Les Guanches (en berbère , , prononcé « Igouinchiyène »), sont un groupe ethnique et peuple autochtone des îles Canaries. Les Guanches sont les seuls indigènes qui vivaient dans les Îles Canaries. Ce sont les seuls Berbères à ne pas avoir été islamisés. Leur civilisation a disparu, mais a laissé des traces dans la culture canarienne et quelques vestiges. Leur langue, éteinte en raison de l'hispanisation, était le guanche.

thumb|Momie guanche au musée de la Nature et de l'Homme (Santa Cruz de Tenerife)

Histoire

Étymologie Le terme espagnol serait, selon Núñez de la Peña, une déformation par les Espagnols de , terme indigène signifiant homme (Guan) de Tenerife (Chinet). Stricto sensu, les Guanches seraient donc uniquement les aborigènes de l'Île de Tenerife. Le terme a ensuite été étendu à l'ensemble des populations indigènes de l'archipel des Canaries.

Origines

La plupart des toponymes indigènes étant d'origine berbère, les Canariens autochtones semblent issus des peuples libyques (Libyens anciens).

La génétique démontre une origine berbère, avec quelques autres apports« The Iberian contribution to the male genetic pool increases from 63% in the – centuries to 83% in the present-day population, which is accompanied by a parallel dropping of the male indigenous (31% vs 17%) and sub-Saharan (6% vs 1%) contributions. However, relative proportions in the female pool are strikingly constant for Iberians (48% vs 55%) and aborigines (40% vs 42%), from the – centuries to the present, and only the sub-Saharan female contribution shows an important decrease (12% vs 3%). », Fregel et al. 2009, Demographic history of Canary Islands male gene-pool: replacement of native lineages by European.Maca-Meyer et al. 2003, Ancient mtDNA analysis and the origin of the Guanches., des croisements ayant pu se produire en Afrique du Nord avant le débarquement d’Homo sapiens sur les îles, sans compter les apports plus modernes. L'absence de sources écrites anciennes laisse le champ libre à toutes sortes d'hypothèses, parfois fabuleuses, mettant en scène aussi bien des Atlantes que des Taïnos de Porto RicoEstudio del genoma Taíno y Guanche en passant par l'Anatolie néolithique ou les Cro Magnon européens, tous plus ou moins rattachés à la culture mégalithique (), bien qu'elle ne soit pas présente sur l'archipel.

Selon une étude scientifique réalisée en 2017 sur des momies guanches, leur ADN montre que les Guanches sont originaires d'Afrique du Nord. et sont plus étroitement liés aux Nord-Africains d'ascendance berbère que n'importe quelle autre population étudiée, ce qui est cohérent avec les études précédentes mais celle-ci ajoute plus de détails et de nuances, explique Ricardo Rodríguez-Varela, chercheur à l'université de Stockholm et principal auteur de l'étude, publiée dans Current Biology..

Un lien a été établi par les archéologues entre les Guanches, les Ibéromaurusiens et les Capsiens. Le « type guanche » de Verneau a été rapproché des individus mechtoïdes qui constituent le support humain exclusif des industries ibéromaurusiennes du Maghreb.. Des découvertes récentes ont par ailleurs montré la présence, à l’Holocène moyen, de représentants de ce groupe de Mechta-Afalou sur le littoral du bassin de Tarfaya, l’hinterland continental des Canaries. Quant au type protoméditerranéen, le type II de Verneau, il est, lui, très largement représenté en Afrique du Nord, mais aussi dans tout le bassin méditerranéen. Les individus protoméditerranéens semblent intimement liés à l’apparition des industries capsiennes au Maghreb, où ils sont attestés pendant toute la durée des temps préhistoriques et historiques à partir de cette civilisation épipaléolithique.

