Robert Louis Stevenson Prononciation en anglais britannique (Received Pronunciation) retranscrite selon la norme API., né le à Édimbourg et mort le à Vailima (Samoa), est un écrivain écossais et un grand voyageur, connu dans le monde entier principalement pour deux de ses romans, L'Île au trésor (1883) et L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886), qui en ont fait un objet de vénération dans tout le monde anglo-saxon"La véritable et étonnante histoire de «L’Ile au trésor»" par Lisbeth Koutchoumoff Arman, dans le quotidien suisse Le Temps 26 mai 2017 .

Stevenson est considéré comme un auteur de romans d'aventures ou de récits fantastiques pour adolescents, mais son œuvre a plus généralement été saluée avec enthousiasme par les plus grands de ses contemporains et de ses successeurs pour sa profonde intelligence de la narration, de ses moyens et de ses effets, qui exploite tous les ressorts du récit comme la multiplication des narrateurs et des points de vue, afin de créer un climax"A Robert Louis Stevenson Companion. A Guide to the Novels, Essays and Short Stories", par J R Hammond chez l'éditeur :Palgrave Macmillan UK en 1984 , point culminant du récit, et pratique en même temps une écriture très visuelle, propice aux scènes particulièrement frappantes.

Biographie Enfance et jeunesse Robert Lewis Balfour Stevenson naît au 8, Howard Place à Édimbourg où se sont installés ses parents, Thomas Stevenson et Margaret Balfour, après leur mariage deux ans plus tôt, le . Sa mère Maggie est la fille cadette du révérend Lewis Balfour, une famille des Borders. Son père Thomas est un fervent calviniste appartenant à la célèbre lignée d'ingénieurs qu'est la famille Stevenson : son grand-père Robert, son père Thomas, ses oncles Alan et David, tous sont concepteurs de phares et ont apporté leur contribution à la sécurisation du littoral maritime écossais La page consacrée aux Stevenson sur le site du Northern Lighthouse Board .

Le afin de respecter la tradition écossaiselaquelle impose que l'enfant porte le prénom de son grand-père paternel (« Robert »), puis celui de son grand-père maternel (« Lewis »), il est baptisé « Robert Lewis » par son propre grand-père, le révérend Lewis Balfour. vignette|Robert Louis Stevenson, à l'âge de sept ans. Assez rapidement, Maggie Stevenson se montre incapable de s'occuper pleinement de son fils. En plus de son inexpérience de jeunesse elle souffre de problèmes pulmonaires vraisemblablement hérités de son père, auxquels s'ajoutent des troubles nerveux. Il apparaît nécessaire d'engager une nourrice pour l'enfant. Trois se succèdent, mais c'est la dernière, entrée au service des Stevenson en , qui marque Stevenson toute sa vie : Alison Cunningham, affectueusement surnommée « Cummy ». Le , le petit « Smout », ainsi que ses parents le surnommentsmout : mot écossais désignant un jeune saumon et, par extension, un enfant de petite taille (Dictionary of the Scots Language), tombe très malade, victime d'un refroidissement et d'une forte fièvre. Attribuant cela à la trop grande proximité de la Water of Leithrivière traversant Édimbourg et dans laquelle se déversaient les égouts, Thomas et Maggie déménagent en pour s'installer au 1, Inverleith Terrace, dans une maison jugée plus saine pour l'enfant. Hélas, la demeure se révèle encore plus humide que la précédente et après une courte amélioration, Louis fait une rechute bien plus grave : le , le médecin diagnostique une attaque de croup. Dès lors, les neuf années qui suivent sont un calvaire pour l'enfant : rhumes, bronchites, pneumonies, fièvres et infections pulmonaires se succèdent à chaque hiver en plus des maladies infantiles classiques. Ce n'est qu'en qu'un médecin établit un rapprochement entre l'humidité de la maison et la santé de l'enfant. Les Stevenson déménagent dès le mois de mai au 17, Heriot RowMaison qui existe toujours et devant laquelle on peut voir le fameux réverbère du poème The Lamplighter. Cette nouvelle demeure, plus saine et plus confortable que la précédenteStevenson fournit une description très précise de son intérieur dans sa nouvelle Les Mésaventures de John Nicholson, est également plus en adéquation avec la nouvelle position sociale de Thomas, devenu entre-temps, en 1854, ingénieur attitré au Northern Lights Board. Mais il est déjà trop tard : la santé de Louis est définitivement ruinée.

Du fait de ses fréquentes maladies et de sa santé fragile, Louis est très peu sorti de chez lui, le d'Édimbourg, « Édimbourg de ma jeunesse » (Edinburgh : Picturesque Notes) in À travers l'Écosse risquant de lui être fatal. Sa vie s'organise donc dans la maison d'Heriot Row dont Thomas est fréquemment absent, appelé par sa fonction au Northern Lights à des tournées d'inspection. Maggie, elle aussi souvent malade, se déresponsabilise peu à peu de l'enfant, la brave Cummy étant là pour l'assumer. Face à des parents trop souvent absents, rien d'étonnant alors à ce que cette dernière, dotée de surcroît d'une forte personnalité, devienne pour Louis « sa seconde mère, sa première femme, l'ange de sa vie d'enfant ». C'est elle qui garde le chevet du petit Smout dont les maladies occasionnent des nuits pénibles et fiévreuses remplies de cauchemars et d'insomnies, terreurs nocturnes évoquées dans son poème North-West PassageIn A Child's Garden of Verses ainsi que dans son texte Un chapitre sur les rêvesIn Essais sur l'art de la fiction. Et c'est encore elle qui le distrait pendant les longues journées où il reste cloué au lit, en lui faisant la lecture : la Bible, le Voyage du pèlerin de Bunyan, la biographie du pasteur McCheyne, les écrits covenantaires comme ceux de Wodrow ou Peden ; ou encore en lui racontant l'histoire de l'Écosse et particulièrement celle des persécutions subies par les Covenantaires durant le Killing Time, ainsi que des contes populaires de fantômes et de revenantssa nouvelle Thrawn Janet puise clairement dans cette influence. Ils sont aussi très friands des récits d'aventures paraissant dans la revue Cassel's Family.

