L'offensive de Deraa a lieu lors de la guerre civile syrienne. Elle débute le , lorsque l'armée arabe syrienne et ses alliés rompent l'accord de cessez-le-feu conclu en , et lancent une vaste opération visant à reprendre le contrôle du gouvernorat de Deraa et du gouvernorat de Kuneitra, dans le sud de la Syrie. La première phase de l'offensive oppose les troupes loyalistes aux forces rebelles du Front du Sud, affilié à l'Armée syrienne libre. Après deux semaines de combats à leur désavantage, les rebelles acceptent de conclure un accord de « réconciliation » avec le régime le , dans lequel ils s'engagent à remettre leurs armes lourdes et moyennes et à ne pas s'opposer au retour des institutions étatiques en échange d'un cessez-le-feu, d'une amnistie et d'un retour des réfugiés dans leurs villages. L'armée syrienne entre alors dans les quartiers rebelles de Deraa le , puis dans la ville de Kuneitra le . La deuxième phase de l'offensive débute alors lorsque l'armée syrienne, épaulées par les ex-rebelles, tourne ses forces contre la poche tenue par l'Armée Khalid ibn al-Walid, affiliée à l'État islamique, dans le sud-ouest du gouvernorat de Deraa. Les combats s'achèvent le par la victoire décisive des troupes du régime qui reprennent entièrement le contrôle des gouvernorats de Deraa, Kuneitra et Soueïda.

L'offensive loyaliste est menée sans rencontrer d'opposition de la part des États-Unis, de la Jordanie et d'Israël, qui ne réagissent pas alors qu'ils avaient auparavant apporté leur soutien au Front du Sud. Seuls quelques incidents éclatent dans le plateau du Golan, tenu par l'armée israélienne, qui cherche à s'opposer à la présence de l'Iran et de ses milices dans la région.

Prélude

thumb|left|upright=1.3|Des rebelles du Front du Sud, près de Deraa, le 22 février 2017.

En , après la victoire des troupes du régime syrien et de ses alliés lors de la bataille de la Ghouta orientale, les rebelles ne contrôlent alors plus que trois zones en Syrie : au nord-ouest, les régions d'Idleb, Afrine et al-Bab ; au sud-ouest, la moitié de la ville et du gouvernorat de Deraa ; et au sud, près de la frontière avec l'Irak et la Jordanie, la petite poche d'al-TanafSaleh Ben Odran, Syrie: que reste-t-il des territoires rebelles?, Slate, 30 avril 2018..

Depuis le , un cessez-le-feu entre loyalistes et rebelles est en vigueur dans le sud de la Syrie après avoir été négocié par la Russie, les États-Unis et la JordanieAnthony Berthelier, Syrie: les États-Unis et la Russie se mettent d'accord sur un cessez-le-feu dans le sud du pays, Le Huffington Post, 7 juillet 2017.Georges Malbrunot, Le Sud syrien, laboratoire de l'après-guerre, Le Monde, 17 juillet 2017.. La région de Deraa, ainsi que celle de Kuneitra et une partie de celle de Soueïda, forment alors une des quatre « zones de désescalade » instaurées en Syrie et elle est celle où le cessez-le-feu a été le mieux respecté depuis sa mise en vigueur. Mais en , peu après la conclusion de l'accord de « désescalade », les États-Unis annoncent la fin de leur soutien financier et militaire à la rébellion et au Front du SudSyrie: Trump suspend un programme de soutien aux rebelles, Le Figaro avec AFP, 20 juillet 2017.John Walcott, Ayesha Rascoe et Julie Carriat, Trump suspend un programme de la CIA de soutien aux rebelles syriens, Reuters, 20 juillet 2017.Georges Malbrunot, Syrie : Donald Trump arrête le programme de soutien aux rebelles, Le Figaro, 20 juillet 2017.Madjid Zerrouky, Syrie : la fin du soutien américain est « une erreur monumentale » selon l’opposition armée, Le Monde, 26 juillet 2017.. Le cessez-le-feu manque aussi de céder en , lorsque des formations rebelles annoncent leur intention de reprendre l'offensive pour soulager les forces engagées dans la bataille de la Ghouta orientale, mais elles en sont finalement dissuadées par les États-Unis qui leur signifient qu'ils ne seraient plus ainsi en mesure de les défendre. Mais malgré cette trêve, Bachar el-Assad annonce à plusieurs reprises son intention de reconquérir l'ensemble du territoire syrien.. L'enjeu de Deraa est également symbolique, car c'est dans cette ville que la guerre civile syrienne a débuté en 2011.

