Auguste-Henri Jacob, dit le zouave Jacob, né le à Saint-Martin-des-Champs (Saône-et-Loire) et mort le à Paris, est un guérisseur français célèbre à Paris sous le Second Empire.
Troisième trombone à la musique du régiment de zouaves de la Garde impériale, Jacob se fait connaître du public en 1866, au camp de Châlons, où il accomplit ce qui passe pour de nombreuses guérisons par l'effet présumé de son fluide. Leur renouvellement à plus grande échelle l'année suivante, rue de la Roquette à Paris, le rend célèbre, et il est notamment caricaturé par André Gill. Cette gloire tourne court quelques semaines plus tard, quand deux maréchaux démentent les informations données par la presse sur une guérison alléguée.
Désormais, le Zouave, qui continue jusqu'à la fin de sa vie son activité de guérisseur, attire beaucoup moins l'attention des journaux, sinon à l'occasion de procès pour exercice illégal de la médecine qui font jurisprudence. Il meurt en 1913, laissant alors ouvertes les questions de savoir s'il était un charlatan éhonté ou faiseur de miracles et si ces guérisons étaient dues à autre chose que sa puissance de conviction. Selon plusieurs sources, sa méthode de guérison autoritaire préfigure celle des évangélistes. Plusieurs ouvrages ont paru sous son nom, sans qu'on sache s'il en est vraiment l'auteur. Après sa mort, sa tombe au cimetière de Gentilly fait l'objet d'une persistante dévotion.
Formation alt=Image d'Épinal|vignette|Musique des zouaves de la Garde impériale. Les instruments d'Adolphe Sax y ont été introduits par un décret de 1854.. Auguste-Henri Jacob naît à Saint-Martin-des-Champs, une localité ultérieurement intégrée à Saint-Jean-des-Vignes puis absorbée par la ville de Chalon-sur-Saône.. Son père y exploite une fabrique de produits chimiques.. Au décès de sa mère, son père, remarié, le confie à sa grand-mère. Son éducation scolaire se résume à une année d'études à l'école communale de Saint-Martin-des-Champs et ne dépasse pas, selon Auguste Henry, . Après avoir été commis marchand, il s'engage dans l'armée où il sert successivement dans le hussards et le de ligne. Versé ensuite dans le chasseurs à cheval, il y apprend à jouer du trombone en quatre mois. Il termine provisoirement sa carrière militaire dans les d'artillerie et lanciers.
En 1858., il quitte le service et travaille dans un cirque à Marseille où il exécute des tours de trapèze sous un ballon libre évoluant à du sol.. Après la mort accidentelle des deux acrobates avec lesquels il se produisait, il s'engage dans un cirque Soullié de Nîmes où il fait de la voltige équestre avec un singe qu'il a dressé.... Il se produit aussi dans des foires de province, à Oran et à Marseille, où il manie des poids de vingt-cinq kilos..
Il reprend du service dans la musique des zouaves de la Garde, où il est ., y jouant plus précisément du sax-horn baryton, un instrument inventé par Adolphe Sax...
Camp de Châlons
Le camp de Châlons est un camp militaire installé à partir de 1857 à Mourmelon, dont les manœuvres suscitent un grand intérêt de la part du public. Les zouaves de la garde, dont le campement est installé en face de la résidence impériale, y ont toujours un grand nombre de visiteurs, attirés par la nouveauté de ..
En 1866, tandis que son régiment de zouaves est stationné au camp de Châlons, Jacob commence sa carrière de .. Les premiers épisodes se déroulent durant l'été, mais leur nature varie selon les sources. Tantôt, il s'agit d'une petite fille qu'il guérit ; tantôt, c'est un malade du choléra à qui Jacob met la main sur l'estomac et qui se rétablit après des et des . ; tantôt encore, il guérit « à l'ambulance » plusieurs de ses camarades malades, soit par le simple contact de sa main, soit du seul fait de sa présence.
Interrogé par un officier du camp qui lui demande s'il croit sérieusement avoir guéri de véritables maladies, Jacob répond :
Le , un article de L'Écho de l'Aisne annonce la convergence de vers le camp de Châlons et ajoute : .. Le , le même journal évoque arrivant quotidiennement au camp et met ses lecteurs en garde : c'est aux seuls malades du « système nerveux » qu'il convient . L'Éclaireur de Coulommiers évalue à le nombre de ces personnes qui se seraient ainsi rendues au camp de Châlons pour être guéries par le Zouave.. L'autorité militaire intervient pour leur interdire de pénétrer dans le camp sans une permission spéciale, un planton étant attaché à la personne du zouave Jacob, pour le selon ce dernier..
Jacob ouvre alors une sorte de cabinet de consultation dans un hôtel de Mourmelon où il peut traiter par séance jusqu'à dix-huit personnes à la fois, puis dans un hôtel plus grand, où ces groupes peuvent être portés à vingt-cinq ou trente. Boivinet rapporte :
Le même Boivinet estime à le nombre de malades reçus par le Zouave, en réduisant d'un tiers les estimations fournies par ce dernier, dont , puis se corrige : .
Le maréchal Regnaud de Saint-Jean d'Angély, commandant du camp, met fin le aux séances de Jacob, avec interdiction pour le public de l'approcher. Boivinet en donne pour explication le fait que , sans d'ailleurs que l'on sache par qui, et Jules Chancel (en 1897), l'intervention de l'aumônier et de médecins..
