Le Rallye Monte-Carlo 1979 ( Rallye Monte-Carlo), disputé du 20 au , est la soixante-quatrième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la première manche du championnat du monde des rallyes 1979.

Contexte avant la course Le championnat du monde thumb|right|alt=Fiat 131 Abarth|La Fiat 131 Abarth, championne du monde en 1977 et 1978.

Créé en 1973 sur les bases du précédent championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes s'appuie sur les plus célèbres épreuves routières internationales, comme le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Jusqu'en 1978, son palmarès se limitait aux seuls constructeurs, mais pour la saison 1979 la FIA a également introduit un championnat des pilotes, remplaçant l’éphémère Coupe des conducteurs. Le calendrier 1979 comprend douze manches (dont huit européennes), réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales

Seul grand constructeur régulièrement engagé en 1978, Fiat a largement dominé le précédent championnat avec ses 131 Abarth, obtenant un second titre consécutif face à Ford qui avait alors nettement réduit son programme sportif. Pour cette nouvelle saison, l'affrontement entre ces deux marques sera nettement plus important, chacune ayant pour objectifs les titres constructeurs et pilotes. Ford s’appuiera encore sur son Escort RS en groupe 4, mais a également développé une Ford Fiesta groupe 2 qui sera opposée à la nouvelle Fiat Ritmo dans cette catégorie.

L'épreuve

thumb|upright=0.65|left|alt=Léon et Noghès|René Léon et Antony Noghès, les pères du Rallye Monte-Carlo. Créé en 1911 par Antony Noghès et René Léon, le Rallye Monte-Carlo est l'une des plus anciennes épreuves routières. Tout d'abord manifestation touristique, ce rendez-vous hivernal a rapidement atteint le rang d'événement sportif. Jusqu’au début des années 60, son classement était basé sur la régularité des concurrents, l'équipage vainqueur étant celui ayant au mieux respecté les horaires de référence, le niveau de difficulté étant avant tout lié aux conditions climatiques rencontrées sur le parcours. Les organisateurs imposèrent par la suite des moyennes plus élevées afin de rendre leur épreuve plus sélective, avant d'introduire en 1968 le classement 'scratch', basé sur les résultats des secteurs chronométrés. Ce rallye reste le seul du championnat à proposer plusieurs choix de ville de départ pour la première étape, les concurrents se regroupant tous au terme de ce parcours de concentration (non sélectif), avant d'aborder les étapes de classement. La réputation du Rallye Monte-Carlo tient de la difficulté de son parcours sinueux où les pilotes doivent faire face à de continuelles variations d'adhérence, entre portions sèches, humides, enneigées ou verglacées. L’édition 1978, particulièrement enneigée, a permis à Jean-Pierre Nicolas de faire triompher sa Porsche privée face aux meilleures équipes d'usine.

Le parcours départ : (choix entre neuf villes de départ) arrivée : à Monaco remise des prix : à Monaco distance : de 4680 km à 5039 km (selon ville de départ), dont 600 km sur 29 épreuves spéciales (30 épreuves initialement prévues, pour un total de 619 km chronométrés) surface : asphalte (conditions hivernales) Parcours divisé en quatre étapes : parcours de concentration, parcours de classement, parcours commun et parcours finalRevue Sport Auto n°204 - janvier 1979

