Jean-Claude Boutay, né à Sarreguemines le , décédé à Saverne le , est chef de légion de la garde nationale du district de Sarreguemines en 1789, nommé juré pour la Haute-Cour de justice du département de la Moselle en 1799, puis colonel du corps franc de la division militaire créé en 1814 par .

Il est connu pour avoir été accusé de dilapidations de biens nationaux pendant la tourmente de la Révolution puis pour s'être fermement défendu contre ses détracteurs pendant la période de la Terreur.

Origines Jean-Claude Boutay naît le à Sarreguemines, alors en Lorraine ducale. Sarreguemines est une petite ville à la frontière de l'Empire germanique dans une région bousculée par les guerres révolutionnaires. Son père, André Boutay exerce la fonction d'huissier au bailliage royal de Sarreguemines. Sa mère, Barbe Lomersdorff, est la fille de Simon Lomersdorff, dont on sait qu’il était cavalier de la maréchaussée du duc de Lorraine Stanislas.

Soldat pendant les campagnes d'Amérique vignette|L'Arsenal et le château de Brest vus de Recouvrance, 1774, huile sur toile, , Musée national de la Marine, 2020.3.1. Les activités portuaires représentées témoignent de l'effervescence qui règne dans le port à la veille de la Guerre d'Amérique.. En 1780, alors que la Lorraine a rejoint le royaume de France, il s’engage à 16 ans dans l'armée comme soldat de marine et rejoint le corps expéditionnaire français pour l'Amérique, qui part le . La France vient soutenir les États-Unis dans leur guerre d’indépendance, à la suite du traité d'alliance offensive et défensive conclu avec Benjamin Franklin le . Le roi de France Louis XVI a décidé d'envoyer une escadre de sept vaisseaux de ligne pour agir sur les côtes, contenant un corps de troupes de avec à sa tête le général Rochambeau.

Pendant 9 ans, Jean-Claude Boutay sert dans le corps d'artillerie de la Marine ; il parvient au grade de capitaine d'armes, puis de maître canonnier et enfin de sergent-major.

Il revient en France en 1789.

Vie familiale Le à Marange-Silvange (Moselle), il se marie à Madeleine Pierrot, la fille d’un négociant en vins. Dans son acte de mariage, Jean-Claude porte la particule, il est noté comme Jean-Claude de Boutay. Mais après 1789, sa particule n’apparaît plus. Après la Révolution, il s’établit comme commerçant de vin et d'eau-de-vie sans doute en lien avec le métier exercé par son beau-père, Quirin Pierrot.

Son père André Boutay est décédé en 1783. Jean-Claude hérite mais revend aussitôt la charge d'huissier du bailliage royal de son père, sans jamais exercer cette fonction. Il est désormais adjudant de la Garde citoyenne de Sarreguemines.

Madeleine Pierrot lui donne deux fils : François Ferdinand Égalité Boutay, né le à Sarreguemines, qui devient en 1813 officier payeur (administration militaire) au 1er régiment de cuirassiers du roi de Westphalie Jérome Bonaparte, puis maire de la commune de Courvaudon (Calvados) en 1830. .

Agent missionné par la Convention nationale vignette|440x440px|Deux soldats de la Garde Nationale vers 1793|alt= Jean-Claude Boutay gravit les échelons de la garde nationale de Sarreguemines. Il est élu chef de la première légion de ce district, puis il est nommé commissaire délégué pour mener différentes expéditions dans le pays voisin. En effet, le , il est missionné par les représentants du peuple Merlin, Rewbell et Haussman, membres de la Convention nationale, pour la réquisition de denrées au service de l'Armée dans le duché de Deux-Ponts. Son ordre de mission présente un double objectif : priver l'ennemi prussien de ses ressources et approvisionner l'armée française en denrées (chevaux, moutons, fourrage et grains) qu'il doit expédier au garde-magasin de Sarrelouis.

On l'autorise La Convention nationale requiert le commandant des troupes de la République de donner .

