vignette|Le fonctionnement de DART est vérifié dans la salle blanche de la société Astrotech à Vandenberg peu avant son lancement. Le cylindre jaune et noir sur le côté est un des deux panneaux solaires ROSA en position repliée.

(), généralement désignée par son acronyme (), est une mission de l'agence spatiale américaine, la NASA, qui a testé pour la première fois une méthode permettant de dévier un astéroïde susceptible de s'écraser sur la Terre . L'objectif était d'évaluer l'utilisation de l'impact cinétique d'un engin spatial pour modifier la trajectoire de l'astéroïde, de manière qu'il évite la Terre. La mission est un succès : l'impact, qui a lieu le , modifie de manière significative la trajectoire du petit astéroïde Dimorphos visé (changement de période orbitale de ) et permet de valider la technique de navigation utilisée pour percuter un objet de très petite taille situé à une très grande distance de la Terre.

La mission fait partie du programme de défense planétaire de l'agence spatiale américaine, mis sur pied à compter de la fin des années 1990 et qui comprend également le recensement exhaustif des astéroïdes géocroiseurs présentant un risque notable par leur taille à l'aide d'observatoires terrestres et spatiaux. Pour évaluer la méthode de l'impact cinétique, les de la sonde spatiale DART sont lancés à () sur la surface du petit astéroïde Dimorphos ( de diamètre), qui orbite autour de l'astéroïde (65803) Didymos. La modification de la période orbitale de Dimorphos autour de Didymos, résultant de l'impact, doit permettre d'affiner les modèles existants en précisant l'incidence alors mal maîtrisée de paramètres tels que la structure de l'objet percuté (porosité), la nature des matériaux dont il est constitué ainsi que la valeur de la poussée supplémentaire fournie par les éjectas projetés dans l'espace. Aucun des deux astéroïdes ne se trouve sur une trajectoire d'impact avec la Terre, avant comme après ce test.

DART est un engin spatial de au lancement, équipé d'une caméra et d'un moteur ionique. Il est conçu par le laboratoire APL. Il est placé sur une orbite héliocentrique le et percute Dimorphos le (UTC). Des observatoires terrestres ainsi qu'un nano-satellite accompagnant l'engin spatial principal ont collecté des images et des données permettant de mesurer le résultat de l'impact. Des observations complémentaires doivent être réalisées sur place par Hera, mission menée par l'Agence spatiale européenne ayant été lancée le et devant se placer en orbite autour de Didymos à l'automne 2026.

Contexte

Menace des objets géocroiseurs vignette|Traînée du superbolide d'environ 15 à de diamètre qui a fait environ un millier de blessés légers en explosant au-dessus de Tcheliabinsk (Sibérie) (2013).

Les objets géocroiseurs sont des corps célestes (astéroïde ou comèteLes comètes sont peu nombreuses (117 fin 2021, soit moins de 1 % de l'ensemble) et représentent donc une menace statistiquement proche de zéro à l'échelle de temps humaine (qui n'est pas l'échelle des temps géologiques), en revanche leur impact est beaucoup plus violent du fait de leur vitesse élevée, car leur apogée est éloigné du Soleil (au-delà de Jupiter).) dont l'orbite autour du Soleil coupe celle de la Terre ou s'en approche de très près et qui peuvent donc, dans un délai plus ou moins lointain et du fait de l'influence des autres corpsSur le très long terme, l'orbite des objets géocroiseurs est rarement stable. Elle est également modifiée par d'autres facteurs comme la pression radiative ou l'effet Yarkovsky., s'écraser sur la Terre. La majorité des astéroïdes sont des petits corps provenant de la ceinture d'astéroïdes orbitant initialement entre les planètes Mars et Jupiter. Leur orbite a été modifiée par l'influence gravitationnelle de Jupiter ou de Mars, ou encore à la suite d'une collision, et l'astéroïde circule désormais entre Mars et le Soleil en s'approchant à plus ou moins grande distance de la Terre. Lorsque leur trajectoire les fait pénétrer dans l'atmosphère terrestre, la plupart d'entre eux, de petite taille, se désintègrent dans l'atmosphère terrestre et n'atteignent pas la surface de la Terre. Chaque jour environ d'astéroïdes de petite taille se désintègrent ainsi dans notre atmosphère produisant parfois des petits météorites qui atteignent le sol sans dommage. Mais les plus gros d'entre eux, heureusement très rares (généralement ceux dont le diamètre est supérieur à ), survivent à leur rentrée atmosphérique et peuvent eux provoquer des dégâts considérables. L'étendue de ceux-ci dépend de leur taille, de leur densité, de leur vitesse, de l'incidence de leur trajectoire ainsi que de la zone terrestre qui a subi l'impact.

