Le crime de Langon est un fait divers : l'assassinat crapuleux de Jean-Théodore Monget, un agent d'assurances, dans le Café de la gare à Langon, en Gironde (France), le .
Le contexte Tout commence par une disparition inquiétante. Rapidement les autorités se dirigent vers la probabilité d'un assassinat, mais le corps est introuvable. À l'époque, Langon et les environs étaient des lieux ou sévissait une bande de malfaiteurs, connue sous le nom de « bandits de Langon » qui avaient commis des assassinats, des cambriolages, des agressions, des contre-bandes, etc. tous restés impunis.
Un journal national, Le Matin, le , publie les faits connus à la une. C’est grâce à cette une que ce fait-divers a débordé du cadre local pour prendre une dimension nationale. De nombreux journalistes et photographes ont fait le déplacement jusqu’en Sud-Gironde pour suivre l'affaire et mener leurs propres investigations. Sans doute l'inspiration pour l'intérêt était la mémoire de l'Auberge rouge de Peyrebeille du début du (qui a aussi inspiré le film L'Auberge rouge en 1951 avec Fernandel comme vedette).
Cette affaire d'assassinat crapuleux est assez banale ; elle sort de l'ordinaire par sa couverture dans la presse nationale : La Petite Gironde, Le Petit Journal ; Le Petit Parisien ; Le Matin ; L'Humanité ; L'Aurore ; La Libre Parole, etc. publièrent des articles quasi quotidiennement pendant la période de l'instruction et lors du procès. Presque 400 articles sont répertoriés, avec liens vers une lecture en ligne, dans §6.1. Elle a suscité l'édition de dizaines de cartes postales différentes illustrant les lieux associés au crime, les recherches du parquet, les protagonistes, le procès des assassins et leur déportation au bagne de Cayenne. Les chansonniers produisent des complaintes sur le Crime de Langon. Deux spectacles éphémères sur les scènes parisienne (Le Crime de Langon) entre janvier et au Théâtre de Grenelle et bordelaise (L'Auberge sanglante) en . Cette dernière, une pantomime, avait comme vedette Henriette Courrèges, un témoin clé de l'affaire. La peine de mort des assassins fut commuée aux travaux forcés en 1908 et cet acte de clémence présidentielle produisait un grand mouvement populaire en faveur de la peine capitale. En 1909, les bandits du nord, tout à fait semblables aux bandits de Langon, furent décapités.
Langon au début du
Depuis son origine, Langon, petite ville d'une population d'environ au début du , a été un port et une ville où des marchands s'arrêtent et de nombreux commerçants arrivent par la Garonne.
À la fin du le Vieux Langon, quartier près des bords de Garonne, a vu naître de nombreuses maisons closes et la prostitution y crée une véritable économie. Si les ports appellent ce genre d’établissements, il ne faut pas croire qu’il n’y avait que les marins qui les fréquentaient.
L’actuel de la rue Maubec était une de ces maisons de tolérance. La maison « Chez Mérotte » se situait en bout de la rue Papon : elle a disparu quand il a été décidé d’aligner la rue. Place des Carmes, face au poids public, il y avait « La Bascule ». Le « Bar de la Marine » était réputé pour y faire des rencontres. Mais celui qui semble avoir le plus marqué Langon est le bar situé dans la rue Saint-Gervais qui, au départ, portait le nom de « Bacchus » avec à sa tête Madame Savin. Il devint « La Barrique ». Si les clients entraient par la rue Saint-Gervais, la sortie se faisait par la rue Ronde, plus discrète pour ceux qui fréquentaient l’endroit.
La ville n’a donc pas échappé à la tentation pécuniaire de créer des lieux de plaisir pour les marins et autres « consommateurs » (une expression désobligeante qui fait écho à la pancarte d’un de ces établissements qui indiquait « Les consommations au fond du couloir »).
Cette situation ne convenait pas à tout le monde. Ainsi, en 1896, un conseiller municipal de Langon, M. Bannel, met les pieds dans le plat. Il déclare : « Il est vraiment déplorable de tolérer à Langon certaines maisons malfamées dont tout le monde se plaint. »
Le souhait de l’élu de Langon : « faire respecter la loi, l’appliquer dans toute sa rigueur et chercher les moyens pour combattre ce mal. ».