Un fluide de nature controversée vignette|upright=1.5|alt=Caricature montrant la passion des tables tournantes comme un jeu de salon, lithographiée|Caricature d'Honoré Daumier sur la (1853). La période dans laquelle surviennent les évènements du camp de Châlons est , selon le titre donné par Honoré Daumier à une série de caricatures publiée en 1853., et les contemporains du Zouave sont disposés à attribuer ses guérisons spectaculaires à , mais plusieurs paradigmes sont en concurrence pour appréhender la situation : d'un côté ceux des mesméristes, répartis en plusieurs courants, et de l'autre celui des spirites, dont la vogue ne cesse de croître. Comme le relève le journal Le Magnétiseur, chaque parti réclame Jacob comme l'un des siens :
Explications mesméristes
vignette|left|alt=Gravure|Léonide Pigeaire en 1838, les yeux bandés, démontrant la vision somnambulique.. Les succès de Jacob sont d'abord revendiqués comme ceux d'un magnétiseur par les mesméristes.. Mesmer considérait que l'homme était relié à l'ensemble du monde extraterrestre par des flux et des reflux de champs fluidiques, que la répartition harmonieuse de ces fluides était garante de la santé, et cherchait à corriger les perturbations de cette dernière par le magnétisme.. La tâche du magnétiseur, telle que la conçoit Mesmer, est de rétablir l'harmonie des flux en « magnétisant » le patient à l’aide de « passes ».. Amand Marie Jacques de Chastenet de Puységur, disciple de Mesmer, s'appuie pour ces traitements sur ce qu'il appelle le , une notion qui préfigure celle d'hypnose., sans toutefois être complètement identique à cette dernière.. Après lui, des magnétiseurs mettent des en état d'hypnose pour susciter leur clairvoyance, décrire, expliquer et soigner des maladies. telles que les rhumatismes, les maux d'estomac, les insomnies et les aménorrhées.. Ces mesméristes, dont l'influence persiste à l'époque des évènements du camp de Châlons., Louis Figuier notant même que le magnétisme est , cité par ., se fondent sur les résultats des cures somnambuliques, se considèrent comme des scientifiques et se méfient de la vogue des tables tournantes et des théories échafaudées par les spiritualistes américains pour expliquer les phénomènes suscités par les sœurs Fox ou par le voyant Daniel Dunglas Home..
Le mesmérisme est, en 1866, divisé en plusieurs courants : les mesméristes stricto sensu qui mettent l'accent sur une explication physicaliste, c'est-à-dire sur le fluide en tant que vecteur matériel du magnétisme et s'intéressent aux applications médicales de l'électricité ; les psychofluidistes qui considèrent la volonté comme l'agent de l'action magnétique mais gardent l'hypothèse d'un fluide comme vecteur de cette volonté ; les spiritualistes, dont certains expliquent l'action du magnétiseur non par un fluide matériel mais par l'effet de la volonté et de la prière, et d'autres par l'entrée en contact des somnambules avec des entités angéliques ; les imaginationnistes, pour qui ni la volonté du magnétiseur, ni un quelconque fluide n'interviennent. Pour eux, le magnétisme ne fait que libérer des puissances internes au sujet, les puissances de l'imagination..
Explication kardéciste
vignette|alt=Photographie|Allan Kardec. Si Jacob ne semble pas rejeter le magnétisme, déclarant ne pas savoir s'il faut attribuer sa propre au spiritisme ou au magnétisme., il fait état de son ... Il précise en 1897 au journaliste Jules Chancel avoir assisté à une séance de spiritisme et avoir compris à cette occasion . Les adeptes du spiritisme sont à l'époque nombreux en France, évalués entre et deux millions., sans que l'on puisse facilement distinguer entre le et le .., certains auteurs allant jusqu'à parler d'un de la société tout entière., dans un contexte de desserrement des liens entre l'Église et l'État.. La pratique en est notamment répandue dans l'armée, en particulier au dans lequel Jacob a servi avant de devenir zouave.. La se développe en France à partir de 1865, dans un contexte de relative tolérance des autorités médicales à l'égard de l'exercice illégal de la médecine. Selon Kardec, elle à cette loi puisqu'elle ne . Au demeurant, relève Guillaume Cuchet, certains médecins, tout en se méfiant du magnétisme animal, se montrent plus favorables au spiritisme .. Après les guérisons du camp de Châlons, Kardec, qui considère que le spiritisme repose sur une méthode scientifique partant de faits pour en tirer des lois., affirmera que ...
vignette|gauche|alt=Page avec 4 photos et mentions manuscrites.|Séances spirites photographiées par Frederick Hudson à Londres en 1872. Maurice Lachâtre se souvient d'avoir côtoyé le Zouave en 1865 à la Société spirite de Paris et garde le souvenir d'un , obtenant des d'une .. Il exécute aussi .... Allan Kardec affirme en 1866 connaître Jacob , ajoutant qu'il a fait avant son séjour au camp de Châlons..
Pour Kardec, le guérisseur n'est pas seulement un somnambule, mais un médium accessible à l'influence des esprits, eux-mêmes identifiés aux âmes des morts, et .. Il est l'instrument d'une intelligence étrangère, les prescriptions thérapeutiques des somnambules spirites étant en fait dictées par des esprits médecins., tels les auxquels se réfèrera fréquemment Jacob.. Kardec développe le concept de périsprit () pour désigner qui entoure l'âme immatérielle et grâce à laquelle les médiums peuvent voir les esprits et communiquer avec eux. Selon lui, il faut distinguer entre le magnétiseur et le médium guérisseur , le premier étant .. Le modèle explicatif de Kardec incorpore certains éléments du magnétisme dans un système plus vaste : Au demeurant, comme le relève Guillaume Cuchet., la du zouave Jacob n'est pas unique : en 1867, à Bordeaux, le menuisier Simonet, se revendiquant spirite et surnommé , accomplit des centaines de guérisons...
La rue de la Roquette vignette|upright=1.5|alt=gravure représentant la foule dans la cour.|La cour du 80, rue de la Roquette, durant les séances du zouave Jacob en 1867.