thumb|Les thèmes de l’Empire byzantin en 780.|350x350px
La dynastie isaurienne (aussi appelée dynastie syrienneOstrogorsky (1983) ) est une dynastie de l'Empire Byzantin qui comprit cinq empereursDurant son règne, l’impératrice Irène utilisera le titre de basileus (Βασιλεύς) et non celui d’Augusta, de Léon III l’Isaurien en 717 au renversement d’Irène l'Athénienne en 802. Elle doit son nom à l'Isaurie, une région traditionnelle de l'Anatolie.
Les empereurs de cette dynastie défendent avec succès les frontières de l’empire contre les forces du califat omeyyade puis abbasside après les premières conquêtes musulmanes, mais subissent en Europe maintes défaites contre les Bulgares. Ils perdent également l’exarchat de Ravenne et leur influence sur l’Italie et la papauté, cette dernière se tournant vers les Francs.
On associe surtout cette dynastie à la période iconoclaste de l’Empire byzantin au cours de laquelle les empereurs iconoclastes interdiront le culte des icônes et ordonneront la destruction systématique des images représentant le Christ ou les saints, s’en prenant également aux moines fervents défenseurs des icônes.
À la fin de la dynastie en 802, les Byzantins doivent lutter contre les Arabes et les Bulgares, la situation étant rendue plus complexe encore lorsque le pape Léon III couronne à Rome le roi des Francs Charlemagne en tant qu'Imperator Romanorum (empereur des Romains), une titulature nouvelle qui ruine le monopole impérial que Constantinople détenait depuis 476.
Toile de fond
La dynastie des Héraclides () avait dû affronter une période de profonds bouleversements tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’empire. L’empire des Justiniens avant eux était encore le digne successeur de Rome, dominant la mer Méditerranée et héritière de la civilisation urbaine qui caractérisait l’Antiquité tardive. Ce monde fut ébranlé sous les Héraclides par une vague d’invasions qui devait se solder par la perte d’une bonne partie des possessions byzantines, un effondrement financier, des épidémies de peste qui dépeuplèrent les villes pendant que diverses querelles religieuses et politiques affaiblissaient le pouvoir.
À la fin de la dynastie, l’empire présentait un visage bien différent de celui que lui avait donné Héraclius au début du : les campagnes étaient maintenant plus importantes que les villes et l’empire, après avoir perdu ses possessions d’Italie et d’Afrique du Nord, était engagé dans un long combat avec le califat musulman à l’Est, avec les Bulgares et les Slaves au nord. Toutefois, il était aussi devenu plus homogène, la langue grecque, dominante sur tout son territoire, avait remplacé le latin et la querelle monophysite s’apaisait. L’agitation religieuse devait toutefois reprendre sous une autre forme, l’iconoclasme, qui marquera la dynastie suivante, celle des Isauriens.
Les années qui suivirent la déposition de Justinien II furent marquées par le chaos. Philippicos (711-713) ranima les controverses christologiques et se fit le champion du monothélisme, condamné trente ans plus tôt, faisant détruire la représentation du Concile dans le palais impérial, geste annonçant déjà l’iconoclasmeOstrogorsky (1983) . Le khan des Bulgares, Tervel, décida de venger son ancien ami, Justinien II, et traversa la Thrace pour se présenter sous les murailles de Constantinople. Ce sur quoi, les troupes de l’Opsikion se révoltèrent : Philippicos fut renversé en . Son successeur fut le chef de la chancellerie impériale, Anastase II (713-715); celui-ci se hâta de rétablir l’orthodoxie à l’intérieur et de prendre des mesures défensives contre les ennemis extérieurs anxieux de profiter de la situation. L’Espagne wisigothe avait été conquise en trois ans par les Arabes (711-714) et le calife Al-Walīd planifiait une grande attaque, par terre et par mer, contre ConstantinopleCheynet (2006) Ostrogorsky (1983) . Mais les troupes qui devaient attaquer la flotte du calife, concentrées à Rhodes, se révoltèrent appuyées par celles de l’Opsikion et toutes deux proclament empereur un percepteur d’impôt qui prit le nom de Théodose III ( – )Treadgold (1997) . Après six mois de résistance, Anastase décida d’abdiquer et de se retirer dans un monastère.