Quelques années plus tard, un agent municipal entre en fonction. Le retraité de la gendarmerie est notamment « chargé de la police des mœurs ». Mais, d’après Langon Revue., un hebdomadaire d’opposition, assure que « Langon est une ville perdue » à cause des « nombreux antres de prostitution qui se sont établis sur tous les points de la ville ».
Le Café de la Gare
Parmi les lieux malfamés de Langon se trouve le Café de la Gare, un lieu de prostitution (une lanterne à l'entrée indiquait « Café et meublé ») où le personnel féminin avec les clients. Il est tenu par les époux Branchery, EugèneJean-Eugène Branchery, né le 6 octobre 1870 à Perpignan, rue de l'ange. Son père Jules Branchery, employé des chemins de fer, était originaire de Bordeaux. Il épousa Antoinette Bosc. Les époux Branchery quittent Perpignan en 1872 pour s'installer à Bordeaux.D'abord Eugène Brachery fut garçon boulanger, puis il se lassa du travail d'ouvrier. D'une constitution robuste et doué d'une force peu commune, il rejoint une troupe d'athlètes réputés et fonda sa réputation d'homme fort. À cause de son caractère violent, pendant son service militaire, il fut classé comme « joyeau » (soldats punis pour indiscipline). Vers 1897 il fit à Bazas la connaissance d'une veuve avec laquelle il vint s'établir à Langon, exploitant ensemble un débit de vins, puis une charcuterie, et enfin, le Café de la Gare. Sa compagne meurt en 1905 et ce fut la servante Marguerite Bois qui lui succéda. Elle devient la femme légitime de Branchery, et par la suite complice de ses crimes. et LuciaNé le 7 avril 1884 à La Réole, Marguerite Bois, dite Lucia, fut servante (et prostituée) au Café de la Gare. Elle a épousé Eugène Branchery en 1905 et devint sa complice dans ses activités criminelles.. On décrit l'établissement comme « le lieu de rendez-vous de toute la fripouille du pays », d’après Le Matin.
Le chef incontesté était Eugène Branchery, tenancier de l'auberge. Il tenait là une sorte d'école professionnelle pour cambrioleurs et assassins ; il enseignait à ses disciples l'art de crocheter une serrure, d'enfoncer une porte et de faire aux patients les coups de la cravate et le coup du père François. Il se tenait au courant des progrès de la science spéciale qu'il enseignait, et donnait même des leçons de Ju-jitsu.
Sa femme, Lucia, l'aidait dans ses entreprises ; et, parmi ses fidèles acolytes, il comptait Henri ParrotHenri Fernand Parrot, né le 10 août 1887 à Bordeaux, fils de Pierre et Marie Renaud., son garçon de salle, un gaillard violent et déterminé, habitué à obéir aveuglément au patron, et les frères JosephJoseph Gasol, né le 25 août à Nérac (Lot et Garonne) et mort le 2 octobre 1909 au bagne de Cayenne. et Gaston Gasol, contrebandiers de leur état.
Disparition de Jean-Théodore Monget
Le , Jean-Théodore MongetNé le 10 octobre 1852 à Fossès-et-Baleyssac, commune de la Gironde. Profession : instituteur ( et ), puis à partir de 1905, Agent d'assurances.Il épouse Jeanne Emma Françoise Beaupieds (1854-1938) le 18 septembre 1872. De cette union naissaient trois enfants : Pierre (1873- ?) ; Marie Jeanne (1876- ?) et Jean-Arthur (1881-1947)., marié, père de famille et sous-directeur de la compagnie d'assurances « La Générale », est arrivé à Langon par train venant de La Réole. Il est venu à Langon pour encaisser à l'entrepôt des tabacs une somme de pour le compte de Mme Bouis. De Langon, il devait se rendre à Verdelais, à bicyclette, pour régler un sinistre.
