La catastrophe de Buncefield est une série de trois explosions suivies d'un important incendie survenus à 6 h 01 du matin (heure locale) le au dépôt de carburant de , en banlieue de Hemel Hempstead, à une quarantaine de kilomètres au nord de Londres (Royaume-Uni). Ce dépôt était le cinquième plus grand dispositif de stockage de produits pétroliers du pays, avec une capacité totale d'environ . Il était la propriété de Total UK Limited (60 %) et de Texaco (40 %).

La première et plus importante des trois explosions survient à proximité du réservoir 912, ce qui provoque d'autres explosions ainsi qu'un incendie qui se propage à 20 réservoirs de produits pétroliers. Les pompiers déclarent l'état d'urgence à 6 h 08, puis entament la lutte contre le brasier. La première explosion est causée par l'émanation d'un nuage de vapeurs inflammables ayant fui d'un réservoir qui s'est embrasée après être entrée en contact avec une source de chaleur non-identifiée. Le British Geological Survey a mesuré une secousse de 2,4 sur l'échelle de Richter lors de la première explosion. Plusieurs journalistes ont décrit l'événement comme le plus important de ce type en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale et la plus grande explosion industrielle au Royaume-Uni depuis la catastrophe de Flixborough en 1974. L'incendie est maîtrisé dans l'après-midi du , soit deux jours et demi après la première explosion. Un nouvel incendie se déclenche peu après au même endroit, mais les pompiers prennent la décision de le laisser s'éteindre tout seul plutôt que de le combattre à nouveau.

L' et les enquêteurs de police ont donné des recommandations afin d'éviter que d'autres événements du même type ne se reproduisent à l'avenir. La principale d'entre elles est l'assurance pour les entreprises pétrochimiques que leurs réservoirs soient bien étanches et contrôlés régulièrement afin d'éviter toute fuite. D'autres recommandations traitent de la gestion d'une fuite de produits pétrochimiques dans une perspective de préservation de l'environnement, d'autres sur les manières de détecter efficacement un nuage de vapeurs inflammables.

Déroulement

Explosions et incendie La première et plus importante explosion est survenue à 6 h 01 à proximité du réservoir 912. Plusieurs autres explosions ont permis à l'incident de s'étendre à 20 grands réservoirs de produits pétroliers. D'après les résultats de l'enquête, la catastrophe aurait été provoquée en premier lieu par la propagation d'un nuage de vapeurs inflammables fortement concentrées ayant fuité d'un des réservoirs du dépôt et qui serait entrée en contact avec une source de chaleur ou une flamme quelconque. En raison d'une couche d'inversion, les explosions successives auraient été entendues jusqu'à 200 km du dépôt, notamment en Belgique, en France et aux Pays-Bas.vignette|228x228px|La plupart des dégâts importants causés par l'incident se trouvent à proximité immédiate du dépôt.Le British Geological Survey a mesuré une secousse de 2,4 sur l'échelle de Richter lors de la première explosion. D'après plusieurs témoignages, des citoyens ont été réveillés par la puissance de l'incident jusqu'au sud de Londres, et jusqu'à Wokingham, situé à près de 45 km du dépôt. À Finchampstead, plusieurs individus ont ressenti la première onde de choc. Les deux autres principales explosions sont survenues à 6 h 27 et 6 h 28.