En qualité de délégué des commissaires de la Convention, Jean-Claude Boutay est chargé d'organiser l'évacuation et la gestion du mobilier des résidences des personnalités éminentes de la principauté tels que Christian IV, duc de Deux-Ponts, la comtesse von der Leyen et les princes de Nassau. Ces différents événements prennent place dans les fastueuses résidences de plaisance de l'Empire frontalier : , , et .

Levée en masse de 1793 Le , la Convention décrète une levée de 300 000 hommes afin de renforcer les effectifs de la République. Pendant cette levée en masse de 1793 Boutay est chargé de différentes missions, notamment celle de la reconstruction des ponts sur la Blies où il emploie jusqu'à 300 ouvriers, et pour la coupe et récolte des blés sur le long de cette rivière, sur la rive opposée à l'Empire.

Expédition dans le duché de Deux-Ponts En , Boutay procède à l'enlèvement de grains, foins, paille, vins, bestiaux, meubles et effets précieux, que les moines de l' avaient fait transporter vers leur maison d'Ensheim. On lui reproche des dilapidations dans cette mission ainsi que dans celle du mobilier du comte de Vergennes. Boutay dénonce ses calomniateurs, n'ayant été chargé, selon lui, d'aucune de ces deux missions.

Le Nicolas Blaux accuse Boutay de s'être établi au château de Karlsberg, maison de plaisance du duc de Deux-Ponts meublée d'une richesse et de magnificences orientales ; . Boutay se serait déplacé . Blaux réclame à Boutay de lui rendre compte de ses commissions, mais Boutay élude en lui répondant qu'il n'a de compte à rendre qu'à ses commettants, les députés Merlin, Reubell et Haussman.

Coffres du baron d'Esebeck vignette|338x338px Les commissaires de la Convention violent la neutralité du duché de Deux-Ponts et le font occuper le par le général Landremont. Le duc de Deux-Ponts fuit, mais son premier ministre le baron , se proposant pour les négociations entre la France et la Prusse, tente de parvenir à un accord avec Berlin. Il est fait prisonnier politique le par ordre de l'adjudant général Guadet et transféré dans la prison militaire de Metz.

Nicolas Blaux est secrètement informé que les jardins du baron recèlent des coffres appartenant à des émigrés français. À l'approche de troupes ennemies, Blaux « prit la fuite à crève chevaux », selon Boutay, pour se mettre à l'abri des événements. Boutay se hâta, pour sa part, de faire fouiller les jardins du ministre, d'en vider les cachettes, et de faire transporter le tout au district de Sarreguemines. Blaux dénonce Boutay d'avoir attenté à des propriétés appartenant à des particuliers, « sous le prétexte qu'ils appartenaient à des émigrés ». Boutay s'en défend dans une pétition adressée à la Convention, expliquant que « dans ces malles il fut trouvé une correspondance avec les ennemis de la république, si importante, qu'envoyée sur le champ au Comité de Salut Public, elle servit à déjouer des complots les plus dangereux ».

Pillage du château de Blieskastel et évasion de la comtesse de la Leyen vignette|Comtesse Marianne de la Leyen|alt=|330x330px Le , Boutay se rend au château de Blieskastel avec 39 officiers et gendarmes pour procéder à l'arrestation de la comtesse von der Leyen. Cet épisode se solde par un échec, qui lui est vivement reproché par Nicolas Blaux : « Immédiatement introduit auprès d'elle, dans sa propre chambre, il en sortit un quart d'heure plus tard pour faire arrêter ses officiers et ses suivantes. Quand il revint s'assurer de la comtesse elle-même, elle avait disparu. Toutes recherches furent vaines ». Boutay est fortement soupçonné de complicité avec la fugitive ; Blaux l'accuse d'avoir favorisé la fuite de la comtesse moyennant une forte somme.