Parcours de concentration neuf parcours possibles, de 2171 à 2530 km, du 20 au Revue Auto hebdo n°147 - 18 janvier 1979 : Itinéraire d'Almería (2319 km) : Almería - Linares - Tolède - Medinaceli - Saragosse - Andorre-la-Vieille - Perpignan - Montpellier - Bagnols-sur-Cèze - Vals-les-Bains Itinéraire de Copenhague (2354 km) : Copenhague - Puttgarden - Hanovre - Kaiserslautern - Strasbourg - Saint-Dié - Lons-le-Saunier - Givors - Saint-Péray - Vals-les-Bains Itinéraire de Francfort (2262 km) : Francfort - Schweinfurt - Munich - Innsbruck - Trente - Crémone - Plaisance - Bobbio - Menton - Monaco - Gap - Vals-les-Bains Itinéraire de Lausanne (2171 km) : Lausanne - Annemasse - Saint-Gervais - Annecy - Bourg-en-Bresse - Orgelet - Baume-les-Dames - Belfort - Troyes - Chatillon-sur-Seine - Digoin - Vichy - Ambert - Vals-les-Bains Itinéraire de Londres (2276 km) : Londres - Douvres - Calais - Rouen - Le Mans - Angers - Tours - Châteauroux - Chatillon-sur-Seine - Digoin - Vichy - Ambert - Vals-les-Bains Itinéraire de Monte-Carlo (2260 km) : Monte-Carlo - Digne - Gap - Grenoble - Annecy - Bourg-en-Bresse - Orgelet - Baume-les-Dames - Belfort - Troyes - Chatillon-sur-Seine - Digoin - Vichy - Ambert - Vals-les-Bains Itinéraire de Paris (2207 km) : Paris - Nanterre - Amiens - Rouen - Le Mans - Angers - Tours - Châteauroux - Chatillon-sur-Seine - Digoin - Vichy - Ambert - Vals-les-Bains Itinéraire de Rome (2297 km) : Rome - Rieti - Fano - Saint-Marin - Bologne - Padoue - Trente - Campione - Crémone - Plaisance - Bobbio - Menton - Monaco - Gap - Vals-les-Bains Itinéraire de Varsovie (2530 km) : Varsovie - Wrocław - Pilsen - Amberg - Stuttgart - Kehl - Strasbourg - Saint-Dié - Lons-le-Saunier - Givors - Saint-Péray - Vals-les-Bains Note : dix itinéraires étaient initialement prévus, mais celui de Lisbonne a été annulé.

Parcours de classement Vals-les-Bains - Loriol - Serres - Sisteron - Puget-Théniers - Monaco, 587 km, le 5 épreuves spéciales, 132 km

Parcours commun Monaco - Gap - Villard-de-Lans - Digne - Monaco, 1302 km, du 23 au 14 épreuves spéciales, 295 km (15 épreuves initialement prévues, pour un total de 314 km)

Parcours final Monaco - Saint-Martin-Vésubie - Monaco (2 boucles), 650 km, du 25 au 10 épreuves spéciales, 173 km

Les forces en présence Fiat L'équipe championne du monde aligne deux 131 Abarth groupe 4 pour Markku Alén et Walter Röhrl. De conception classique, ces voitures d'environ une tonne sont animées par un moteur deux litres seize soupapes à injection Kugelfischer développant 225 chevaux à 7200 tr/min. Le constructeur est également présent en groupe 2 avec deux exemplaires de sa nouvelle Ritmo (840 kg, traction, 1500 cm3, 165 chevaux à 7600 tr/min) confiés à Per Eklund et Attilio Bettega, un modèle étrenné avec succès lors du dernier Tour d'Italie grâce à Riccardo Patrese, cinquième au classement général et vainqueur de sa catégorieRevue Sport Auto n°203 - décembre 1978. L'usine est épaulée par Fiat France qui a préparé deux 131 Abarth groupe 4 pour Jean-Claude Andruet et Michèle Mouton, et par l'écurie espagnole Real A. Catalunya qui aligne une voiture identique pour Salvador Servià. Toutes ces équipes utilisent des pneus Pirelli.

Ford thumb|upright=0.9|right|alt=Ford Escort RS1800|Les Escort RS1800 seront régulièrement engagées par Ford cette saison. Tout comme son adversaire Fiat, Ford engage officiellement deux équipages en groupe 4 et deux en groupe 2. Björn Waldegård et Hannu Mikkola disposent de leurs habituelles Escort RS1800 groupe 4 (1000 kg, moteur deux litres seize soupapes à injection, 265 chevaux à 8500 tr/min), tandis que dans la catégorie inférieures les Fiesta (775 kg, traction, 1600 cm3, 155 chevaux à 7500 tr/min) font leurs débuts aux mains de Roger Clark et Ari Vatanen. Ces voitures sont équipées de pneus Dunlop, tout comme l'Escort RS1800 privée de Tony Carello. La marque est très largement représentée en groupe 1 grâce à de nombreux pilotes indépendants, dont le Luxembourgeois Alain Beauchef, un des favoris dans cette catégorie.