Les objets géocroiseurs dont le diamètre est supérieur à et inférieur à sont relativement nombreux à pénétrer dans l'atmosphère de la Terre : entre 1994 et 2013, (d'un diamètre compris approximativement entre 1 et ) ont été recensés par le système de surveillance américain. Mais ils ont une probabilité faible de provoquer une catastropheLe risque réel est d'autant plus faible qu'une très large proportion de la Terre est occupée par des océans (deux tiers de la surface) et des régions inhabitées (déserts, jungles, massifs montagneux).. Ainsi le superbolide de Tcheliabinsk, dont le diamètre était compris entre 15 et , s'est désintégré dans l'atmosphère en 2013 et, bien qu'il ait dégagé une puissance équivalente à celle de de TNT (20 à l'énergie de la bombe atomique d'Hiroshima), cet événement ne s'est soldé que par des blessés légers et des dégâts matériels modérés. À partir d'un diamètre de , un objet géocroiseur peut anéantir une ville. L'explosion d'un astéroïde d'environ au-dessus de la Tougounska, en Sibérie en 1908, a dégagé une puissance équivalente à en rasant de forêt. Si elle s'était produite au-dessus d'une grande métropole, le bilan aurait été de plusieurs millions de morts et blessés. Lorsque son diamètre dépasse environ , un astéroïde géocroiseur produit un impact qui affecte systématiquement des régions habitées, quel que soit l'endroit de la Terre qui est frappé. Aussi le recensement exhaustif des objets géocroiseurs en cours à la NASA porte sur les astéroïdes dépassant cette taille. La survenue d'un objet géocroiseur susceptible d'anéantir la civilisation humaine (plus de de diamètre) comme celui qui a provoqué l'extinction des grands dinosaures est statistiquement rare : la probabilité d'un impact d'un objet de plus de est de 0,002 % tous les .. S'il est moins probable qu'un tsunami ou qu'un tremblement de terre de grande ampleur, le risque d'un impact meurtrier d'un objet géocroiseur peut avoir des conséquences beaucoup plus graves. Toutefois, à l'inverse des autres catastrophes naturelles, il est possible de le prévoir et de le prévenir.

+Principales caractéristiques, impact potentiel et état des lieux du recensement des objets géocroiseurs (2019) Diamètre : Entre 3 et 29 mètres Entre 30 et 139 mètres Entre 140 et Plus de Probabilité impact 1 par an 1 tous les 100 ans 1 % tous les 100 ans 0,002 % tous les 100 ansManifestation Flash lumineux Explosion aérienne (météorite poreux) Cratère de 1 kilomètre de diamètre (météorite métallique) Cratère de plusieurs kilomètres de diamètre Cratère de 10 kilomètres de diamètre ou plusConséquences humaines Dégâts mineurs à importants Peut entraîner plusieurs milliers de décès. Peut détruire une ville entière en cas de frappe directe (probabilité faible) Destruction d'un pays entier Pertes humaines supérieures à toutes les catastrophes naturelles passées Disparition possible de la civilisation humaine Nombre environ 1 milliard environ 1 million environ environ Pourcentage identifié ∅ 3 mètres : 0 %∅ 10 mètres : 0,02 % ∅ 30 mètres : 1,4 %∅ 100 mètres : 25 % ∅ 140 mètres : 40 %∅ 500 mètres : 77 % ∅ : 81 %∅ > : 100 %

Défense planétaire : un thème qui prend de l'importance dans le débat public aux États-Unis (1994) vignette|Film produit par le montage de photos prises par Hubble montrant les composants de la comète Shoemaker-Levy 9 percutant Jupiter en 1994.

