Le noyer commun ou noyer (Juglans regia L.) est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Juglandaceae. C'est un arbre assez commun, originaire d'Eurasie, cultivé pour son bois recherché en ébénisterie et ses fruits, les noix, riches en huile.
C'est le seul représentant en France de la famille des Juglandacées. Il est parfois appelé calottier, écalonnier, gojeutier ou noyer royal.
Étymologie Mattioli dans ses Commentaires de la matière médicale de Dioscoride (1544) nomme le noyer commun en latin Nux Juglans, le décrit, l’illustre et donne une traduction de Dioscoride. Le terme sera conservé jusqu’à Carl Linné qui le baptise Juglans regia dans Species plantarum en 1753. L’étymologie traditionnellement retenue depuis Pline (HN, XV, 91) est : de Jovis « Jupiter », glans « gland » on construit Juglans « gland de Jupiter » car en comparaison au gland du chêne, consommé par les paysans, la noix est d’une richesse nutritive incomparable.
L'épithète spécifique regia « royal » vient du latin regius, -a < rex, regis « le roi ».
Description Les noyers sont des arbres pouvant atteindre la taille de , s’ils poussent en solitaire alors qu’ils peuvent atteindre en peuplement. La croissance en hauteur se termine au bout de . Ce sont des arbres caducifoliés, de pleine lumière, pouvant atteindre en Europe occidentale et centrale on parle parfois d’une longévité de (en Ouzbékistan, Mapelli et al, 2014), mais cela ne vaut guère en Europe occidentale et centrale.
Leur écorce est gris-clair, mince et lisse pour les jeunes, parcourue de profondes fissures avec les années. Leurs feuilles, caduques, alternes, assez grandes, sont composées, imparipennées (à 5-9 folioles ovales aigües, la terminale la plus grande) et penninerves. Elles dégagent une odeur aromatique lorsqu’on les frotte.
Les fleurs mâles (à de cette espèce monoïque sont regroupées en chatons pendants, verdâtres, au sommet de rameaux de l’année précédente. Les chatons éclosent peu avant ou en même temps que le débourrement des feuilles entre avril et mai (ou juin suivant la région). Les fleurs femelles (comportant deux carpelles soudés entre eux avec 1 style court et 2 stigmates) qui apparaissent plus tard sont généralement disposées par paires à l'extrémité des rameaux de l’année. Les fleurs ne comportent pas de pétale. La pollinisation se fait par le vent. Comme le décalage entre les périodes de floraison mâle et femelle diminue avec l’âge de l’arbre, la probabilité d’autopollinisation augmente avec le temps. La période de l’émission du pollen et la période de floraison femelle ne se chevauchent que très peu de temps et il suffit de conditions climatiques défavorables pour que l’autopollinisation ne soit pas suffisante.
Les fruits sont des drupes vertes, formées d’un brou charnu, contenant une coquille (noyau) à deux valves ligneuses, à l'intérieur de laquelle se trouve une amande réticulée, formée de deux cotylédons oléagineux. Dans la langue commune, le terme noix peut, suivant le contexte, désigner : le fruit entier tel que porté par l'arbre, le fruit débarrassé de son écale verte, les cerneaux comestibles.
Les fruits sont mûrs à l'automne, en septembre-octobre. C'est le risque de gelée printanière qui fixe la limite nord de leur aire d'extension. Les noix sont souvent disséminées par les corneilles, écureuils et geais. Les noyers poussant en forêt ne fructifient pratiquement pas.
Distribution vignette|droite|upright=1.2|Distribution de Juglans regia. Actuellement, l’aire naturelle du noyer commun s’étend de la Chine (Shandong, monts Qinling et Baishan, Sichuan, Yunnan, Xinjiang) à l’Europe occidentale, en passant à travers l’Asie centrale (Kirghizstan, Ouzbékistan, Turkménistan), le Népal, le nord du Pakistan et de l’Iran, le Caucase, la Turquie orientale et les Balkans.
