Le Bastion social est un mouvement néofasciste français, créé en 2017 par d'anciens membres du Groupe union défense (GUD), à Lyon, où se concentrent ses actions. Il s'inspire du mouvement italien CasaPound, avec lequel il entretient des liens. Il a en outre reçu le soutien de certains cadres du Front national. Défendant l'idée de la préférence nationale, le mouvement utiliserait l'aide humanitaire comme vecteur de propagande. Plusieurs de ses dirigeants ont été condamnés pour violences.
La dissolution du groupe est prononcée en Conseil des ministres le .
Historique Fondation et développement Le mouvement Bastion social est composé à sa fondation d'anciens membres du groupe Edelweiss-Savoie de Chambéry, de l'Action française (dont l'ensemble de sa section marseillaise ayant fait défection) et surtout du Groupe union défense (GUD), connu pour ses actions violentes. Le groupuscule est fondé par Steven Bissuel, ancien chef du GUD de Lyon, qui en prend la direction. Le GUD avait souffert de divisions internes et est placé en sommeil depuis la mise en examen de son chef pour l'agression physique d'un autre membre.
Le Bastion social est fondé en à Lyon puis s'étend en ouvrant des locaux dans plusieurs villes, comme Chambéry, Strasbourg, Aix-en-Provence, Clermont-Ferrand et Marseille.
Actions
Occupations de locaux
Le mouvement se fait connaître le à Lyon, en occupant un immeuble, vide depuis plusieurs années, situé au 18 rue du Port du temple. Le porte-parole du nouveau mouvement, Steven Bissuel, affirme que ses objectifs sont de « venir en aide aux Français les plus démunis », car, selon ses propos, « l’État ne fait absolument plus son rôle. Il applique la préférence étrangère plutôt que la préférence nationale »...
Le mouvement lance en même temps une campagne sur internet pour soutenir un projet de rénovation du bâtiment. Toutefois, le bâtiment est évacué manu militari le suivant, sur ordre du Tribunal d'Instance de Lyon..
En , les militants du mouvement occupent deux maisons, inhabitées depuis 25 ans, à Entzheim, un village du Bas-Rhin. Ils déclarent avoir pour objectifs, par cette « occupation non conforme », de rénover la ferme alsacienne, de protéger le patrimoine alsacien et de vouloir également ouvrir dès que possible, après des travaux, un lieu d’accueil « pour les Français les plus démunis »..
Maraudes et soupes populaires Le mouvement met particulièrement en avant ses actions envers les plus démunis, en organisant notamment des soupes populaires et des maraudes sociales, où les militants distribuent des pâtes, des conserves ou d'autres colis aux sans-abris..
En Alsace, il publie de nombreuses photos de Robert, un ancien sans-abri à qui il a apporté un soutien et qu’il affirme avoir aidé à trouver un logement.
Participation au mouvement des Gilets jaunes Dès le lancement du mouvement des gilets jaunes, le Bastion Social participe aux manifestations. Ainsi, le à Paris, lors de l'acte III du mouvement, il rassemble une centaine de militants près de l'Arc de Triomphe... A Chambéry, en , près de participent au défilé des « gilets jaunes », alors que la banderole en tête du cortège est tenue par des militants du Bastion Social..
Dissolution puis réapparition Le , lors du dîner annuel du CRIF, le président de la République, Emmanuel Macron, fait part de son intention de demander la dissolution de trois associations d'extrême droite, dont Bastion social.... Accusé d’appeler à la haine, aux discriminations et aux actions violentes, Bastion social est dissous en Conseil des ministres le ..
Cependant, la dissolution n'est qu'officielle et le groupe se reforme la même année, sous une forme décentralisée et plus locale. Ainsi, les groupes Audace, Vent d'Est et Tenesoun, implantés à Lyon, en Alsace et à Aix-en-Provence, font leurs premières apparitions publiques à partir de . Leur premier rassemblement fédérateur est un congrès organisé à Rungis le . Plusieurs anciens cadres de Bastion social, désormais meneurs de groupes locaux, y prennent la parole. Ces nouveaux groupes fascistes sont suppléés par d'autres groupuscules, plus anciens, comme les Zouaves parisiens, L'AlvariumDissous par décret du 17 novembre 2021 angevin, les Tolosates toulousains, Des Tours et des lys à Tours et les Savoyards d'Edelweiss.. Alors que le Bastion social comptait six sections locales, Mediapart en recense une quinzaine en 2020..
