Nicolae Iorga (ou Nicolas Jorga) est un historien et homme politique roumain né le à Botoșani et mort le à Strejnicu (județ de Prahova).
Sa grande œuvre est Byzance après Byzance.
Biographie
Après ses études en Roumanie, Nicolae Iorga complète sa formation d'historien dans les en effectuant deux séjours à l'étranger, à Paris (thèse sur Philippe de Mézières) et à Leipzig. Iorga peut ainsi comparer deux écoles historiographiques qui s'opposaient dans le contexte plus global de la rivalité franco-allemande de l'époque. Après ses études, Iorga commence à enseigner à l'université Alexandru Ioan Cuza de Iași et à celle de Bucarest, puis à publier ses premiers articles et ouvrages.
La Roumanie vient d'accéder à l'indépendance en 1878 et commence à revendiquer les provinces à majorité roumaine de Transylvanie et de Bessarabie alors appartenant respectivement aux Empires austro-hongrois et russe, ce qui suscite dans ces Empires des réactions hostiles. Iorga s'engage activement pour l'unité roumaine et prend part aux véhémentes polémiques historiques où il s'efforce de montrer que linguistiquement le peuple roumain est issu de la romanisation des Daces, que sa langue est romane et qu'il n'a pas « disparu de l'histoire pendant mille ans » comme l'affirment avec force les historiens austro-hongrois et russes pour postuler que les Magyars sont arrivés les premiers en TransylvanieÉdouard Sayous, Histoire générale des Hongrois, Budapest & Paris, 1900. et les Slaves orientaux (Oulitches et Tivertses) les premiers en Moldavie / Bessarabie, les Roumains étant des immigrés tardifs () provenant des Balkans où résident aujourd'hui les Aroumains (ce que réfutent, de leur côté, les historiens bulgares et grecsИстория на България (« Histoire de la Bulgarie ») tome III, Sofia 1982Ivan Douïtchev, Идеята за приемствеността в средновековната българска държава (« L’idée de continuité dans l’État bulgare médiéval »), in : Проучвания върху средновековната българска история и култура (« Études sur l’histoire et la culture médiévales bulgares »), Sofia 1981, pp. 74–78.Aris Poulianos, Sarakatsani - The most ancient people of Europe - Résumé en anglais, 1993., de sorte que les Roumains semblent venir de nulle partGheorghe I. Brătianu, Une énigme et un miracle historique, le peuple roumain, Kyros 2009, ).
vignette|gauche|redresse|Istoria românilor (Histoire des Roumains), édition de 1905. Nicolae Iorga œuvre pour la diffusion de sa conception de l'origine des roumanophones et de leurs droits, au rythme de l'alphabétisation, en publiant des ouvrages destinés au grand public. Il organise à partir de 1908 des « universités populaires » dans sa résidence de Vălenii de Munte. Son rôle dans la renaissance culturelle roumaine peut être comparé à celui tenu par Jules Michelet dans la diffusion en France des idées républicaines : à ce titre, il a non seulement écrit, mais aussi l'histoire. Il est aussi un promoteur de l' pour les classes populaires jusque-là peu instruites — alors qu'Allemands, Hongrois, Juifs et Russes avaient, eux, un niveau d'instruction convenable pour la plupart d'entre eux. Bien qu'il n'a jamais soutenu l'idée d'un numerus clausus dans les Universités en faveur des (réclamé par les partis les plus nationalistes) il a néanmoins été accusé d'avoir été xénophobe à l'encontre des minoritésWilliam O. Oldson, A Providential Anti-Semitism. Nationalism and Polity in Nineteenth-Century Romania, American Philosophical Society, Philadelphia, 1991 .
Il organise en 1920, avec l'archéologue Vasile Pârvan, l'Académie de Roumanie à Rome (en roumain : ; en italien : ) institution pour la spécialisation de jeunes archéologues et historiens..