Léon III l’Isaurien (717 – 741)
thumb|left|Solidus de Léon III avec au revers son fils et successeur, Constantin V.
Né vers 680 à Germanicia (aujourd'hui Kahramanmaraş, dans le sud-est de la Turquie), Léon qui aurait d'abord porté le nom de Conon Il est appelé « Konon » ou « Konon l'Isaurien » dans les Parastaseis suntomoi chronikai (Brèves notices historiques), un document datant du . était issu d'un milieu modeste et fut enrôlé encore jeune dans l’armée par son père. En 711, Justinien II le mit à la tête d'une modeste expédition pour rétablir le contrôle byzantin sur le royaume de Lazique et l'Abasgie. Celle-ci fut un succès et après sa prise de pouvoir en , Anastase le nomma stratège du thème des Anatoliques.
Après l'abdication forcée d'Anastase II en , Léon refusa de porter allégeance au nouvel empereur, Théodose III (715 – 717), et fut rejoint dans sa sécession par Artabasde, stratège des Arméniaques, à qui il promit la main de sa fille et le titre de curopalateNorwich (1989) . En 716, il négocia avec les Arabes en route vers Constantinople pour qu’ils évitent de passer par Amorium, capitale du thème des Anatoliques; en juillet, d'accord avec Artabasde, il se fit proclamer empereur. L'hiver suivant, il se dirigea vers Constantinople en passant par Nicomédie, où il fit prisonnier le fils de Théodose III. Des négociations s’ensuivirent au terme desquelles Théodose III accepta d'abdiquer et de se faire moine avec son fils. Léon put alors faire son entrée dans la capitale le Bréhier (1969) Ostrogorsky (1983) Cheynet (2006) .
Dès son arrivée au pouvoir, le nouvel empereur fut confronté au siège de Constantinople par Maslama ben Abd al-Malik. Prévoyant une telle possibilité, l’empereur Anastase avait fait relever les défenses de la ville, accumuler des vivres pour trois ans de siège et avait fait construire un mur reliant la mer de Marmara et la mer Noire à soixante-cinq kilomètres au nord de Constantinople. Mais, terrassés par la peste qui ravagea leurs rangs au cours d’un hiver particulièrement difficile, leur flotte en bonne partie détruite par le feu grégeois des Byzantins et attaqués sur leurs flancs par les Bulgares, les Arabes durent lever le siège au cours de la deuxième année Cheynet (2006) Treadgold (1997) Ostrogorsky (1983) .
Léon III put ainsi consacrer les années qui suivirent aux questions de politique intérieure. Déjà, pendant le siège, il avait dû faire face à une rébellion en Sicile où le stratège Sergios, croyant la capitale perdue, avait fait proclamer empereur, sous le nom de Tibère IV, un aristocrate nommé Basile. L’année suivant le siège, l’ancien empereur Anastase II tenta de recouvrer son trône en s’alliant avec les Bulgares et le comte de l’Opsikion, tentative vite réprimée Bréhier (1969) . En 720, pour éviter toute nouvelle tentative de ce genre, Léon fera proclamer son jeune fils Constantin co-empereur.
Pour rétablir la prospérité dans les provinces dépeuplées ainsi qu’à Constantinople qui avait également subi les reliquats de la peste qui s’était déclarée dans l’armée arabe, il transporta de gré ou de force des populations venant d’Asie mineure . Il divisera certains thèmes trop vastes comme celui des Anatoliques en créant le thème des Thracésiens, de même que celui de l’Opsikion en créant celui du Bucellarion; le thème maritime des Caravisiens pour sa part fut fractionné avec la création du thème des CibyrrrhéotesOstrogorsky (1983) . Lors du couronnement de son fils, il créa une nouvelle monnaie d’argent, le miliaresion, modelée sur le dirham arabe et comblant le vide entre le nomisma d’or et le follis de cuivreTreadgold (1997) . Enfin, en 726, il promulgua un code juridique, l’Éclogue, ou « Choix des Lois », tiré du Corpus Juris de Justinien, mais rendu plus clair et adapté au climat social de son temps, en plus de pouvoir être lu par tous, étant rédigé en grecBréhier (1969) Ostrogorsky (1983) .
thumb|right|Miniature du Psautier Chludov () montrant Jean le Grammairien détruisant une image du Christ (musée historique d'État, Moscou).
