Unité de force mobile (UFM) est un terme désignant indifféremment une compagnie républicaine de sécurité (CRS) de la Police nationale ou un escadron de gendarmerie mobile (EGM) de la Gendarmerie nationale.

Ces deux types de formations, même si elles diffèrent sur quelques points (notamment le statut de leurs personnels), sont en général utilisées de manière interchangeable par l'autorité administrative pour effectuer des missions de maintien de l'ordre ou pour renforcer temporairement des forces locales lorsque des effectifs importants sont nécessaires (service d'ordre pour un événement artistique ou sportif, recherches, battues, accident majeur ou catastrophe naturelle, etc.). Hors de ces contingences leur emploi le plus fréquent est le renfort de sécurité générale au bénéfice de leur corps d'origine (Police ou Gendarmerie) dans leur zone de compétence respective (zone police ou zone gendarmerie), la surveillance de sites sensibles et la participation aux plans nationaux de sécurité (Plan Vigipirate, Opération Sentinelle) ainsi que la lutte contre l’immigration clandestine Rapport public annuel de 2017 sur l'emploi des forces mobiles, Cour des comptes, février 2017, consulté le .

Leurs caractéristiques communes sont leur caractère permanent, leur organisation en unités constituées de type militaire ou paramilitaire, leur formation spécialisée au maintien de l'ordre, leur autonomie logistique et leur mobilité géographique sans limite de compétence territoriale (c'est-à-dire qu'un escadron de gendarmerie mobile peut être déployé en zone de compétence de la Police (ZPN) et vice-versaLe cas le plus fréquent est le déploiement de gendarmes mobiles en zone PN car les manifestations ont plutôt lieu en ville - et notamment à Paris où des escadrons sont déployés en permanence. Le schéma inverse se produit également quoique moins fréquemment.).

Parmi les points qui les différencient figurent le statut de leurs personnels (civil pour les policiers, militaire pour les gendarmes) et leur domaine d'emploi. En effet celui-ci n'est pas exactement identique pour les deux types d'UFM même si les différences semblent parfois davantage liée à l'usage qu'à une règle légale. Ainsi, si le statut militaire des personnels de la gendarmerie mobile autorise leur déploiement au sein des forces armées françaises lors d'opérations extérieures (OPEX), l'arrêt de l'emploi des CRS dans les départements et territoires d'outre-mer, effectif depuis les années 1990, n'est pas le résultat d'une obligation réglementaire ou légale mais semble néanmoins être devenu un fait établi (voir ci-dessous).

D'après la Cour des comptes, en 2015, les forces mobiles comptaient et fonctionnaires, soit près de 11 % des effectifs globaux de la gendarmerie et de la police, répartis presque également entre gendarmes mobiles et CRS. vignette|CRS (à gauche) et gendarmes mobiles (à droite) lors d'une manifestation.

En 2024, il existe 180 unités de force mobile : 116 escadrons « de marche » Saint-Astier : prise de commandement pour cinq nouveaux Escadrons de gendarmerie mobile sur le site de la gendarmerie nationale https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/en-images/saint-astier-prise-de-commandement-pour-cinq-nouveaux-escadrons-de-gendarmerie-mobile consulté le 18 mai 2024.En général, dans les forces armées françaises, une unité (régiment, bataillon etc.) est dite « de marche » lorsqu'elle est constituée temporairement, souvent à partir d'éléments divers n'appartenant pas à la même formation organique, pour accomplir une mission particulière pendant une période donnée. Dans la Gendarmerie, le terme est également utilisé pour distinguer les unités tactiques des unités de soutien (escadron de marche vs escadron des services ; peloton de marche vs peloton hors rang etc.). De nos jours, pratiquement tous les escadrons de gendarmerie mobile sont des escadrons de marche – à l’exception de quelques escadrons de la région parisienne qui assurent des missions de sécurité et de soutien. Ces dernières unités ne se déplacent pas et ne sont pas engagées au maintien de l’ordre comme les escadrons de marche. de gendarmerie mobile et 64 compagnies dites « de service général » (ou « de maintien de l'ordre ») de CRS dont cinq compagnies dites « à projection rapide »Qu’est-ce que les CRS « nouvelle génération » ? sur le site de la Police nationale https://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/actualite/quest-ce-que-crs-nouvelle-generation consulté le 22 décembre 2024.