Controverse Dans une approche roumanophobe Nicolae Iorga a été analysé comme un , en particulier comme source d'inspiration pour Corneliu CodreanuW. O. Oldson, Op. cit. 1991. Le fait est qu'en 1909, il a fondé le Parti national-démocrate avec Alexandru C. Cuza, qui lui, fut par la suite un antisémite notoire.. Selon l'historien Traian Sandu, chercheur à l'université Sorbonne-Nouvelle, Nicolae Iorga se serait référé au socialisme chrétien-démocrate de 1919Traian Sandu, De l’antisémitisme au fascisme en Roumanie - consulté le 6 avril 2022., mais des écrits de Corneliu Codreanu attribuent à Iorga des idées que ce dernier n'a pas exprimées, mais que Codreanu a fait siennes : Pour comprendre la position de Iorga, il faut savoir qu'ayant étudié le statut de la majorité roumaine dans les régions historiques qu'elle habitait, il découvrit que, durant de longues périodes, cette majorité subit la servitude et la soumission politique à des pouvoirs qui lui étaient étrangers (selon les territoires : Empire grec, Empire bulgare, Empire mongol, Royaume de Hongrie, Empire turc, Empire autrichien, Empire russe…). Même dans les principautés roumaines de Moldavie et de Valachie, la monarchie était élective, et le souverain (voïvode, hospodar ou domnitor selon les époques et les sources) était élu par (et souvent parmi) les boyards, puis agréé par les Ottomans, car jusqu'en 1878 les deux principautés (unies en 1859) étaient tributaires de la « Sublime Porte ». Outre le tribut à verser aux Ottomans, outre la dîme versée par les églises et monastères roumains à ceux de l'Athos et au patriarche de Constantinople, le souverain, pour être nommé, régner et se maintenir, devait acheter l'appui des factions aristocratiques et des puissances voisines, hongroise, habsbourgeoise, russe et surtout turque de sorte que, pour rembourser ses dettes, il devait affermer les offices moldaves et valaques à des financiers phanariotes, arméniens, arvanites, romaniotes, séfarades ou levantins qui exploitaient durement les masses paysannes.Par conséquent, la majorité roumaine a longtemps été moins favorisée socialement, économiquement et culturellement que les minorités, liées aux classes dominantes des Principautés roumaines ou des Empires voisins comme le détaillent aussi Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor Volume II (1352-1606), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucarest 1976 ; Gilles Veinstein et Mihnea Berindei : L'Empire ottoman et les pays roumains, EHESS, Paris 1987 ou Joëlle Dalegre Grecs et Ottomans 1453-1923. De la chute de Constantinople à la fin de l’Empire Ottoman L’Harmattan, Paris 2002 . La seule minorité encore moins favorisée que la majorité roumaine, était celle des Roms. Lorsque la renaissance culturelle roumaine a commencé à se manifester, ses revendications ont remis en question cet ordre des choses et lorsqu'en 1918 l'unité roumaine s'est territorialement accomplie, les minorités jadis favorisées ont perdu leurs avantages et ont protesté avec d'autant plus de véhémence, que la démocratie parlementaire, instaurée en 1921, le leur permettait : cf.: Ioan Scurtu (coord.), Istoria Românilor Vol. 8 (România Intregită 1918-1940), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucarest 2016, 1008 p., ..
Iorga partage cette position avec le nationaliste Alexandru C. Cuza qui écrit : Toutefois les liens entre Iorga et Codreanu ne peuvent pas être prouvés et les archives montrent que les deux se haïssaient mutuellement, Iorga s'opposant avec force à la Garde de Fer et à tout ce qu'elle représentait, la qualifiant de Corneliu_Codreanu#Procès_et_assassinat_sur_ordre_du_régime_carliste. Iorga soutenait le Carlisme et les membres de la Garde de Fer l'ont d'ailleurs assassiné en 1940.
Carrière politique Nicolae Iorga fut également un homme politique et un parlementaire, ministre et brièvement premier ministre (1931-1932). Profondément patriote il s'opposa dès 1933 à Adolf Hitler, à la Garde de fer (mouvement xénophobe et antisémite), à l'abandon de la Tchécoslovaquie lors des accords de Munich en 1938 ainsi qu'à la non-résistance roumaine face à l'occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord. Iorga fut assassiné le par un groupe de commandos de la Garde de fer qui le considérait comme coresponsable de la condamnation et de l'exécution en 1938 de leur « capitaine » Corneliu Codreanu.
Écrivain et dramaturge Nicolas Iorga fut également écrivain et dramaturge. Ses œuvres littéraires n'ont pas laissé un souvenir impérissable aux historiens de la littérature, elles reprennent souvent des grands thèmes de l'histoire roumaine.