La comtesse Marianne von der Leyen a raconté l'histoire de son évasion dans un journal"Journal des Mes Malheurs dans la Révolution" 1793 (Original dans les archives du Prince Leyen'schen dans Waal n ° 603, en traduction éditée par A. Kleinschmidt, dans New Heidelberg Yearbooks 4, 1894 ). Elle y relate que , elle est parvenue à ruser Boutay. Elle a réussi à s'échapper déguisée en servante, et après dix jours d'aventures exténuantes, à rejoindre les lignes prussiennes près de la localité de Zweibrücken.

alt=|vignette|L'arrivée des troupes françaises au château de Karlsberg le 10 février 1793.|330x330px

Incendie du château de Karlsberg Depuis le , les troupes révolutionnaires françaises sont rassemblées dans la région du Palatinat. Un rapport officiel publié à Kaiserslautern indique que les soldats

L'intendant du château, Jean Christian von Mannlich, raconte dans ses mémoires que le mobilier du château est sauvé de manière rocambolesque par lui-même et les serviteurs, en utilisant des tunnels souterrains, avant que le château ne soit incendié solennellement par les troupes françaises.

Arrestation à Hellimer Les 12 et , Boutay est chargé des rassemblements pour la levée en masse et de la formation d'un bataillon de première réquisition. Au combat de Pirmasens, le , il commande une colonne de troupes sur la montagne de Mittelbach. Dans la nuit du , il reçoit l'ordre du général de l'armée de se porter avec 1200 hommes devant le village de Schweyen et de s'y trouver vers quatre heures du matin car, d'après les mouvements faits la nuit précédente, l'ennemi parait vouloir tenter une attaque. Boutay fait donner l'ordre à sa troupe de se ternir prête à partir avec lui à deux heures, mais plusieurs déserteurs décident se sauver et retourner à leur domicile. Au quartier général de VolmünsterLettre de Commerell et Becker au maire de Sarreguemines, quartier général de Volmünster, 24 septembre 1793, les commissaires délégués Commerell et Becker écrivent au maire et aux officiers municipaux de Sarreguemines pour faire assembler les fuyards par tous les moyens, de leur présenter l'indignité de leur conduite et de les engager à rejoindre les drapeaux, au nom de la patrie en danger.

Le , Boutay est occupé à commander la formation du bataillon à Hellimer. Il se bat avec l'artillerie légère depuis plusieurs heures lorsque les commissaires Meunier et Joly viennent procéder à son arrestation. Plusieurs de ses opérations ne sont pas terminées. C'est Nicolas Blaux, député de Moselle et maire de Sarreguemines, qui a demandé sa destitution. On conduit Boutay et sa femme Madeleine à Metz, ainsi que l'ex-prêtre Commerell et Catherine Eléonore Linange, veuve Loewenstein. Puis, sur la demande de Balthazar Faure, représentant en mission, ces quatre personnes sont prévenues et envoyées à Paris pour être traduites devant le Tribunal révolutionnaire.

Captivité à la Conciergerie vignette|Une séance du Tribunal révolutionnaire, gravure du siècle|alt=|330x330px À partir d', Boutay et sa femme sont en captivité dans les cachots de la Conciergerie, où Boutay reste pendant 13 mois. Comme tous les détenus, leurs biens ont été confisqués par l'accusateur public Antoine Fouquier-Tinville. Sa comptabilité est interrompue alors qu'il devait vérifier ses délivrances aux directions des armées, aux gardes magasins des vivres et fourrages, retirer leurs bons des mains d'une multitude de voituriers qui les conservent encore n'étant pas payés, compter avec une grande partie des ouvriers employés aux ponts sur la Blize et à d'autres ouvrages, et rassembler ses papiers mis sous scellés tant à Paris que dans son domicile à Sarreguemines.

Le , Boutay est instruit par le Tribunal révolutionnaire dans la Salle de la Liberté. Il doit répondre à 15 témoins et 14 chefs d'accusation. A l'unanimité, le jury déclare qu'Discours du citoyen Rudler, président le tribunal révolutionnaire, à Boutay, acquitté le 4 brumaire de l'an troisième (1794); Aucun des faits qui sont reprochés à Boutay ne sont prouvés. Les témoins et les accusateurs déclarent eux-mêmes que Boutay est un excellent patriote. Le procès se transforme en un éloge, où il résulte que Boutay a servi la République avec zèle, intelligence et activité, et qu'il l'a enrichie en dépouillant ses ennemis. Son innocence est proclamée par le citoyen François-Joseph Rudler, vice-président du Tribunal Révolutionnaire.

Boutay et sa femme sont acquittés et remis en liberté.