alt=Bagdge sur lequel figure un chat de couleur beige feulant dans un disque rouge, cerclé par une couronne (au sens mathématique) bleue sur laquelle est inscrit : |vignette|252x252px|Chat échaudé, badge lors de la campagne georgiste à partir des années 1890, servant aujourd'hui de logo au mouvement. vignette|Drapeau du georgisme, à la livrée jaune et verte. Le georgisme () est un courant de pensée économique développé par l'économiste américain Henry George à la fin du dans son ouvrage Progrès et Pauvreté, paru en 1879. Il se concentre sur la critique de la propriété privée de la terre, qui ne permettrait pas un développement économique efficace et engendrerait une augmentation des inégalités sociales dans la société. D'obédience socialiste, il tente de réconcilier l’impératif de développement humain et d'efficacité économique avec celui de justice sociale, intégrant des considérations urbanistiques, notamment en matière de densificationMason Gaffney et Fred Harrison, The Corruption of Economics. London: Shepheard-Walwyn, 1994, Michael Hudson et Kris Feder, George J. Miller, A Philosophy for a Fair Society. Shepheard-Walwyn, Londres, 1994, ..

Le georgisme se fonde sur l'idée d'une abolition de la propriété privée de la terre en faisant de l'État, la communauté ou un organisme tiers d'intérêt général un propriétaire symbolique, sans toutefois déposséder les propriétaires privés mais en leur imposant une taxe unique sur la valeur foncière (impôt sur la terre) d'un montant conséquent. Cette forme de loyer payé à la communauté est conçue comme compensatoire de l'usage de la terre et des ressources naturelles qu'elle contient, qui sont assimilés à un commun, et dont la propriété ne saurait être privatisée.... Les défenseurs d'un impôt sur la valeur foncière soutiennent qu'un tel système fiscal permettrait de réduire considérablement les inégalités économiques, d'accroître l'efficacité ou la productivité économique ainsi que l'innovation, de supprimer les mesures d'incitation à la sous-utilisation des terres urbaines et de réduire durablement la spéculation foncière et immobilière..

Ce courant de pensée considère qu'une taxe foncière élevée est le seul impôt juste, équitable et efficace. Elle permettrait de financer la suppression des autres types d'impôts et taxes qu'il considère comme injustes (impôts sur le revenu, les achats, le commerce...), en particulier ceux sur la consommation courante (TVA), et même, pour certains georgistes, de financer un revenu universel dans le but de redonner aux humains une capacité d'agir et de les protéger contre le dénuement ou la pauvreté.

Les idées georgistes sont particulièrement populaires et influentes de la fin du au début du .. Elles connaissent une diffusion considérable aux États-Unis et au Royaume-Uni, notamment parmi les socialistes mais également l'aile gauche des libéraux classiques. Beaucoup de partis politiques, institutions et communautés sont fondées sur des principes georgistes pendant cette période. Les premiers adeptes de la philosophie économique de Henry George ont souvent été qualifiés de (soit en français « partisan de l'impôt unique »)Toutefois, les georgistes ont également jugé légitimes plusieurs formes de capture de rentes, comme le seigneuriage... Le terme (de l'anglais ) a été inventé plus tard, et certains lui préfèrent le terme géoïsme (de l'anglais ) pour distinguer leurs pensées de celles de Henry George.

Le fondement philosophique du georgisme remonte à plusieurs anciens penseurs comme John Locke., Baruch Spinoza, et Thomas Paine. Cependant, Henry George et son premier livre, Progrès et Pauvreté (1879) ont largement popularisé le concept de lever l'impôt principalement à partir de la terre et des privilèges liés à la détention des ressources naturelles.alt=Diagramme sur lequel figure, les quantités sur l'axe des abscisses, les prix sur l'axe des ordonnés, une courbe d'offre rigide donc verticale, une courbe de demande décroissante (impôt compris) en fonction des quantités, où l'on peut voir que l'impôt n'occasionne pas de perte sèche|vignette|Un diagramme d'offre et de demande montrant les effets de la valeur foncière. Le fardeau de la taxe est entièrement porté par le propriétaire de la terre, le prix de location de la terre ne change pas et il n'y a aucune perte sèche.

Grands principes vignette|200px Henry George est surtout connu pour sa vulgarisation de l'argument selon lequel la meilleure façon de financer le gouvernement est une taxe sur la location de la terre et non un impôt sur le travail. George estime que, bien qu'aucune expérience scientifique ne puisse être exécutée en économie politique, les théories pourraient être vérifiées en comparant les différentes conditions de sociétés diverses, mais également par des expériences de pensée sur les effets des divers facteurs. En appliquant cette méthode, il conclut que la plupart des problèmes que connaît la société, tels que la pauvreté, les inégalités et les récessions économiques, peuvent être attribués à la propriété privée de la ressource indispensable, la terre. Dans son plus célèbre ouvrage, Progrès et Pauvreté, George fait valoir que l'appropriation des terres pour un usage privé contribue à la persistance de la pauvreté, en dépit des progrès technologiques, et que cette appropriation explique aussi pourquoi les économies présentent une tendance à la cyclicité. Selon George, les gens possèdent à juste titre ce qu'ils créent, mais l'accès aux ressources naturelles et aux terres appartient à parts égales à tous.

George pose une distinction importante entre la propriété commune () et la propriété collective (). Bien que l'égalité des droits à la terre puisse être atteinte par la nationalisation des terres et leurs locations à des utilisateurs privés, George préfère un impôt unique sur la terre, et ainsi laisser le contrôle de la terre principalement à des mains privées. Il justifie cette position en arguant que cela permet d'opérer une transition progressive sans pénaliser les propriétaires qui avaient participé à la valorisation des terres. Il juge aussi un tel changement moins perturbateur et moins controversé dans un pays où les titres fonciers ont déjà été accordés.