En , les États-Unis, la Russie et la Jordanie avaient également négocié l'instauration d'une zone tampon, large de 5 à 20 kilomètres, aux abords des frontières israéliennes, et vide de toute présence iranienne. Cependant l'accord n'avait pas respecté par les Iraniens et les Syriens. Depuis longtemps Israël s'oppose à une présence de l'Iran, ou des milices chiites qui lui sont affiliées, dans le sud de la Syrie, près de ses frontièresGeorges Malbrunot,Syrie : vers un retrait des forces iraniennes du Sud, Le Figaro, 30 mai 2018.. Au cours de l'année 2018, les incidents se multiplient. Ainsi dans la nuit du 9 au , en représailles à des tirs de roquettes effectués par le Corps des Gardiens de la révolution islamique contre le plateau du Golan, Israël mène des frappes aériennes d'une ampleur sans précédent contre des cibles iraniennes en SyriePiotr Smolar, Escalade militaire sans précédent entre Israël et l’Iran en Syrie, Le Monde, 10 mai 2018.. Le , une semaine après avoir accueilli Benyamin Netanyahou, Vladimir Poutine reçoit Bachar el-Assad à Sotchi. Le président russe déclare alors qu'Poutine félicite Assad et plaide pour la reprise du "dialogue politique" en Syrie, France 24 avec AFP, 18 mai 2018.. Mais le , Bahram Qassemi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, affirme que Rohollah Faghihi, La Russie veut que l’Iran quitte la Syrie, mais les Iraniens ne le voient pas d’un bon œil, Middle East Eye, 31 mai 2018.. Le , le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Fayçal Mokdad annonce qu'un départ de l'armée iranienne de Syrie n'est Pour Damas, un retrait de l'Iran, de la Russie et du Hezbollah n'est "pas à l'ordre du jour", OLJ avec AFP, 23 mai 2018.. Mais le , Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, déclare que , en précisant cependant que Lavrov : Seule l'armée syrienne devrait être déployée à la frontière sud du pays, OLJ avec agences, 28 mai 2018.Juliette Rech, Moscou écarte Téhéran pour la bataille de Deraa, OLJ, 29 mai 2018.. Le , Ali Shamkhani, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, affirme qu'aucun conseiller militaire iranien ne se trouve dans le sud de la SyrieL'Iran nie toute présence militaire dans le sud de la Syrie, Reuters, 2 juin 2018.. La Russie aurait alors convaincu l'Iran de se tenir à l'écart de l'offensive de Deraa, afin d'éviter tout incident avec les IsraéliensHélène Sallon, Moscou prêt à pousser l’Iran à se retirer du sud de la Syrie, Le Monde, 31 mai 2018.. Selon Le Monde, .

Les tractations se poursuivent également entre Russes, Américains, Israéliens et JordaniensRussie, USA et Jordanie vont se réunir dans le sud de la Syrie, Reuters, 29 mai 2018.Layal Abou Rahal, Deraa et Qouneitra sur le point de retomber dans l’escarcelle de Damas sans combats, OLJ avec AFP, 6 juin 2018.. Le comité de réconciliation de Deraa, qui regroupe des personnalités locales influentes, négocie aussi avec le régime. Mais fin mai et début juin, douze membres de ce comité sont assassinés par des hommes armésSyrie: des négociateurs tués dans une région rebelle du sud, AFP, 14 juin 2018..

