Pierre Taittinger, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un homme politique, industriel et journaliste français.
Figure de la droite nationaliste, il dirige les Jeunesses patriotes dans l'entre-deux-guerres. Entre 1919 et 1940, il est député de Charente-Inférieure puis de la Seine. Il est également conseiller général et maire de Saint-Georges-des-Coteaux (Charente-Inférieure).
Soutien du régime de Vichy après l'armistice de 1940 (c'est un partisan de Pétain depuis 1938), il exerce sous l'Occupation la fonction de président du conseil municipal de Paris en 1943-1944 - un organe non-exécutif car placé sous l'autorité de la Préfecture. Pierre Taittinger déclare avoir oeuvré à ce poste pour éviter la destruction de la capitale française par l'armée allemande.
Inéligible à la suite de la Libération, car il a voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, il redevient maire de Saint-Georges-des-Coteaux en 1953 et est réélu jusqu’à sa mort.
Dans le monde des affaires, il administre plusieurs sociétés. Il est notamment propriétaire de la maison Champagne Taittinger à partir des années 1930 et président-directeur général de la Société du Louvre à partir des années 1950.
Famille et carrière professionnelle
Origines et formation Né dans le , Pierre Charles Taittinger est issu d'une famille lorraine qui quitte la Moselle en 1871 pour rester française. Il est le fils de Pierre Alexandre Taittinger, ingénieur (Présenté comme ancien maire de Saint-Denis. En fait adjoint au maire), et de Caroline Testut, l’une des héritières de l'entreprise Testut . Son père est adjoint au maire de Saint-Denis et administrateur de la société générale des forges et ateliers de Saint-Denis ; mais il démissionne en 1892 à la suite de difficultés rencontrées par l'entreprise, , . Il est ensuite négociant en métaux et minerais à Paris, sans succès (faillite en 1901), , , , , .
Pierre Taittinger suit des études secondaires à Paris, aux collèges Rollin puis ChaptalPierre Taittinger, Et Paris ne fut pas détruit..., NEL, 1956, , mais il interrompt sa formation en 1904. Il devient dès lors employé aux magasins du Printemps, puis effectue son service militaire en 1908-1909Collectif, Les Parlementaires de la troisième république, Publications de la Sorbonne, 2003, .
Vie privée et familiale
vignette|Sépulture de la famille Taittinger au cimetière du Nord de Reims (Marne). Alors lieutenant au régiment de chasseurs à cheval, il épouse en , à Saintes, Gabrielle Guillet (1893-1924), fille de Jules Guillet, maire de Saint-Georges-des-Coteaux, conseiller général, président de la Chambre de commerce de Rochefort et propriétaire d'une maison de cognac, les « cognacs Rouyer-Guillet » . Son beau-père meurt en . Il était président d'honneur de la section de Saintes de la Ligue des patriotes, , . Son épouse meurt en , à 31 ans . Elle fréquentait comme son mari les réunions de la Ligue des patriotes .
Député, Taittinger siège de 1919 à 1924 au groupe parlementaire de l'ARS aux côtés de son beau-frère par alliance depuis , Élysée Frouin, député de la Gironde, issu aussi du bonapartisme.
Pierre Taittinger épouse en secondes noces, en , Anne-Marie Mailly (1887-1986), veuve de guerre . Son témoin est le prince Joachim Murat . Fille d'un officier décédé, sa nouvelle femme avait épousé en premières noces en un jeune officier, le baron Robert Dupérier. Elle était alors membre des Jeunes filles royalistes d'Action française. Son premier mari est mort dans les premiers temps de la Première Guerre mondiale, à 23 ans, dès .
Sa seconde épouse préside dans l'entre-deux-guerres une œuvre sociale des Jeunesses patriotes destinée aux enfants, le préventorium « Louise de Bettignies » installé sur l'île de Ré, et dirige la propagande à Paris de l'Union nationale pour le vote des femmes (UNVF), une association catholique (mais pas confessionnelle) et modérée, située à droite de l'échiquier féministe, revendiquant des droits politiques et civiques égaux pour les femmes ainsi que la protection de la famille et de l'enfant. Elle est membre du comité de la Fédération nationale des femmes à partir de sa fondation en 1928Magali Della Sudda, Gender, Fascism and Right-Wing in France Between the Wars: the Catholic Matrix, in Julie V. Gottlieb (Ed.), “Gender and Fascism”, Totalitarian Movements and Political Religion, vol. 13, issue 2 (Lire en ligne), L’Écho rochelais..
