vignette|Le Tondo severiano représente l'empereur Septime Sévère et sa famille ; à gauche son épouse Julia Domna ; devant, ses fils Geta et Caracalla. Le visage de Geta a été effacé, sans doute à la suite de son assassinat par son frère et de la damnatio memoriae ordonnée par celui-ci.

La (littéralement : « condamnation à l'oubli ») est à l'origine un ensemble de condamnations à l'oubli, utilisée dans la Rome antique. Par extension, le mot est utilisé pour toute condamnation .

Son exact contraire est la consécration (en latin : « ») ou apothéose, jusqu'à la divinisation.

L'expression « » a été créée en par Schreiter-Gerlach. La Rome antique parlait de (« suppression du nom »).

La damnatio memoriae à Rome La damnatio memoriae est votée par le Sénat romain à l'encontre d'un personnage politique. Elle consiste essentiellement à effacer la personne concernée des archives historiques.. Selon Jean-Marie Pailler et Robert Sablayrolles, ..

L'expression a été forgée à l'époque moderne et est utilisée par les universitaires pour désigner des usages romains plus larges ; l'universitaire Robyn Faith Walsh relève ainsi : .

Victimes de la damnatio memoriae vignette|Borne milliaire de la Via Nova à Campo do Gerês (Terras de Bouro, Portugal) ancienne province romaine de Gallaecia, érigée sous le règne de l'empereur Titus, où le surnom de son frère Domitien a été effacé après la mort de celui-ci en 96. vignette|Damnatio memoriae de l'empereur Commode, inscription conservée au Musée romain d'Osterburken. L'abréviation « CO » a été restaurée par la suite avec de la peinture. Ont été frappés de la damnatio memoriae les personnages suivants : Marc Antoine (Cicéron, , 6 ; Antoine, , 9)Dion Cassius, Histoire romaine (, 19). ; Caius Cornelius Gallus, le premier préfet d'ÉgypteJean-Paul Boucher, Caius Cornelius Gallus, Paris, Les Belles Lettres, 1966, pages 56 et 57. ; LivillaTacite, Annales 6.2 (Tacite, Annales, , ) ; Séjan, le préfet de la garde prétorienne de Tibère Messaline ; Néron DomitienSuétone, Domitien, , 1.Pline le Jeune, Panégyrique de Trajan (52, 3-5)Lactance, Sur la mort des persécuteurs (3). ; Commode (mais il a été partiellement réhabilité par Septime Sévère) ; Pescennius Niger, usurpateur romain ; Didius Julianus Clodius Albinus, usurpateur romain ; Geta ; Macrin ; Diaduménien ; Héliogabale ; Sévère Alexandre (seulement sous le règne de ) ; Maximin le Thrace ; Caius Julius Verus Maximus, césar et fils de ; Philippe l'Arabe ;

Émilien ; Silbannacus (possiblement) ; Sponsianus, usurpateur romain? (s'il a réellement existé) ; Probus ; Carin ; Sévère (mais il a été partiellement réhabilité par Galère) ; Maximien Hercule (mais il a été partiellement réhabilité par ) ; Maxence ;

Licinius ; (seulement sous le règne de son frère Constant) ; Magnence, usurpateur romain ; Magnus Decentius, usurpateur romain. Magnus Maximus Flavius Victor , empereur byzantin

Une damnatio memoriae peut être révoquée par la suite. Ainsi, le consul Virius Nicomachus Flavianus est frappé d'une telle mesure en 394 pour avoir soutenu l'usurpateur Eugène ; en 431, son fils Flavius Nicomachus obtient un prescrit impérial révoquant la damnatioInscription sur le forum de Trajan ; CIL, , 1783, lire en ligne.. Caligula n'a pas subi la damnatio memoriae, Claude s'y étant opposéDion Cassius (, 4, 5-6)..

Un exemple : la damnatio memoriae de l'empereur Geta La damnatio memoriae de Geta après son assassinat par son frère Caracalla, telle qu'on peut la mesurer par le témoignage de Dion CassiusDion Cassius, 77, 12. et les découvertes des archéologues, des épigraphistes et des papyrologues, a été l'une des plus systématiques de toute l'histoire romaine. Non seulement Caracalla fit détruire dans tout l'empire les représentations figurées et le nom de son frère sur les monuments publics, comme il était habituel, mais il fit fondre les monnaies à son effigie et rechercher dans les archives les documents, même anciens, portant son nom pour le faire disparaître (effacement, rature, etc.). Même les documents privés étaient concernés et les biens de ceux dont le testament mentionnait le nom de Geta étaient confisqués. Les poètes évitèrent de donner le nom de Geta aux personnages de leurs comédies, comme c'était courant depuis Les Adelphes et Le Phormion de Térence. Le cognomen Geta de Lucius Lusius Geta, préfet d'Égypte en 54, fut même martelé sur une inscriptionPaul Mertens, « La damnatio memoriae de Geta dans les papyrus », Hommages à Léon Herrmann, Bruxelles, coll. Latomus , 1960, ..