Les georgistes ont observé que la richesse créée par le privé est socialisée par le système fiscal (par exemple, par le biais de l'impôt sur le revenu et de taxe sur les ventes), tandis que la richesse créée socialement issue des valeurs foncières sont privatisées dans le prix des titres des propriétés foncières et des hypothèques bancaires. Il en serait autrement si la rente foncière avait remplacé l'impôt sur le travail en tant que principale source des recettes publiques ; la richesse socialement créée serait disponible pour une utilisation par la communauté, tandis que les fruits de la main d'œuvre resteraient privés. Selon les georgistes, l'impôt sur la valeur de la terre peut être considéré comme des frais d'utilisation de l'emplacement, mais aussi comme le privilège d'exclure les autres de ces endroits. Les actifs comprenant des privilèges transformés en marchandise peuvent être considérés comme de la richesse, car ils ont une valeur d'échange ; ainsi en est-il des plaques de taxi en France, ou aux taxis Médaillons.

Propriétés économiques Les économistes depuis Adam Smith ont observé que, contrairement à d'autres taxes, un impôt sur la valeur du terrain ne cause pas d'inefficacité économique. La théorie économique suggère que l'impôt sur la valeur de la terre est extrêmement efficace – à la différence d'autres taxes –, car il ne réduit pas la productivité économique. L'économiste libéral et néoclassique Milton Friedman décrit l'impôt d'Henry George comme le car contrairement à d'autres taxes, il n'impose pas un poids trop lourd à l'activité économique (conduisant à une négative ou nulle) ; et par conséquent un remplacement d'autres impôts aux effets de distorsion de l'économie plus importants par un impôt sur la valeur de la terre permet d'améliorer le bien-être économique. Comme l'impôt sur la valeur de la terre peut améliorer l'utilisation de la terre et réorienter les investissements vers des activités plus productives et non pas vers des activités de recherche de rente, il pourrait même y avoir une perte sèche négative qui augmenterait la productivité. Puisque la taxe sur la valeur foncière s'appliquerait aussi aux spéculateurs étrangers, le Trésor Australien estime que l'impôt sur la valeur de la terre était le seul à avoir un excèdent de charge marginal négatif, ce qui signifie qu'il serait à même d'augmenter à long terme le niveau de vie.

Adam Smith est le premier à noter l'efficacité et les propriétés de distribution d'un impôt sur la valeur de la terre :

Le loyer du sol est encore un sujet plus propre à être imposé que le loyer des maisons. Un impôt sur le loyer du sol ne ferait pas monter le loyer des maisons. Il tomberait en entier sur le propriétaire du sol, qui agit toujours en monopoleur et qui exige le loyer le plus fort qu’il soit possible de donner pour l’usage de son terrain. Les offres sont plus ou moins fortes, selon que les concurrents sont plus riches ou plus pauvres, ou qu’ils sont en état de satisfaire, à plus ou moins de frais, la fantaisie qu’ils ont pour tel coin de terrain en particulier. Dans tout pays, le plus grand nombre de concurrents riches est dans la capitale, et c’est là aussi qu’on trouvera toujours les loyers du sol les plus forts. Comme un impôt sur les loyers du sol ne pourrait pas augmenter le moins du monde la richesse de ces concurrents, ils ne seraient pas vraisemblablement pour cela disposés à payer plus cher l’usage du terrain. Il importerait fort peu que l’impôt dût être avancé par le locataire ou par le propriétaire du sol. Plus le locataire serait obligé de payer pour l’impôt, moins il serait d’humeur à payer pour le terrain, de manière que le payement définitif de l’impôt retomberait en entier sur le propriétaire du terrain. Le loyer du sol des maisons non habitées ne devrait pas payer d’impôt.

Les loyers du sol et des fermages ordinaires des terres sont une espèce de revenu dont le propriétaire jouit, le plus souvent, sans avoir ni soins ni attention à donner. Quand une partie de ce revenu lui serait ôtée pour fournir aux besoins de l’État, on ne découragerait par là aucune espèce d’industrie. Le produit annuel des terres et du travail de la société, la richesse et le revenu réel de la masse du peuple, pourraient toujours être les mêmes après l’impôt comme auparavant. Ainsi, les loyers du sol et les fermages ordinaires des terres sont peut-être l’espèce de revenu qui est le mieux dans le cas de supporter l’assujettissement à un impôt qui lui soit particulier.

Les loyers du sol semblent même, à cet égard, un sujet plus propre à supporter une imposition particulière que les fermages ordinaires des terres. Le fermage ordinaire des terres est le plus souvent dû, en partie au moins, à l’attention et à la bonne administration du propriétaire. Un impôt très-lourd pourrait décourager beaucoup trop cette attention et cette bonne administration. Les loyers du sol, en tant qu’ils excèdent le revenu ordinaire des terres, sont dus en entier au bon gouvernement du souverain, qui, par la protection qu’il assure à l’industrie du peuple en général ou des habitants de quelque lieu particulier, les met d’autant plus en état de payer, pour le terrain sur lequel ils bâtissent, un prix supérieur à sa valeur réelle, ou bien d’offrir au propriétaire du sol plus que la compensation de la perte résultant de cet emploi de sa terre. Il est parfaitement raisonnable qu’un fonds qui doit s’on existence à la bonne conduite du gouvernement de l’État soit imposé d’une manière particulière, ou contribue de quelque chose de plus que la plupart des autres fonds au soutien du gouvernement.