Au moment où Léon III prit le pouvoir, l’empire avait subi défaite après défaite. Selon les habitudes du temps, l’empereur pensa qu’il s’agissait du courroux divin et chercha comment l’apaiser. Son premier geste fut, en 722, de forcer les Juifs et les Montanistes à se faire baptiser Bréhier (1969) . Cela n’empêcha pas les Arabes de ravager Iconium l’année suivante et de terminer la conquête de l’Arménie Treadgold (1997) . Ses conseillers le persuadèrent alors que ces malheurs trouvaient leur cause dans la vénération de certaines icônes auxquelles on attribuait un caractère miraculeux. Déjà interdite chez les Juifs, la reproduction anthropomorphique avait aussi été prohibée en 721 par le calife Yazid II comme contraire à l’islam. Au sein même de l’Église, certains évêques d’Orient avaient interdit ce culte comme idolâtrique.
L’empereur se mit à prononcer des sermons afin de convaincre le peuple de délaisser ce culte. Son premier geste concret fut d’envoyer un détachement de soldats retirer une image du Christ qui se trouvait au-dessus de la porte de bronze (Chalkè) à l’entrée principale du palais. Cette image jouissait d’une grande popularité dans la population. La réaction de la foule fut immédiate : l’officier fut lynché par la populace et la révolte gronda en Grèce. Bien que rapidement matée, cette mini-révolution montrait la différence d’opinion existant entre les provinces européennes, qui avaient toujours été favorables aux images, et celles d’Asie mineure, qui leur étaient hostiles Ostrogorsky (1983), Treadgold (1997), .
À partir de ce moment, la population se divisa entre iconoclastes (εικονοκλάσται, littéralement « briseurs d’images ») et iconodoules (εικονόδουλοι, littéralement « serviteurs des images »). Léon III réagit avec circonspection : ce n’est qu’en 730, soit quatre ans plus tard, après avoir cherché à négocier avec le pape Grégoire II et le patriarche Germanos, qu’il se résolut à publier un édit qui ordonnait la destruction de toutes les images saintes. Le patriarche, qui demeurait totalement hostile à la position impériale, fut démis de ses fonctions et remplacé par un de ses subordonnés, Anastase, tout disposé à se soumettre à la volonté de l’empereur. L’iconoclasme devenait la doctrine officielle de l’ÉtatOstrogorsky (1983), Treadgold (997), .
Le pape Grégoire III condamna cette doctrine, ce qui provoqua non seulement une rupture religieuse, mais également une rupture politique : Léon III répondit à la condamnation papale en détachant de Rome les évêchés grécophones du sud de l’Italie, de Sicile et de Calabre ainsi que ceux d’Illyrie et de l'ouest de la Grèce actuelle pour les rattacher au patriarcat de Constantinople. De plus, il enleva au Siège de Rome les revenus des patrimoines pontificaux de l’Italie du sud pour les attribuer à l’empireOstrogorsky (1983), Treadgold (1997), . Toutefois, si les biens matériels des iconodoules furent confisqués et le patriarche démis de ses fonctions, il n’y eut pas de violence physique contre les personnes.
La situation devait changer avec le décès de Léon III et l’avènement de son fils Constantin V qui n’avait ni la prudence, ni la modération de son père.
Constantin V (741 – 775)
thumb|left|Soldats détruisant une église iconodoule sous l’ordre de Constantin V (Chronique de Mannasès, ).
Ce n’est toutefois que dix ans après son avènement que Constantin V consacre son attention à la question religieuse ; en effet, les premières années de son règne sont monopolisées par les ennemis extérieurs de l’empire.