Les types humains mechtoïdes et méditerranoïdes, en usage dans l’archéologie nord-africaine, ont été également identifiés aux Canaries par des anthropologues comme Fusté et Schwidetzky.. Ces derniers actualisaient, avec une terminologie nouvelle, les divisions raciales définies par un Berthelot ou un Verneau. Bien que la relation du Berbère avec ces types humains préhistoriques n’ait pas été totalement éclaircie, sa présence dans la préhistoire canarienne n’a jamais été mise en doute. Comme l’affirmait Fusté : « les peuples inhumés dans les tumulus de Gáldar constituent un groupe dépouillé de l’ethnie berbère continentale et ayant immigré vers l’île »(Fusté, 1962, 112).

thumb|La reddition des rois guanches par Alonso Fernández de Lugo (Tenerife).

En 2009, une étude génétique sur le chromosome Y, transmis de père en fils et qui permet de suivre la lignée mâle d'une famille ou d'une ethnie, a été menée sur des restes de momies guanches par des équipes espagnoles (université de La Laguna et l'institut de médecine légale de l'université de Saint-Jacques-de-Compostelle) et une équipe portugaise (Institut de pathologie et d'immunologie de l'université de Porto). Jusqu'ici les recherches avaient plutôt privilégié l'ADN mitochondrial, qui reflète l'évolution des lignées maternelles. Cette analyse génétique a confirmé la théorie de l'origine berbère des autochtones des îles Canaries"Autochthonous (E-M81) and prominent (E-M78 and J-M267) Berber Y-chromosome lineages were detected in the indigenous remains, confirming a North West African origin for their ancestors which confirms previous mitochondrial DNA results.", Fregel et al. 2009, Demographic history of Canary Islands male gene-pool: replacement of native lineages by European..

D'autre part, les résultats apportent également de nouvelles découvertes, comme le fait que la contribution européenne à la population canarienne actuelle provient essentiellement des hommes, alors que pour les lignées maternelles, il y a une présence plus grande d'origine berbère, indiquant un fort degré d'unions entre hommes européens et femmes guanches. Cette étude sur le chromosome Y dans la population canarienne a révélé l'impact de la colonisation européenne auprès de la population masculine canarienne. « En estimant la proportion de lignées européennes présentes dans l'actuelle population canarienne, on a trouvé qu'elles représentent plus de 90 % », a déclaré Fregel. Toutefois, les études de l'ADN mitochondrial (ligne maternelle) sur la population actuelle ont montré une survie remarquable de lignages autochtones, avec une contribution maternelle dépassant les 40 %. La contribution ibérique et européenne au patrimoine génétique mâle des îles Canaries est passée de 63 % durant les à 83 % actuellement. En parallèle, la contribution aborigène est passée de 31 à 17 %, et celle des Sub-Sahariens de 6 à 1 %. Du côté maternel, l'apport européen est plus constant, car il est passé de 48 à 55 % et pour les aborigènes de 40 à 42 %. Les études montrent une diminution de l'apport sub-saharien de 12 à 3 % au cours des trois derniers siècles.

Préhistoire et Antiquité

Les Berbères qui peuplaient une grande partie de l'Afrique du Nord depuis l'époque de l'ancienne Égypte, auraient, à diverses époques peut-être, depuis les côtes sud du Maroc actuel, traversé cette partie de l'Atlantique, et ce avant l'époque des Phéniciens et des Carthaginois (époques pour lesquelles le peuplement de l'île est reconnu).

Tenerife, plus précisément la grotte des Guanches à Icod de los Vinos, a fourni les chronologies les plus anciennes des Îles Canaries, datant du troisième siècle avant notre èreProtohistoria de Tenerife.

Le premier voyage, supposé attesté historiquement, ayant probablement abouti à la découverte des Îles Canaries, est le périple d'Hannon, qui eut lieu entre 630 et 425 avant notre ère. Hannon, riche Carthaginois, parti à la recherche de nouvelles routes commerciales, découvre une île, vide d'habitants mais dotée de ruines importantes, faisant peut être partie de ce que l'on appelle depuis la Renaissance l'archipel des Îles Canaries. Si le fait est avéré, ce détail semble indiquer que les sécheresses prolongées existaient déjà dans l'Antiquité, et que les indigènes ont peut-être dû parfois changer d'île ou retourner sur le continent pour survivre.

