Âge de pierre, âge d'abondance : l’économie des sociétés primitives (titre original anglais : ) est un livre de Marshall Sahlins publié en 1972, et paru en 1976 aux éditions Gallimard pour la traduction française.

L'auteur tente de dresser le modèle économique des sociétés primitives (de l'âge de la pierre) en s'appuyant sur un matériel ethnologique de diverses régions du globe. Il déconstruit le mythe du luttant constamment pour sa subsistance en présentant au contraire les groupes de chasseurs-cueilleurs primitifs comme représentants de la « ».

Il s'intéresse à l'aspect structurel de cette sous-production, aux organisations sociales et politiques qui conduisent à l'intensification de la production, à l'esprit du don, à la sociologie de l'échange primitif et finalement à la valeur de l'échange et sa portée diplomatique.

Contenu

Chapitre 1 - La première société d'abondance Marshall Sahlins explique que la vision des peuples primitifs a été victime de l'ethnocentrisme occidental. Parce que les biens matériels des peuples primitifs sont peu nombreux, on en a déduit qu'ils vivaient dans le dénuement. Or, on peut atteindre l'abondance tout aussi bien en produisant beaucoup, qu'en désirant peu. Le chasseur n'a pas à refréner ses désirs, il n'a pas les besoins infinis que lui suppose la théorie économique classique. Il faut donc entendre l'abondance chez Sahlins comme la satisfaction des besoins socialement définis et par une sous-utilisation des ressources disponibles pour la production.

Les peuples de chasseurs-cueilleurs sont nomades. Si la rareté est le référentiel de la valeur portée par notre économie, la transportabilité d'un bien est un déterminant majeur de sa valeur pour ces peuples :

Ainsi les chasseurs ne conservent pas de nourriture. En se déplaçant constamment, ils trouvent sans cesse un environnement riche sur lequel ils exercent une pression temporaire. Nombre d'anthropologues ont pu soutenir que les peuples primitifs n'obtenaient de quoi se nourrir qu'au prix d'un effort soutenu, ceci au mépris de sources ethnographiques diverses qui permettent de supposer que le temps accordé à l'obtention de nourriture par les chasseurs-cueilleurs varie de 3 à 5h par jour.

Les chasseurs-cueilleurs cessent leur activité dès qu'ils ont trouvé de quoi se sustenter. En cas de bonne prise ils n'hésitent pas à chômer le jour suivant. Ils n'envisagent pas de faire des réserves. Cela s'oppose à la logique de prodigalité de ces groupes :

Chapitre 2 - Le mode de production domestique : structure de la sous-production Les économies primitives sont sous-productrices. Mais les besoins sont satisfaits bien que l'économie fonctionne en deçà de ses potentialités. Les membres de ces sociétés font le choix de ne pas développer entièrement le potentiel de leur environnement et de leur communauté. +Rapport entre population réelle et population potentielle, essarteurs.Population (taille ou densité)GroupeSituationRéellePotentielleRéelle / Potentielle (%)Source(au mille carré [mi²] ou au km²)Naregu ChimbuNouvelle-Guinée288/km²453/km²64Brown et Brookfield 1963Tsembaga (Maring)*Nouvelle-Guinée204 (population locale)313-37355-65Rappaport 1967Yagaw HanaooPhilippines30/km²48/km²63Conklin 1957Lamet**Laos2,9/km²11,7-14,4/km²20-25Izikowitz 1951IbanBornéo23/mi² (Vallée du Sut) 14/mi² (Baleh)35-46/mi²50-66 (s) 30-40Freeman 1955KuikuruBrésil145 (village)20417Carneiro 1960Ndembu (chefferie Kanongesha)Rhodésie du Nord3,17/mi²17-38/mi²8-19Turner 1957W. LalaRhodésie du Nord< 3/mi²4/mi²< 75Allan 1965 : 114SwakaRhodésie du Nord< 4/mi²10+/mi²< 40Allan 1965 : 122-123Dogomba***Ghana25-50/mi²50-60/mi²42-100Allan 1965 : 240*, **, *** : voir détail Tableau 2.1, page 107 Règle de Chayanov : la quantité de travail par travailleur croît proportionnellement au rapport nombre de travailleurs / nombre de consommateurs.