Cette double influence qui fut la sienne, il la résume d'ailleurs très bien :

Le , vient s'installer à Inverleith son jeune cousin Bob auquel sa famille souhaite épargner le triste spectacle des crises de démence de son père Alan. De trois ans plus âgé que Louis, il devient le compagnon de jeu de Louis : ensemble, ils s'amusent à s'inventer des histoires ou bien à peindre des figurines du théâtre de Skelt, dont les titres évocateurs enflamment l'imagination du jeune Louis« Un simple à un sous, et un en couleurs, à deux sous » (A Penny Plain and Twopence Coloured) in Essais sur l'art de la fiction.

Autres conséquences de sa santé défaillante, les périodes de cure ou de convalescence chez son grand-père, au presbytère de Colinton (Colinton Manse)« Le presbytère » (The Manse) in À travers l'Écosse. C'est là qu'est son in Graham Balfour, The life of Robert Louis Stevenson, p. 33. Situé à quelques kilomètres d'Édimbourg, Louis y retrouve ses nombreux cousins et cousines et tout n'est que jeux et amusements sous la bienveillance de Jane Whyte Balfour , fille aînée de Lewis Balfour. À la mort de ce dernier le , un nouveau révérend vient le remplacer et c'en est fini de Colinton. « Auntie » quitte le presbytère pour s'installer à Spring Grove près de Londres.

Ses premières tentatives de scolarisation sont vite interrompues pour raisons de santé : en 1856, crises de toux et fièvres découragent ses parents pour le reste de l'année, puis en 1857, après deux semaines de classe, une fièvre gastrique suivie d'une bronchite l'immobilisent tout l'hiver. Il entre en dans la petite classe de l'Edinburgh AcademyRosaline Masson, I Can Remember Stevenson, p. 14, mais il se montre plutôt solitaire : sa faible constitution l'empêchant de prendre part aux jeux, il peine à s'intégrer aux autres enfants. Au printemps 1862, c'est Thomas qui est pris de quintes de toux et Louis est encore une fois sorti de l'école afin d'accompagner ses parents dans le sud de l'Angleterre, avant de passer un mois à Hombourg en juillet. Puis les vacances sont prolongées jusqu'en automne en prenant une location à North Berwick, ce qui constitue le premier vrai contact avec la mer pour Louis dans ce qui était encore un petit village de pêcheurs sur le Firth of Forth, près de Dunbar. Lorsqu'arrive la rentrée scolaire, Maggie tombe presque aussitôt malade nécessitant une cure plus radicale. Le , la famille, accompagnée de Cummy, part pour un long périple : ils traversent d'abord la France et s'installent à partir du à Menton. Au terme de deux mois de cure, durant lesquels Louis a étudié avec un précepteur français, l'état de santé de Maggie s'est considérablement amélioré. Ils repartent donc tous le pour visiter l'Italie durant plus d'un mois, avant de prendre le chemin du retour le via l'Autriche et l'Allemagne. Le , après 5 mois de voyage et de dépaysement, Louis regagne enfin Heriot Row et voit s'approcher sans grand enthousiasme la perspective de la rentrée à l'Academy« La côte de Fife » (The Coast of Fife), À travers l'Écosse, p. 203-204. Stevenson resitue à tort la scène en automne. Devant la détresse de son fils, Thomas décide de lui changer les idées et lui propose de l'accompagner durant l'été dans sa tournée d'inspection des phares sur la côte de Fife. Louis accepte avec joie ce « La côte de Fife », op. cit., p. 205. À leur retour, ils découvrent Maggie à nouveau souffrante et un nouveau séjour dans le Midi de la France semble s'imposer pour elle. Pour ne pas perturber à nouveau la scolarité de Louis, ses parents décident de l'envoyer en pension à Burlington Lodge Academy près de chez « Auntie » à Spring Grove. Outre un premier contact plutôt négatif avec la société anglaise« L'étranger de l'intérieur » (The Foreigner at Home), À travers l'Écosse, p. 148-149, c'est là qu'il écrit ses premiers récits d'aventures pour le magazine de l'école préfigurant déjà son œuvre à venir. Mais il vit assez mal cet éloignement et réclame à son père de pouvoir revenir. Thomas cède : il rejoint son fils le et tous deux vont retrouver Maggie et Cummy à Menton. Thomas repart pour Édimbourg fin après avoir promis à son fils de ne pas le renvoyer à Spring Grove. Ils quittent Menton en pour passer les vacances sur les rives de la Tweed près de Peebles. Quand il ne passe pas ses journées à s'amuser avec ses cousins, Louis s'investit sérieusement dans plusieurs projets d'écritureC'est à cette période qu'il écrivit La Cave pestiférée (The Plague Cellar).