Le suisse est un régiment suisse au service de l'armée française du Premier Empire.

Il est créé en 1805 à la suite d'une capitulation entre la Confédération suisse et la France. Après avoir séjourné longuement en Italie et dans le royaume de Naples, où il participe à la bataille de Maida en 1806, le régiment prend part à la campagne de Russie au sein de la Grande Armée en 1812. Au cours des opérations, le suisse est le plus souvent tenu en réserve mais joue un rôle important lors des deux batailles de Polotsk et lors du franchissement de la Bérézina.

En dépit des très lourdes pertes subies en Russie, des éléments du régiment servent encore aux côtés des forces françaises jusqu'à l'abdication de Napoléon en 1814.

Historique Formation

La capitulation signée entre la France et la Suisse le comporte plusieurs articles portant sur la création de nouveaux régiments suisses au service de la France. Ceux-ci, au nombre de quatre, doivent fournir hommes à la solde des Français. Il faut cependant attendre pour que l'empereur français Napoléon ordonne par décret la réorganisation des troupes suisses. Ne sont conservées que trois demi-brigades, issues des six demi-brigades d'origine de la Légion helvétique, qui fusionnent à leur tour pour donner naissance, le , au régiment suisse. La demi-brigade helvétique, alors stationnée à La Rochelle, y est dissoute le afin de constituer le bataillon du nouveau régiment. Le bataillon est formé un mois plus tard à Livourne à partir de la demi-brigade helvétique. Quant à la demi-brigade helvétique, en garnison à Bastia, ses éléments sont répartis entre le et le bataillon le ..

Napoléon s'occupe personnellement de la formation des régiments suisses et demande que les autorités françaises et non suisses procèdent à la sélection des officiers et des soldats, se réservant pour lui-même la nomination des officiers au-dessus du grade de major. C'est également à l'Empereur qu'il revient d'approuver la désignation des officiers des compagnies de grenadiers d'après une liste de noms établie par le colonel-général des Suisses (une dignité impériale conférée en 1807 au maréchal Jean Lannes). Soucieux d'empêcher la Confédération des XIX cantons de développer des institutions militaires susceptibles de détourner les volontaires de ses propres régiments suisses, Napoléon interdit la création d'académies d'état-major suisses et limite les forces nationales à hommes sous la forme d'une milice d'autodéfense.

Quoique composés en majorité d'anciens soldats des demi-brigades helvétiques récemment dissoutes, les bataillons du suisse sont dispersés, à l'époque de la création de l'unité, entre l'Italie du Nord, la Corse et l'île d'Elbe, à telle enseigne que le régiment n'est considéré comme opérationnel que le ; son effectif est alors de seulement hommes mais est progressivement augmenté dans les mois suivants par des détachements de renfort en provenance de Suisse.

Campagnes et batailles

En Italie et dans le royaume de Naples

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En 1805, le bataillon du régiment suisse, sous les ordres du chef de bataillon Louis Clavel, est détaché à l'aile droite de l'armée d'Italie, commandée par le général Gouvion-Saint-Cyr. Intégré à la division du général Reynier, son effectif au est de 573 hommes.. C'est dans ce contexte qu'il participe à la bataille de Castelfranco Veneto, au cours de laquelle trois de ses officiers sont blessés.

Le bataillon participe l'année suivante à l'invasion de Naples, toujours au sein de la division Reynier. Le , il est engagé à la bataille de Maida face au corps expéditionnaire britannique du général John Stuart. Vers la fin de la bataille, alors que la déroute de l'aile droite française est consommée, les Britanniques confondent le suisse avec le régiment suisse de Watteville, en service dans l'armée anglaise, du fait de leur uniforme presque identique. Ce faisant, les highlanders du régiment d'infanterie laissent le suisse s'avancer à très courte portée et essuient de la part de ce dernier une décharge de mousqueterie très meurtrière qui ne fait qu'accroître la confusion, le se croyant victime du feu ami. Les soldats britanniques ne se rendent compte que tardivement de leur méprise et doivent battre en retraite. Le se reforme cependant et repousse les Suisses sur la brigade Digonet, avec laquelle le suisse se replie lentement et en bon ordre.

Après la fin de la bataille, le suisse, conjointement avec le régiment d'infanterie légère, le régiment de chasseurs à cheval et une batterie de quatre canons de six livres, est chargé de couvrir la retraite de l'armée. Sur 600 hommes engagés, les Suisses perdent 82 tués ou blessés et 55 prisonniers. Ces chiffres sont toutefois sujets à caution dans la mesure où les rapports officiels britanniques font état de 102 prisonniers suisses capturés à Maida. Les pertes des officiers s'établissent à un tué, un mortellement blessé et quatre blessés, parmi lesquels le chef de bataillon Clavel. Secouru par le régiment britannique de Watteville et échangé contre des prisonniers français, il finit par succomber à ses graves blessures le , deux ans après Maida.

À la suite du désastre de Maida, la population de Calabre, demeurée particulièrement fidèle à la cause des Bourbons malgré la création récente du royaume de Naples sous influence française, se soulève contre le roi Joseph Bonaparte. Le , le régiment et le reste de l'armée de Reynier, affamés et assoiffés, traversent au cours de leur retraite le village de Marcellinara. À leur grande surprise, ils y sont reçus avec enthousiasme par les habitants qui, trompés là encore par les uniformes rouges des Suisses, les accueillent aux cris de « Vive les Britanniques » et de « Mort aux Français ». Les Suisses mettent fin à l'imbroglio en tirant sur la foule et le village est mis à sac.

