vignette|La Fuite du roi Gradlon selon Évariste-Vital Luminais, vers 1884, conservé au musée des beaux-arts de Quimper. Cette peinture représente une célèbre scène de la légende de la ville d'Ys.|alt=Deux cavaliers au galop sur les vagues de la mer, celui de droite tente de rattraper une jeune fille qui tombe dans les flots. La mythologie bretonne constitue le fonds des croyances de la Bretagne. Les peuples celtes d'Armorique connaissaient probablement avec leur mythologie celtique plusieurs divinités et créatures spécifiques associées à des cultes de la nature, dont on retrouve quelques traces chez certains saints bretons. Ce fonds mythologique qui était commun aux peuples des deux côtés de la Manche (notamment le culte des Dioscures ou Jumeaux divins) est accepté par les Romains puis nettement christianisé, provoquant la perte irrémédiable des grands récits et la destruction ou la conversion des lieux de culte païens. Le peuplement brittonique de l'Armorique explique la permanence de cultes nationaux comme les stations de la grande Troménie de Lokronan-Koad-Nevet ou le circuit dit Tro-Breizh. Le mythe du roi Brutus est promu pour attribuer des origines troyennes aux Bretons, avant d'être concurrencé par celui de Conan Mériadec au , qui explique la christianisation de la région et sa langue. Ces récits transposent les récits de peuplement de la Bretagne ou Ledaw (Litau, Letavia). Les installations de fédérés brittoniques depuis la Grande-Bretagne à partir du , succédant aux royaumes des deux rives (Gerontius), voient les mêmes croyances chrétiennes s'implanter de part et d'autre de la Manche, avec un probable retour de la matière de Bretagne. La légende arthurienne est fortement diffusée dans le duché de Bretagne au Moyen Âge, à travers notamment les poèmes de Marie de France. Les grandes familles nobles des Laval et des Rohan revendiquent la possession de terres arthuriennes en Bretagne à la fin du , époque où figure la première trace écrite de la légende de la ville d'Ys.
Après une longue période de désintérêt pour les croyances bretonnes, au , de nombreux érudits dont certains celtomanes défendent l'identité celtique de la Bretagne, par probable réaction à la perte d'autonomie de la région après la Révolution Française de 1789. Des toponymes légendaires s'ancrent définitivement dans le territoire. La Brocéliande des romans arthuriens est placée dans la forêt de Paimpont, avec le tombeau de Merlin et le Val sans retour. La ville engloutie d'Ys est imaginée au large des côtes de Douarnenez. La publication du Barzaz Breiz de La Villemarqué en 1839 entraîne une longue vague d'intérêt pour le « légendaire celtique », et contribue à forger l'image de la Bretagne comme « terre de légendes » pittoresque. De nombreux collectages du folklore local sont effectués jusqu'au début du , aussi bien en haute qu'en basse Bretagne, ce qui permet de préserver un grand nombre d'histoires mettant en scène des fées, des lutins et d'autres créatures ou personnages tels que Merlin. Paul Sébillot, François-Marie Luzel ou encore Anatole Le Braz mettent en lumière l'existence de croyances paysannes autour d'une multitude de fées bénéfiques ou maléfiques, dont la plus célèbre est Dahut, et de lutins plus ou moins serviables désignés plus tard sous l'unique nom de korrigan. La Bretagne compte aussi une personnification de la communauté des morts l'Ankou. Le roi Marc'h aux oreilles de cheval, qui marque la toponymie de la Cornouaille, est connu depuis les romans arthuriens du Moyen Âge. Quelques récits mentionnent des géants et des créatures nocturnes de type appeleur, comme le Bugul-noz. Le tourisme et la littérature assurent désormais un net succès à ces nombreuses histoires préservées par les collectes, mais victimes d'un syncrétisme parfois important.