Rappel historique vignette|Cavaliers de la garde républicaine mobile et émeutiers - Place de la Concorde 7 février 1934. Les unités de force mobile de la gendarmerie sont les plus anciennes. Le terme de « gendarmerie mobile » était apparu à plusieurs reprises au pour qualifier des unités créées à l'occasion de crises puis dissoutes après leur résolution. Il faut attendre le pour voir l'apparition d'unités permanentes. En effet, alors que la participation de la Gendarmerie au maintien de l'ordre se traduisait exclusivement jusque là par l'envoi de pelotons temporaires - appelées en interne troupes supplétivesLe terme « troupe supplétive » est fréquemment employé dans les documents officiels de l'époque (voir Archives du Service Historique de la Défense - par exemple carton GR 9N272). Par la suite, on parlera plutôt de Pelotons de Gendarmerie de Réserve Ministérielle (PGRM). - composés de gendarmes départementaux prélevés dans les brigades, les premières unités permanentes spécialisées sont créées en 1921. Faisant initialement partie de la gendarmerie départementale, ces pelotons mobiles sont subordonnés à des légions distinctes à partir de 1926 puis rassemblés au sein d'une nouvelle subdivision d'arme appelée garde républicaine mobile (GRM) en 1927. Organisée en pelotons, compagnies, groupes et légions, la GRM monte en puissance pour atteindre un effectif de en 1939 La Gendarmerie Mobile (de 1921 à 1937). Sa création, sa montée en puissance et son adaptation aux opérations majeures de maintien de l'ordre entre les deux guerres. François Alègre de la Soujeole (capitaine). Mémoire de Maîtrise, Université Paris I Panthéon Sorbonne, 1990. Pendant cette période, l'unité de base requise individuellement pour le maintien de l'ordre est le peloton d'une trentaine d'hommes (pas la compagnie). Dissoute par exigence des autorités allemandes après la défaite de 1940, la GRM n'est remplacée que partiellement par la Garde, nouvelle formation constituée en majeure partie d'anciens membres de la GRM mais qui, ne faisant plus partie de la Gendarmerie, est rattachée à l'Armée d'armistice puis, après l'invasion de la zone libre et la dissolution de cette dernière, au ministère de l'intérieur. La Garde est dissoute à la Libération et ses personnels réintégrés dans la Gendarmerie. Cette subdivision est d'abord appelée Garde républicaineLa garde républicaine actuelle s'appelait à l'époque garde républicaine de Paris (GRP). avant de prendre son nom actuel de gendarmerie mobile en 1954.

La création des CRS date de 1944. Les compagnies succèdent - après épuration puis intégration de personnels souvent issus de la Résistance - au groupes mobiles de réserve (GMR) créés au sein de la police de Vichy pour suppléer à la disparition de la GRM, qui n'avait été que partiellement remplacées par la Garde. Forces de police à vocation principalement régionale pendant la période de l'immédiat après-guerre, les CRS, dont la pérennité est même remise en cause, trouvent une nouvelle raison d'être et une vocation de force de réserve nationale à l'occasion des grèves insurrectionnelles de 1947 et 1948Cette mission est confirmée par la loi dont les modalités d'application sont contenues dans l'article 27 du décret organique du . Jean-Louis Courtois, CRS au service de la nation, ..

Après les événements de Mai 68, les CRS, soucieux que leur savoir-faire en matière de maintien de l'ordre soit reconnu, adoptent des marquages vestimentaires bien spécifiques (écusson sur le blouson et bandes jaunes sur le casque) afin d'éviter la confusion avec les autres forces de l'ordre. Les équipements de protection, comme ceux de la gendarmerie mobile, sont considérablement améliorés à partir de cette périodeJean-Louis Courtois, CRS au service de la nation ..

Pour les deux forces, l'évolution des doctrines d'emploi depuis mai 68 a conduit à privilégier le maintien à distance des manifestants - notamment par l'emploi de lacrymogènes, de barrières mobiles et de lanceurs d'eau - tout en évitant les contacts lors des charges. Dans un même temps, les contraintes budgétaires ont imposé une réduction des effectifs que chaque type d'UFM peut mettre sur le terrain.

Le nombre de compagnies de CRS n'a pratiquement plus changé depuis la fin de la Guerre d'Algérie. Celui des escadrons, qui avait diminué à la fin de cette guerre, a été augmenté d'une quinzaine d'unités après les événements de 1968Thierry Forest: La Gendarmerie Mobile à l'épreuve de mai 1968, Service Historique de la Défense 2007 - . Il a été réduit à nouveau - de quinze unités - en 2010-2012 dans le cadre de la politique de Révision générale des politiques publiques. Des suppléments de crédits votés après les attentats de 2015 ont permis la création d'un unique escadron supplémentaire en 2016, le reste étant affecté au renforcement des unités existantes. Deux escadrons et trois compagnies (ces dernières dites « à projection rapide ») Arrêté du 9 décembre 2023 portant désignation des compagnies républicaines de sécurité dites unités de forces mobiles à projection rapide https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000048543412 consulté le 14 décembre 2023 ont été créés en 2023 dans le cadre d'un programme d'expansion qui a également permis la création de cinq escadrons et une compagnie « à projection rapide » supplémentaires en 2024.

Missions thumb|CRS lors d'une manifestation - 2016 Les deux types d'unités de force mobile sont employés de manière interchangeable pour la plupart de leurs missions. Elles sont très souvent utilisées conjointement, notamment pour les opérations de maintien de l'ordre en milieu urbain. La gendarmerie mobile semble être employée plus systématiquement que les CRS pour les opérations de maintien de l'ordre en milieu rural mais, là encore, aucune des deux forces ne jouit d'une exclusivité dans la répartition des terrains d'opération pour le maintien de l'ordre en France métropolitaine.

Missions communes Les missions communes des unités de force mobile peuvent être regroupées en deux grandes catégories : missions de service d'ordre, de maintien voire de rétablissement de l'ordre ; missions de renfort de sécurité qui se décomposent en : missions de sécurité générale, le plus souvent en Zone de sécurité prioritaire dans la zone de responsabilité propre de chacune des deux forces (ZPN pour les CRS, ZGN pour les EGM); escortes; surveillance de sites sensibles; participation aux plans nationaux de sécurité : Plan Vigipirate, Opération Sentinelle, etc. participation à la lutte contre l’immigration clandestine.

Missions spécifiques thumb|Véhicules de gendarmerie mobile outre-mer Les missions spécifiques sont pour la plupart liées à la différence de statut entre les personnels des deux forces. missions militaires de la gendarmerie mobile, tant sur le territoire national qu'en opérations extérieures au sein des forces armées françaises