La Compagnie française des Indes occidentales est une compagnie maritime et coloniale française créée en 1664 par Colbert et dissoute en 1674.

C'est par son territoire l'une des plus importantes compagnies européennes fondées au , mais l'une de celles qui auront le moins de succès financier.

Historique Création vignette|Déclaration établissant une compagnie pour le commerce avec les Antilles, 1664. Dès 1633, la Compagnie Rosée Robin avait obtenu un monopole du commerce au Sénégal, en y ajoutant, avec le soutien du Roi Louis XIII qui ne se concrétisera cependant que beaucoup plus tard, sans création d'une société négrière dédiée avant 1673.

En 1663, Jean-Baptiste Colbert commande un rapport à Alexandre de Prouville de Tracy et en 1664 il partage le domaine colonial en deux compagnies publiques, à hauteur du Cap de Bonne-Espérance, créant à l'Ouest la Compagnie française des Indes occidentales, avec une souscription de 4,5 millions de livres, en partie par prélèvement sur les fermiers généraux au renouvellement de leur bail en 1665. À l'Est, c'est la Compagnie française des Indes orientales, pour laquelle Colbert crée la même année de toutes pièces le port de Lorient. La première est censée peupler le Canada, en utilisant les profits de l'économie sucrière aux Antilles, mais le précédent hollandais montre que le commerce des épices en Asie est moins dangereux et plus rentable : la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales a fait faillite dans les années 1640.

Le , un édit royal crée l'équivalent français, au capital de seulement six millions de livres, mais dotée du monopole du commerce avec l'Amérique et l'Afrique. Son sceau représente ses armes, . La chambre de la direction générale siège à ParisDéclaration du Roi portant sur l'établissement de la compagnie des Indes, BNF (Gallica). Elle absorbe le capital de la Compagnie de la Nouvelle-France et celui de la Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal, elles-mêmes dissoutes.

Vocation Louis XIV rachète par la même occasion les ex-dépendances de la Compagnie des îles d'Amérique, afin de la relancer sous la forme publique qu'elle avait en 1626 puis 1635 lorsque le Cardinal Richelieu, Premier ministre, en était l'actionnaire le plus important et le protecteur, en autorisant l'esclavage en 1642.

La vocation de la nouvelle compagnie publique et de son monopole commerciale est aussi d'assurer la paix civile, l'ordre public et la défense de l'intérêt général aux Antilles, où ils ont été sérieusement malmenés depuis une quinzaine d'années.

À partir de 1649-1650, les différents gouverneurs de la Compagnie des îles d'Amérique avaient en effet provoqué sa faillite dans les trois principales îles, en profitant pour récupérer les plantations de sucre à leur propre bénéfice ou celui de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem concernant Saint-Christophe, générant des conflits de propriété et d'héritage dans chacune d'elles.

Dès 1665, sous la pression de Colbert, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem est obligé de céder ses colonies antillaises à la compagnie française des Indes occidentales.

En vertu de la théorie mercantiliste de l'époque et du manque criant de monnaie métallique qui sévit au milieu du , Colbert souhaite aussi assurer au royaume des rentrées d'argent-métal ou même d'or. Il passe ainsi les années 1660 à s'intéresser à un projet de mine d'argent sur l'île de la Dominique, malgré le risque de se brouiller avec les Amérindiens à qui ce territoire a été réservé lors d'un traité signé avec eux en 1660, dans l'espoir de les éloigner des territoires sucriers.

Action de la compagnie en Nouvelle-France (Canada) La Compagnie obtient dès 1665 que le régiment de Carignan-Salières apporte une sécurité contre les invasions iroquoises et contribue au peuplement de la colonie, par l'arrivée de originaires de toutes les régions de France, de la Lorraine au Poitou-Charentes, un recrutement supplémentaire ayant eu lieu durant le trajet.

En 1666, l’intendant Jean Talon organisa le premier recensement, dénombrant alors . Puis, la population de la colonie passa à en 1672, conséquemment aux politiques d’encouragement de la natalité et nuptialité.

En 1667, plusieurs tribus d'iroquois, les Agniers et les Onneiouts, acceptent de conclure la paix. Selon l'historienne Raymonde Litalien : « Colbert souhaitait passer de la fraternisation et des alliances politiques à une véritable fusion des races et des civilisations, idée qui se heurte à des réticences : les Canadiens craignent de perdre leurs privilèges, la toute-puissante Église trouve que ses fidèles ont déjà suffisamment adopté de mœurs indiennes et le roi lui-même ne voit pas d'un bon œil que les « sauvages » deviennent des sujets à part entière. Finalement, le gouverneur général Denonville démontre au ministre Seignelay le (peu après son arrivée) que l'on ne peut franciser les IndiensDu Québec à la Louisiane, sur les traces des Français d'Amérique, Géo Histoire. »

Charles Aubert de La Chesnaye, négociant de fourrures à Tadoussac entre 1663 et 1666 est nommé commis général de la Compagnie en 1666 et jusqu'en 1669, date à partir de laquelle, il quitte la compagnie pour une exploitation forestière (au lac Saint-Jean), une briqueterie et un long séjour à La Rochelle, qui lui permet d'établir des relations commerciales avec plusieurs pays européens et de devenir propriétaire de plusieurs navires..