Dès , les rebelles s'attendent à subir une offensiveSyrie: "alerte maximale" pour les rebelles de Deraa, menacés d'un assaut du régime, AFP, 25 avril 2018.. Le gouvernorat de Deraa est alors contrôlé à 70 % par la rébellion, tandis que la ville de Deraa est tenue au sud par les rebelles et au nord par les loyalistes. Fin mai, l'armée syrienne achève ses préparatifsSyrie: l'armée syrienne se prépare à l'offensive dans le sud, RFI, 30 mai 2018.L'armée syrienne prête à l'offensive dans le sud de la Syrie, Reuters, 29 mai 2018.. Le , l'aviation syrienne largue des tracts au-dessus de la région de Deraa sur certains desquels figurent des photos de cadavres de rebelles avec cet avertissement : Syrie : des tracts de l'armée sur Deraa menaçant les rebelles d'une offensive, AFP, 25 mai 2018.Syrie: les États-Unis menacent le régime d'une action "ferme" en cas d'offensive dans le sud, AFP, 26 mai 2018.. En réaction, dans la soirée, le Département d'État des États-Unis menace le régime syrien de prendre des en cas de violations du cessez-le-feu par ses troupes.

Le , la Russie appelle les États-Unis et la Jordanie à une réunion tripartite pour discuter d'un éventuel règlement négociéLa Syrie lie des pourparlers sur le Sud au retrait américain d'une zone frontalière, AFP, 2 juin 2018.. Cependant le lendemain, Walid al-Mouallem, le ministre syrien des Affaires étrangères, exclut tout accord concernant le Sud avec les Américains tant que ces derniers restent présents dans la région d'al-Tanaf, au sud-est de la Syrie, près de la frontière avec l'Irak et la Jordanie. Le , le président syrien Bachar el-Assad menace de passer à l'offensive à Deraa en cas d'échec des négociations ; il déclare alors à la chaîne iranienne Al Alam News : Syrie: Mise en garde américaine après les propos d'Assad, Reuters, 15 juin 2018.Assad : Les contacts russo-américano-israéliens se poursuivent sur le sud de la Syrie, OLJ avec AFP, 14 juin 2018.. Le Département d'État des États-Unis réagit alors à ces déclarations et prévient une nouvelle fois dans un communiqué : .

Le , au moins six civils, dont deux enfants, sont tués par des tirs d'artillerie et de roquettes loyalistes à Kafr Chams et al-Harah selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) qui affirme qu'il s'agit alors du bilan le plus élevé dans la région depuis l'instauration du cessez-le-feu de Syrie: six civils tués dans le pilonnage du régime sur le sud, AFP, 15 juin 2018..

Forces en présence Du côté loyaliste, soldatsSyrie: 40000 soldats syriens face à 30000 rebelles à Deraa et Quneitra, RFI, 22 juin 2018. participent à l'offensive et sont soutenus par l'aviation russeL’aviation russe bombarde des zones rebelles du sud de la Syrie, Le Monde avec AFP, 24 juin 2018.. Le général Souheil al-Hassan prend part aux opérations à la tête de ses Forces du TigreMadjid Zerrouky, « Le Tigre » à la reconquête de la Syrie, Le Monde, 8 juillet 2018.Benjamin Barthe, L’armée d’Assad prépare l’offensive sur le sud de la Syrie, Le Monde, 22 juin 2018.. La division blindée est aussi engagée. Malgré l'accord russo-israélien, des milices chiites prennent part aux opérations. La milice irakienne chiite Liwa Zulfikar annonce sa participation à l'offensiveConfirmed: First evidence of Iranian-controlled militia involvement in southern Syria, The Long War Journal, 27 juin 2018.Caleb Weiss, Leader of Iranian-backed Shia militia seen inside Syrian military ops room, The Long War Journal, 5 juillet 2018., de même qu'une autre milice pro-iranienne, la Brigade Abou al-Fadl al-Abbas, intégrée officiellement à la Garde républicaine syrienne, ainsi que des membres du Hezbollah, de la Division des Fatimides et du Liwa Zainebiyoun, parfois vêtus de tenues de l'armée syrienne. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), environ 500 combattants du Hezbollah et des conseillers iraniens sont toujours présents dans le sud de la Syrie au début de l'offensive.