Suivant la dissolution administrative du BS, des tensions internes éclatent au sein de sa section lyonnaise, ce qui mène à une scission : Eliot Bertin, soutenu par le fondateur Steven Bissuel, fonde Lyon populaire; tandis que Tristan Conchon fonde Audace..
Idéologie et organisation Le groupe s'inspire du mouvement italien CasaPound et est classé en tant que « néofasciste » ou d'extrême droite radicale. Il se définit lui-même comme « nationaliste-révolutionnaire », opposé à l'« ultralibéralisme », à l'« immigration de masse » ainsi qu'à l'« assimilation » des immigrés, qu'il juge impossible. Défendant l'idée de « préférence nationale », le groupe utilise l'aide humanitaire comme vecteur de propagande, donnant par exemple des repas chauds à des sans-abri à condition qu'ils soient « français de souche » : ., revendiquant une sélection dans sa politique « sociale » basée sur le droit du sang plutôt que le droit du sol. À Lyon, cette expérience solidaire aurait toutefois rapidement pris fin selon la presse localeL’extrême droite radicale poursuit son implantation dans le Vieux-Lyon sur lyoncapitale.fr, le 26 décembre 2016Le Gud change de nom et ouvre un nouveau local dans le Vieux-Lyon sur lyoncapitale.fr, le 12 janvier 2018. Plusieurs des membres du groupe, dont son président, sont accusés de propos antisémites et de glorification de symboles nazis.
Le groupe prône « le ré-enracinement contre le déracinement, la remigration contre l’immigration » et tient un discours xénophobe et antisémite..
À l'inverse du GUD, le Bastion social s'organise de manière centralisée et très hiérarchisée autour de son président. Il se finance grâce à des commerces détenus par ses membres, comme à Lyon où il possède trois enseignes situées dans le arrondissement de Lyon, à savoir un bar, un salon de tatouage et un magasin de vêtements.
Son slogan est . Le premier camp d'été de l'organisation, qui se tient en 2018 près d'Avallon, dans l'Yonne, est placé sous l'égide de François Duprat, Valentin Pacaud, Chants racistes, combats, formation d'un "surhomme" : plongée dans les camps d'été de l'extrême droite, sur lesinrocks.com, 25 juillet 2018..
Contrairement à une grande partie de l'extrême droite française, le Bastion social perçoit l'Euromaïdan et le régiment Azov comme des sources d'inspiration plutôt que de se ranger du côté pro-russe..
Présidents Steven Bissuel (2017-2018), condamné pour incitation à la haine raciale. Valentin Linder (2018-2019), condamné en 2025 pour détention d'images pédopornographiques.
Appuis et critiques Soutiens Le Bastion social compterait « quelques dizaines de membres » selon la presse alors qu'il refuse par ailleurs de communiquer son nombre de militantsLe "Bastion social", ce groupe d'extrême droite radicale dont s'accommode le FN marseillais sur Le HuffPost, le 24 mars 2018, mais il regrouperait entre 50 et 70 membres selon les sources.. En plus de s'inspirer du groupe fasciste italien CasaPound, le bastion social tente de se structurer avec lui en organisant des conférences communes ou des congrès européens. En , le Bastion social participe à une conférence européenne, à l'invitation du mouvement nationaliste suisse Résistance helvétique, sur le thème de « L'Europe nationaliste », aux côtés de la CasaPound italienne et du Mouvement Nation belge. Le Bastion social entretient des liens avec CasaPound en particulier par l'entremise de deux militants, Sébastien Manificat dit de Boëldieu et Xavier Eman de son vrai nom Thibaut Baladier, et via le réseau Zentropa.
