Louis Henri Forain, dit Jean-Louis Forain, Jean Forain ou Louis Forain, né le à Reims et mort le à Paris, est un peintre, illustrateur et graveur français.

Biographie Jeunesse et formation, de 1852 à 1876 Né le à Reims., fils d'un peintre en bâtiment, Jean-Louis Forain s'établit à Paris vers les années 1860 et étudie la peinture et le dessin auprès de Louis Jacquesson de la Chevreuse, Jean-Baptiste Carpeaux et André Gill. Entré à l'École des beaux-arts de Paris, il a pour professeur Jean-Léon Gérôme.

Durant la guerre de 1870, il est amené à participer, à l'âge de dix-huit ans, à la Commune de Paris comme chargé du service des voitures à la préfecture de police, rue de Jérusalem, quai des Orfèvres. Durant la Semaine sanglante et la répression Versaillaise, il n'est pas considéré comme un communard armé et est laissé en liberté..

Par la suite, il devient l'ami de Paul Verlaine et d'Arthur Rimbaud. Il habite avec ce dernier dans une chambre louée par Verlaine à Paris, rue Campagne-Première, de janvier à . À cette époque on le surnomme Gavroche.. Il servira également de messager entre Verlaine et Rimbaud, leur permettant de se domicilier chez lui pour leurs envois de lettres aimantes ou « martyriques »..

Bientôt il est un familier des salons de Nina de Callias et de la comtesse de Loynes, où il croise les écrivains Maurice Barrès, Paul Bourget, et fréquente Edgar Degas et Édouard Manet.

Le début de sa carrière d'illustrateur et de peintre, de 1876 à 1891 vignette|Le peintre Forain et sa femme dans son atelier en 1891, photographie anonyme, Paris, musée d'Orsay.|gauche|310x310px Il débute comme illustrateur en 1876 dans la revue La Cravache parisienne et publie quelques caricatures dans différents journaux tels que Le Scapin en 1876, puis La Vie moderne, Le Monde parisien et La République des lettres, où il fait preuve d’une ironie pleine de verve. Découvrant le monde de l'opéra avec ses danseuses et ses abonnés, il en fait son thème de prédilection.

Il commence sa carrière de peintre aux côtés des impressionnistes avec qui il participe à quatre plusieurs expositions (1879, 1880, 1881 et 1886).

Son tableau Le Buffet, qui montre une réception mondaine, est reçu au Salon des artistes français de 1884. Le Veuf est également accepté au Salon de 1885. Dans les années 1885 et 1886, il fréquente le café-restaurant Au Tambourin au 62, boulevard de ClichyLa Gazette de Montmartre, , , .. Il est très proche de son aîné Degas, qui, évoquant ses futures funérailles, dira un jour : .. Degas, volontiers cinglant, dira aussi à propos d'une Danseuse de Forain : Pierre Mouliet, « Les petits Salons. Le Salon des Indépendants (1903) », Notes d'art et d'archéologie. Revue de la Société de Saint-Jean, quinzième année, Paris, Lyon, Emmanuel Vitte éd., 1903, (en ligne sur archive.org).

À partir de 1887, Le Courrier français lance Forain en publiant régulièrement ses dessins satiriques et, en 1891, débute sa collaboration avec Le Figaro qui durera . De nombreux journaux tels L'Écho de Paris, le New York Herald, le Journal amusant, Le Rire, Le Temps, L'Assiette au beurre, Le Gaulois se disputent également son esprit caustique. Il explique dans Le Fifre, son propre journal lancé en 1889Quinze numéros du au ., qu’il veut ..

En 1891, Forain épouse la portraitiste Jeanne Bosc.

Le satiriste politique, de 1892 à 1914 vignette|redresse|Au départ de l'excursion des touristes de la course Paris-Berlin en 1901, Paris, BnF.|gauche Avec le boulangisme, le scandale de Panama, et l’affaire Dreyfus, Forain se détourne de la satire sociale et s’oriente progressivement vers la satire politique contre les « turpitudes » de la Troisième République. Il fréquente à cette époque le salon de la comtesse de Martel. Le polémiste se déchaîne dans le Psst…!., journal anti-dreyfusard et antisémite qu’il fonde en 1898 avec Caran d'Ache et le soutien actif d'Edgar Degas et Maurice Barrès. Le guide Paris-Parisien, qui le considère en 1896 comme une , le décrit comme un ..

vignette|redresse|« Doux pays – Le péril clérical », croquis pour L'Écho de Paris, publié dans Le Pèlerin en 1902.

