L'argot scolaire date essentiellement des années 1880, où se met en place, en France, l'organisation des classes préparatoires aux grandes écoles. Il est souvent, au moins partiellement, calqué sur celui de la grande école visée par chaque catégorie de classe préparatoire : celui de khâgne montre des emprunts à celui de Normale sup, celui de corniche à Cyr, etc.

Classes préparatoires littéraires

Les classes préparatoires littéraires sont appelées hypokhâgne (, officiellement lettres supérieures), abrégé en HK, et khâgne (, officiellement première supérieure), abrégé en KH (ὑπό étant le préfixe grec signifiant « en dessous »). Le rassemblement de l’hypokhâgne et de la khâgne lors de certaines occasions est désigné par l'abréviation HKH.

Dans la seconde moitié du , le mot de khâgneux était utilisé pour moquer les universitaires, répétiteurs, normaliens férus d'études classiques, toujours plongés dans leurs livres. Cela provient du fait qu'au service militaire ancien, les appelés qui avaient les genoux cagneux étaient réformés, et destinés à la bureaucratie, d'où par extension aux lettres.

Par exemple, le , Goncourt note : .

En 1869, dans Le Testament d'un blagueur, Jules Vallès écrit : .

Quand, en 1880, les premières classes de rhétorique supérieure sont créées, les taupins, qui, pour préparer les écoles militaires, font de l'équitation et de l'escrime, utilisent cette moquerie à l'encontre des élèves de rhétosup, lesquels sont plongés dans des études classiques, préparent l'École normale et sont de futurs universitaires. De là, les cagneux, puis la cagne. Les élèves de rhétorique supérieure se mettent alors eux-mêmes à employer cette dénomination, mais vers les années 1910, élaborent l'orthographe fantaisiste khâgneux et khâgne, afin de la faire apparaître plus savante et d'occulter sa réelle signification.

Un khâgneux est un carré la première année, un cube s'il demande à redoubler et un bica (pour bicarré) s'il triple sa classe. Il y avait même autrefois des penta, quadruplant leur classe. Ces dénominations ne sont d'ailleurs pas propres aux khâgneux, puisqu'au elles sont utilisées pour les élèves de l'École normale supérieure ou de l'École centrale ; les taupins, jusque vers 1935, utilisent aussi ce vocabulaire.

Larchicube désigne l'ancien élève de l'École normale supérieure et l'annuaire des anciens élèves est nommé larchicubier.

Par abus, le khâgneux qui intègre l'École normale supérieure au bout de son année de cube, peut être appelé archicube. L’archifâkh est celui qui rejoint l'université, les membres de celle-ci étant des fâkhins (jeu de mots sur « faquin »).

Les élèves des classes préparatoires à l'École des chartes s'appellent des chartes, les première année étant des bizuts ou des hypochartes (ou de « vils et crasseux hypos »). La cérémonie d'introduction dans la classe de Chartes s'appelle le sacre (Lycée Henri-IV, Paris, puisqu'il s'agit du lieu où est sacré le roi du regnum chartorum pour l'année, choisi parmi et par les étudiants de la CPGE d'Henri IV), ou le Krapahut (Lycée Pierre-de-Fermat, Toulouse, précédant le Krapahut, terme des régiments d'infanterie de marine ou , les bizuts devaient jadis demander un certificat de virginité aux filles de joie près de la gare Matabiau), ou encore ladoubement (Lycée Fustel de Coulanges, Strasbourg). Le bonnet ou le khâlot porté par les élèves s'appelle une Faluche, du nom de l'ancien bonnet universitaire. Sa couleur dépend de la filière suivie par son porteur. Un élève qui passe d'hypokhâgne en hypochartes ou d'hypochartes en hypokhâgne est un triangle.

D'autres fêtes tels la Saint-Grégoire ou le bal des Chartes constituent des temps forts du « regnum chartorum » (royaume des Chartes, composé de l'ensemble des étudiants des trois CPGE préparant l'École nationale des chartes).

