Henry Millon de Montherlant, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un romancier, essayiste et dramaturge français.
Il est l'auteur de quelque . et est notamment connu pour son roman Les Jeunes Filles (1936-1939) et ses pièces de théâtre La Reine morte (1942), Le Maître de Santiago (1947) et La Ville dont le prince est un enfant (1951).
Il est élu membre de l'Académie française en 1960.
Biographie Origines familiales Henry Marie Joseph Expedite Millon de Montherlant est le fils de Joseph-Marie Millon de Montherlant, rédacteur au ministère des Cultes puis, en 1906, au ministère des FinancesJean-Michel Leniaud, L'administration des cultes pendant la période concordataire, Nouvelles Editions Latines, 1988, page 211., et de Marguerite Camusat de Riancey.
Son père, issu de la famille Millon qui appartenait à la bourgeoisie d'Ancien Régime et dont une autre branche fut anoblie au Pierre-Marie Dioudonnat, Encyclopédie de la fausse noblesse et de la noblesse d'apparence, Sedopols, 1994, page 497., descendait de François Millon (1726-1794), seigneur de Montherlant et de La Verteville, syndic de Beauvais, député du tiers état en 1789 pour le bailliage de BeauvaisLe Bulletin héraldique de France, 1893, page 413.André Guirard, Les anciennes familles de France - Leurs origines, leur histoire, leurs descendances, tome 1, éditions Boivin et Cie, 1930, page 100. sur le site Montherlant.be. ; ce dernier était fils d’Antoine Millon, qualifié d'écuyer, capitaine des gardes de la Prévôté de l'hôtel du roi, qui acquit le au Vexin français, de de Combes de Lys, les seigneuries de Montherlant et de La Verteville avec droit de haute et basse justice, patronage paroissial, etc.Des Montherlant à Montherlant : chroniques de souvenirs oubliés, 1794-1915 X. Beguin Billecocq, 1992 - 198 pages C'est par un décret impérial en date du que Nicolas Charles Millon et ses trois fils Charles, Frédéric (grand-père d'Henry) et Marie-Charles-Camille, furent autorisés à ajouter à leur nom patronymique celui de Montherlant et à se nommer légalement, ainsi que leurs descendants, Millon de MontherlantBulletin des lois de la République française, Imprimerie Nationale, 1865, page 20..
vignette|gauche|Le château de Montherlant dans l'Oise.
Louis de Saint-Pierre, généalogiste et membre de la commission des preuves de l'Association d'entraide de la noblesse française, écrit sur l'ascendance d'Henry de Montherlant :
Sous le pseudonyme d'Antoine Bouch, Philippe du Puy de Clinchamps, auteur d'un Que sais-je ? sur la noblesse, écrit, lui :
Selon Pierre-Marie Dioudonnat, auteur du Simili-Nobiliaire français, la famille Millon est issue de la bourgeoisie d'Ancien Régime et seule une branche (celle d'Ainval, d'Ailly et de Verneuil) a été anoblie ; les branches de Montherlant et de La Verteville, demeurées non nobles, descendent de François Millon de Montherlant (1726-1794), député du tiers état pour le bailliage de Beauvais aux États généraux de 1789Pierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-nobiliaire français, Sedopols 2002, ..
La famille Millon avait toutefois contracté des , et Henry de Montherlant avait des origines nobles en ligne fémininePhilippe Alméras, Montherlant: une vie en double, Via romana, 2009, page 13. : outre sa mère née Camusat de Riancey, son arrière-grand-mère Montherlant était née Émilie de MalinguehenJoseph Valynseele, Nicole Dreneau, La Parentèle de Charles et Yvonne de Gaulle, L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1990, page 103. et son arrière-arrière-grand-mère était une Parseval :
Les Millon possédèrent à partir de 1755 et pendant près d'un siècle le château de Montherlant dans l'Oise, classé monument historique en 2003.
D'après plusieurs sources, dont Louis de La Roque ou l'Annuaire héraldique, les armes de la famille Millon de Montherlant sont : De sinople, à la tour d'argent, maçonnée de sable, enflammée de gueules, brochant sur deux épées d'argent, garnies d'or, pavées en sautoirLouis de La Roque, Le Bulletin héraldique de France; ou, Revue historique de la Noblesse... Volumes 9 à 10.. Ces armes auraient été données par Louis XIII à Jean Millon de la Morlière en 1636, qui se distingua au siège de Corbie en juillet de cette année 1636 et en défendant Montdidier.
