Le trouble de stress post-traumatique (ou TSPT) est un type de trouble anxieux sévère résultant d'un traumatisme psychique qui se manifeste, chez un individu, à la suite d'une situation violente, éventuellement répétée, durant laquelle son intégrité physique ou psychologique, ou celle de son entourage ont été menacées ou effectivement atteintesNotamment en cas de torture, viol, accident grave, mort violente, maltraitance, négligence de soins de la petite enfance, manipulation, agression, maladie grave, naissance, guerre, attentat, accouchement., impliquant une confrontation directe et personnelle à la mort potentielle....
Cette affection est aussi connue sous le nom de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) ou état de stress post-traumatique (ESPT). dans la classification CIM10 (F43.1). Le TSPT y est défini comme . La CIM-11 a introduit le concept de TSPT complexe, caractérisé par des troubles du soi.. Les abréviations anglaises PTSD (pour ) ou CPTSD (pour ) sont souvent utilisées.
Le trouble de stress post-traumatique est la réaction bio-neuro-physiologique générée par cette confrontation avec le risque imminent de mort, quand les capacités d'adaptation (comment faire face) du sujet sont débordées. La réaction immédiate à l'événement aura été traduite par une peur intense (effroi), par un sentiment d'impuissance ou par un sentiment d'horreur.
La réaction sociale de l'entourage ou la présence d'un soutien psychologique après l'événement initiateur sont des facteurs susceptibles de provoquer, atténuer ou empêcher l'apparition d'un TSPT.
Le TSPT est moins fréquent que la réponse aiguë au stress..
Historique
Des symptômes de pathologies traumatiques ont été décrits depuis très longtemps, souvent en lien avec la guerre. On en trouve ainsi traces dans lÉpopée de Gilgamesh, chez Homère et Hérodote, jusqu'à Dominique Larrey...
Pourtant, ce n'est que vers la fin du en Allemagne et en France que quelques médecins ont identifié le TSPT. Alors que la psychiatrie construisait un diagnostic de TSPT en tant que trouble spécifique circonscrit grâce à une méthode scientifique, la psychanalyse a extrapolé une notion de trauma à des évènements variables et peu spécifiques..
Création du concept de névrose traumatique
Le neurologue allemand Hermann Oppenheim (1889) semble avoir été le premier à utiliser le terme de névrose traumatique pour décrire la symptomatologie présentée par des accidentés lors de la construction du chemin de fer Bessel A. Van Der Kolk, Alexander C. McFarlane, Lars Weisæth (1996) , 3-23, 279-302. New York : Guilford Press .. L'expression « trouble de stress post-traumatique » (TSPT) a ensuite été attribuée à toute une gamme de symptômes et désordres résultant d'accidents industriels ou technologiques. Avec les deux guerres mondiales, la psychologie militaire s'est à son tour emparée de l'expression, puis, les pacifistes et les féministes des années 1960 et 1970 en ont élargi la signification pour y inclure les problèmes engendrés par les violences familiales, sexuelles ou conjugales.
Herman Oppenheim a proposé le terme de névrose traumatique pour désigner les problèmes fonctionnels occasionnés par de subtils changements moléculaires dans le système nerveux central. L'apparition fréquente de symptômes cardiovasculaires chez les personnes traumatisées à la suite d'accidents de travail, puis chez des soldats sur la ligne de front, a amorcé une longue tradition d'association des troubles du stress post-traumatique avec la « névrose cardiaque » (). La liste des dénominations peut se lire comme ceci : « cœur irritable » () et « cœur de soldat » () chez Myers (1870) et Da Costa (1871) selon l'antique représentation symbolique des émotions et des sentiments par le cœur où se confondent le cœur-symbole et le cœur-organe. Les appellations différentes se poursuivent avec une « action désordonnée du cœur » () et une « asthénie neurocirculatoire » (), selon Merskey (1991, cité par Van der Kolk).