Il est cultivé sur une zone plus large, englobant son aire naturelle en Europe, en Chine, en Asie centrale, dans le nord du Moyen-Orient, etc., et plus récemment en Afrique du Nord, Californie, Chili et Nouvelle-Zélande.
En France, il est cultivé sur presque tout le territoire et est parfois subspontanéplante qui après avoir été introduite dans une région, s’y développe comme une plante spontanée sur les sols profonds, limoneux-argileux, meubles et bien drainéspar exemple, dans le bocage Brionnais (Saône-et-Loire, Bourgogne) ou en bordure des champs en Limagne (Auvergne) mais n’a pas de biotope primaire. Il est toutefois plus rare dans les zones soumises au climat océanique et en Corse. Il est essentiellement présent à l’étage collinéen, jusqu’à 700- d’altitude. La culture du noyer a été promue en Europe par les Romains et plus tard par Charlemagne.
Histoire démographique des populations de noyers La confusion a longtemps persisté sur la localisation précise de l'origine du noyer commun en raison de découvertes archéologiques de vestiges de noix s’étendant sur une zone traversant toute l’Eurasie, de l’Himalaya jusqu’à l’Italie et la Suisse, en passant par la Perse et la Turquie.
Cependant de nouvelles sources de données, issues du développement de marqueurs moléculaires de l’ADN par microsatellites (SSR) des Juglans spp., l’accès à des populations de noyers en Asie dans des zones reculées et non cultivées ainsi que les récoltes abondantes de pollen fossile en Europe, fournissent de nouveaux moyens d’élucider la riche interaction entre l’homme et la nature qui a façonné l’évolution des noyers en Eurasie durant les années (de l’Holocène). En Asie
En Asie, le noyer commun survécut au Dernier maximum glaciaire dans des refuges isolés, situés entre la Chine et l’Asie centrale et le Caucase (regroupés en , voir fig. 2). Toutefois des études génétiques combinées avec des données historiques et linguistiques ont montré que ce qui apparaissait comme des populations indigènes de noyers étaient en fait en partie le résultat de l’action de l’homme. Les grandes forêts « naturelles » de noyers dans les portions reculées du Ferghana ou la « plus grande forêt de noyers du monde » des monts Chatkal du Kirghizstan se sont révélées à l’analyse ne pas avoir plus de et même pour la plupart de d’âge. Le commerce des noix le long de « corridors verts » comme la Route de la soie et la Route royale perse, ont permis de surmonter les barrières géographiques et explique bien l’origine de certaines forêts. thumb|upright=1.2|fig. 1, Carte de distribution du noyer commun en Chine durant le Dernier max glaciaire (d’après Feng, 2018).
En Chine même, Feng Xiaojia et al (2018) ont étudié la structure génétique de de noyers sur le territoire chinois, en utilisant microsatellites. Durant le dernier interglaciaire, la distribution du noyer commun se rétrécit considérablement à une barre oblique coupant le territoire chinois actuelle terme de zhongguo 中国 « Chine » qui actuellement, est universellement utilisé pour référer rétrospectivement à l'entité politique, géographique et culturelle qui perdure depuis dans la région du Fleuve jaune n'est que d'un usage récent. Car l'empire chinois n'a pas toujours été unifié, et quand il l'était, il occupait des territoires différents avec des dénominations différentes en deux, allant de Pékin au Nord-Est au Yunnan au Sud-Ouest, correspondant aux trois centres de diversité actuelle : des parties du Yunnan (Chine du Sud-Ouest), les monts Qinling et Bashan (Chine du Centre), Shandong, Pékin, Massif du Changbai (Chine du Nord-Est).