Lancia La Scuderia Lancia s'est retirée officiellement de la compétition routière mais la marque fait néanmoins partie des favorites de l'épreuve avec notamment la participation de la Stratos HF groupe 4 de l'importateur français André Chardonnet, aux mains de Bernard Darniche, et celle du Jolly Club confiée à Fulvio Bacchelli. Pesant environ 950 kg, les Stratos sont équipées d'un moteur V6 12 soupapes de 2400 cm3 monté en position centrale arrière, alimenté par trois carburateurs double-corps et délivrant près de 280 chevaux à 7600 tr/min. Contrairement à Bacchelli équipé de pneus Pirelli, Darniche utilisera des Michelin.

Opel L'Opel Kadett GT/E est très prisée des pilotes amateurs, aussi la marque allemande est-elle largement représentée dans les groupes 1 et 2. Parmi les équipages les plus en vue, on note la Kadett groupe 2 (180 chevaux) semi-officielle engagée par le Dealer Team Holland pour Anders Kulläng, un des favoris dans cette catégorie. Engagé par BP France sur une Kadett de 135 chevaux, Jean-Louis Clarr est un des favoris du groupe 1Revue L'Automobile n°393 - mars 1979.

Porsche La marque de Stuttgart ne participe pas officiellement mais apporte tout de même un soutien à Jean-Pierre Nicolas (engagé comme l'année précédente sur une Carrera 3.0 groupe 4 préparée par les frères Alméras), lui fournissant moteur et boîte de vitesses, ainsi que du matériel d'assistance. Pesant environ une tonne et disposant d'un peu plus de 250 chevaux, cette voiture est équipée de pneus MichelinRevue L'Automobile n°392 - février 1979. Jacques Alméras dispose également d'une Carrera groupe 4. De nombreux pilotes amateurs courent sur des Porsche groupe 3, notamment Gérard Swaton (Carrera RS, vainqueur de sa catégorie en 1978. Dans l'attente de l'homologation de la 924 turbo, l'ingénieur-pilote Jürgen Barth a engagé sa 924 groupe 4 personnelle.

Renault thumb|upright=0.9|right|alt=Renault 5 Alpine|Les Renault 5 Alpine groupe 2 ont bien failli créer la surprise en 1978. Comme l'année précédente, Renault Sport a engagé deux R5 Alpine groupe 2 (830 kg, traction, moteur quatre cylindres de 1400 cm3, deux carburateurs double corps, plus de 135 chevaux à 7200 tr/min, boîte cinq vitesses) pour Jean Ragnotti et Guy Fréquelin. Particulièrement efficaces dans la neige, ces voitures sont équipées de pneus Michelin. Bénéficiant de l'assistance de l'usine, Bruno Saby dispose quant à lui d'un modèle de l'année précédente, légèrement moins puissant.

Volkswagen Jean-Luc Thérier et Alain Coppier s'alignent sur des Golf groupe 2 engagées sous les couleurs des carburateurs Zenith. La Golf S de Thérier délivre plus de 160 chevaux pour un poids de 775 kg, la GTI de Coppier étant un peu moins performante (140 chevaux). Les deux pilotes utilisent des pneus Michelin. La marque concourt aussi en catégorie Diesel, avec notamment Dany Snobeck, également sur Golf.

Déroulement de la course Parcours de concentration Les 233 équipages s'élancent d'une des neuf villes de départ (suivant l'itinéraire choisi) le samedi . Avec respectivement soixante-quatorze et soixante-dix concurrents, Paris et Monte-Carlo ont largement les plus plébiscitées. Copenhague, Francfort, Lausanne et Rome accueillent chacune une vingtaine de voitures, sept partant d'Almería et seulement quatre de Londres ou de Varsovie.

Les conditions de route ne présentent pas de difficulté majeure, la plupart des concurrents pouvant rallier Vals-les-Bains le dimanche soir sans incident notable. Blessé à l'épaule à la suite d'un accident durant les reconnaissances, Jean Ragnotti a le plus souvent pris la place du passager, laissant le volant de sa Renault 5 à son copilote Jean-Marc AndriéRevue Auto hebdo n°148 - 25 janvier 1979. Victime d'un début d'appendicite, Markku Alén (Fiat 131 Abarth) a également souffert durant ces 2300 kilomètres. Tous les pilotes de notoriété ont effectué le parcours dans le temps imparti, et seuls douze équipages (dont onze amateurs) ont été éliminés.

Parcours de classement thumb|upright=1.2|right|alt=Sisteron|Sisteron, point de départ de la dernière épreuve spéciale du parcours de classement.