Un voyage exploratoire certain semble avoir eu lieu sous , roi lettré de Maurétanie de à , soucieux d'y recenser la faune et la flore, selon Pline l'Ancien au Pline l'Ancien, Historia naturalis, VI, 37-2.. Il aurait d'abord visité quatre des sept îles de l'archipel (actuelles Fuerteventura, Lanzarote, Grasioza et Alegranza) et en aurait reconnu une cinquième, Tenerife ; sa sixième et dernière étape aurait été Grand Canaria.. Il donne des îles une description sommaire permettant de les identifier aujourd'hui, mais, s'il mentionne un petit temple à Lanzarote et des vestiges d'édifices à Grand Canaria, il n'évoque pas les indigènes.

Les sources historiographiques et les recherches archéologiques toujours en cours ne permettent pas de déterminer si les Guanches ont été ou non des habitants permanents des îles Canaries.

Moyen Âge et époque moderne

L'absence de toute trace de pénétration de l'islam parmi les populations y vivant à l'arrivée des Espagnols laisse penser qu'il s'agirait de la plus lointaine migration vers l'ouest de Berbères, survenue entre l'époque de Pline l'Ancien et la conquête musulmane du Maghreb du au , et peut-être bien avant av. J.-C. Une partie des Guanches périt en résistant à la conquête espagnole de l'archipel, d'autres ont été vendus comme esclaves., et la plupart ont embrassé de force la foi catholique, certains s'unissant par mariage aux conquérants.

L’économie sucrière sur l’île canarienne se développe dans les années 1490, en étroite relation avec la traite portugaise. La conquête de l’île de Palma, en 1492, par Alonso Fernández de Lugo, est ainsi financée par J. Berardi et F. Riberol, deux membres du réseau de B. Marchionni. La mise à sac de l’île s’accompagne de l’extermination et/ou de la réduction en esclavage des autochtonesde Almeida Mendes António, « Les réseaux de la traite ibérique dans l'Atlantique nord (1440-1640) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2008/4 ( année), . DOI : 10.3917/anna.634.0739. URL : https://www.cairn.info/revue-annales-2008-4-page-739.htm. Plusieurs milliers de Guanches sont réduits en esclavage et déportés vers les huertas et les propriétés agricoles de Valence et de Madère. Pour les années 1489-1497, l'historien António de Almeida Mendes a retrouvé la trace de 656 esclaves arrivés dans le seul port de Valence, dont 80 % de femmes. Plutôt que d’utiliser les Guanches dans les moulins canariens, les Espagnols préfèrent les déplacer hors de l’île afin de les couper de leur milieu et réduire les révoltes.

Les esclaves aborigènes ont aussi souvent servi d'interprètes entre les insulaires et les conquistadors.

Les Espagnols effectuaient aussi des razzias sur les aborigènesYves Jacob. La Canarienne - Le crépuscule des Guanches.. Les razzias espagnoles ont notamment déclenché des razzias arabes continues en représailles, qui ont touché les Espagnols mais aussi les aborigènes des CanariesEL KOLLI (Jane), « Les Iles Canaries et les navigateurs arabes au Moyen Age », Les îles Atlantiques : réalités et imaginaire. Ainsi, de nombreuses expéditions punitives arabes (1569-1571, 1586-1618) eurent lieu. En 1586, les troupes d' pillent Teguise, capitale de Lanzarote dans l'archipel canarien, et capturent la femme du marquis. Entre 1593 et 1595, les Maures tiennent en permanence le nord-est de Fuerteventura. En 1618, Soliman investit le Jameo del Agua, un tunnel de lave qui servait de refuge, et s’empare de 800 personnes dont il échangea la vie contre du bétail. La dernière incursion arabe aura lieu à Jandia en 1779. Parallèlement de nombreuses expéditions espagnoles considérées comme des actes de souveraineté d'un genre spécifique ont été effectuées sur la côte marocaine et le Sahara occidental voisins des îles Canaries. L'objet de ces razzias espagnoles était de maintenir l'activité économique des îles Canaries fondée sur le système esclavagiste.