec 25,41 % des suffrages, loin derrière la socialiste Michelle Bachelet (45,96 %), mais devant l'autre candidat de droite, Joaquín Lavín, de l'Union démocrate indépendante (23,23 %) Résultats officiels du premier tour (2005)..
Bien que Joaquín Lavín appelle à voter Piñera pour le second tour, ce dernier échoue face à Michelle Bachelet, élue présidente le , avec 53,50 % des voix.
Élection présidentielle de 2009-2010 thumb|Sebastián Piñera avec Michelle Bachelet en janvier 2010. Sebastián Piñera est candidat de la Coalition pour le changement, qui réunit plusieurs partis de droite, à l'élection présidentielle de 2009-2010.. En tête à l'issue du premier tour, il est mis en ballottage par Eduardo Frei Ruiz-Tagle (centre-gauche), président du Chili de 1994 à 2000.
Entre les deux tours, le responsable du projet économique du candidat indépendant de gauche Marco Enríquez-Ominami, Paul Fontaine, fait défection et rejoint son équipe de campagne en décembreChili. Jorge Arrate, candidat de la gauche unitaire, L'Humanité, 22 septembre 2009.Enríquez-Ominami le bajó el perfil a la llegada de Paul Fontaine a comando de Piñera, Radio Cooperativa, 17 décembre 2009..
Après quelques tergiversations, lui et son directeur de campagne, Rodrigo Hinzpeter, déclarent qu'ils intégreraient d'anciens hauts responsables de l'administration Pinochet, dont des ministres, dans le nouveau gouvernement s'il était élu, déclarant que le fait d'avoir travaillé pour elle « sans avoir commis de crimes, ni de violations des droits de l'homme, n'est aucunement un péché »Piñera y Hinzpeter se retractan: trabajarían con pinochetistas, La Nación, 9 janvier 2010..
À quelques jours du scrutin, il reçoit le soutien public de l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa et de l'écrivain chilien Jorge Edwards. Pour Vargas Llosa, Piñera représente « un centre-droit moderne, libéral, idéaliste, qui va consolider la démocratie et donner un élan au développement du ChiliMario Vargas Llosa soutient l'alternance à droite au Chili, Agence France-Presse, 8 janvier 2010, sur Cyberpresse. » . En revanche, son entourage fut acerbement critiqué par l'actrice célèbre Martín Romero E., « Piñera “está rodeado de asesinos y delincuentes” », La Nación, 14 janvier 2010.. Par ailleurs, son débat télévisé aurait souligné quelques « contradictions » entre le politique et l'homme d'affaires, selon La Nación« Las contradicciones de Piñera », La Nación, 13 janvier 2010., tandis qu'il rejetait désormais le « progressisme » de la Concertation, qu'il avait auparavant revendiqué pour lui-même.
Le , Sebastián Piñera est élu président de la République chilienne avec 51,61 % des suffrages. Si sa coalition est tout juste minoritaire au Sénat, son alliance avec le Partido Regionalista de los Independientes et le ralliement de deux indépendants lui permet de former une majorité parlementaire de 63 députés (58 députés pour la coalition de Piñera, 3 régionalistes du PRI, 2 indépendants) à la Chambre des députés face aux 57 députés de la Concertation pour la démocratie.
Première présidence de la République (2010-2014)
vignette|Portrait officiel de Sebastián Piñera (2010). vignette|Cote de popularité de Sebastián Piñera durant sa présidence 2010-2014. Le , quelques jours avant son entrée en fonctions, un séisme de magnitude 8,8 sur l'échelle de Richter survient dans le centre du pays. Alors que 521 personnes y ont perdu la vie, Sebastián Piñera promet l'« aide totale et l'engagement » de sa future équipe à celle de la présidente sortante Michelle Bachelet« Chili: une lourde tâche pour un nouveau président », Cyberpresse, 27 février 2010., accusée d'avoir mal géré ce drame lors des derniers jours de son mandat« Les 33 mineurs chiliens : un filon pour le pouvoir », Le Figaro, 24 septembre 2010..
Il est investi président de la république du Chili le , alors que trois fortes répliques telluriques secouent le centre du pays, dont la capitale« Au Chili, Sebastian Piñera investi sur fond de séisme », Le Monde, 12 mars 2010..
La composition de son gouvernement est marquée par la présence d'anciens responsables de la dictature militaire de Pinochet. Ainsi, le chef du cabinet du sous-secrétaire de la Défense, le major Mario Larenas Gutiérrez, fut accusé par le député communiste Hugo Gutiérrez, d'avoir participé à la Caravane de la mort au lendemain du coup d'État de 1973 « Diputado denunció que alto funcionario de Defensa fue fusilero de la Caravana de la Muerte », Radio Cooperativa, 16 avril 2010.. Le même député avait rappelé le passé du général nommé directeur de la Gendarmerie par Piñera, Iván Andrusco, qui avait travaillé à la DICOMCAR, organisme de répression dissout à la suite du Caso Degollados (1985), et qui avait été poussé à la démission « Renunció director de Gendarmería, Iván Andrusco », Radio Cooperativa, 16 avril 2010. « Diputado Hugo Gutiérrez solicitó la salida del nuevo director de Gendarmería », Radio Cooperativa, 6 avril 2010.. Alors que le gouvernement de Michelle Bachelet était paritaire, celui de Sebastián Piñera ne compte que 18 % de femmesLamia Oualalou, « En Amérique latine, élections et déceptions », article par initialement en décembre 2011 sous le titre « Ce qui change pour les femmes », Manière de voir , décembre 2016-janvier 2017, ..