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Originellement destiné à faire partie de l'armée de Naples, le bataillon du régiment est détourné de cette affectation pour combattre une importante insurrection de paysans italiens à Parme, Plaisance et dans la vallée de la Trebbia en . Ce soulèvement de plus de habitants révoltés par les exactions des forces d'occupation françaises préfigure le type de combats que les Suisses s'apprêtent à devoir disputer en Calabre. Le bataillon arrive finalement à Naples en , suivi de près par les et bataillons. Alors que le bataillon reste cantonné à Naples afin de combler les pertes subies à la bataille de Maida, les trois autres bataillons prennent dès 1807 une part active aux tentatives des Français de pacifier la Calabre une bonne fois pour toutes.

Tout au long de la campagne de Calabre, le régiment suisse révèle son efficacité dans la lutte contre les bandes de partisans. Le bataillon se distingue ainsi lors du siège de Crotone, à la fin du mois de juin, à l'issue duquel deux de ses officiers se voient décerner la Légion d'honneur. Son efficacité sur le terrain est telle que le roi Joseph prend des dispositions pour transférer le suisse à sa propre armée napolitaine alors balbutiante, ce en quoi il parvient à obtenir l'aval de Napoléon. Une convention est négociée à cet effet en mais n'est ratifiée par l'ensemble des gouvernements cantonaux suisses qu'en , date à laquelle Joseph a déjà accepté d'abandonner la couronne de Naples pour celle d'Espagne. Son successeur, le roi Joachim Murat, perçoit quant à lui l'admission d'étrangers au sein de ses troupes comme une insulte faite à ses nouveaux sujets, de sorte que le projet est abandonné.

Cette situation n'empêche pas Murat de continuer à utiliser le régiment dans le cadre de ses opérations militaires. Les grenadiers, les voltigeurs et l'artillerie de bataillon du régiment font ainsi partie du contingent d'élite qui, en , s'empare de l'île de Capri et capture la garnison britannique commandée par le général Hudson Lowe. L'année suivante, le suisse joue également un rôle important dans la défense de Capri et de plusieurs installations côtières vulnérables. Si ces affrontements occasionnent quelques pertes au sein du régiment, un adversaire bien plus dangereux est le paludisme, endémique des environs de la baie de Naples, qui cause la mort de près de 800 hommes (dont certains préfèrent se suicider plutôt que de continuer à subir les effets débilitants de la maladie).

En 1810, les et bataillons, les compagnies d'élite des et bataillons (grenadiers et voltigeurs) et la compagnie d'artillerie régimentaire sont incorporés aux troupes que Murat a massées au cours du mois d'août dans le secteur de Reggio de Calabre en prévision de l'invasion de la Sicile. L'opération est finalement abandonnée après la capture en masse de deux bataillons napolitains débarqués sur les côtes siciliennes, et les différentes entités du suisse sont alors dispersées dans diverses garnisons et affectations du sud de la Calabre. Ce n'est qu'en que le suisse quitte l'Italie pour rejoindre, après plus de cinq années d'absence, le gros des forces françaises qui se préparent à envahir la Russie.

Campagne de Russie

Préparatifs

vignette|Trajet accompli par le régiment suisse pour rejoindre la Grande Armée en Russie (les frontières indiquées correspondent aux délimitations actuelles).

Alors que la Grande Armée de Napoléon se rassemble à l'est du duché de Varsovie, le besoin d'augmenter le potentiel militaire des troupes suisses devient nécessaire aux yeux de l'Empereur, qui déclare : . Sur les instances du souverain, des dispositions sont prises pour porter tant bien que mal l'effectif des régiments suisses à leur maximum théorique et parfaire leur organisation. En conséquence, tout au long de l'année 1812, les unités suisses sont progressivement reconstituées et dotées chacune d'une nouvelle compagnie d'artillerie régimentaire, soit deux canons de campagne de 3 livres par compagnie.

De plus, la convention régissant les quatre régiments suisses est renégociée, conformément aux intentions de Napoléon pour qui l'existence de quatre régiments plus petits mais complets est préférable à quatre régiments plus puissants mais ne respectant jamais l'effectif prescrit. Ainsi, le contingent suisse global est réduit à hommes tandis que la composition des régiments est modifiée : chaque régiment suisse comprend désormais un état-major, trois bataillons d'active, un demi-bataillon de dépôt et une compagnie d'artillerie régimentaire ; dans le même temps, chaque bataillon d'active est formé d'une compagnie de grenadiers, de quatre compagnies de fusiliers et d'une compagnie de voltigeurs, fortes chacune de 140 hommes.

En vertu de l'article 9 des nouvelles conventions, le gouvernement suisse est tenu de fournir chaque année un contingent de remplaçants afin de compenser l'attrition, un renfort annuel de soldats supplémentaires étant prévu en cas de résurgence des hostilités en Allemagne ou en Italie.

En 1812, à la lumière des changements intervenus l'année précédente, le suisse est restructuré en deux bataillons d'active, pour un effectif total de hommes. Quoique pourvu à cette époque de seulement deux bataillons, il est le plus important des régiments suisses, suivi de près par le régiment avec ses hommes répartis en trois bataillons. Au commencement de la campagne de Russie, tous les régiments suisses sont réunis pour la première fois au sein du corps d'armée du maréchal Oudinot. Les et suisses servent à la brigade du général Jacques Lazare Savettier de Candras, laquelle fait partie de la division du général Merle avec les brigades Coutard ( suisse et de ligne) et Amey ( suisse et régiment provisoire croate).

Première bataille de Polotsk

vignette|Scène de la première bataille de Polotsk, le 18 août 1812.