Des témoins habitant à plusieurs kilomètres du dépôt ont observé des flammes culminant à des centaines de mètres de haut. L'épaisse fumée noire de l'incendie était visible depuis l'espace, et depuis le Lincolnshire, pourtant situé à 110 km au nord. Parmi les dommages causés par les ondes de choc se trouvent des fenêtres brisées sur plusieurs édifices, notamment l'église et l'école du village, des portes arrachées ou enfoncées ainsi que l'effondrement du mur d'un entrepôt situé à 800 mètres du dépôt. Une fenêtre de la cathédrale Saint-Alban, située à environ 8 km, a aussi été brisée. vignette|La fumée de l'incendie vue depuis l'espace. Lorsque l'incendie est maîtrisé, elle a déjà atteint la Manche. vignette|L'incendie peu après le début de la catastrophe. Les bâtiments à proximité qui accueillaient des bureaux ont vu leurs fenêtres être arrachées de leur support par la force du souffle de la première explosion. Par chance, l'incident est survenu tôt dans la matinée, bien avant que la plupart des Britanniques ne partent au travail, ce qui a sans doute contribué à réduire le nombre de blessés. D'après plusieurs témoins, des voitures situées à proximité du dépôt ont également pris feu. Le toit d'au moins une maison a été soufflé. Les bâtiments situés aux environs immédiats du dépôt ont tous été évacués par les forces de l'ordre, non pas en raison des fumées toxiques et des explosions successives, mais parce que la violence des explosions pouvait mettre en péril l'intégrité des bâtiments.

Au total, 43 victimes sont identifiées par les forces de l'ordre. Deux d'entre elles ont été hospitalisées, l'une pour des difficultés respiratoires, sans pour autant que le pronostic vital ne doit engagé. L'incident n'a pas fait de mort. Le lendemain du début de l'incendie, la police de l'Hertfordshire, les brigades de pompiers et le membre du Parlement britannique Mike Penning ont déclaré conjointement que sept réservoirs du dépôt contenaient toujours des produits pétrochimiques et qu'il existait toujours un risque de propagation tant que le feu n'était pas maîtrisé.

Lutte contre l'incendie Pour maîtriser l'incendie, du Hertfordshire appartenant à seize brigades et 25 camions ont été mobilisés. L'incendie a été déclaré maîtrisé le , après avoir déversé plus de d'eau et environ d'émulseur.

Environ 150 pompiers sont immédiatement appelés au dépôt, et l'effort pour contenir le brasier ne débute qu'à 8 h 20, le temps d'établir plusieurs dispositifs de sécurité et d'évaluer la situation. L'incendie provoque la fermeture de la sortie 8 de l'autoroute M1, du fait de sa proximité avec le dépôt. Un périmètre de sécurité est établi. Compte tenu de l'ampleur de l'incendie, de nombreux soutiens sont dépêchés sur place, ainsi que de l'équipement pour combattre efficacement ce type d'incendie.

La première mention de l'usage de mousse pour lutter contre l'incendie est faite vers minuit le jour de l'incendie, mais son usage réel a été retardé en raison de craintes de pollution de plusieurs cours d'eau environnants ainsi que des eaux souterraines. Six pompes à grande capacité ont été utilisées afin d'extraire 25 000 litres d'eau par minute – 417 litres par seconde – d'un réservoir situé à 2 km du dépôt. Six pompes supplémentaires ont été raccordées à d'autres sources d'eau afin d'assurer un flot continu d'eau pour les pompiers. 32 000 litres de mousse anti-incendie ont été pulvérisés sur le feu pendant près de quatre heures consécutives, après quoi le flot a été réduit. Une dizaine des vingt incendies identifiés par les pompiers étaient considérés comme maîtrisés le lendemain midi.

Vers 16 h 30 le même jour, les pompiers annoncent que deux réservoirs en feu supplémentaires ont été éteints, mais que l'un des réservoirs éteints plus tôt dans la journée était à nouveau en flammes, et menaçait de faire exploser le réservoir voisin. Cela a provoqué à nouveau la fermeture de la M1, l'extension du périmètre de sécurité et le retrait des pompiers en attendant que la situation s'éclaircisse.

Le travail des pompiers reprend vers 20 h, et le feu est considéré comme potentiellement maîtrisable dans la nuit même. Des dégâts causés par l'incendie ont provoqué la fragilité d'un nouveau réservoir dans la matinée du lendemain, et à nouveau le retrait des pompiers le temps que les dangers potentiels soient identifiés. Leur travail reprend vers 08 h 30. Le à midi, seuls trois incendies étaient toujours actifs. Le plus grand réservoir était encore en flammes.