Henri Jougla de Morenas donne également dans son Grand Armorial de France : D’azur au chevron d’or accompagnée en chef de 2 étoiles du même et en partie d’une bouteille dans un panier, le tout d'or.
Un nommé Charles Dabemont de Millon (d'une autre branche de la famille Millon) fit enregistrer ses armes de sinople à la tour d'argent maçonnée de sable, enflammée de gueules, surmontée de deux épées du second garnies d'or posées en sautoir dans l'Armorial général de France de d'Hozier de 1696 (Franche-Comté)Henri Bouchot, Armorial général de France: recueil officiel dressé en vertu de l'édit de 1696, Impr. Darantiere, 1875, page 47.Ces armoiries sont visibles sur le site consacré à l'auteur..
Vocation littéraire vignette|gauche|Plaque au 106, rue Lauriston ( de Paris), où il vécut entre 1901 et 1907, non loin du lycée Janson-de-Sailly. vignette|Montherlant à 14 ans en 1910, photo dédiée à Philippe Giquel. Henry de Montherlant envisage très tôt de faire œuvre d'écrivain. C'est probablement sa mère qui lui donna le goût de la littérature. Quo vadis ? de Henryk Sienkiewicz, dont elle lui fait la lecture, marquera l'ensemble de sa vie : ce roman historique lui apporte une double révélation, , dit-il en 1957-1958.. Quo Vadis lui fournira les thèmes qu'il abordera tout au long de son œuvre : l'amitié, le suicide, et la Rome antique.
À l'âge de , il écrit déjà de petits volumes et s'amuse à rédiger des préfaces et des postfaces. Ses récits ont pour cadre, souvent, l'AntiquitéArchives du , .. Il fera ensuite l'expérience du journal intime (détruit à la fin de sa vie). Initié très jeune à la tauromachie, il exécute en place publique plusieurs mises à mort de taurillons dès l'âge de quinze ans dont une en 1922 et une en 1925..
Il étudie au prestigieux lycée Janson-de-Sailly puis termine ses études à Sainte-Croix de Neuilly, connue pour ses options catholiques progressistes proches du Sillon ; il aura Paul Archambault comme professeur de philosophie en 1911. Il y est dispensé d'éducation physique et d'instruction religieuse, mais, passionné par la Rome antique, il se révèle un excellent latiniste, et se montre aussi doué pour le dessin. Son renvoi du collège Sainte-Croix en 1912 lui fournit, bien des années plus tard, le thème de deux de ses œuvres, La Ville dont le prince est un enfant (1951) et Les Garçons (1969). Philippe Giquel, qui lui inspira le jeune héros de La Ville dont le prince est un enfant, deviendra un as de l'aviation durant la Grande Guerre, puis un journaliste réputé dans le domaine de l'aéronautique..
Son père meurt lorsque Henry a 19 ans, sa mère une année plus tard Cf. .. Sa vocation littéraire se confirme aussi à 19 ans, avec sa première pièce, L'Exil, écrite en novembre-. Le héros de cette pièce est un jeune snob autant de mise que d'esprit, qui croit pouvoir se débarrasser de son genre par un engagement volontaire, alors que sa mère l'empêche de s'engagerMontherlant, préface et notes à L'Exil, Théâtre, Bibliothèque de la Pléiade, 1972, 5 à 15.. Dans la préface, il déclare que Charles Maurras est, avec Paul Bourget et surtout avec Maurice Barrès, l'un des écrivains français contemporains qui l'ont le plus influencéUne affirmation initialement formulée dans Le Nouveau Mercure, avril 1923, . Pierre Pascal, In ricordo di Montherlant: XXI settembre MCMLXXII, sedicesima ora, la Destra, , octobre 1972, ..
Culte des vertus antiques vignette|Montherlant photographié par Henri Manuel. Nourri par la lecture de Barrès, de Nietzsche et de Plutarque, Henry trouve un idéal dans le courage et les vertus antiques. Il apprécie particulièrement le Satyricon de Pétrone, qu'il préfacera plus tard.