Chaque maisonnée produit de la nourriture dans le but d'atteindre l'autosuffisance, elle est productrice de valeur d'usage. Sahlins nomme ce type de production le mode de production domestique (MPD). Quand la coopération entre plusieurs maisonnées se fait jour, elle reste occasionnelle et ne transforme pas le schéma classique de production : .

Le MPD se caractérise par trois éléments systématiquement associés : . Ces critères ne permettent pas un développement accru d'une maisonnée sans se heurter à des contradictions internes ou des tensions externes qui ne se résoudront que dans le retour au statu quo. Le niveau conventionnel de production est donc fixé à un niveau tel que toute la maisonnée puisse l'atteindre. Le MPD pousse ainsi à une dispersion des maisonnées :

Chapitre 3 - Le mode de production domestique : intensification de la production L'ordre politique primitif se conçoit comme une extension de l'ordre de la parentalité qui étend ainsi le réseau de réciprocité et de prodigalité propre à la famille proche. Il permet ainsi de maintenir ensemble les maisonnées : .

Les systèmes de chefferies et de mélanésien poussent à une augmentation de la production. Pour gagner en reconnaissance, un chef doit se montrer généreux, ce qui le pousse à augmenter sa production afin de pouvoir se montrer prodigue. En quête de reconnaissance plusieurs individus peuvent être en concurrence pour le titre de chef et augmenter leur production domestique.

Chapitre 4 - L'esprit du don Cette partie est une discussion du concept de hau proposé par Marcel Mauss dans son Essai sur le don. Il revient sur les critiques et commentaires que Claude Lévi-Strauss, Firth et Johansen ont adressé au hau tel que défini par Mauss.

Pour Sahlins le hau est le symbole . Il est le principe de fertilité inscrit dans les choses, leur crue matérielle, tout aussi bien celle de la forêt, que du don, de l'échange. Cette crue doit retourner à sa source. Cette règle se traduit par des rites sur le plan spirituel et par une réciprocité compulsive dans les échanges. Car à dégager des profits sur le don d'autrui, sans les lui rendre, on risque de susciter sa colère et de raviver la menace de la guerre : .

Sahlins rapproche à ce titre l'appréciation de la réciprocité par Mauss de celle de Hobbes, en tant que « mode primitif de la paix ». Les dons, les actes de réciprocité sont autant de « traités » de paix au sein d'une société primitive « en guerre avec la Guerre ». Les dons, les échanges ne sont pas seulement un moyen de faire circuler les biens matériels mais aussi fin en soi en ce qu'ils renforcent les liens sociaux : .

Chapitre 5 - De la sociologie de l'échange primitif Le coefficient de sociabilité de l'échange varie en fonction de la proximité sociale des partenaires, en particulier de leur proximité généalogique :

Dans les sociétés primitives, la nourriture n'est pas un objet d'échange mais uniquement de don. Le statut de la nourriture n'est pas celui d'un bien ordinaire puisqu'il dispense la vie. Elle est donc un élément primordial dans les rituels et dans les mécanismes de sociabilité qu'elle sert à déclencher et entretenir.

Quand la monnaie apparaît ce n'est pas au sein des communautés primitives restreintes. Elle apparaît sur les bornes des groupes sociaux dans les relations intertribales, aux périphéries, lieu de réciprocité équilibrée.

Chapitre 6 - Valeur d'échange et diplomatie du commerce primitif Les échanges de biens sont le principal mode d'interaction entre les peuples primitifs. Mais même dans leurs relations commerciales, les partenaires ont tour à tour tendance à donner plus que ce que chacun conçoit comme l'équilibre de l'échange. C'est là un moyen d'ouvrir un crédit chez le partenaire. Crédit qui le pousse à revenir pour poursuivre les échanges et qui renforce la relation liant les deux individus :

Dans ce système ce ne sont pas des agents anonymes qui commercent mais bien de personnes. Il n'y a à ce titre pas de « concurrence » ou de « marché » dans le sens économique du terme. Chaque groupe détient en général un monopole dans le commerce d'un bien. Le taux d'échange de deux biens est déterminé par la coutume. Pourtant jamais l'échange ne se réalise strictement à ce taux, puisque les partenaires y surajoutent tour à tour un don qui pousse à la poursuite des échanges. C'est bien cette relation qui est caractéristique de la formation du prix dans les économies primitives : .

Bibliographie . . . . Réédition : .

Références

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