La menace des objets géocroiseurs était jusqu'à récemment négligée car une collision avec la Terre d'un astéroïde de taille conséquente était perçue comme un phénomène très rare. Mais entre le 16 et le les fragments de la comète s'écrasent de manière spectaculaire sur la planète géante Jupiter. Un impact du même ordre de grandeur sur la Terre aurait eu des conséquences planétaires aux effets similaires à ceux ayant conduit à l'extinction des dinosaures. La menace est désormais perçue comme tangible et contemporaine. Ce sont les États-Unis qui vont, les premiers, la prendre en compte en développant des mesures relevant de ce qui sera baptisé par la suite la défense planétaire ()..

Création d'un programme consacré au recensement des objets géocroiseurs (1998)

Le Congrès américain, sensibilisé par l'impact de la comète et conseillé par plusieurs scientifiques dont Eugene Shoemaker, demande en 1998 à l'agence spatiale américaine, la NASA, de détecter et mesurer les caractéristiques orbitales de 90 % des objets géocroiseurs ayant plus d'un kilomètre de diamètre. Cette première étape est indispensable pour évaluer la menace et la prévenir. L'agence spatiale américaine dispose de pour les recenser et déterminer leurs trajectoires et leurs principales caractéristiques. La découverte, en 2004, d'un risque de collision, en 2029, de l'astéroïde Apophis ( de diamètre) avec la Terre, vient accentuer cette sensibilisation au risque généré par les astéroïdes géocroiseurs (à la suite d'observations ultérieures, qui ont permis d'affiner les paramètres orbitaux d'Apophis, le risque de collision sera levé). En 2005 le Congrès américain élargit la mission de la NASA en l'étendant aux objets géocroiseurs de plus de de diamètre. La NASA dispose de pour recenser 90 % de ces objets (date butoir 2020), mais le budget accordé par le Congrès n'est pas suffisant pour réaliser cette tâche dans le délai imparti.. Pour effectuer ce recensement, la NASA finance plusieurs projets de détection à l'aide de télescopes terrestres (Catalina Sky Survey, Pan-STARRS, LSST à compter de 2023) et spatiaux (NEOWISE, NEO Surveyor à compter de 2025). Mais l'objectif prend beaucoup de retard puisque, en 2019, seuls 50 % des géocroiseurs de plus de de diamètre (environ sur un nombre estimé à ) avaient été identifiés (et 1,6 % des objets géocroiseurs d'une taille supérieure à soit sur un million)... Courant 2021, seuls les États-Unis ont un programme de recensement systématique des objets géocroiseurs et ce programme est à l'origine d'une très large majorité des découvertes.

Risques d'impact identifiés courant 2021

En , le recensement effectué n'a identifié aucune menace pour la Terre dans les à venir. Le risque le plus élevé était constitué, jusqu'à récemment, par l'astéroïde 2009 FD, avec une probabilité d'impact de 0,2 % en 2185, mais des observations astronomiques ultérieures ont éliminé en ce risque.. Le risque le plus fort provient désormais () de l'astéroïde Bénou (astéroïde de de diamètre visité par la mission de la NASA OSIRIS-REx) avec une probabilité de collision de 0,037 % entre 2175 et 2199.. La menace à une échéance plus proche viendra donc d'astéroïdes qui n'ont pas encore été découverts..

Organisation du programme de défense planétaire au sein de la NASA (2016)