L'orthographe pseudo-grecque est la plus courante pour les mots khâgne et khâgneux. Par fantaisie, on peut l'étendre à khârré, khûbe, bikhâ pour carré, cube, bica et aux verbes khârrer, khûber, bikhârrer. Cependant, on peut remarquer que la raison qui a fait remplacer cagneux par khâgneux (occulter le sens premier) est moins valable pour carré, cube, etc., et que l'orthographe d'origine est plus adéquate.

Classes préparatoires scientifiques

Les classes préparatoires scientifiques à dominante mathématique sont appelées « taupe » et leurs élèves « taupins ». Les mots hypotaupe et hypotaupin (pour désigner maths sup par opposition à maths spé) sont tombés en désuétude. On désigne plutôt les élèves selon leur année d'étude par les expressions trois-demis, cinq-demis et sept-demis. .

Avant 1935, les seules appellations étaient respectivement bizut, carré, cube, bicarré, ce qui a été conservé dans les classes littéraires. Les bizuts doivent le respect aux « puissances » (carrés, cubes, bicarrés). Au début des années 1930, professeurs et examinateurs ont observé un accroissement de la différence de niveau entre la classe de première année (qui était la classe de mathématiques supérieures dite hypotaupe) et la classe de seconde année (la classe de mathématiques spéciales dite taupe). Peu à peu, une distinction s'est opérée entre élèves de première année (hypotaupins ou hypos) et de seconde année (taupins).

Le surnom de l'École polytechnique, l'X, a directement influencé l'argot des classes préparatoires scientifiques. Les élèves de classe préparatoire scientifique de première année sont appelés « 1/2 », les élèves de deuxième année « 3/2 », les redoublants de cette deuxième année sont appelés « 5/2 » et les triplants « 7/2 ». Le but étant d'« intégrer l'X », ces appellations peuvent s'interpréter par rapport à l'année d'intégration de l'École polytechnique, puisque l'intégrale mathématique d'une variable x entre 1 et 2 (entre la première et la deuxième année de taupe) vaut 3/2 et l'intégrale entre 2 et 3 vaut 5/2Jargon des prépas.

Une autre hypothèse sur l'origine de ces surnoms est qu'en 1936 l'École polytechnique décida de modifier le calcul de la puissance moyenne des candidats admis. Elle affecta la valeur 1/2 aux élèves de mathématiques spéciales préparatoires, 3/2 aux redoublants et ainsi de suite. À partir de cette date, les élèves de mathématiques spéciales préparatoires, puis de mathématiques supérieures à partir des années 1940, furent appelés demis (au sens demi-taupins). Comme ce sont des puissances 1/2, on les appelle racines dans certains lycées. Dans cette logique, les 3/2 sont les élèves qui ont fait une hypotaupe puis une taupe, tandis que les 5/2 sont ceux qui ont fait une hypotaupe puis deux taupes. Sur leur calot, les élèves indiquaient leur puissance : une barrette argentée pour une hypotaupe, et une barrette dorée par année de taupe. La terminologie bizut, carré, cube est tombée en désuétude dans la plupart des classes préparatoires scientifiques, remplacée par les « 1/2, 3/2, 5/2 ». Elle est cependant encore utilisée dans certains lycées comme le Lycée Faidherbe de Lille ou Pierre de Fermat à Toulouse.

Dans les années 1980, le calot pouvait aussi comporter la devise MSKOH, pour : M (aime), S (symbole chimique du soufre), KOH (formule chimique de la potasse), signifiant « aime souffrir et potasser » .

Cas particulier des corniches Les classes préparatoires aux grandes écoles des lycées militaires (d'Aix-en-Provence, de Saint-Cyr-l'École, d'Autun) ou du Prytanée national militaire ont conservé ces appellations en les modifiant.

Ainsi, au lycée militaire de Saint-Cyr, l'élève de première année (en lettre, math ou éco sup) est appelé « bizuth » ou « zibard » le temps du bahutage, puis « melon ». Les anciens sont appelés carré (ou khârré) ou cube (ou khûbe) selon leur situation.

Un « melon » qui a redoublé sa première année est appelé « bimelon ». Si, à l'issue de sa « deuxième » première année il est admis à passer à la classe supérieure, il est appelé « carrube ». De ce fait, il se situe entre les carrés et les cubes, dans l'échelle de la hiérarchie.