Pierre Taittinger a huit enfants : Guy Taittinger (1918-1978) ; Michel Taittinger (1920-1940) ; élève de l'École polytechnique mort pour la France le à Saint-Parres aux Tertres (Aube), décoré de la Légion d'honneur (à titre posthume) ; François Taittinger (1921-1960) ; Jean Taittinger (1923-2012) ; député UNR-UDR de 1958 à 1973, maire de Reims de 1959 à 1977, ancien ministre, père notamment de Jean-Frantz Taittinger qui a été député-maire d'Asnières-sur-Seine ; Marie-Clotilde Taittinger, née en 1924 ; épouse de Jean Fabius Henrion ; Pierre-Christian Taittinger (1926-2009) ; maire du de Paris (de 1989 à 2008) et sénateur (de 1968 à 1995) ; Claude Taittinger (1927-2022) ; père de Brigitte qui a été président-directeur général des parfums Annick Goutal jusqu’en et qui a épousé Jean-Pierre Jouyet en 2006 ; Colette Taittinger, née en 1928 ; mère de Christophe de Margerie, président de Total de 2010 à 2014.
Pierre Taittinger est enterré à Reims avec sa seconde épouse au cimetière du Nord, près de son fils François (1921-1960).
Carrière professionnelle
Pierre Taittinger est d'abord négociant en vins dans sa jeunesse, travaillant pour des firmes liés à sa famille comme l'Union champenoise, également propriétaire de vins de SaumurGabriel Milesi, Les nouvelles 200 familles, Belfond. Il s'associe à son oncle par alliance dans une société de distribution de champagne.
Député en 1919, il est alors industriel et négociant à Saintes, président du syndicat agricole de l'arrondissement, Recueil des actes de la Commission des arts et monuments de la Charente-Inférieure .
Il administre ensuite, parallèlement à sa carrière politique, diverses affaires industrielles et financières comme la Société des vapeurs français (administrateur dès sa constitution en 1920.), la société navale du Nord (démissionnaire du conseil de ces deux sociétés en 1922), la Société des Forces Motrices de la Vienne (de 1921 à sa démission en 1936), , . ou la société française du chocolat Suchard (filiale de la firme suisse du même nom) à sa fondation en 1930, pour peu de temps. Il siège aussi, dans les années 1930, au conseil d'administration d'une société luxembourgeoise, l'Omnium de concentration financière et industrielle (1930), et de la franco-belge de carrières.Jean Philippet, Le Temps des ligues, op. cit..
Ses adversaires de gauche ont sans surprise critiqué ses fonctions d'administrateur de sociétés, notamment lorsque les firmes en question étaient liées à des entreprises ou investisseurs étrangers, ...
Avec son beau-frère Paul Evêque (installé à son compte en Champagne depuis 1921), il achète à Reims, en 1932, le château de la Marquetterie, qui appartenait à une maison de vins de Champagne, Forest et Fourneaux, acquise également. La raison sociale devient société Taittinger Mailly (du nom de sa seconde épouse) et Cie. La société exploite plusieurs marques (La Marquetterie, Lucien Cliquot, Forest et Fourneaux) avant que la marque Taittinger ne s'impose après la Seconde Guerre mondialeJean Philippet, Le temps des ligues. Pierre Taittinger et les jeunesses patriotes (1919-1944), Presses uni. du Septentrion, 2001, . La société occupe les caves de l'ancienne église Saint-Nicaise de Reims. Il fit restaurer l'hôtel Chastelain, dit des comtes de Champagne, rue de Tambour, qui est classé monument historique et lègue à la ville sa propriété de La Grainetière, à l'île de Ré, devenue colonie de vacances pour les enfants de Reims.