Bastion social a par ailleurs reçu le soutien de certains cadres du Front national en France, comme son ancien vice-président Bruno Gollnisch, le sénateur Stéphane Ravier ou le député européen Jean-François Jalkh.
Selon Mediapart, les services de renseignement s'interrogent en sur un éventuel rôle de financement du mouvement par Tristan Mordrelle (professionnel de la levée de fonds) et Philippe Milliau.
Oppositions
Lyon : Une manifestation pour la fermeture du Pavillon noir, le local du Bastion social de Lyon, a lieu le et réunit entre 650 et ... Plusieurs attaques menées par des antifascistes ont également visé ce local.. Le , après deux mises en demeure, la mairie de Lyon annonce la fermeture du local pour « non-conformité à diverses exigences de sécurité (entretien des équipements de chauffage ou d’électricité, schémas d’évacuation) »..
Marseille : Une manifestation regroupant un millier de personnes se tient à Marseille en contre l'installation d'un local du Bastion social dans la ville...
Chambéry : 600 personnes manifestent contre l'inauguration d'un local du Bastion social le .. Lors des semaines suivantes, des actions ont ciblé ce local.. Dans le week-end du 30 et , le groupuscule a fermé son local « Edelweiss »., à la suite d'une plainte du propriétaire des lieux, qui affirme avoir été trompé quant au but de la location..
Clermont-Ferrand : le , une manifestation contre l’implantation du groupe a également réuni un millier de manifestants, dont le maire de la ville Olivier Bianchi..
Faits de violences Le Bastion social est surveillé par les services de renseignement français à cause de ses actions violentes. Il est l'objet d'une « cellule de veille » de la mairie de Lyon, qui surveille son implantation dans le vieux centre. Plusieurs responsables et militants du groupe ont été condamnés par la justice pour violences, comme l'agression d'un couple d'origine maghrébine à Aix-en-ProvenceAix-en-Provence : un militant du Bastion Social condamné à un an de prison dont 4 mois ferme, sur francetvinfo.fr, 31 mai 2018., dans laquelle est impliqué le chef de la section marseillaise, Clément Duboy. Celui-ci est ensuite condamné à six mois de prison pour l'agression d'un Guadeloupéen et d'un gendarme hors de son serviceDeux fondateurs du Bastion social condamnés à Marseille, sur Le Monde, 28 juin 2018..
Le président du groupe, Steven Bissuel, est placé sous contrôle judiciaire en , à la suite d'une rixe en marge d'un concert antiraciste à LyonLe président du Bastion Social sous contrôle judiciaire, sur lyoncapitale.fr, 14 avril 2018..
À Chambéry, le groupe est également accusé d'avoir attaqué un concert organisé par un mouvement d'extrême gauche, blessant plusieurs personnes avec jusqu'à 30 jours d'incapacité. En , quatre militants de la section de Chambéry ont été condamnés pour l'agression de supporters lors des célébrations de la victoire de la France en Coupe du monde de football, en 2018..
La section strasbourgeoise est également menacée de fermeture après des violences.
À Clermont-Ferrand, le groupe s’installe en et s’illustre rapidement par plusieurs agressions aux abords du local situé au cœur du centre historique, rue de la Treille. La veille de son inauguration, un jeune homme consommateur dans un bar voisin est pris à partie par des militants du Bastion social qui le confondent avec un antifasciste. Il en ressort avec une double fracture de la mâchoire et 45 jours d’interruption de travail. Enfin, dans la nuit du 8 au , quatre quadragénaires passant devant le local clermontois sont violemment agressés, l’un d’eux étant laissé à terre avec une double fracture du tibia et du péroné lui valant 60 jours d'ITT. À la veille du procès des agresseurs, le , la direction nationale du Bastion social annonce la fermeture de son local de Clermont-Ferrand, vandalisé quelques jours plus tôt par un groupe antifasciste. Les agresseurs sont condamnés à des peines allant de six mois avec sursis à un an fermearticle dans la Montagne.
Condamnations judiciaires