Extension Le terme a été forgé à l'époque moderne sur la base de memoria damnata, qui désigne la condamnation post mortem pour haute trahison.

Par extension moderne à des contextes non romains, on utilise l'expression pour désigner des mesures comparables. La damnatio memoriae peut donc aussi qualifier l'amnésie collective mémorielle concernant des crimes soit éloignés dans le passé (Antiquité, Moyen Âge), soit niés, minimisés ou relativisés par des pouvoirs politiques et/ou par des négationnistes actuels (génocide arménien et génocide grec pontique en Turquie, terreur rouge, Holodomor, déportations au Goulag en Russie et au Laogai en Chine, boat-people, crimes colonialistes en Europe occidentale...), ou encore la suppression des documents officiels des opposants à Staline après leur élimination, 165 p.. Cela a aussi été le cas de la Shoah jusque dans les années 1960Annette Wieviorka, Eichmann de la traque au procès, André Versaille 2011..

La damnatio memoriae en Égypte antique 190px|vignette|Statue de la reine Hatchepsout (Rijksmuseum van Oudheden, Leyde). Dans la civilisation égyptienne, la représentation, qu'elle soit simple image ou écriture hiéroglyphique figurative, a le pouvoir magique de faire exister ce qu'elle représente. C'est pourquoi le pouvoir politique, principalement pharaonique, s'est permis d'effacer (notamment par les regravures de scènes et de leurs légendes), démolir ou détruire des représentations, en raison de querelles politiques ou religieuses, afin d'interdire à une personne ou une force mystique la possibilité d'avoir existé ou d'être néfaste. Cependant, lorsqu'un successeur remplace le nom de son prédécesseur par le sien, cela ne relève pas de la damnatio memoriae mais de la volonté de s'approprier les signes du pouvoir.

Plusieurs exemples existent : celui de la pharaonne Hatchepsout : effacé par damnatio memoriae, son nom disparut des monuments pour être remplacé par ceux de son père , de son demi-frère ou de son successeur et beau-fils à l’origine de la censure politique et artistique de son existence. prive alors sa tante d'une de ses principales sources de légitimitéJean-Michel Leniaud, Les Archipels du passé : le patrimoine et son histoire, Paris, Fayard, 2002, ., nie qu'elle est l'héritière directe de son père et rétablit l'ordre de succession des trois ThoutmôsisFlorence Maruéjol, et la corégence avec Hatchepsout, Paris, Pygmalion, 2007, . ; effacement de l'histoire officielle de tous les règnes entre le pharaon et Horemheb, cette phase devenant particulièrement active sous Robert Hari, « La "Damnatio memoriae" amarnienne », dans Melanges Adolphe Gutbub d'Adolphe Gutbub, Université Paul-Valéry-Montpellier, 1984, qui fait notamment effacer les cartouches du pharaon hérétique Akhenaton..

Autres exemples historiques 200px|vignette|Nom de l'impératrice Joséphine de Beauharnais effacé sur le socle de sa statue décapitée en 1991, à Fort-de-France (Martinique).

Le concile cadavérique. L'interdiction à Éphèse de citer le nom d'Érostrate, incendiaire du temple d'ArtémisValère Maxime, Dits et faits mémorables (, 14, 5).. Le recouvrement du portrait du doge de Venise Marino Faliero, après son coup d'État manqué ; Après l'échec de la conjuration des Pazzi à Florence, les membres survivants de la famille Pazzi ont été l'objet de cette sentence. Le tourain Pierre-Nicolas Chenaux (1740-1781) a été condamné à cette peine. La condamnation de Jan Hus, duquel on a dit « de Jan Hus, il ne doit rien rester »Gervais Dumeige, Textes doctrinaux du magistère de l'Église sur la foi catholique, Karthala 1993, .. La décapitation de la statue de l'impératrice Joséphine en 1991, place de la Savane à Fort-de-France (Martinique) et l'effacement de son nom sur le socle.

Notes et références

Annexes Bibliographie

Articles des Cahiers du Centre Gustave Glotz . . . . . . . . .

Ouvrages

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Articles connexes

Tondo severiano. Défixion. Texte d'exécration. Malédiction. Censure des images en Union soviétique. Disparition forcée