Définition L'emploi du nom de « mythologie bretonne » demande explication. Françoise Le Roux et Christian-Joseph Guyonvarc'h tiennent à différencier la mythologie proprement dite des « quelques traces qui en subsistent dans le folklore breton ». De même, Claude Sterckx parle des « débris mythologiques subsistant dans le folklore breton », précisant que la Bretagne . L'existence d'éléments réellement issus de la mythologie celtique parmi le corpus des collectages bretons a longtemps été considérée comme impossible, en raison notamment des inventions et des recompositions des celtomanes parfois motivées par le nationalisme breton, et surtout de la christianisation. Le conte et « presque tout ce qui est légendaire en Bretagne » est christianisé, selon Le Roux et Guyonvarc'h. Cependant, fait l'impasse sur des faits qui ont été insuffisamment étudiés (et que ces auteurs ont négligés, comme la méthodologie appropriée). des éléments (en particulier concernant Merlin, le Tadig Kozh, l'Ankou, personnification des morts, et même quelques caractéristiques attribuées à sainte Anne) se rattachent à la mythologie celtique bretonne, car ils présentent des points communs avec la mythologie de l'Irlande et du Pays de Galles. En Bretagne comme ailleurs, le folklore représente « l'aboutissement du mythe ». Une autre différence importante provient du fait que le mythe est transmis par les érudits, tandis que le folklore l'est par le peuple, souvent de manière oraleChristian-Joseph Guyonvarc'h, « Mythologie, Folklore, Ethnographie, essai de définition du point de vue d'un celtisant » dans Du Gobelin à saint Christophe, Cercle d'études mythologiques, Lille, 1993, III, . Un grand nombre d'éléments appartient au folklore breton et non à la mythologie, tels que les Korrigan ou encore les lavandières de nuit. Ce folklore breton représente « ce qui reste du mythe ». Inégalement christianisé, il manque parfois de cohérenceLes restes du corpus mythologique breton dans le folklore et la vie des saints ont notamment été étudiés par Claude Sterckx dans la revue belge Ollodagos. Françoise Le Roux et Christian-Joseph Guyonvarc'h traitent plusieurs fois de la Bretagne dans leur revue Ogam.
Histoire
Comme l'ensemble de la mythologie celtique, celle de la Bretagne possède de lointaines sources indo-européennes. Son développement et l’intérêt qu'elle suscite semblent être le résultat de la recherche des origines par sa population, notamment après la fin de l'indépendance de fait de la province, sur la période qui suit l'union de la Bretagne à la France, et surtout après la Révolution française et les troubles qui en découlent : la trajomanie est remplacée par la celtomanie.. D'après Michel Le Bris, .. L'usage et la diffusion des mythes en Bretagne ont toujours été étroitement liés à la question de l'identité et du nationalisme.
Cultes et croyances du paganisme antique
vignette|Brigitte, déesse du Ménez-Hom proche d'Athéna, œuvre d'art gallo-romaine du .|alt=Tête d'une statue en bronze portant un casque. Au Néolithique, les gravures présentes sur les mégalithes laissent à penser qu'une déesse mère (ou plusieurs) est vénérée, probablement dans un rôle de déesse associée à la terre et aux esprits des défunts du clan.. Les peuples celtes n'ayant laissé aucun écrit protohistorique, peu d'éléments de la mythologie des Armoricains antiques sont connus. Les trouvailles archéologiques permettent des suppositions. Le culte du cheval et du guerrier semble remplacer peu à peu celui de la déesse mère.. Des statuettes d'argile blanche découvertes au et une statuette en bronze retrouvée à Baye laissent supposer la vénération d'une déesse écuyère, peut-être une variante locale d'ÉponaSociété archéologique du Finistère, Bulletin, Vol. 135, 2006, .. De manière générale, les Celtes armoricains attribuent des esprits aux arbres, rochers et rivières, auxquels ils rendent des cultes.. Leurs croyances incluent vraisemblablement une divinité dite du cavalier à l'anguipède, parmi de très nombreuses autres (une dans chaque localité ou presque). Le culte des animaux et des têtes humaines, la croyance en la vie après la mort, voire la métempsycose, sont présents comme en témoignent le très grand nombre d'objets enterrés dans les tombes.. Le panthéon des dieux romains est introduit après la guerre des Gaules : une statuette antique du dieu Pan est notamment retrouvée à Rennes.. Dans un premier temps, les Romains semblent faire preuve de tolérance envers les divinités indigènes. À l'époque gallo-romaine, les Armoricains vénèrent les sommets (comme le Menez Bré) et les eaux. Des statuettes de déesses nues, de dieu au maillet, d'un dieu cornu retrouvé à Blain et d'un dieu ithyphallique découvert à Plougastel-Daoulas prouvent une fusion progressive des panthéons celte et romain.. La déesse gallo-romaine nommée Brigitte, probablement vénérée sur le Ménez-Hom au , rappelle fortement la déesse grecque Athéna...