Le noyer commun se serait ensuite répandu à partir de ces habitats isolés ayant servi de refuge pour résister aux rigueurs climatiques. Ces données contredisent les textes historiques qui indiquent « Zhang Qian ramena d’Occident des graines de noix hutao张骞使西域还, 乃得胡桃种, le terme de hutao 胡桃 étym. « pêcher barbare » désignant la noix commune, indique clairement une origine d’ethnie non Han. À partir de ce texte, écrit quatre siècles après le voyage de Zhang Qian (de -139 à -126), toutes les sources historiques répéteront toujours la citation du Bowuzhi : « Zhang Qian ramena de l’ouest des noix (hutao) ». Mais aucune source textuelle de l’époque des Han occidentaux ne rapporte ce fait, ni le Shiji 史记 (-109, -91) de Sima Qian, ni les Hanshu 汉书, ni le Shennong bencao jing la plus ancienne pharmacopée chinoise, répertoriant les plantes médicinales, ne le mentionnent (« pêcher barbare ») » (Bowu zhi 博物志 de Zhang Hua 张华, dynastie Jin de l'Ouest). Une analyse historiographique des sources textuelles primaires a montré que le transport le long de la Route de la soie par Zhang Qian (vers -139 à -126) ne peut être établi (Shao Wenli, 2016). Même s’il ne fait aucun doute que les noix communes ont été transportées par la Route de la soie, leur introduction récente dans le territoire « chinois » (au sens ancien de la dynastie Han et encore plus au sens actuel) n’est pas cohérent avec les analyses génétiques qui attestent la présence de refuges glaciaires de noyers communs dans les monts Qinling (près de la capitale Chang'an (Xi’an), au Sud), dans le Shandong et la région de Pékin, parties intégrantes du territoire de la dynastie Hanpeut-être pour comprendre cette énigme, faut-il se souvenir de la remarque de Le Moulec (compte-rendu du Symposium International de la Noix en Chine).
En Europe En Europe, l’étude des dépôts de pollen fossile de Juglans regia ont montré que des populations de noyers poussaient dans le Sud de l’Espagne, en Italie, France, Suisse, Bulgarie, Grèce, Albanie et Turquie durant le Pléistocène supérieur (période précédant l’Holocène, commençant il y a et allant jusqu’à il y a ). Puis au début de l’Holocène (il y a ), beaucoup d’auteurs ont pensé que le noyer commun avait complètement disparu d’Europe avant d’être réintroduit à partir de la Turquie du au avant l’ère commune puis par une seconde vague au quatrième millénaire.
Cette analyse est maintenant contestée par des analyses palynologiques qui indiquent que le noyer commun aurait survécu durant les périodes interglaciaires froides et sèches dans des refuges situés en Europe du Sud et dans les Balkans. Des fossiles de coquilles de noix ont été trouvés dans le nord-est de l’Italie (), en Suisse (-) et en Slovénie (-). En supposant que les noix ont été récoltées (voire cultivées) du Néolithique à l’âge du bronze, on ne peut exclure que des populations locales de noyers n’aient été protégées par des humains, durant les oscillations climatiques mondiales.
En intégrant l’analyse des pollens fossiles, les données culturelles et historiques avec la génétique des populations et l’analyse bayésienne approximative, Pollegioni et al. ont détecté une forte diversité génétique dans les Balkans (Grèce, Roumanie et Moldavie) semblable à celle trouvée dans d’autres centres d’origine comme le Caucase (Géorgie, Turquie orientale), le nord Pamir (Tadjikistan) et les crêtes de Zaamin, du nord Gissar et une partie des Tian Shan (Ouzbékistan oriental, Xinjiang en Chine). Ils ont aussi montré que l’empreinte longitudinale de la diversité génétique des noix pourrait résulter d’une dérive génétique due à une dispersion sur une longue distance. Ils ont trouvé une perte de la richesse allélique et de l’hétérozygotie en allant de l’Est de l’Europe vers l’Ouest.
thumb|upright=1.8|fig. 2, Structure des populations de 91 populations de noyers communs (Pollegioni, 2017). L’analyse de la structure génétique des populations corrobore la théorie d’une évolution séparée du noyer en quatre groupes principaux : trois centrés sur l’Asie (cluster 1 bleu, 2 noir, 3 vert), un localisé en Europe (cluster 4, en rouge). CN=Chine, UZ=Ouzbékistan, KG=Kirghizistan, TR=Turquie.