Compte tenu de la réduction du nombre d'incendies distincts et de la couleur de la fumée, passant du noir au gris foncé, les pompiers avaient l'assurance de maîtriser l'incendie dans la journée. Tous les réservoirs sont éteints à 16 h 45, et seuls quelques petits incendies subsidiaires subsistent. 75 % des pompiers de l'Hertfordshire étaient engagés dans la lutte contre cet incendie, épaulés par 16 autres brigades.

Un nouvel incendie se déclenche à l'aube le . Conscients qu'éteindre cet incendie pouvait créer des vapeurs inflammables et voulant éviter toute explosion supplémentaire, les pompiers ont décidé de ne pas éteindre cet incendie et de le laisser brûler jusqu'à ce qu'il n'ait plus de carburant, tout en restant à proximité en cas de propagation.

Nuage de fumée vignette|La fumée de l'incendie vue depuis Ellesborough, à 23 kilomètres du dépôt, deux heures après la première explosion. vignette|Le nuage de fumée vu depuis High Wycombe, à 29 kilomètres du dépôt, 38 heures après la première explosion. Le nuage de fumée noire, visible sur des photographies satellites, est monté à haute altitude, vers 2 700 m, en direction de Reading et Swindon. Il était visible depuis la grande majorité du sud-est de l'Angleterre.

Les particules fines transportées par le nuage de fumée contenaient des hydrocarbures, qui peuvent être irritants mais sont faiblement toxiques pour l'être humain. Le nuage n'est pas considéré comme dangereux sur le long terme par les scientifiques britanniques. Le Met Office a toutefois émis une alerte stipulant que la fumée pouvait revenir sur terre avec la pluie prévue sur le pays dans la nuit du .

L'incendie a poussé 244 personnes à demander une aide médicale – principalement le premier jour de l'incendie. Parmi eux, 117 avaient des symptômes imputables à l'incident en cours. La grande majorité d'entre eux étaient des membres des services de secours et ont pu rentrer chez elles immédiatement après la consultation médicale. Si la plupart des pompiers ont réalisé cette consultation médicale afin de s'assurer qu'ils n'étaient pas intoxiqués, 63 d'entre eux se plaignaient de difficultés respiratoires, accompagnées de maux de gorge pour certains.

Les deux premiers jours de l'incendie, la colonne de fumée était extrêmement chaude, ce qui lui a permis d'atteindre une telle altitude et de traverser le pays sans se mélanger avec l'eau des nuages. Le , le nuage de fumée atteint le nord de la France, puis le nord de l'Espagne à la fin de la semaine.

Afin d'analyser le contenu exact de ce nuage de fumée, un avion scientifique piloté conjointement par le National Environment Research Council et le Met Office a réalisé deux vols le 12 et le . Le premier vol est réalisé à la bordure du nuage le long de la côte sud de l'Angleterre. Du monoxyde de carbone, de l'oxyde d'azote et de l'ozone ont été détectés en faible quantité, tandis que la suie était le principal composant du nuage. Le second vol est réalisé au centre du nuage afin d'informer les forces de l'ordre et les services météorologiques.

Causes Certains habitants ont dit avoir entendu un avion voler à basse altitude juste avant la première déflagration. Mais dans un communiqué, la police assure que rien ne suggère qu'un avion ait été impliqué. Selon elle, l'origine de la catastrophe est accidentelle, une enquête sera ouverte pour en déterminer précisément les causes.

Une équipe d'investigation de l'UK HSE et de L'EA mène l'enquête.

Les premiers éléments de l'enquête, en particulier la vidéo surveillance du site et des sites voisins, montrent qu'il y a eu un phénomène dit d'UVCE (Unconfined Vapour Cloud Explosion). Il semble qu'il y ait eu une fuite dans l'une des cuvettes, le produit (on ne sait pas encore lequel) s'est évaporé et a généré la formation d'un nuage (mélange air - hydrocarbures), ce nuage a dérivé hors de la cuvette, a atteint une source d'inflammation (on ne sait pas encore quoi) et a explosé. La suite, ce sont des incendies de bacs et de cuvettes.

Conséquences gauche|vignette|Image satellite du nuage créé par l'incendie du dépôt.