À sa descente de train, vers 14 h, M. Monget était entré au Café de la Gare prendre une consommation, puis, ayant laissé sa bicyclette, il était parti faire le recouvrement en ville, disant qu'il reviendrait vers 15h. Monsieur Monget ne donne plus signe de vie auprès de ses proches.
La police examine toutes les hypothèses susceptibles d'expliquer sa disparition : suicide, disparition volontaire ou fugue, accident ou victime d'une agression. Les deux premières sont abandonnées rapidement, car M. Monget avait une vie paisible et était d'une probité sans reproche. Aucune trace d'un accident n'est retrouvé, qui laisse la dernière possibilité.
Sa famille engage les services d'un agent de la Compagnie des chemins de fer du Midi qui enquête à Langon, Verdelais et les environs. Mais la seule enquête sérieuse a été faite par deux agents de la Sûreté de Bordeaux, agissant aussi sur la demande de la famille. Ils ont trouvé des témoins qui ont vu M. Monget entrer dans le Café de la Gare vers 14 h et d'autres qui l'ont vu pour la dernière fois, à 15h 20, dans la rue qui longe le cimetière, près de la gare.
Cependant, l’homme demeure introuvable et la police ouvre une enquête pour « disparition inquiétante ».
L'enquête
thumb|MM Kaufmann - Castels - Pradines
Au début du il y a un sentiment d'insécurité dans beaucoup de villes françaises : les Apaches de Paris, la bande du nord et bien d'autres sévissaient dans un climat d'impunité. Depuis plus de deux années, la « bande de Langon » semait la terreur dans les environs. Un grand nombre de vols, cambriolages, incendies volontaires et même assassinats leur sont imputés, mais les méfaits restaient impunis.
La disparition inquiétante, à Langon, de monsieur Monget, un notable de la région ; la couverture par la presse nationale et l'afflux de journalistes obligent la justice d’enquêter sérieusement. Le Procureur de Bazas est M. Castels ; le juge d'instruction M. Pradines et l'ingénieur chargé des recherches du cadavre est M. Kaufmann.
La rumeur publique indiquait que le Café de la Gare était un lieu plutôt louche et, parce que M. Monget a été vu pour la dernière fois dans son voisinage, la police s'intéresse aux activités des tenanciers Eugène et Lucia Branchery. Les premières investigations ne donnent rien, mais vers la fin du mois de février, une amie bordelaise de Lucia Branchery, Mme Laurentine, alerté par les récits de la disparition de M. Monget dans la presse, contacte la police. Lucia est venue chez elle le soir du ; elle avait beaucoup d'argent à dépenser et auparavant, elle n'avait que des dettes. D'après des enquêtes à Langon, Eugène Branchery, à partir du , épongeait ses dettes et se livrait à des festivités inhabituelles.
M. Monget est toujours introuvable et les perquisitions du Café de la Gare ne donnent rien. Cependant, un tissu de présomptions et une série de témoignages lie Eugène Branchery et Joseph Gasol avec la bande de Langon. Le le juge d'instruction de Bazas fait arrêter Brachery et Gasol pour une affaire de cambriolage. Dans la foulée, un troisième homme, Fernand Parrot, employé du café-hôtel, se retrouve aussi derrière les barreaux. Les hommes nient toute implication dans la disparition de M. Monget et la justice n'a aucune preuve.
Le témoignage d’une femme, une ancienne employée de Branchery, va faire basculer l’affaire.
Le témoignage d'Henriette Courrèges
Il s’agit d’Henriette CourrègesHenriette Courrèges, née le 22 mars 1884 à Saint-Sever (Landes), fille de X et de Marie Courrèges. Célibataire, habitant Langon et domestique au Café de la Gare. Lors de son procès elle affirme d'être prostituée depuis l'âge de 17 ans. Henriette Courrèges est décédée en 1979, à Saint-Maixant (Gironde) à l'âge de 95 ans., ancienne laveuse de vaisselle et prostituée du Café de la Gare. Elle était la maîtresse de Joseph Gasol. Ce dernier lui aurait raconté comment Eugène Branchery et Fernand Parrot ont assommé le M. Monget avant de jeter son corps dans la Garonne, avec son aide.