À l’époque de la construction des chemins de fer, Jean-Martin Charcot avait remarqué de semblables symptômes chez ses patients et patientes à l'hôpital de la Salpêtrière. Il se consacra, ainsi que Pierre Janet et Sigmund Freud, à l'étude de la « névrose hystérique ». Charcot fut le premier à décrire les problèmes de suggestibilité et les crises mémorables de dissociation résultant des expériences insoutenables subies par ses patients. Pendant que Charcot poussait Janet à étudier la nature de la dissociation et les souvenirs traumatiques, deux autres de ses disciples, Georges Gilles de La Tourette et Joseph Babinski, se sont concentrés sur la suggestibilité hystérique. Lorsque Babinski prit la direction de l'hôpital de la Salpêtrière à la suite de Charcot, un revirement se produisit avec le rejet de la thèse défendue par Charcot de l'origine organique de l'hystérie. Babinski insista plutôt sur le rôle de la simulation et de la suggestibilité dans l'étiologie de l'hystérie. L'intérêt porté à la notion de trauma va s'accroître au cours de la Première Guerre mondiale qui fit des millions de victimes civiles et militaires. La psychiatrie militaire s'intéressa d'abord au « choc des tranchées » (Shellshock) ; (Myers, 1940 ; Southard, 1919) causé par la terreur des bombardements d'artillerie et l'horreur de la boucherie des corps disloqués ou de la « névrose de guerre » (Grinker et Spiegel, 1943, 1945 ; Mott, 1919) ou à la « traumatophobie » (littéralement « peur des blessures », Hado, 1942) que l'on invoque pour justifier des condamnations et des exécutions pour « couardise en face de l'ennemi ». Dans son roman Mrs Dalloway, publié en 1925, Virginia Woolf traite des troubles de stress post-traumatique dont est victime Septimus Smith après son retour de la Première Guerre mondiale.
Expansion avec les victimes de guerre vignette|Dans son livre Une guerre dans la tête, Doug Peacock raconte son trouble de stress post-traumatique causé par la guerre du Vietnam.
Les premiers psychanalystes sont porteurs d'un apport fécond à la connaissance des névroses traumatiques. Sigmund Freud mesure les effets de cette affection chez un membre de sa familleGilles Tréhel. « Sigmund Freud (1856-1939) : un papa de guerre » L’Information Psychiatrique, 2008, 84, , .. Il appréhende cette pathologie dans ses écrits de guerre et d’après guerre. Plusieurs de ses disciples vont occuper des postes de médecin militaire. Karl Abraham, parent d'OppenheimGilles Tréhel « Karl Abraham (1877-1925) et Hermann Oppenheim (1857-1919) : rencontre autour des névroses traumatiques de paix » L’Information Psychiatrique 2005, 81, , ., peut par son activité auprès de soldats souffrant de traumatismes physiques enrichir sa compréhension des traumatismes psychiquesGilles Tréhel « Karl Abraham (1877-1925) : travail en chirurgie militaire et intérêt pour les névroses traumatiques de guerre » Cliniques méditerranéennes 2007, , .. Devenu psychiatre, il utilise dans sa pratique une sorte de « psychanalyse simplifiée ». À la fin de la guerre, il a la direction à Allenstein d’un service psychiatrique d’orientation psychanalytiqueGilles Tréhel « Karl Abraham (1877-1925) : psychiatre de guerre à l’hôpital d’Allenstein » Perspectives Psy 2010, , .. Ernst Simmel utilise une thérapeutique à l’origine de la psychanalyse, la technique cathartique et obtient avec elle des succès. Sándor Ferenczi montre que la psychiatrie qui s’opposa à la psychanalyse, va durant la guerre, en utilisant sa terminologie, s’en rapprocher. Ernest Jones qui, lui, n’est pas mobilisé et n’est donc pas soumis à des obligations hiérarchiques, peut poursuivre des psychanalyses avec des soldats choqués en demandant des délais aux autoritésGilles Tréhel « Ernest Jones (1879-1958) : psychanalyse