Sous l'Occupation, il est aussi administrateur d'un grand magasin parisien, Le Bon Marché, de à sa démission en , . Son P-DG, Victor Sabre, a collaboré au National en 1939-1940 et il est administrateur des Champagnes TaittingerJean Philippet, Le temps des ligues, op. cit., Taittinger serait administrateur du Bon marché depuis 1938 selon cette source et tous deux seraient administrateurs de Phillips. Sabre est conseiller municipal de Paris en 1942-1944..
Il investit dans l'hôtellerie de luxe après la Seconde Guerre mondiale. Il prend le contrôle en 1955 de la société du Louvre qui possède à Paris les Grands Magasins du Louvre et des hôtels prestigieux comme l'hôtel de Crillon, . Il rachète en 1955 l'hôtel Lutetia. Les salons de cet hôtel ont accueilli des réceptions et des diners-débats de cercles politiques comme l'Union des intellectuels indépendants ou le Centre d'études politiques et civiques.
À sa mort en 1965, il est président-directeur général de la société du Louvre et de l'hôtel Lutetia, vice-président ou administrateur de nombreuses entreprises, parmi lesquelles l'imprimerie Chaix et des brasseries, directeur général de Champagne Taittinger.
Parcours politique
Débuts et Grande Guerre vignette|redresse|Jean-Octave Lauraine, député sortant, victorieux face à Pierre Taittinger aux élections législatives de 1914.
Pierre Taittinger entre en politique avant l'âge de 20 ans, dans le mouvement bonapartiste. Il est successivement membre du comité directeur (1906), , vice-président puis président (1912) de l'Union de la jeunesse plébiscitaire de la Seine, ;. Il souhaite .
Il se présente aux élections législatives de 1914 dans la première circonscription de Saintes, en Charente-Inférieure. Candidat , partisan d'une révision de la Constitution assurant la contre l'omnipotence du Parlement et d'une , il est battu au second tour (46 %) par le député sortant de centre gauche, Jean-Octave Lauraine (54 %), , . Il s'initie en parallèle aux rituels des délibérations parlementaires en étant secrétaire puis vice-président de la conférence Molé-TocquevilleCollectif, Les Parlementaires de la troisième république, Publications de la Sorbonne, 2003, .
Son expérience politique est interrompue par la Grande Guerre. Mobilisé comme maréchal des logis, il est rapidement promu adjudant (), sous-lieutenant () puis lieutenant en . Il est deux fois blessé et revient du conflit mondial avec le grade de capitaine, la croix de guerre, la Légion d'honneur (1920) et plusieurs citationsDossier de la Légion d'honneur de Pierre Charles Taittinger dans la base LéonoreNotice biographique sur le site de l'Assemblée nationale.
Député et élu local Allié par son mariage à une famille influente dans la vie politique de la Charente-Inférieure, président d'un syndicat agricole depuis Mathias Bernard, Les parlementaires de la Seine et leurs mandats provinciaux, dans Collectif, Les Parlementaires de la Seine sous la Troisième République, vol. 1 : Études, Éditions de la Sorbonne, 2001 : Lire en ligne, , ancien combattant décoré, président-fondateur de la section de Saintes de la Ligue des chefs de section, , , membre depuis 1918Gilles Richard, Histoire des droites en France, Perrin, 2017 (chap. 6 - Les droites en guerre contre l’Allemagne. L’impasse du poincarisme 1914-1924) de la Ligue des patriotes (LDP), il est élu député de ce département en , à 31 ans. Il est élu au scrutin de liste, aux côtés notamment d'un autre bonapartiste, Gaston Le Provost de Launay, également candidat en 1914 à Saintes, et de modérés comme Jules Bertrand.
En , Pierre Taittinger est nommé membre du comité directeur de la Ligue des patriotesLa Presse, , .. Il est ensuite désigné vice-président en . Il préside la section de la Ligue de la Charente-InférieureGilles Richard, op. cit. (chap. 8 - Comment encadrer les masses ? Les droites à la recherche de nouvelles formes d’organisation 1924-1934). Il est aussi membre dans la première moitié des années 1920 du comité directeur de la Ligue des chefs de section, une association d'anciens combattants nationalistes et anticommunistes, ,