Durant la Première Guerre mondiale, il est affecté au service auxiliaire. En , il se porte volontaire pour être versé dans un régiment d'infanterie de première ligneLettre à François Mauriac du 22 février 1918, citée dans François Mauriac, Lettres d'une vie (1904-1969), , Grasset, Paris, 1989.. Parti au front pour mourir, il en revient , selon le texte de sa citation, par sept éclats d'obus dans les reins, dont un seul put être extraitAvant-propos de Montherlant à Service inutile, Essais, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, 573.. En 1919, il devient secrétaire général de l'Œuvre de l'ossuaire de Douaumont. Impressionné par l'exemple des Grecs d'Homère proclamant qu'en se battant, ils n'ont pas de haine, eux qui pouvaient voir en l'adversaire de la veille Montherlant, Service inutile, Essais, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, 633-635 ; Mors et Vita, ibid., 555., Montherlant restera fidèle toute sa vie à ces valeurs de respect pour l'adversaire qui a loyalement accompli son devoir : aussi souhaite-t-il que l'Ossuaire soit dédié , et donc aussi du soldat allemand, Préface de Pierre Sipriot aux Essais, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, XXIX..
Patriote sans être nationaliste, il décrit dans Le Songe, paru en 1922, le courage et l'amitié des combattants. De 1920 à 1925, il se tourne vers le sport, notamment l'athlétisme, la tauromachie, l'équitation et le football, et fréquente les stades, où il renoue avec la fraternité des tranchées. Avec Les Olympiques en 1924, il évoque Préface de Montherlant aux Olympiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1975, 227.. La même année paraît Chant funèbre pour les morts de Verdun, écrit comme un acte de piété . Il oppose les valeurs de la , que les soldats vivent sur le champ de bataille, à celles de la Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun, Bibliothèque de la Pléiade, 1963, 183..
« Crise des voyageurs traqués » vignette|gauche|Lithographie de Robert Delaunay pour une édition de La Relève du matin (1928). Ces œuvres, en lui apportant la notoriété, lui en retirent aussi le goût : l'attrait du bonheur et de la vie devient plus fort que tout, et, selon sa propre expression, il . Laissant ses biens mobiliers au garde-meubles, il quitte la France le pour l'Italie, le Maroc espagnol et surtout l'Espagne. En amateur passionné des civilisations du Bassin méditerranéenMontherlant, Un voyageur solitaire est un diable, Essais, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, 335-457., principalement celle de la Rome antique, de l'Espagne, et des Arabes, il va errer dans leurs contrées jusqu'en 1932, s'adonnant à ses plaisirs et à ses sports favoris. C'est ainsi qu'à la fin de 1925, dans un élevage près d'Albacete, il est renversé par un taurillon, et le coup de corne qu'il reçoit taillade la périphérie de son poumon. Victime d'une fièvre typhoïde et de deux congestions pulmonaires, il passe quatre mois de 1926 dans des maisons de santé, et entre en convalescence à Tanger.
Dès 1925, le jeune Montherlant traverse une crise qui est pour une part une crise de satiété sensuelle : Mais elle se double aussi d'une crise métaphysique : pourquoi vivons-nous ? et à quoi bon ?
Parti pour se livrer au détachement, il accumule les renoncements pour mieux se forger une existence tout entière de travail, lecture et réflexion, délivrée de tout ce qui n'est pas l'essentiel. , selon ses propres termes, il renonce à la vanité sociale, ce Montherlant, avant-propos à Service inutile, Essais, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, 575-576.. Il renonce à l'ambition et à l'idée de faire carrière ; il renonce à l'action, tenue dès cette époque pour ; il renonce au désir d'argent et aux intérêts du monde ; il renonce enfin au mariage. Sur le plan spirituel, il abandonne : désormais, il se tiendra à l'écart de la religion mais en la respectantMontherlant, Essais, Avant-propos à Service inutile, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, 577.. Quant à la violence du fort sur le faible, de l'Européen sur l'indigène, qu'il constate en Afrique du Nord, elle a pour effet de le dégoûter de toute violence pour la vie.