et choc de guerre » L’Information Psychiatrique 2006, 82, , .. Il insiste sur le conflit psychique et se rapproche des formulations d’Abraham. Il faut noter par ailleurs que Victor Tausk comme psychiatre s'intéresse aux psychoses de guerreGilles Tréhel « Victor Tausk (1879-1919) et la médecine militaire » L’Information Psychiatrique 2006, , ., à la différence des autres psychanalystes tournés vers les névroses de guerreGilles Tréhel « Victor Tausk (1879-1919) : une théorisation sur les psychoses de guerre » Perspectives Psy 2011, , .. Enfin Helene Deutsch étudie l’incidence symptomatologique de la guerre sur les femmes à partir d’un service dont elle a la charge à la clinique de Julius Wagner-JaureggGilles Tréhel « Helene Deutsch (1884-1982) : théorisations sur les troubles psychiatriques des femmes pendant la première guerre mondiale » L’Information Psychiatrique 2007, 83, , .. À ce titre elle va s'occuper d'une légionnaire polonaise (Tréhel, 2013a), Magnus Hirschfeld rencontre lui aussi en consultation une femme soldat (Tréhel, 2013c). À la même époque, Sigmund Freud s’appuie sur un cas semblable de femme (Tréhel, G. 2015). Georg Groddeck réalise des traitements psychanalytiques avec des soldats souffrant d'affections organiques de guerreTréhel, G. « Georg Groddeck (1866-1934) : traitement psychanalytique des affections organiques de guerre » Annales Médico-psychologiques disponible en ligne le 8 janvier 2014 ., l'un de ses cas souffrant d'une maladie chronique peut être identifiéTréhel, G. (2016). Georg Groddeck (1866-1934) et un cas de sclérodermie. Psychothérapies, 36(2), .. Notons aussi que Theodor Reik qui est mobilisé pendant la guerre s'intéresse à l'effroi et articule cette notion à la névrose traumatique.. Dans leurs publications, Alfred Maury, Sigmund Freud puis Theodor Reik décrivent des facettes différentes du rêve de la guillotine, Reik le rapporte à un rêve de névrose traumatiqueTréhel, G. (2018). Alfred Maury, Sigmund Freud, Theodor Reik et le rêve de la guillotine. Psychothérapies, 38(3), .. Très tôt les pratiques de soins de la névrose traumatique font débat entre soignants (Sigmund Freud / Julius Wagner-Jauregg) et politiques (Julius Tandler / Arnold Durig).. En Allemagne, à la guerre succède le chaos de la révolution. Ernst Simmel s'intéresse à ces mouvements de masses, composées en partie par des soldats désœuvrés, dans un texte remarqué si bien que le ministère envisage de créer une chaire de psychanalyse à l’Université (Tréhel, G., 2016). Simmel, Paul Federn et Sigmund Freud, trois médecins psychanalystes publient dans une même période, entre 1919 et 1921, des contributions sur les mouvements révolutionnaires d'après guerre en montrant les phénomènes psychiques en jeuTréhel, G. (2017). Ernst Simmel, Paul Federn, Sigmund Freud et les masses révolutionnaires. Psychothérapies, 37(3), .. Fin 1919, Simmel fait une communication devant les professionnels de caisses d’assurance maladie pour les sensibiliser aux pathologies des névroses dues à la guerre, les conséquences peuvent en être lourdes et aller jusqu’à invalider les capacités de travail de ces hommes (Tréhel, G., 2018).
En 1980, sous l'impulsion d’un groupe de vétérans de la guerre du Vietnam, appuyés par les psychanalystes Robert Jay Lifton et Chaim Shatan, l'American Psychiatric Association (APA) a été incitée à reconnaître officiellement un nouveau diagnostic : le syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Il a été inscrit la même année dans le , de l et en 1992 à la Classification internationale des maladies (CIM), de l'Organisation mondiale de la santé.
Prévalence Un certain nombre (jusqu'à 12 % de la population de certains pays en difficulté) souffre de stress post-traumatique
Diagnostic Classification