Mythes de l'origine romaine et troyenne des Bretons vignette|Imprimé de l'Histoire de Conan Mériadec publié en 1664.|alt=page d'un livre avec un titre et un petit dessin représentant une église
Une idée fausse pourtant très commune est de croire que les documents relatifs à des « mythes bretons » au début du Moyen Âge contiennent exclusivement des récits « celtiques ». Les documents écritsCe qui n'empêche pas que des mythes celtiques aient pu continuer à circuler oralement aux mêmes époques. s'attachent plutôt à attribuer une origine troyenne ou romaine aux Bretons, à partir du .. Ainsi, le mythe du roi Brutus de Bretagne, un Romain, arrière-petit-fils d'Énée expulsé d'Italie., venu fonder une « nouvelle Troie » (il devient le premier « roi de Bretagne ».), vise probablement à favoriser l'intégration de cette province dans l'Empire romain, avec un soutien actif des autorités romaines pour le diffuser. (à moins qu'il ait été composé au par des clercs ou des laïcs bretons lecteurs de Virgile). Ce mythe des origines troyennes n'est abandonné qu'au .. Aux , il est concurrencé par (ou fonctionne avec) le mythe de Conan Mériadec. Ce récit attribue lui aussi une ascendance romaine aux Bretons, et s'évertue à expliquer la constitution de leur territoire, de leur langue, ainsi que l'implantation du christianisme par la venue de ce et de ses troupes depuis la Grande-BretagneSi la venue de nombreux migrants depuis la Grande-Bretagne à partir du est une certitude, rien n'atteste l'existence ni le rôle de Conan Mériadec, qui semble être un personnage mythique ou du moins nettement mythifié.. Conan Mériadec a probablement remplacé Brutus pour les besoins du Christianisme, le nom de « Brutus » dévoilant bien trop ses origines païennes.. Le mythe de Conan Mériadec semble s'être perpétué au fil des siècles à travers la légende locale des « aboyeuses » de Josselin, des lavandières condamnées à s'exprimer par des aboiements certains jours de l'année, pour avoir insulté la Vierge. Ces aboiements seraient à relier au récit selon lequel Mériadec, accompagné de guerriers dont le nom renvoie à celui du chien, aurait fait couper la langue des femmes du territoire conquisMaryvonne Abraham, « Perpétuation du mythe de la conquête de l'Armorique par Conan Mériadec : les aboyeuses de Josselin » dans Irlande et Bretagne : vingt siècles d'histoire : actes du colloque de Rennes (29-31 mars 1993), Terre de Brume, 1994, .. Une telle mutilation vise à empêcher les femmes de transmettre leur langue à leurs enfants, au profit de celle des envahisseurs.. L'origine des Bretons depuis la Grande-Bretagne (historiquement attestée) est combattue par Bertrand d’Argentré, qui leur défend une origine gauloise dans son Histoire de Bretagne en 1582, précisément pour éloigner les prétentions des Anglais sur la Bretagne. De même La Borderie, légitimiste, s'efforcera de nier toute historicité à Conan Meriadec : les Bretons devaient nécessairement être arrivés en Bretagne après l'installation des Francs. Il a fallu les travaux de Léon Fleuriot pour rétablir la chronologie réelle et montrer l'historicité de Conan.
Christianisation