En 1900, en ami fidèle de J.-K. Huysmans, il retrouve la foi catholique de son enfance et participe à plusieurs pèlerinages à Lourdes.. Il présente son assistant Jean de Caldain à Huysmans, qui devient son secrétaire Lucien Descaves , Les dernières années de J.-K. Huysmans, — Bibliothèque numérique romande..

Forain fait désormais partie du Tout-Paris. Il a sa loge à l'opéra ., sa table chez Maxim's, sa place à l'hippodrome et son atelier au 30 bis, rue Spontini dans le de Paris).. Il est membre de cercles sélects comme le Jockey Club et l'Automobile Club de France (ACF).. Passionné de mécanique, il participe en 1901 avec sa voiturette Bertrand à l'excursion des touristes qui précède et accompagne la course de vitesse Paris-Berlin organisée par l'ACF. Une panne mécanique le contraint à abandonner.

Jean-Louis Forain face au conflit mondial, de 1914 à 1918 vignette|"Vu du front", Jean-Louis Forain, Nanterre, La Contemporaine|gauche Son premier dessin sur le conflit paraît le dans Le Figaro, après qu’on lui ai plusieurs fois refusé de se rendre sur le front comme correspondant de guerre.

Pendant la Première Guerre mondiale, il exalte le patriotisme de ses contemporains dans L’Opinion, Le Figaro et Oui avec des légendes telles que , parue le ..

Au début du conflit, le peintre et son épouse se replient un temps à Tours, puis à Dieppe où leur fils blessé a été évacué. Jean-Louis Forain s’engage volontairement en 1914, à 62 ans à la suite d’un double évènement : la blessure de son fils au front, qui s’engagera ensuite auprès de l’armée d’Orient, et ce qu’on nomma « le Crime de Reims », soit le bombardement de la cathédrale et l’évêché de la ville d’origine de Forain, Reims, le ..

La section de Camouflage, dont Forain fut inspecteur général, est créé le . Lucien-Victor Guirand de Scévola serait à l’origine des premiers pièges visuels, en dissimulant à Pont à Mousson en , une batterie sous des branchages et des toiles peintes. Cette section de Camouflage dispose d’un atelier parisien, celui des Buttes-Chaumont, où Louis Abel-Truchet forme les camoufleurs ; et de plusieurs ateliers dans le reste du pays (Amiens, Nancy, Noyon…). Cette technique, pivot entre art et technique de combat, s’exporte vers l’Italie, où une équipe française à laquelle appartient Forain se rend pour former des artistes locaux sur le front autrichien. Jean-Louis Forain se rend donc sur le front autrichien du mois d’ à . vignette|194x194px|Portrait de Lucien-Victor Guirand de Scévola dans la tranchée, Jean-Louis Forain, 1915-1918, Huile sur toile, , Nanterre, La Contemporaine|gauche En parallèle de ses activités au sein de la section Camouflage, il poursuit ses activités d’illustrateur de presse. Il publie chaque semaine un dessin dans différents journaux : l’Opinion, Le Figaro et Oui - qui devient l’Avenir de la France en 1919. Il publie 53 dessins pour l’Opinion, à chaque fois en double page centrale. Le premier dessin de Forain publié au sein de cette revue est daté du . Il contribue ensuite très rapidement au Figaro, dès le de la même année, et ce, jusqu’au . Ses dessins sont à chaque fois publiés en page 3.

C’est durant la période de publication au Figaro que Forain va subir la censure étatique : le mercredi , le Figaro doit renoncer à la publication d’un de ses dessins, ce qui est mentionné au moyen d’un encart. Ledit dessin traitait de la création du poste de commissaire des armées, et Forain dénonçait la lourdeur administrative qui découlerait de cette création, ainsi que le manque de connaissance des réalités du front de cette nouvelle classe de fonctionnaire. Le dessin sera cependant tiré, comme la majorité des dessins de presse, à 300 exemplaires sur papier Japon. Cet acte de censure sera même commenté par Georges Clemenceau le dans L'Homme libre.