Au lycée militaire d'Aix-en-Provence, les élèves ont adopté le modèle scientifique ainsi, après la période de bahutage ils sont appelés « Cadet » 1/2 en première année, « Cadet » 3/2 en deuxième année et Cadet carré (ou khârré) pour les redoublants.

Il pouvait y avoir des cas particuliers : jusque dans les années 1950, un élève qui entrait directement en taupe et redoublait recevait l'ancienne appellation de carré ; un élève qui redoublait son hypotaupe était un deux-demis ; quand il entrait ensuite en taupe, il devenait quatre-demis.

C'est dans les années 1960 qu'un élève découvre . Sachant que le surnom de l'École polytechnique est l'X, vaut 3/2 puisque pour intégrer l'X entre 1 et 2 (entre la première et la deuxième année de taupe), il faut être 3/2. On obtient de même la valeur 5/2 pour l'intégrale de l'X entre 2 et 3. Cela a donné lieu à la démonstration suivante :

Dans certains lycées, les hypotaupes sont désignées par hypo-X (ex. : HX 5) et les taupes par X (ex. : XM'1) par allusion à l'École polytechnique.

Dans la pièce en vers qui suit, la lettre X a successivement quatre sens : symbole mathématique (intégrale d'X), polytechnicien (pour tous les X), École polytechnique (intègrent l'X), taupe (années de X).

X est un caractère emprunté à l'algèbre. Il désigne à la fois le polytechnicien et l'École polytechnique elle-même. Un X est pour tous les taupins un être en quelque sorte supérieur, pour lequel ils professent le respect et l'admiration. L'étude presque exclusive des mathématiques, son état d'abstraction dans les x et les y, lui ont valu depuis longtemps d'être désigné par ce symbole. Un jour, Charlet, pendant une séance du conseil ; s'amusa à représenter un polytechnicien frappé d'apoplexie. Le médecin accourt, lui ouvre la veine : il n'en sort pas une goutte de sang... seulement des x et des yLivre sur l'argot de l'X écrit par Lévy et Pinet en 1894.

L'explication parfois avancée selon laquelle le surnom X provient des canons croisés sur le blason de l'école n'est pas attestée. Ce canular semble né dans la seconde moitié du , cent ans après l'apparition du X pour désigner les polytechniciens.

D'autre part, les acronymes des dénominations des différentes classes de sup () (MPSI : Mathématiques Physique Sciences de l'Ingénieur, MP2I : Mathématiques Physique Sciences de l'Ingénieur Informatique, PCSI : Physique Chimie Sciences de l'Ingénieur et PTSI : Physique Technologie Science de l’Ingénieur) et surtout de spé () (MP : maths Physique, MPI : Math Physique Informatique, PC : physique chimie, PSI : Physique Sciences de l'Ingénieur et PT : Physique Technologie) peuvent être détournés de manière imaginative, éventuellement agressive en raison des éventuels conflits (en général amicaux et distrayants) entre les différentes sections.

Les classes préparatoires aux écoles d'agronomie et aux écoles vétérinaires sont appelées agro-véto depuis leur fusion en 2003.

Facultés de santé Le jargon des étudiants en médecine n'est pas le plus développé mais existe tout de même, surtout en PACES. Ce vocabulaire peut être employé pour discuter mais correspond également à des interjections criées en amphithéâtre par les redoublants pour perturber la prise de notes des primants.

Bizuth(e) ou Primant : étudiant en PACES pour la première fois (vient du terme bizutage). Carré(e) ou Doublant : étudiant redoublant en PACES (par abus de langage). Les doublants sont parfois appelés de manière péjorative les déprimants (par opposition aux primants) par les bizuths ou les professeurs. Cube ou Cubique ou Triplant : étudiant triplant la PACES (possible uniquement sur dérogation, plus ou moins rares selon les facultés). Corpo : association étudiante (vient de corporation) Dino : étudiant en PACES/filière de santé post-PACES ayant repris des études (exemple : une personne âgée de 35 ans qui veut se reconvertir dans la médecine est nommée dino pendant son année de PACES).