Apports de l’œuvre de Iorga thumb|Nicolae Iorga - Essai de synthèse de l’histoire de l’humanité. Volume 1 - Histoire ancienne On ne doit pas conclure de ce qui précède que Nicolae Iorga ne fut qu'un banal propagandiste de l'idée nationale de son pays. Ce fut un historien de grande valeur, qui compta parmi les grands intellectuels européens de son temps. Grand voyageur et polyglotte, il fut nommé docteur honoris causa des plus grandes universités européennes.
Son principal apport à la science historique est sans doute son histoire de l'Empire ottoman parue en allemand en 1905. Pour la première fois, dans celle-ci, un historien balkanique ne considère pas l'occupation ottomane sous son aspect purement négatif et souligne ses effets positifs. Il ouvre ainsi la voie à la critique historique en Roumanie et dans les Balkans.
Il est également considéré comme important en Albanie, en tant que découvreur en 1915 du premier document écrit en langue albanaise, la formule du baptême de l'archevêque de Durrës Pal Engjëlli.
Œuvres Nicolae Iorga est l'auteur de , articles et études.
Histoire Histoire des relations entre la France et les roumains, Paris, Librairie Payot, 1918. Essai de synthèse de l'histoire de l'humanité, Paris, Gambiez, 4 volumes, 1928. Histoire des Roumains et de la Romanité orientale, Bucarest, 10 volumes en 11 tomes, 1937-1945. Studii şi documente cu privire la istoria românilor, 25 volume (1901 - 1913) Istoria Imperiului Otoman, 5 volumes (parue en allemand - Geschichte des osmanischen Reiches, 1908 - 1913) Școala nouă de istorie : O lămurire definitivă, Editura Datina Românească, Vălenii de Munte, 1936, 20 p. Guide historique de la Roumanie, deuxième édition, Bucarest, 1936, 176 p. Istoria românilor, Ediția I, 1936-1939 (trad. fr. Histoire des Roumains) Vol. 1, București, 1936. Partea I: Stămoșii înainte de romani, 272 p. Partea II: Sigiliul Romei, 346 p. ; Vol. 2, Oameni ai pământului (până la anul 1000), București, 1936, 352 p. ; Vol. 3, Ctitorii, București, 1937, 358 p. ; Vol. 4, Cavalerii, București, 1937, 446 p. ; Vol. 5, Vitejii, București, 1937, 428 p. ; Vol. 6, Monarhii, București, 1938, 518 p. ; Vol. 7, Reformatorii, București, 1938, 352 p. ; Vol. 8, Revoluționarii, București, 1938, 400 p. ; Vol. 9, Unificatorii, Bucurerști, 1938, 402 p. ; Vol. 10, Întregitorii, București, 1939, 500 p. Cultura naţională şi politica naţională, 1908 Dezvoltarea ideii unităţii politice a românilor, 1915 Războiul nostru în note zilnice, 1914 - 1918, 1921 - 1923 Politica externă a regelui Carol I al României, 1923 Războiul pentru independenţa României. Activităţi diplomatice şi stări de spirit, 1927 Studii istorice asupra Chiliei și Cetății-Albe, Institutul de Arte Grafice Carol Göbl, Bucarest, 1900 Operele lui Constantin Cantacuzino, Institutul de Arte Grafice și Editură Minerva, Bucarest, 1901 Despre Cantacuzini, Institutul de Arte Grafice și Editură Minerva, Bucarest, 1902 Istoriile domnilor Țării-Românești cuprinzând istoria munteană de la început până la 1888, I. V. Socecu, Bucarest, 1902 Drumuri și orașe din România, Editura Minerva, Bucarest, 1904 Istoria lui Ștefan cel Mare: Povestea neamului românesc, Editura Minerva, Bucarest, 1904 Pomenirea lui Ștefan-cel-Mare, Institutul Grafic Minerva, Bucarest, 1905 Mărturii istorice privitoare la viața și domnia lui Știrbei-Vodă, Institutul de Arte Grafice și Editură Minerva, Bucarest, 1905 Sate și mânăstiri din România, Editura Minerva, Bucarest, 1905, 370 p. Negoțul și meșteșugurile în trecutul românesc, Institutul Grafic Minerva, Bucarest, 1906