Enfin, il publie 46 dessins pour Oui, puis 25 dessins après le changement de nom de la revue le , qui devient L'avenir de la France. Dans cette revue, un de ses dessins est publié chaque semaine, souvent en bas de la première page.

Le mercredi , Forain livre son dernier dessin de guerre, qui s’intitule Versailles, 28 juin, et qui occupe la moitié de la première page de la revue.

Ses compositions associent généralement une saynète dessinée à une accroche écrite, souvent en marge. Forain écrit lui-même les légendes. Certaines de ses créations sont largement ironiques, d’autres jouent à contrario sur le ressort de l’émotion. Il dessine régulièrement sans modèles, cependant ses visites courantes sur le front auprès de la section Camouflage lui permettent de nourrir son imaginaire. Cette implication réelle dans le conflit et ces lieux lui permettent de créer une œuvre réaliste, et donc, largement appréciée, notamment des soldats ayant éprouvé le front. L’ensemble de ses compositions est très sobre, on ne peut donc pas qualifier Forain de caricaturiste. Il accorde au vide une place très particulière, qui contribue à créer une ambiance dramatique à ses scènes de combat.

Douze de ses dessins sont édités en carte postale. Les cartes postales seront également éditées en Angleterre. À ce propos, la diffusion en cartes postales fut différée en raison d’une des cartes de la sélection, qui représentait, en date du , un soldat montrant des terres françaises dévastées au président Woodrow Wilson, tout en spécifiant « Qu’est ce que vous diriez, si c’était New-York ? ». À cette période, l’attitude du président Wilson vis-à-vis de l’Allemagne demeure floue, mais six mois plus tard, les États-Unis entrent en guerre, le . Cette saynète, qui n’avait pas courroucé la censure à sa première publication, attire six mois après les affres de cette dernière. L’œuvre fut donc remplacée par un autre dessin..

Outre cela, deux sujets sont tirés sous forme de tracts légendés en allemand pour démoraliser l’ennemi. En , des avions français larguent des feuillets reproduisant notamment La Borne, un dessins publié le dans le Figaro, et Tu as l’air de les plaindre, les Boches ! -Dame, nous au moins on est sûrs que nos vieux mangent, publié le dans le Figaro. C’est le service de la propagande aérienne, créé en par le ministère de la Guerre, qui a la charge de ces largages. On ignore cependant le nombre d’exemplaires qui furent largués.

Jean-Louis Forain s’engage aussi auprès de différentes œuvres de charité, en réalisant des affiches, dont la vente revient auxdites œuvres. C’est le cas pour Le vêtement du prisonnier de guerre, dont la mission est d’envoyer des colis aux prisonniers français et belges en Allemagne qui n’ont pas de famille. Cette association est rattachée au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et le dessin de Forain va être édité en cartes postales et affiches. Ce dessin fut exposé durant l’exposition de 1916 « L’art pendant la guerre ». Pour l’association Le bon feu, une œuvre fondée par Pierre Wolff pour aider les artistes éprouvés par la guerre, il réalise également un dessin. Sur ce dernier, il figure un peintre âgé, grelottant au point de ne plus pouvoir se saisir de sa palette, tandis que sa femme, debout près de lui, observe l’âtre vide de sa cheminée d’un air las.

Il propose également un projet pour une récole de fonds lancée par l'école des Beaux-Arts de Paris pour leurs camarades engagés ou blessés. Pour cette commande de 1917, il propose le dessin Le retour de l’artiste, aujourd’hui conservé au Musée des Beaux-Arts de Reims, œuvre représentant un jeune peintre amputé, le regard las vers une de ses toiles, sûrement peinte avant son engagement. L’œuvre, d’un réalisme glacial, ne fut pas acceptée par les instances de l'École, le sujet étant traité avec une gravité toute particulière.

Durant ces quatre années, que ce soit par son engagement volontaire ou sa production graphique, Jean-Louis Forain se détourne complètement d’autres thématiques traitées antérieurement.