À son retour au Canada Charles Aubert de La Chesnaye obtiendra peu après la dissolution de la compagnie, à partir de 1675 et jusqu'en 1681, les droits de la Compagnie de la Ferme d'Occident et de son ami Jean Oudiette, détenant ainsi le monopole des fourrures de castor, qui constituent la première richesse à l'exportation du Canada. En 1672, l'intendant Jean Talon lui concède, conjointement avec deux autres associés, la seigneurie de Percé qui doit servir de port d'attache aux bateaux de pêche. Il reçoit la seigneurie de Rivière-du-Loup le . La Chesnaye achète aussi la moitié des fiefs de Saint-François et de Saint-Jean (1677), les seigneuries de Le Parc, à l'est de Rivière-du-Loup (1675), et l'île aux Lièvres (1677).

Une politique contestée dans les Antilles thumb|Croquis d'un moulin à sucre avec des esclaves au travail et des administrateurs de la Compagnie des Indes occidentales en 1667. L'action dans les Antilles sera la plus critiquée par les colons et les négriers. Les erreurs sont constatées dès le début en 1664 : comme ce fut le cas pour l'équivalent hollandais en 1621, les nouveaux actionnaires sont recrutés de force et les directeurs ne connaissent rien du monde colonial.

Cette Compagnie des Indes occidentales est censée rapporter de l'argent au Royaume sans en dépenser trop ni s'attirer d'ennui, dans le cadre d'une réforme fiscale. La création d'une taxe de 3 % sur toutes les marchandises venant d'Amérique, qui apporte 4 millions de livres par an, est souvent contestée et s'ajoute à une taxe sur les redevances seigneuriales perçues dans les colonies. L'interdiction de commercer avec l'Etranger rend sa tâche très difficile.

Les plaintes les plus acerbes des colons des Antilles contre elle concernent l'approvisionnement en esclaves, qui manque de bateaux et de personnel spécialisé, selon eux, alors que les opérateurs privés avaient auparavant réussi, et que la France exportait déjà du sucre en 1665, lors de la création de la compagnie.

Le résultat en est que la déportation des esclaves africains vers les Antilles françaises, qui s'était intensifiée au début des années 1650, .

Après quatre ans d'existence, les grandes difficultés de la compagnie des Indes occidentales se reflètent dans l'arrêt royal du , qui insiste sur la nécessité d'importer plus d'esclaves et supprime l'impôt de 5 livres sur chaque esclave transporté d'Afrique vers les Antilles.

Son monopole commercial aboutit à des prix de revente du sucre prohibitifs par rapport aux concurrents anglais des îles anglaises de la Barbade et de la Jamaïque, qui augmentent leurs parts de marché en développant l'esclavage. C'est la même chose pour les plantations de tabac également très développées dans les colonies françaises : la seconde partie des années 1660 voient les producteurs de tabac de Virginie, principaux concurrents, monopoliser le marché mondial. De ce fait, les colons français des Antilles, qui se livrent à la contrebande avec les Hollandais.

Politique guyanaise

Le premier essor de l'esclavagisme français en Guyane a lieu sur fond de contestation violente par les colons français du monopole de la Compagnie française des Indes occidentales, malgré les courriers des gouverneurs à la Cour déplorant une , à tel point que des historiens considéraient encore en 1960 que la traite des noirs en Guyane n'a été réelle qu'à partir du et au précédent. La colonie a pour vocation d'exporter du roucou, de l'indigo, du coton, du café, de la vanille, des épices et des bois exotiques mais surtout de la canne à sucre, d'abord privée de main-d'œuvre. Moins d'un an après la conquête française de , le navire hollandais du capitaine Vernal n'en livre tout d'abord qu'une fois et dans son rapport de 1666, le gouverneur n'en dénombre que 260 en 1665, dont la cinquantaine héritée des installations hollandaises de 1660, effectif qui va cependant stagner pendant près de dix ans, avant de monter brusquement en 1677 à 1454 esclavesLes Premières Générations d'une société créole : Cayenne 1660 - 1700, William Jennings, Université de Waikato-Hamilton, Nouvelle-Zélande .

Entre-temps, l'Habitation Loyola, fondée par les Jésuites français, finalise en 1668, après la fin de la deuxième guerre anglo-néerlandaise, l'achat de la plantation hollandaise.

Le négrier hollandais Vernal ne reviendra à Cayenne, avec une seconde déportation d'Africains capturés sur la Côte des Esclaves, qu'entre 1669 et . Entre-temps, les colons écrivent des lettres désespérées au Ministère de la Marine pour réclamer des esclaves, déplorant d'en être privés. L'un d'eux, Boulais, en achète 3 à un planteur français des Iles du Cap Vert mais c'est seulement vers 1672 ue la colonie de la presque-île de Cayenne s'étend au continent grâce aux arrivées de travailleurs africains asservis.

Politique africaine

La compagnie récupère le monopole de la traite des Noirs du Sénégal qui appartenait depuis 1658 à la Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal. Mais elle préfère se diversifier pour trouver d'autres sources de revenus. Jusqu'au début des années 1670, Colbert limite ainsi les visées françaises sur les côtes d'Afrique, car il préfère ménager les Hollandais, qu'il cherche à faire venir en France pour créer des manufactures, comme à Abbeville, où est installée en 1665 l'importante la Manufacture royale des Rames, par de riches tapissiers hollandais, la famille Van Robais, et qui comptera à son apogée salariés.

De fait, sur les côtes de Guinée, les rares esclaves que la Compagnie des Indes occidentales achète proviennent de négociants interlopes hollandaisChouin, G. Minor Sources? Two Accounts of a 1670-1671 French Voyage to Guinea: Description, Authorship and Context. History in Africa 31 (2004):133-155. qui eux-mêmes récupèrent des prises de guerre sur les navires espagnols et portugais.